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ANNÉE 2009

N°23 - N°24 - N°25

vendredi 22 juillet 2011, par Le Picot




AVRIL 2009 (N°23)




LES ANNÉES 70

Dernier volet de l’article consacré aux luttes et aux mouvements qui ont émaillé les années 70. A Clamecy, comme dans le reste de la France, l’heure est toujours à la contestation.

L’unité vole en éclats

L’unité entre les différentes composantes du gauchisme local va voler en éclats. Les tenants de la ligne “ pure et dure mao “, antiparlementaire, antisyndicaliste et antirévisionniste (opposition radicale à l’antimarxisme du “ PCF “) vont provoquer une fracture. Ils s’installent dans une maison où trône le portrait de Mao, dans un village du canton de Varzy. Bien intégrés dans la population locale en raison de leur participation aux travaux agricoles qui se concluaient souvent par des fêtes, ils sont surveillés de très près par la gendarmerie et les R.G. (Renseignements Généraux), qui lisent le journal devant leur portail après la nuit tombée. Le maire, ancien résistant et lecteur de “ La Terre “, organe des paysans du PCF, refusera de les chasser malgré les pressions de la maréchaussée. Quand ils sont décrits comme de dangereux gauchistes et drogués, le maire répond qu’il n’en est rien, qu’ils font peut-être de la politique, mais qu’ils sont tout à fait fréquentables. Et, que lorsqu’il aura besoin des gendarmes, il leur fera signe. Tout cela en les remerciant avec fermeté. Cet épisode ne fut rapporté aux maos, que bien plus tard, après le décès du maire.
Mais ceux qui ne sont pas dans la ligne sont considérés comme “ déviationnistes petits bourgeois “. En particulier, à cause de la découverte, dans des concerts à l’extérieur de Clamecy, de produits illicites et de leur consommation. Certains, après passage devant un “ tribunal populaire “ sont exclus. La récupération d’un lot de papier pour les affiches dégénère. Deux militants appartenant à des tendances différentes en viennent aux mains.

Etablissement en usine.

Suivant la pratique mao, plusieurs militants, après avoir arrêté leurs études supérieures, “ s’établissent “ en usine ou dans le B.T.P. Cette pratique a concerné également certains dirigeants mao qui ont connu, plus tard, la célébrité dans les domaines de l’édition, de la presse, de la psychanalyse… L’un d’eux est embauché à S.I.C.L.A.M. Avec une dizaine de salarié(e)s, principalement des O.S. (ouvriers spécialisés) il tentera de faire voter l’occupation de l’usine contre les licenciements économiques décidés par la direction. Ce sont les premières vagues des années 1970 qui se termineront par la liquidation d’une partie considérable de l’industrie (sidérurgie, textile, etc.) et un nombre de chômeurs, reconnus ou non, qui ne descendra plus au-dessous du million. La CGT, entièrement aux mains du PCF, qui, dans l’après 68, avait pour habitude de sacrifier tous les combats où il n’était pas seul, dans le vain espoir de tenir la “ classe ouvrière “, s’oppose à l’occupation de l’usine organisant une pantomime de vote à main levée à laquelle sont présents les cadres de direction. A la phrase laconique : “ Qui est pour l’occupation ? “, seuls quelques ouvriers osent lever la main. Ils seront licenciés en majorité. L’un d’eux resté dans l’usine, organisera le sabotage de la centrale électrique, acte qui est alors passé pour un incident involontaire ou expliqué comme tel.

Nucléaire. Non merci !

Les tenants de la ligne qualifiée de ploum ploum vont continuer l’agit prop, collages contre les camps militaires de Canjuers dans le Var, de Fontevraud dans l’ouest, pour le soutien aux militants emprisonnés et torturés au Chili, aux travailleurs de Lip, contre le régime de Franco, plus tard contre le nucléaire (Malville, Nogent sur Seine, Belleville), contre l’implantation de barrages sur la Loire comme celui de Naussac. Concernant l’armée, deux lignes. La première défendue par les maos et les trotskystes (suivant le slogan “ à bas l’armée du fric et des patrons “), y aller, faire de l’entrisme, de l’agit-prop. auprès des appelés pour y créer des comités de soldats (voir article précédent) et apprendre les techniques de combat. La seconde “ à bas l’armée, les flics et les patrons “, y échapper en se faisant exempter. Plusieurs militants de cette tendance participent à l’organisation du concert du groupe de rock, Ange, qui connaîtra un grand succès national et international. Le concert qui attire plusieurs centaines de spectateurs a lieu sous un parquet installé au pré Lecomte, le long du boulevard Misset où seront construits, bien plus tard des pavillons et où y sera aménagé le parking de la piscine.

Après avoir créé un comité de chômeurs, en compagnie d’un prof de philo pro-situationniste(1), les maos quitteront la région pour rejoindre la Saône et Loire où ils resteront établis près d’une dizaine d’années. Ils militent à l’U.C.F.M.L. (Union des Communistes de France Marxistes Léninistes) à la direction de laquelle participe à l’époque le philosophe Alain Badiou(2) auteur d’un récent pamphlet contre Nicolas Sarkozy. Dans les années 80, tous les anciens ont arrêté le militantisme actif. Certains se sont investis dans les domaines culturel, tout particulièrement dans l’A.C.L., et associatif. Aujourd’hui quinquagénaires, ceux qui sont encore vivants sont pour la plupart fonctionnaires. Certains ont quitté Clamecy. La majorité n’a pas renié cette époque. En revanche, l’un d’entre eux s’est “ embourgeoisé “ et s’est distingué en votant Sarkozy en mai 2007.

Les hippies, les freaks, les babas.

Si après 68 et dans les années qui suivirent, des jeunes se sont lancés dans le militantisme politique, d’autres ont contesté la société de consommation en partant vers d’autres horizons, en faisant la route, en vivant en communauté. A Clamecy, le mouvement hippie appelé aussi freak, ou baba a eu des adeptes. Chez les routards locaux, là aussi on trouve des fils de familles modestes. Ainsi Toto, de Pousseaux, parti en juin 68 au Maroc avec un Allemand qui avait séjourné dans la grange familiale. Seul, il parcourt l’Afrique d’où son surnom de Toto l’Africain, passant en pleine guerre la frontière entre le Biafra et le Nigéria. En 70, son frère Marcel, mineur muni d’un faux passeport, part en compagnie d’un ami clamecycois sur la route des Indes avec ses haltes obligatoires à Bombay, Goa, Bénarès. Lors de leur séjour dans ce pays, leurs chemins bifurqueront. L’ami se dirige vers Ceylan (l’actuel Sri Lanka), Marcel prend la route de Kaboul en Afghanistan autre point de chute, avec Katmandou au Népal, des hippies. Il y sera rejoint par Toto.

Aujourd’hui décédés Toto et Marcel à Kaboul en 71.



Dans un Paris Match d’août 71, leur photo et l’interview de Toto qui à plusieurs reprises reprendra la route des Indes, occupent une pleine page. Une route qu’emprunteront plusieurs autres jeunes de la région. Ces années-là sont marquées par l’installation de communautés. La première voit le jour à Grenois fin 68 dans l’ancien presbytère, une autre s’installe dans l’ancien château de Beuvron. La première regroupe une quinzaine de membres parmi lesquels Tim Blake futur joueur de synthés du groupe mythique Gong, la seconde une quarantaine dont un noyau dur d’environ 25 personnes. Elle accueillera ceux de Grenois suite à l’acquisition du presbytère par la mairie. Une très grande majorité de leurs membres n’étaient pas originaires de la Nièvre. Trois Nivernais dont un Clamecycois qui avait fait la route des Indes et un Avallonais y ont séjourné. A Beuvron, c’était le trip mystique. La communauté vivait en autarcie grâce aux légumes qui étaient cultivés dans le jardin et au pain qui y était confectionné. Le gérant du magasin Familistère, rue Jean Jaurès, leur donnait de la nourriture en échange d’aide pour le rangement de son magasin. Le lait était acheté dans les fermes alentour. Côté recettes, la communauté tenait une brocante à Chamoux et certains de ses membres vendaient des bijoux qu’ils fabriquaient. La venue des “ hippies “ à Clamecy ne passait pas inaperçue, surtout à cause de leurs tenues. Un incendie, dont on n’a jamais connu la cause exacte, mis fin à l’expérience. Plus tard, une petite communauté de quelques personnes revenues des Indes s’installa au hameau de Bidon près de Tannay. Conditions de vie très spartiates. Elle y séjourna environ deux ans, au milieu des années 70 recevant, comme les précédentes, les visites de jeunes de Clamecy et de la région.

Gauchisme, début de l’écologie politique, mouvement hippie.

Les années 70, c’est aussi le féminisme. “ L’autre moitié du ciel “ comme le disait le grand timonier (Mao tsé toung) se lança dans la lutte pour sa libération. A Clamecy, dans la deuxième moitié des années 70, un groupe femmes est créé. Il compte près d’une dizaine de militantes. Non mixte et autonome vis à vis des organisations existantes (politiques et syndicales), le groupe a pour objectif “ de briser l’isolement et de mobiliser les femmes de la région.” “ Nous prendrons position chaque fois qu’une femme sera agressée dans sa famille, son travail, dans la rue ou dans quelque lieu que ce soit “ peut-on lire dans sa charte constitutive. Principale action : informer les femmes sur les différents moyens de contraception et d’avortement. Le groupe femmes tient des permanences bimensuelles à l ‘ancienne Poste. Il participe à des rassemblements et manifestations à Auxerre et Paris. La pensée de 68 n’est pas morte, Dominique Grange, par exemple, vient de sortir un ouvrage intitulé “ 68-08 : vous n’effacerez pas nos traces “, préfacé par Alain Badiou. Il comprend un C.D sur lequel figurent une vingtaine de chansons dont celles de 68 et de l’après 68 et le livre de dessins de Tardi qui les illustre, édité par Castermann.

Michel Melka.



(1) Le mouvement nommé Internationale Situationniste a été créé par le philosophe Guy Debord, auteur de « La société du spectacle » et entre autres, le peintre Asger Jorn. Ils sont ensuite rejoints par Raoul Veinegem, auteur du « Traité de savoir-vivre à l’usage des jeunes générations » et plus récemment « Les hérétiques contre le Christianisme ». Très peu nombreux, ils ont toutefois joué un rôle capital en mai 1968. Leurs actes les plus mémorables furent la création du mouvement des enragés dans les occupations d’usines et dès 1967, la mise en vente aux enchères de l’UNEF dont ils avaient pris la direction à Strasbourg en utilisant celle-ci pour éditer « De la misère en milieu étudiant ».

(2) Alain Badiou, aujourd’hui reconnu sur le plan international en tant que philosophe d’importance, a écrit « La théorie du sujet », « Conditions » (publiés au Seuil) et de nombreux autres textes. Alors que son œuvre est peu lue en France où il est l’objet d’une véritable mise à l’écart par les médias et les BHL et consorts, son pamphlet, « De quoi Sarkozy est-il le nom ? » ( Nouvelles Editions Lignes) a connu un important succès en librairie.





2. Le stade Romain Rolland

En août 1935, la ville de Clamecy rebaptise l’ancienne rue de l’Hospice rue R-R. C’est la première fois, que l’auteur de Colas Breugnon est honoré dans sa ville natale et c’est à une municipalité communiste que l’écrivain doit cette marque de reconnaissance tardive (cf. Le Picot n° 22). Lorsque RR et sa femme séjournent à Clamecy l’année suivante (août 1936), ils sont reçus par le maire, M. Lamoine. Une photo du couple entre MM. Lamoine et Beauchet est prise à la Colonne, une autre devant les Bains-Douches… Ils rencontrent aussi M. Milandre, président de la SSAC. RR revient à Clamecy, en 1937 ; il est à la recherche d’une maison qu’il trouve à Vézelay où il s’installe en mai 1938. Au cours des années 1937-1938, Clamecy se dote d’un stade au lieudit la Tambourinette. Désireuse de faire à nouveau honneur à l’écrivain natif du pays, elle décide de donner aux nouveaux équipements le nom de stade Romain-Rolland. [Ceux qui se souviennent de ces événements peuvent envoyer témoignages et photos au Picot…]

RR, un écrivain « engagé » face à l’histoire (1930-1939)

Au cours des années qui voient la montée en puissance du fascisme en Italie et en Allemagne, il est difficile de rester au-dessus de la mêlée. RR s’engage, devient compagnon de route du PCF, crée avec H. Barbusse le comité Amsterdam-Pleyel, entre au comité directeur de Commune, revue littéraire de l’AEAR1, proche du PCF, aux côtés d’Aragon, Nizan, Barbusse et Paul Vaillant-Couturier2. Il participe, en 1934, encore avec H. Barbusse, au comité de libération de Thaelmann3, chef du PC allemand emprisonné par les nazis depuis 1933. Les nombreux appels qu’il rédige sont relayés dans L’Humanité, journal du PCF, dont le rédacteur en chef, Paul Vaillant-Couturier, a fait un journal d’information (qui sera le principal journal du Front populaire). Il fait paraître : Par la révolution la paix (1935), et Compagnons de route (1936), recueils d’articles polémiques.
Le 29 janvier 1936, RR a 70 ans. Le parti, qui a perdu avec H. Barbusse un de ses plus fervents soutiens (août 1935), semble miser désormais sur lui. Il organise à la Mutualité à Paris, une grande célébration le 31 janvier. Sous un portrait géant de l’écrivain, Aragon, Malraux, J. Guéhenno, J.-R. Bloch, P. Langevin, Stephan Zweig et même Léon Blum font son éloge devant une salle pleine de délégations d’ouvriers. C’est l’union des intellectuels et des ouvriers chère au Front populaire. De Suisse où il réside alors, RR goûte l’hommage qui lui est rendu. Cependant, outre-Rhin, Hitler organise le réarmement du Reich, rétablit le service militaire, violant les accords de Locarno et, au mois de mars 1936, remilitarise la Rhénanie. Mais ni l’Angleterre ni la France ne cillent.
Le Front populaire gagne les élections le 3 mai 1936. RR passe l’été en France où il fait l’actualité. Le 13 juillet, on joue son Danton, en plein air aux arènes de Lutèce à Paris4. Le lendemain, 14 juillet, c’est la première d’une autre de ses pièces, Le Quatorze-Juillet5, à l’Alhambra qui sera un immense succès populaire. A l’issue de la représentation, les comédiens saluent le poing levé... Le 30 juillet, il assiste au meeting du Comité mondial contre le fascisme et la guerre. Le 2 août, il est à l’Alhambra. Le 9 août, il est au parc Saint-Cloud avec 400 000 Parisiens lors d’un grand rassemblement en faveur du désarmement. Le 11 août, il est reçu à la mairie de Clamecy… Mais, en juillet, l’Espagne s’embrase. Républicains et franquistes s’affrontent. RR rédige : « Aide à l’Espagne », « A tous les peuples : au secours des victimes d’Espagne », etc.
En août, débute le premier des encombrants procès de Moscou. Là, RR se tait. Lors des procès suivants, il écrit à Staline. L’inauguration du stade R-R, en 1938, a lieu en pleine crise des Sudètes, un mois avant la capitulation des démocraties devant Hitler à la conférence de Munich (29-30 septembre). En octobre, paraîtra son Robespierre.

Clamecy, le Front populaire et RR

Cette actualité n’est pas sans avoir des répercussions à Clamecy. En septembre 1937, Thaelmann est fait citoyen d’honneur de la ville. Après le décès, à 45 ans, du secrétaire de rédaction de L’Humanité (dont les obsèques, le 16 octobre 1937, sont une des dernières occasions d’un grand rassemblement des forces du Front populaire), la ville rebaptise l’ancienne rue de Pressures rue Paul Vaillant-Couturier (11 décembre 1937). L’achat de masques à gaz est à l’ordre du jour des séances du conseil municipal des 1er avril 1938 et 4 avril 1939…
Cependant… Un vent de liberté parcourt la France depuis les premières mesures du gouvernement de Léon Blum : congés payés, grandes manifestations de masse, mesures concernant le sport… Le secrétaire d’Etat à l’Organisation des sports et des loisirs, Léo Lagrange6, obtient des crédits pour aider les municipalités à créer leurs équipements7. Ses services exposent des maquettes de stade communal, piscines, terrain de sport, etc., lors de l’Exposition universelle de 1937. Justement, soucieuse d’offrir des équipements sportifs à ses administrés, en particulier un stade, la cité des flotteurs, recherche le terrain idéal. En septembre 1936, elle croit le trouver rue Henri-Barbusse, mais la transaction échoue. Une nouvelle occasion se présente en 1937 lorsqu’un agriculteur vient se plaindre à la mairie que le pré où paissent ses vaches est envahi par des gens qui vont se baigner dans l’Yonne. Le 19 mai 1937, la ville achète le pré de la Tambourinette à Mlle Bourbon8 dans le but d’y aménager une baignade, des jeux, etc. Elle confie à M. Marcel Dravigny, entrepreneur à Clamecy, les aménagements des défenses de rive et l’installation de 50 cabines et 3 plongeoirs. Les travaux de terrassement sont « exécutés en régie par les chômeurs de la ville8 ». A cela, s’ajoutent, selon L’Humanité du 29 septembre 1938, des « courts de tennis, vestiaires, piste en cendrée, piste de sable, sautoirs et terrains de basket ». Le 22 août 1938, les travaux d’aménagement sont achevés et la municipalité donne à la baignade le nom de stade Romain-Rolland.
Cependant, dès septembre 1938, la demande d’un terrain de « football, jeu de boules et fronton de pelote basque8 » resurgit. L’achat d’un pré voisin de la Tambourinette est envisagé. La question d’une subvention pour l’extension du stade-RR est à l’ordre du jour du conseil municipal du 4 avril 1939. Juste après la guerre, la ville acquiert le parc Vauvert où seront aménagées des aires de sport.

Le 28 août 1938 : inauguration du stade RR

Mais pour l’heure, il s’agit de marquer l’étape accomplie. La ville organise une grande fête populaire le 28 août 1938 pour inaugurer le stade. Le maire, communiste lui aussi, M. Bigot9, qui a succédé à M. Lamoine décédé, rend personnellement visite à RR à Vézelay pour l’inviter. Le parti délègue son plus brillant orateur, Jacques Duclos10.
Un grand « banquet républicain » à l’hôtel de ville ouvre les festivités. Puis, au son des fanfares de Clamecy et de l’Harmonie des vignerons d’Irancy, tous ces bons républicains gagnent le stade à pied, suivis d’une foule considérable. Là, les attendent RR, sa femme et l’écrivain américain Waldo Franck. Les discours des « élus ouvriers » se succèdent. Chacun dédie le stade et cette journée à l’enfant du pays, l’apôtre de la paix, le « grand ouvrier de la plume11 », RR. Jacques Duclos élargit le débat aux problèmes du temps : « la loi des 40 heures qui est menacée », le risque de « revenir au blé à 60 francs », au moment où il y a « plus de 340 000 chômeurs ». Il termine par un appel contre le fascisme, destructeur de civilisation.
RR et Jacques Duclos se donnent l’accolade. On chante la Marseillaise et l’Internationale… Concert des vignerons d’Irancy, joutes sur l’Yonne et bal de nuit à l’hôtel de ville complètent cette grande manifestation de Front populaire.

Anne Dourneau.



1. L’AEAR : association des écrivains et artistes révolutionnaires.
2. Paul Vaillant-Couturier (1892-1937), député de la Seine à partir de 1919, est rédacteur en chef de L’Humanité dès 1926. Il pouvait galvaniser les foules.
3. Ernst Thaelmann. Il est emprisonné à Bautzen. Transféré au camp de concentration de Buchenwald, il est exécuté sur ordre de Hitler, le 18 août 1944.
4. La représentation est subventionnée par les ministères de Léo Lagrange et Jean Zay (ministre de l’Education nationale).
5. Danton date de 1899-1900 et Le Quatorze-Juillet de 1902. A la demande de Jean Zay, la réalisation du rideau d’une scène de la pièce est confiée à Pablo Picasso.
6. Premier secrétaire d’Etat à l’Organisation des sports et des loisirs de juin 1936 à avril 1938, Léo Lagrange, avocat, socialiste, reste à son poste sous le cabinet Chautemps qui succède à Léon Blum, puis sous le second cabinet Blum (mars-avril 1938).
7. En 1936, seules 4 000 communes ont déjà un stade ou un terrain de sport. 87 millions de francs seront dépensés en 2 ans : 21 parcs de sport, 33 piscines, 1 100 terrains de jeu simples ou aménagés. En France, où le cyclisme prend son essor avant le football, les premiers stades sont des vélodromes avec en leur centre une étendue gazonnée dédiée au football. Le Parc des Princes date de 1897 et le Vél’ d’Hiv’, salle couverte de sinistre mémoire (rafle des 16 et 17 juillet 1942) aujourd’hui disparue, de 1910.
8. Archives de Clamecy, cote 3R3 et 1D22 pour les registres de délibération du conseil municipal.
9. Lors de l’élection complémentaire du 24 avril 1938, « la liste de Front populaire » remporte les 4 postes à pourvoir. Jules Bigot (1886-1976), ancien conseiller municipal, retraité des P.T.T., et Armand Beauchet, mécanicien au P.L.M., sont élus. M. Bigot devient maire le 3 mai 1938. Mais son élection sera invalidée, car il ne résidait plus à Clamecy, mais à Montsauche. M. Laudinet lui succède le 19 mars 1939.
10. Jacques Duclos (1896-1975), chef pâtissier, adhère au parti communiste dès sa fondation en 1920. Numéro 2 du parti à partir de 1932, il appelle au rapprochement avec les socialistes et les radicaux en 1934. En 1936, il est vice-président de l’Assemblée nationale.
11. Discours du maire, M. Bigot, La Tribune, 30 août 1938.


JUILLET 2009 (N°24)




3. Le stade Romain Rolland

Le 28 août 1938, la municipalité de Front populaire de Clamecy1 inaugure le stade Romain-Rolland lors d’une grande fête populaire (cf. Le Picot n° 23). La ville2 se proposait, dès 1930, de créer un stade au lieudit la Carie. Mais le projet, pourtant classé 1re urgence en décembre 1931 par la préfecture de Nevers, n’aboutit pas. Il faudra attendre l’achat, en mai 1937, d’un pré au bord de l’Yonne pour voir la réalisation d’« une plage populaire », complétée par des équipements sportifs de plein air à la Tambourinette, qui reçoit le nom de « stade R-R ».

Le temps des plages au bord de l’Yonne

Comme le rappelle le texte de Julien Angerand (cf. ci-contre), il y avait à Clamecy jusqu’à la Libération deux plages distinctes. La plage populaire créée en 1938 vient rivaliser avec la plage privée, dite plage Brulfer, située en aval, qui est antérieure. Lorsqu’on consulte le plan d’aménagement du pré de la Tambourinette3, daté du 22 février 1938, on constate qu’il s’inspire au départ de la plage existante qui est équipée d’un grand plongeoir, d’un ponton et de cabines. Approuvé par la municipalité le 29 mars 1938, l’aménagement de la « plage populaire » de la Tambourinette est financé par un emprunt de 80 000 francs « gagé sur des centimes ». Ensuite, seront ajoutés (11 avril 1938) des équipements complémentaires d’athlétisme, de gymnastique et des jeux (financés par un nouvel emprunt de 300 000 francs).
De l’entrée (avec « parc à voitures »…) jusqu’au bout de la plage, le plan prévoit : 2 fois 25 cabines masculines et féminines, des W-C, une buvette, des balançoires ; une piste (150 m X 10 m) de sautoir (hauteur, longueur, perche) ; un espace de lancer de poids, des agrès ; un terrain de basket ; 3 plongeoirs au droit desquels la rivière a été approfondie ; des bancs en ciment et un massif de peupliers. Le contenu d’un bateau de sable de la Loire est répandu au bord de l’eau créant une plage proprement dite (30 m sur 8 m).
Sur le plan d’extension du stade (daté du 20 juillet 1938), un court de tennis a été ajouté sur le pré d’origine. Etait-il déjà réalisé lors de l’inauguration le 28 août 19384 ? Ce second plan du voyer anticipe l’acquisition d’un pré attenant et parallèle au premier, d’une superficie de 4 hectares environ, où serait créé le terrain de football, ainsi que jeu de boule, fronton de pelote basque et un jardin. Or le pré en question appartient à M. Lavalette qui refuse de le vendre.
Cependant, la demande d’équipements sportifs se fait d’autant plus forte que, depuis les arrêtés du 23 mars et 11 juillet 1938 qui rendent obligatoire la pratique des sports dans les écoles, la commune est tenue de mettre à leur disposition les terrains appropriés et donc le stade RR. La perspective de l’édification du barrage de Pannecière5 en amont sur l’Yonne supprimant tout risque de crue, on reparle d’exproprier M. Lavalette pour cause d’utilité publique (1er mars 1939). Mais la guerre survient avant que ces beaux projets ne soient réalisés.
Dès juillet 1940, les Allemands se baignent sur les 2 plages. La plage Brulfer sera abandonnée après 1945. La Tambourinette (le nom de « stade R-R » s’est perdu) bénéficiera de nouveaux aménagements - notamment l’édification d’un bar-restaurant, sous les mandats de MM. Paulus et Pierre Barbier6. Mais, peu à peu, la fréquentation de la baignade décline. En cause, la température de l’eau qui a baissé depuis l’édification du barrage de Pannecière et la pollution. En 1972, selon un article du Journal du Centre, les peupliers de la plage, derniers vestiges de l’ordonnancement d’origine, sont abattus. La municipalité de M. Lebon6 vote la construction d’une piscine (bassin couvert, bassin d’été au sein d’un complexe sportif). Le choix du site fut longtemps le sujet de polémiques. Fallait-il construire ou non la piscine au bord de la plage ? L’équipe de M. Bardin6 opte pour le Pré-Lecomte. L’ouverture de la piscine en 1978 signe l’arrêt de mort de la baignade populaire, désormais sans surveillance.

Les « élus ouvriers »

Lors de l’inauguration du stade en 1938, tous les courants de la gauche unie sont présents. Jacques Duclos, numéro 2 du parti communiste, le maire, Jules Bigot, communiste lui aussi, Louis Marcelot, conseiller municipal et conseiller général de Clamecy, socialiste, Raoul Naudin7, député de la Nièvre, républicain radical et radical socialiste, et Amédée Dunois, responsable du parti socialiste, se succèdent à la tribune.


M. Bigot, maire, à la tribune lors de l’inauguration du stade le 28 août 1938

Jules Bigot (1886-1976), qui a créé la section locale du P.C, retraité des P.T.T., est maire depuis le 3 mai 1938. Mais son élection sera invalidée, car il résidait à Montsauche8. Amédée Dunois (1878-1945), de son vrai nom Amédée Catonné, est journaliste. Ce 28 août 1938, le discours qu’il prononce est entièrement consacré à RR et à son œuvre littéraire. Originaire de Clamecy9, il donne, en 1906, une contribution sur Claude Tillier à la Société académique nivernaise. C’est lui qui retrouve et publie dans le bulletin de la SSAC, le premier pamphlet de Claude Tillier.


Assis de gauche à droite, RR, Jacques Duclos et Mme Bigot.

Mais c’est avant tout un militant. Il rejoint la SFIO en 1912, puis intègre la rédaction de L’Humanité où il devient un proche de Jean Jaurès. Le député nivernais Alfred Massé, lui rendant hommage en 1946, raconte qu’il était « assis aux côtés de Jean Jaurès lorsque celui-ci fut lâchement assassiné10 ». Opposé à la guerre de 1914-1918 et à son acceptation par la majorité de la SFIO, il milite avec différents pacifistes, tels Jean Longuet, Pierre Monatte, Alfred Rosmer, Boris Souvarine… Il participe à la création de la Section française de l’Internationale communiste (SFIC, futur PCF), mais quitte le parti en 1927, et adhère à nouveau à la SFIO en 1930. Durant la guerre, il est de ceux qui reconstituent le P.S. clandestin et collaborent au journal Le Populaire11. Il est arrêté et envoyé à Compiègne. Il sera déporté le 4 juin 1944, au camp de concentration de Neuengammen, en février 1945, très malade il est transféré à Bergen-Belsen où il meurt le 21 mars 194512. Cité à l’ordre de la Nation dans les termes suivants : « Membre actif de la Résistance, a assuré pendant l’Occupation, malgré le danger couru, la rédaction d’un journal patriote. S’est voué tout entier à cette tâche, faisant preuve d’une compétence exceptionnelle et d’un sentiment élevé du devoir…10 » Ultime hommage de la ville, depuis décembre 1947, le quai Saint-Roch porte son nom13.

Les valeurs de l’esprit

On peut s’étonner aujourd’hui qu’on ait baptisé un stade de sport de plein air du nom d’un écrivain. Ne lui donnerait-on pas plutôt le nom d’un sportif ou d’un élu local ? RR lui-même s’en réjouit dans une lettre qu’il adresse à M. Bigot, au lendemain de l’inauguration. « Je ne puis vous dire combien j’ai été touché de la magnifique fête organisée par la municipalité. L’enfant de Clamecy que je suis ne se doutait guère quand il était écolier au vieux collège, qu’un stade du peuple serait ouvert dans ce beau cadre de la rivière et des collines qui lui est cher, et que dans ce stade qui porte son nom, une telle consécration lui serait rendue. J’en suis profondément ému et reconnaissant. Je reporte sur mon pays natal tout l’honneur que je reçois de lui ; et si j’ai pu conquérir quelque renom, j’entends bien, comme il est juste, que le pays en bénéficie et que le nom de Clamecy soit associé au mien… »
On retrouve là encore l’esprit de l’union des intellectuels et des ouvriers, cher au Front populaire. Inaugurer le stade un mois avant la conférence de Munich, c’est comme un répit face à la guerre qui menace. Car toutes ces forces de la gauche unies ce jour-là à Clamecy sont conscientes de la menace que le fascisme fait peser sur les libertés et sur la paix. La ville n’a-t-elle pas fait Thaelmann citoyen d’honneur de Clamecy en 1937 ? Ce que Georges Bénichou, journaliste, exprime ainsi dans L’Humanité du 28 août 1938 : « L’inauguration du stade R-R apparaît comme un acte de défense de l’esprit menacé par la barbarie. […] Ce sera pour les communistes une nouvelle affirmation de leur volonté de ne pas séparer la lutte pour le bonheur du peuple de ce pays des valeurs de l’esprit… »

Anne Dourneau.



[Je remercie chaleureusement la SSAC, la mairie de Clamecy, Mme Sollier, fille de Jules Bigot, et M. Boudard.]
1. Municipalité communiste menée par M. Lamoine (1935-1938), puis M. Jules Bigot (mai 1938 - mars 1939).
2. André Renard, maire de 1923 à 1935.
3. Archives de Nevers, cote T 1175 (cote qui m’a été indiquée par M. Boudard).
4. L’article de L’Humanité du 29 août 1938 mentionne des courts de tennis.
5. Commencés en 1939 mais interrompus par la guerre, les travaux d’édification du barrage ne seront achevés qu’en 1949.
6. M. Paulus (décembre 1946 – mars 1959) ; M. Pierre Barbier (mars 1959 - mars 1971) ; M. Lebon (juin 1972 - mars 1977) ; M. Bardin (avril 1977 - mars 2008).
7. Raoul Naudin, né en 1889 à Vitry-Laché (Nièvre), décédé en 1976 à Paris, est député de mai 1936 à mai 1942.
8. Après la guerre, il est maire de Montsauche et conseiller général du canton (1945-1949). Un certain François Mitterrand, déjà député de la Nièvre, lui ravit ce dernier poste en 1949.
9. « Son père, agent-voyer à Clamecy à la fin du XIXe siècle, a dirigé les travaux d’adduction d’eau potable à Clamecy, en 1895-1896, à partir d’une source située à Villiers-sur-Beuvron. » [Fascicule des rues de Clamecy, André Binet, 1925 (Fonds de la SSAC).]
10. « Nos morts », Alfred Massé, in Société académique de Nivernais, 1946.
11. Le Populaire, fondé en 1916, par des socialistes hostiles à la guerre devient en 1921 l’organe de la SFIO. Jean Longuet, petit-fils de Karl Marx, en est le premier directeur politique. Léon Blum occupe le poste de 1921 à 1940, de 1942 à sa déportation, en 1943, et de 1945 à sa mort, en 1950. Pierre Brossolette compte parmi les rédacteurs des années 1930. Après l’invasion allemande, il cesse de paraître. Mais le Comité d’action socialiste (CAS), fondé par Daniel Mayer en mars 1941, crée le journal Socialisme et Liberté, qui devient en mai 1942 Le Populaire clandestin (35 numéros parus à partir de début 1942, tirant à 70 000 exemplaires environ).
12. Le Livre de la mémoire, mémorial de Bergen-Belsen, 2005.
13. Le registre de délibération du conseil municipal précise : « né à Clamecy, fusillé par les Allemands ». Or, selon d’autres sources, il est né à Moulins-Engilbert.

A propos du stade Romain Rolland

Né en 1936, je ne peux pas donner de précisions sur une époque que je n’ai pas connue. Par contre, une certitude : vous auriez fait « bramer » mon père* par l’illustration qui accompagne le texte (p. 14, en haut, à droite). Cette photo, stade nautique vers 1950, représente la « plage à Brulfer ». Rien à voir avec R.R. et le Front Populaire ! C’était la plage privée de la SPCC.
Elle se situait entre les deux déversoirs, en aval de la Tambourinette et en amont du pertuis des Jeux.
Les plongeoirs du stade R.R., eux, se trouvaient juste en dessous de la potence où Lucien Naudot nous apprenait à nager. (photo de la p.15)
Je me souviens de ces installations pour les avoir utilisées juste après guerre.
C’était aussi, là, que se déroulaient les épreuves du Brevet sportif.

Julien Angerand.


* Mon père était conseiller municipal du temps du « Père Lamoine ». (C’est ainsi qu’il l’appelait)




OCTOBRE 2009 (N°25)




Les Burard, cordiers à Clamecy

La maison Burard fut fondée au XIXe siècle par Auguste Burard qui venait de Montbard et était lui même fils et petit-fils de cordiers. Il s’était installé à Clamecy en fonction de la demande liée en très grande partie au canal du Nivernais et aux dernières années du flottage effectué par péniche après le dernier train de bois de 1877. Le flottage s’étant arrêté définitivement en 1923. Il s’agissait de fournir les cordages indispensables à la batellerie, au halage et à l’agriculture. La naissance de la SPCC a certainement bénéficié à l’épanouissement de cet artisanat.

Les promeneurs s’arrêtaient souvent pour regarder fonctionner la corderie. Elle était située sur la butte des Chaumes, là où se tenait la fête de La Butte organisée par La Gigouillette(1) qui vient de suspendre son activité. Les machines étaient installées dans une cabane de bois goudronné bâtie en 1893 et qui fût démolie, un siècle plus tard, à la fin des années quatre-vingt-dix. Une rangée de poteaux équipés de râteaux servant à écarter les fils s’étirait jusqu’à la Colonne(2). Il arrivait que pour des cordages de grande longueur, Jean Burard, le petit fils d’Auguste, installe ces poteaux jusqu’au milieu du Crôt-Pinçon. Les banquettes étaient encore herbues et il suffisait de faire des avant-trous avec une barre à mine et de les glisser pour les récupérer ensuite.

Le travail allait du cardage du lin, du chanvre ou du sisal à la confection même des cordages.

La première étape était le cardage. Les enfants du quartier que nous étions, traînaient toujours vers son atelier. Nous aimions regarder Jean Burard travailler. Le cardage des fibres sentait bon et nous avions parfois le privilège de l’aider aux tâches les plus rudimentaires et qui ne présentaient pas de danger. Nous pouvions, avec nos canifs, tailler les ficelles récupérées du bottelage pour en détacher le nœud qui refusait de passer et lui donner les fils en petites liasses. On ne jetait rien, à l’époque. Mais il utilisait, généralement, des ballots de fibres du commerce.
Il filait ensuite ces fibres pour obtenir de grosses bobines qui se positionnaient sur les dévidoirs installés dans l’atelier au moment de la fabrication des cordes.

Le tordage des cordes constituait l’activité la plus attractive. Nous prenions chacun un fil et nous devions nous suivre en les tirant pour les positionner, l’un après l’autre, entre les dents des râteaux sans les emmêler. Parmi ces fils s’inséraient parfois un ou plusieurs filins d’acier constituant l’âme, utile au renforcement des cordages destinés au levage de charges. Nous connaissions très bien ce produit car il alimentait une autre « industrie », celle de la fabrication d’arcs confectionnés avec les chutes qu’il nous donnait. La tâche la plus rébarbative était de frotter le chanvre avec un liquide poisseux à base de farine, de soude caustique et d’eau qui sentait mauvais mais collait les fibres pour atténuer l’usure des cordes.
Venait ensuite l’opération la plus délicate, celle de la fabrication des cordes ou des câbles. Chaque fil était noué aux crochets de la toronneuse. Nous avions parfois la tâche « importante » de mettre la machine en route et Jean, qui était à l’autre extrémité du chantier attendait que la machine le tracte, il résistait pour que la corde soit bien roulée, avec un moule(3) en bois derrière lequel se torsadaient les fils. Il les soulevait au passage des râteaux pour éviter d’en casser les dents, et arrivait jusqu’à l’atelier où d’un geste précis il coupait la machine.
Cette opération était dangereuse car on pouvait se faire happer par les fils sous l’effet de la tordeuse. Nous nous tenions bien à l’écart et Jean, lui-même, s’en méfiait comme de la peste…
Ensuite, les cordes ou les câbles étaient terminés par des épissures ou des boucles que Jean confectionnait. Ce travail était délicat et on avait fait appel à lui pour réaliser celles du pont de Tancarville. Il ne restait plus, alors, que très peu de cordiers en France et depuis, la technologie de fabrication des cordages a considérablement évolué avec l’industrie. Les câbles étant aujourd’hui manchonnés à leurs extrémités.
L’activité s’est progressivement ralentie après la seconde guerre mondiale et dans les années soixante-dix, le magasin installé au centre ville était devenu un magasin d’articles de pêche pour l’essentiel de son activité qui s’est arrêtée définitivement dans les années 80.

Propos recueillis auprès de Frédérique Burard par Yves Pupulin.
Les informations concernant le flottage proviennent de M. Emile Guillien que nous remercions.



1) - La Gigouillette : organisme d’entraide au bénéfice des personnes âgées fut fondée par Pierre Burard, fils d’Auguste Burard et Lucien Stengel coiffeur à Clamecy.
2) - La Colonne : monument élevé par souscription publique en 1884 pour honorer la mémoire des résistants au coup d’Etat de Louis Napoléon Bonaparte le 2 décembre 1851.
3) - Le moule était un cône constitué de bois dur, du cornouiller par exemple. Il avait autant d’encoches que la corde avait de fils et était percé en son centre pour le passage de l’âme constituée de chanvre ou d’acier. On le maintenait en le tirant en arrière par une tige qui traversait le moule.





ETABt des PONTS VERTS

L. MARCELOT & ses FILS


horticulteur - paysagiste - arbres – fleurs

Si Louis Marcelot (LM) n’a pas sa rue à Clamecy, du moins a-t-il encore son nom sur la maison qui fut la sienne aux Ponts Verts. Mais qui se souvient aujourd’hui que le pépiniériste a occupé l’espace politique local pendant une bonne vingtaine d’années entre 1919 et 1944 ? Elu ouvrier lui aussi1, il était présent, le 22 août 1938, lors de l’inauguration du stade RR, aujourd’hui disparu. A ce titre, il a sa place dans cette chronique consacrée aux lieux de la mémoire de RR, dont il fut l’ami. Pour revenir sur la vie et la personnalité de cet enfant du pays, j’ai bénéficié de l’aide d’un personnage de taille, Charles Milandre2. Le cahier consacré aux élections locales de 1930 à 1936, où il a collé les articles parus dans les journaux locaux qu’il commente en marge avec verve, intelligence et causticité, va nous permettre de suivre, dans cette première partie, parfois au jour le jour, la façon dont la cité bourgeoise a viré au rouge en 1935.

1887 : naissance, à Tannay, d’un « maître-ès-raisins »

Fils d’un boulanger, Louis Alexandre naît, en 1877, rue d’Enfer à Tannay. A 14 ans, il entre comme apprenti chez les frères Borneau, horticulteurs aux Ponts-Verts à Clamecy, puis s’en va parfaire sa culture chez un maraîcher parisien. S’il fait ensuite un tour de France de jardinier dans les maisons bourgeoises avant de revenir s’installer comme pépiniériste à Clamecy, ne nous y trompons pas, la véritable passion de cet as du sécateur, c’est la vigne.
De petite taille (il mesure 1,63 mètre3), il porte la moustache, ce qui représente déjà un acte de défi dans la société très codifiée du Clamecy d’avant 1914. « Les larbins n’y avaient pas droit », aimait-il à répéter. C’est un sportif. Il fera à vélo jusqu’à 89 ans les allers et retours à Tannay où se trouvent ses vignes.
De novembre 1898 à septembre 1901, il fait son service militaire dans le 16e Régiment de chasseurs à cheval à Beaune. De retour à la vie civile, il épouse, à Arc-et-Senans (Doubs), Charlotte Marceline Aimé (12 octobre 1901), puis reprend son tour de France. En 1902, le couple réside à Nuits-Saint-Georges où naît une première fille, puis on les retrouve à Saint-Aubin (Saône-et-Loire), lorsque naît la seconde, en 1905.

Lorsqu’il rentre au pays, en 1906, et s’installe quai des Ponts-Verts, le quartier vient de subir de profondes transformations. Le canal pittoresque qui longeait les anciens murs de la ville, du pont aux Chiches jusqu’au port Saint-Roch, a été remblayé pour raisons d’hygiène. Mais, à l’extrémité de la nouvelle avenue de la République, Louis retrouve l’ancien pont de bois sur le Beuvron qui mène à sa demeure. (Le pont actuel en béton armé ne sera construit qu’en 1928.) Ce coin semble être le domaine de l’horticulture à Clamecy depuis des lustres, comme en témoigne l’ancien nom du pont, « pont des Didier, jardiniers du quartier4 ». En octobre 1908, il reprend l’Etablissement des Ponts-Verts.

La Grande Guerre

[…5] Pendant 4 ans et demi, LM a parcouru la France en guerre. Démobilisé le 6 janvier 1919, il rentre au pays où sa femme a maintenu la maison d’horticulture comme elle a pu, vendant des fleurs coupées. Quant à sa pépinière6, elle est inutilisable et, de surcroît, on lui réclame l’argent du fermage. Si les bourgeois de Clamecy qu’il dit arrogants l’intimident encore – il se tient droit devant eux, tournant son chapeau dans ses mains -, il va peu à peu prendre de l’assurance et décide de se lancer dans la politique. Battu aux municipales de 1919, il est élu conseiller en 1925 sur la liste d’Action laïque, démocratique et sociale qui rassemble radicaux-socialistes (dont André Renard) et socialistes. Il est conseiller d’arrondissement en 1929.

Louis Marcelot, Marceline, sa femme et leurs 4 enfants vers 1920-22

A nous deux Clamecy !

Lorsque LM se présente au conseil général, en juillet 1930, après avoir reçu l’investiture de la S.F.I.O., le gouvernement vient de déposer un projet de loi interdisant les plantations hybrides. LM, qui signe ses proclamations « pépiniériste-vigneron », monte au feu. Il fait paraître dans L’Echo de Clamecy du 26 juillet 1930 un texte intitulé : « A mes amis les cultivateurs » « Groupez-vous et adressez-moi vos protestations […] Attention, ne soyez pas apathiques ou indifférents.... ». Son adversaire est André Renard, maire de Clamecy, radical-socialiste7. Charles Milandre, qui a de l’esprit et du style, commente : « Le champ clos est ouvert entre Marcelot, maître-ès-raisins, et André Renard qui les trouva jadis fort verts… » Il arrive en tête lors des 2 tours, ce qui fait écrire à Charles de Brhay dans L’Indépendance : « LM a bénéficié de sa vigoureuse campagne en faveur de la vigne et des bouilleurs de cru. » Et à Milandre : « La veste radicale est indiscutable. […] Et puis on ne mange pas du curé impunément pendant un demi-siècle ; c’est un plat indigeste… » Il le sera en effet quelques années plus tard, mais n’anticipons pas. Cependant, l’année suivante (septembre 1931), le Dr. Brésard, médecin et chirurgien renommé, lui ravit la place8. A l’instar des conseillers communistes Bigot et Laguinier, LM démissionne de son mandat de conseiller municipal, conjointement avec 2 autres SFIO, Laudinet et André Pellet.
Mais il n’abandonne pas la partie. En 1934, lors des élections du conseil d’arrondissement, il rédige une affiche de soutien au candidat SFIO, dont le texte réjouit Milandre. Au fond, que lui reproche l’ingénieur des Arts et Métiers ? Son engagement SFIO et sa prose… « Marcelot qui est un brave homme et un rude travailleur… » ; « Marcelot qui tient mieux le sécateur que la plume… » […] « Ah ! Marcelot, mon ami, cultivez le Rayon d’or qui donne du si bon vin de Tannay et laissez-là la prose, surtout la prose électorale… »

Les municipales de 1935

Arrivent les élections municipales de mai 1935. « Jamais élections ne s’annoncent sous de plus calmes auspices. […] Jusqu’en avril, les journaux observent un mutisme absolu sur les élections. », écrit notre chroniqueur. Trois listes sont en présence : la liste modérée menée par le Dr. Subert9, celle des radicaux d’André Renard10 et celle de LM, qui visant ni plus ni moins la mairie, est, avec J.-B. Bertrand, communiste, en tête de la liste d’action ouvrière et antifasciste11.
« Le matin du 5 mai [jour du 1er tour (NDLR)], je rencontre Marcelot qui montait à la gare accompagné de son fils aîné établi à Avallon… Je leur dis en passant : “Je salue le futur maire de Clamecy.” Les deux Marcelot s’esclaffent… “Vous en avez de bonnes !” Et le lendemain, je rencontre à nouveau Marcelot, endimanché, se rendant à Nevers à l’enterrement du Dr. Merle, qui m’apprend que lui seul est élu au 1er tour. Il n’est pas loin d’admettre que je suis un peu sorcier. » L’Indépendance, L’Echo de Clamecy n’ont que louanges pour le lauréat : « l’actif pépiniériste », « il est accueillant, serviable. Les électeurs ont écarté l’étiquette politique pour ne voir que la droiture et l’honnêteté…12 », etc. Entre les 2 tours, LM se démène pour faire élire ses colistiers. La Dépêche publie un appel qu’il rédige en leur faveur et qu’il conclut ainsi : « A bas les décrets-lois, le fascisme et la guerre… »
Milandre reproche aussi à LM de manquer de flair politique. Mais qu’en est-il du camp adverse ? Au lendemain du 1er tour, laissons l’ingénieur analyser avec finesse la stratégie des radicaux.
« A. Renard se rend-il bien compte de ce qui peut arriver ? Je ne le crois pas. Il pense que la liste des “intérêts communaux” va se désister en faveur des radicaux. Il demande à consulter son “comité”, le fameux comité dont l’organisation radicale-socialiste ne peut plus se passer et qui est plus puissant que les élus eux-mêmes ! Etrange conception de la politique qui a toujours dominé le parti radical et qui finira par l’amener à sa perte. Le comité radical se réunit au Café de France » pour débattre de l’éventualité d’un accord avec les modérés qui veulent bien retirer leur liste, mais réclament 6 ou 7 sièges. Là, Emile Marié, ex-3e adjoint et non candidat, lance ce cri lourd de conséquences : « Jamais ! Pas de calotins avec nous ! » et les radicaux repoussent à l’unanimité la proposition des modérés.
« Pour le moins prévenu, le résultat ne pouvait être douteux. Les modérés se retiraient de la lutte, ulcérés par l’intransigeance des radicaux13. […] Le mot d’ordre circula : “Ne votez pas pour la liste Renard.” » Et Milandre de conclure : « On eut 3 radicaux et le reste de la liste Marcelot. » A. Renard est battu de 4 voix ! (Il obtient 522 voix, le premier de la liste adverse, Laguinier, en ayant obtenu 644.) Voilà « les radicaux sectaires enterrés au chant de l’Internationale14. »

« La journée des Dupes »

Le 19 mai, les nouveaux élus se réunissent pour élire le maire. Les participants sont-ils arrivés en avance ? Marcelot était-il en retard ? Toujours est-il que lorsqu’il arrive, Lamoine, ancien conducteur chef du PLM retraité, vient d’être désigné premier magistrat. LM assiste à l’élection des 2 adjoints (MM. Couillaud et Laudinet), le poste ne lui étant pas proposé. « Ce fut la journée des Dupes… » LM en a gros sur la patate et il se charge de faire savoir à Clamecy qui sont ses « amis ». Peut-être se souvient-t-il que Milandre l’avait mis en garde, qu’il lui avait déconseillé de mettre tant de cheminots communistes sur sa liste…
Le feuilleton se poursuit dans la presse locale. Le 25 mai 1935, les enfants du débarqué font paraître une lettre ouverte à leur père14. « Heureusement pour toi, pour notre mère…, ceux que tu as mené à la victoire ne t’offraient même pas la place de maire et te traitaient comme leur 23e conseiller… » Lettre d’une ironie mordante, « à laquelle se croit obligé de répondre Ernest Mandron14, dit Nénesse, le bistro du café-hôtel de la Gare… Quelle cuisine ! » Avec des considérations du niveau des brèves de comptoir, telle : « Mme Marcelot a dit à ma femme qu’elle partirait si tu devenais maire... », Mandron explique à LM que, au fond, on lui a rendu service en ne lui proposant pas le poste. Ce qu’on appelle un bon copain ! Que le pépiniériste ait été partagé face à l’éventualité d’être élu maire, cela ne fait aucun doute. Mme Marcelot, qui avait maintenu seule l’entreprise pendant la guerre, savait ce que signifiait au quotidien un mari entrepreneur absent. Désintéressé, le couple n’a, semble-t-il, pas envisagé qu’un maire recevait une indemnité. Lamoine, lui, ne l’oublie pas : Milandre note qu’il se fait allouer d’emblée une indemnité de 10 000 francs.

Clamecy la Rouge15

Clamecy se tait, attend. Que vont faire les « édiles socialo-moscoutaires » ? Leur premier geste sera de substituer le drapeau rouge au drapeau tricolore qui pavoise, depuis 1794, en haut de la tour de la collégiale Saint-Martin. Le sous-préfet se charge de remettre les choses en leur état normal…

A suivre



[Je remercie MM. J.-P. Marcelot et Maurice Viodé de leur confiance et de leur aide. Merci à la SSAC, à la mairie de Clamecy, aux A. D. de la Nièvre et à l’Association Romain Rolland.]

Anne Dourneau.



1. J’ai déjà parlé de J. Duclos, R. Naudin-député, maire de Corbigny et Amédée Catonné dans les nos 23 et 24 du Picot.
2. Charles Milandre (1871-1951), natif de Clamecy, ingénieur des Arts et métiers, fut président de la SSAC en 1931, 1934 et 1937, puis de 1939 à 1946. Je remercie Maurice Viodé qui m’a indiqué l’existence de ce document exceptionnel.
3. AD de la Nièvre, cote R 267.
4. Les Rues de Clamecy, Petit dictionnaire alphabétique topographique et historique des noms de rues… Par A B…, mis à jour en 1972 par M. G…
5. Pour des raisons d’espace, 2 paragraphes ont été supprimés.
6. La pépinière de LM se trouvait à l’endroit où les 43 tirailleurs seront fusillés le 18 juin 1940. Une stèle sera inaugurée sur les lieux le 20 juin 1948.
7. Il y aura aussi un 3e larron, André Sauvan, ingénieur à la SPCC. D’où le report de l’inauguration de Clamecy-plage, création de la SPCC, dite Société du Pince-Cul club du Pré-Valu (le Pré-Valu étant le nom d’un ancien port de flottage qui se trouvait à cet endroit). « L’inauguration du Pince-cul chose a eu lieu le 23 août », note Milandre.
8. Le candidat du PC était Alphonse Lamoine.
9. Frédéric Subert (1875-1969) fut médecin et administrateur de l’hôpital de Clamecy. En 1935, il est conseiller municipal depuis 12 ans. Petit-fils d’A. Sonnié-Moret, l’un des fondateurs de la SSAC, il est très attaché à l’histoire locale.
10. Si André Renard, qui a 74 ans, a pensé ne pas remettre son mandat en jeu, il change d’avis quand il apprend que le Dr. Subert présente sa liste.
11. Respectivement, liste des Intérêts communaux et d’Action sociale et liste du Parti républicain, radical et radical-socialiste. La liste Marcelot est aussi appelée liste du Front commun.
12. L’Indépendance, mai 1935.
13. Même analyse dans Le Petit Clamecycois : « Le scrutin de ballotage du 12 mai s’annonce sous les auspices les plus fâcheuses. […] La liste collectiviste serre de près la liste radicale et le seul élu, le citoyen Marcelot, distance de 50 voix le candidat radical le plus favorisé… ».
14. Jacques Férol, dans L’Indépendance du 1er juin 1935.
15. L’Echo de Clamecy, 25 mai 1935 et jour suivant.
16. Titre de L’Emancipateur, « feuille bolchéviste de Bourges [dixit Milandre NDLR] », lorsqu’il rend compte des résultats du scrutin municipal du 12 mai 1935. »





THIERRY LEROY



Fidèle lecteur du Picot (il devait envoyer à la rédaction des précisions sur les termes « freak et baba » mentionnés dans l’article « Les années 70 à Clamecy » publié dans Le Picot n° 23), Thierry Leroy s’en est allé en août dernier. Quelques jours avant la tenue, à Villiers-sur-Yonne, de la deuxième édition du festival « l’alambic électrique » consacré à la musique des années 70 et dont il était la cheville ouvrière et le programmateur. Il a embarqué sur la « Flying teapot », titre d’un morceau de Gong, groupe franco-anglais mythique fondé par Daevid Allen et est allé rejoindre Pierre Moerlen, Pip Pyle, anciens batteurs de Gong, Hugh Hopper bassiste et co-fondateur de Soft machine, autre groupe phare de l’école de Canterbury Elton Dean, ancien saxophoniste de Soft Machine, et Frank Zappa, guitariste et compositeur américain. Né en 1963 à Villiers-sur-Yonne, Thierry était trop jeune, à l’époque, pour connaître le rock progressif et ses groupes cultes. Il avait découvert plus tard ce genre musical, mélange de styles, de croisements, d’invention. Il en était devenu un spécialiste. Il avait rencontré Daevid Allen qu’il considérait comme l’un des meilleurs guitaristes et était devenu son ami. Lors d’une interview de Daevid Allen qui avait eu lieu dans la maison de Thierry quelques heures après son concert à la MLAC, le fondateur de Gong avait qualifié Thierry de « mon maître », de « notre patron » (voir Picot n° 16). Thierry avait été le producteur exécutif de l’album « Shapeshifter » de Gong sorti en 1992. Les membres du groupe (Daevid Allen, Graham Clark, Didier Malherbe, Keith Bailey, Pip Pyle et Shyaamal Maitra) avaient répété quelques mois auparavant, pendant une semaine à la MLAC. Puis, après la sortie de l’album, Gong s’était produit à la salle polyvalente de Clamecy. Salle que retrouvera Daevid Allen avec son groupe University of Errors en mai 2003. Ce groupe s’est produit, de nouveau, à Clamecy mais à la MLAC, en octobre 2OO6. Thierry projetait de faire venir à Clamecy, cet automne, Gong qui s’est reformé autour de Daevid Allen et de Steve Hillage, guitariste et producteur entre autres de Rachid Taha. Gong vient de sortir un nouvel album « 2032 ». Thierry s’était lié d’amitié avec un autre musicien de la galaxie Gong, Keith « the missile » Bailey, bassiste et fondateur de « Here and now » et qui a accompagné Daevid Allen. Thierry lui avait fait découvrir la Saint Vincent locale, rendez-vous annuel dont le musicien anglais était devenu un habitué. « Here and Now » s’était produit lors de la première édition de « l’alambic électrique » et devait être l’une des têtes d’affiche de la deuxième édition. Autres têtes d’affiche prévues, d’anciens musiciens de Frank Zappa, artiste à qui Thierry vouait une grande admiration et dont il était devenu un spécialiste reconnu. Il avait écrit plusieurs articles dans la presse spécialisée. Pour faire renaître pour certains et faire découvrir pour d’autres le rock des années 70, Thierry avait fondé, en 2005, l’association « La voix du Fromage » réunissant des quadras et quinquas qui avaient connu ce style de musique et des « djeuns ». Thierrry occupait le poste de secrétaire et de programmateur avant d’en devenir plus tard le président. La première édition organisée avec l’aide des « P’tits gars de Villiers » qui s’était tenue les 30 et 31 juillet 2006 sur le terrain de foot de Villiers avait rassemblé six cents spectateurs. Cette passion pour le rock des seventies, il la transmettait sur les ondes de Flotteurs FM dans son émission « A l’Ouest ». Thierry était très attaché à son village et à sa région. Après ses études secondaires au lycée de Clamecy, il avait déjà tâté de la radio, en animant une émission à Nevers. Il avait ensuite travaillé dans l’audiovisuel notamment à Canal+. Mais il venait très souvent se ressourcer à Villiers cultivant sa vigne. La vigne était sa deuxième passion. Depuis un moment Thierry avait quitté Paris pour s’installer définitivement à Villiers. En 2008, il s’était présenté, lors des élections municipales, sur une liste face au maire sortant qui a été réélu. Autre implication, dans Flotteurs FM dont il avait été élu président, poste qu’il occupait encore en août dernier. L’année dernière, il avait suivi une formation en viticulture à Beaune. Il allait s’installer, après avoir acquis du matériel et des vignes comme viticulteur bio…

Frère Joseph.