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JEAN GENET

mercredi 27 juillet 2011, par Le Picot




FÉVRIER 2010 (N°26)




Jean Genet par Giacometti



Cette année 2010 marque le 100e anniversaire de la naissance de l’écrivain Jean Genet, pupille de l’Assistance Publique, élevé jusqu’à treize ans à Alligny-en-Morvan, mort en 1989. L’agence culturelle du Parc du Morvan lui consacre une année d’hommage. De nombreuses animations (expositions, rencontres, débats, spectacles) figurent au programme.


JEAN GENET - le rebelle





" …J’ai vu à METTRAY1
le sang couler de torses d’enfants.
J’en ai vu expirer, tués…
"


Ainsi Jean GENET évoque-t-il la colonie agricole de METTRAY, ce bagne pour enfants, où il a séjourné 30 mois de septembre 1926 à mars 1929 après une enfance passée jusqu’à l’âge de 13 ans à ALLIGNY. Une enfance studieuse qui aurait permis à cet enfant de l’Assistance Publique de rejoindre une école de typographie, plutôt qu’une ferme à laquelle son statut le destinait, s’il n’avait commis un grave délit – voyager en train sans billet - qui le conduisit à « cette prison dont les murs étaient des buissons de roses ». Il était en effet possible de s’en évader facilement, mais on était vite repris grâce au système de la prime que touchait chaque habitant de METTRAY qui poursuivait et arrêtait ces « évadés ». Cela se terminait parfois par la mort d’un enfant comme « le pupille LEPIE évadé le soir du 20 juillet tué d’un coup de fusil par un habitant de Mettray […] qui poursuivait les trois évadés pour toucher la prime ».2
Dans Le miracle de la rose GENET décrit jusqu’à l’insoutenable la violence entre détenus, les bagarres entretenues par les matons, anciens militaires rongés par l’alcool, les viols collectifs, mais aussi sa découverte de l’amour du corps des autres hommes à travers notamment la " féerie " des tatouages, de l’amour d’un codétenu " pendant trois années le garçon le plus beau de la colonie qui contenait une centaine d’adolescents splendides ". Car GENET n’a jamais renié son homosexualité, bien au contraire, il l’a revendiquée à une époque où l’homophobie était encore plus virulente qu’aujourd’hui.

Dans cet univers de brutalité inouïe, GENET découvre RONSARD et recherche la qualité de l’écriture. Il déclarera plus tard qu’il fallait être entendu de RONSARD. " Ce que j’avais à dire à l’ennemi, il fallait le dire dans sa langue, pas dans une langue étrangère qu’aurait été l’argot ". L’ennemi pour GENET ce fut le Nord exploitant le Sud, les anciennes colonies, le blanc écrasant le noir. Rien d’étonnant donc de le retrouver en 1970 aux Etats-Unis aux côtés des " Black Panthers ", de le voir se réjouir de la résistance des Vietnamiens et des Algériens contre l’armée française, militer pour la cause palestinienne3, et soutenir les Syriens contre le général GOURAUD de l’armée française dans laquelle il s’est engagé pour échapper à METTRAY… et dont il désertera 2 fois.
De Jean GENET, il ne faut pas oublier l’anti cléricalisme décapant de Elle pièce de théâtre écrite en 1955 et qui ne fut jouée qu’après sa mort selon sa volonté. Elle, c’est sa sainteté le pape dont il s’attache à détruire le mythe de valeur morale ou philosophique. GENET y dénonce la civilisation prosternée devant les images et les représentations. Son pape en robe blanche, évoluant sur des patins à roulettes ne dit qu’une chose " je ne suis rien, une image plate que vous devez adorer. "
L’agence culturelle du parc du Morvan lui organise une année d’hommage4. Faut-il chercher un paradoxe à rendre hommage à GENET l’inclassable, le dérangeant celui qui disait " Chapeau ! " à MESRINE ?

Jean GENET passera 14 années en tout en prison… souvent pour des vols de livres !

A l’heure où SARKO charge Rachida DATI de réformer l’ordonnance de 1945 qui donne la priorité à l’éducatif sur le répressif dans la partie du code pénal consacrée aux mineurs pour " mieux s’attaquer à toutes les formes de délinquance ", à l’heure où le président5 de la mission parlementaire sur le voile intégral s’emporte contre la " talibanisation de la société " ou assure vouloir " combattre une idéologie barbare ", découvrons, redécouvrons l’esprit de GENET et que sa révolte nous inspire… Ainsi soit-Elle.

Le Picot.


1- Au nord de TOURS (Indre et Loire), extrait du Miracle de la rose. J. GENET
2- Extrait du rapport du Directeur de la colonie
3- Jean Genet fut le premier Européen à pénétrer dans les camps palestiniens de Sabra et Chatila à Beyrouth, au Liban, où, en septembre 1982, les Phalangistes (milices chrétiennes) ont perpétré un massacre sous les yeux de l’armée israélienne et avec son soutien tacite.
4- Programme sur le site genet2010morvan@gmail.com
5- André GERIN Député PCF du Rhône. « Le Monde » 24/25 janvier 2010.