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ANNÉE 2011

N°29 - N°30 - N°31

jeudi 15 septembre 2011, par Le Picot




AVRIL 2011 (N°29)




Une LOI SCÉLÉRATE avec APPLICATION

au 1er janvier 2011 : la loi NOME


Avec la nouvelle Loi Nome, (Nouvelle Organisation du Marché de l’Electricité), concoctée par le gouvernement et passée dans une relative indifférence, EDF a obligation, à partir du 1er janvier 2011, de revendre à ses concurrents jusqu’à 25 % de sa production d’électricité. Un véritable hold-up ! Les fournisseurs d‘électricité vont se voir offrir un quart de la production, que les Français ont déjà payé avec leur facture, pour qu’ils puissent réaliser des profits, au seul bénéfice de leurs actionnaires. Les tarifs d’électricité vont donc augmenter pour permettre la concurrence ! À terme, l’usager peut s’attendre à des hausses de sa facture, comme cela s’est déjà produit pour le gaz. Le principe en est simple, constatant que la concurrence ne fonctionne pas, plus de 96 % des Français restant fidèles à l’opérateur historique (EDF), le gouvernement a donc décidé de la créer artificiellement. C’était simple finalement, ça rappelle un certain référendum du traité constitutionnel sur l’Europe. On oblige une entreprise, qui était un service public à céder une partie de ses atouts à des concurrents qui produisent peu ou pas du tout d’électricité. On donne tout au privé et faites pas chier ! Le prix de l’électricité sera fixé par des groupes privés qui en fait seront des filiales d’un seul et unique groupe ! Rappelez-vous nos autoroutes françaises que nous, nos parents et grands parents avons payé avec nos impôts et qui ont été bradées à de grands groupes privés qui font maintenant un maximum de bénéfices sur notre dos. Un jour, les gens pleureront leurs services publics perdus.

Les nouveaux compteurs EDF !

Pour les fameux compteurs qui devraient être installés bientôt et qui devraient nous être facturés au prix fort (autour de 300 euros), et qui, de surcroît, ne seraient pas fiables : il ne faudra rien signer. Légalement, on ne peut pas refuser à EDF d’accéder aux compteurs, et de les changer : par contre comme nous n’avons rien demandé, nous n’avons aucune obligation de signer quelque document que ce soit, et, du moment que nous n’aurons rien signé, EDF ne peut pas nous obliger à payer ces compteurs.

(Attention aux signatures : aucune, même pour la réception de travaux, etc.)


JUILLET 2011 (N°30)




Forêts en feu.

Ceux qui pensent que Sarko est un mauvais gestionnaire se fourrent le doigt dans l’œil jusqu’au coude. Tout ça n’est qu’affaire d’équilibre. Non pas entre le coude et l’œil, mais entre dépenses et recettes. Tout le monde sait ça. Et ce mec a un don, c’est indéniable. Un véritable don de funambule pour jouer avec les finances publiques et combler le déficit. Aidé, il est vrai par ses conseillers, ses ministres et ses potes bien placés. Alors, comment renflouer les caisses de l’État en allégeant l’I.S.F., en supprimant le bouclier fiscal, en maintenant le soutien financier aux banques et en supprimant l’impôt sur les successions ? En privatisant tout ce qui reste, pardi ! La grande braderie est déjà bien ouverte. La santé, les retraites, l’emploi, les services, les autoroutes et maintenant l’Office National des Forêts. La même technique que pour La Poste, en fractionnant, en créant des filiales. Pour l’O.N.F., plus que tout c’est l’abattage à la chaîne qui rapporte. Y’a pas mieux. Arbres, fonctionnaires, patrimoine. Une bonne coupe à blanc. Nos petites communes ont du mouron à se faire. Elles risquent de voir diminuer fortement leur indépendance et leur stock de bois. Les petits gars de l’O.N.F. ne sont pas contents non plus. Avant la fin de l’année et rien que pour la Bourgogne-Champagne-Ardenne, 20 postes vont être supprimés. Moins de monde sur le terrain, les versements compensatoires en baisse, des services qu’ils vont être sommés de facturer plus cher. Eh oui ! Fini la mutualisation de nos belles forêts. Pour l’instant, seules 1 000 des 11 000 communes forestières de France s’opposent ouvertement au plan de démantèlement de l’O.N.F. Les élus étant représentés au Conseil d’administration de l’O.N.F., il faut souhaiter un effet boule de neige. Plus de maires pour s’opposer à Hervé Gaymard le président du Conseil d’administration de l’Office National des Forêts. Hervé Gaymard qui en 2005, alors qu’il était ministre de l’Économie, des Finances et de l’Industrie a été obligé de démissionner. Il logeait avec ses huit enfants et sa femme dans un duplex parisien de 600 m2, à 14 400 euros par mois. Rassurez-vous, le loyer était payé par l’État. Pendant ce temps-là, Monsieur le Ministre faisait fructifier son appartement tout aussi confortable boulevard St-Michel.
Une histoire d’équilibre, je vous dis !

Thierry Rochet.







INVENTAIRE A LA PREVERT

J’essaie, avec beaucoup d’obstination de me comporter en adulte responsable : sus au gaspi ! Je recycle, je fabrique, je concocte, je récupère ! Bref, j’en transpire, je m’en épuise. L’écologie, c’est chronophage, mais que ne tenterais-je pour toi, belle planète bleue ! Je te fais l’offrande d’une bonne partie de ce temps de retraitée en pensant que mes enfants ne pourront pas se permettre une telle générosité ! Ils ne bénéficieront plus de l’agilité indispensable pour grimper dans les cerisiers ! Et s’ils se baissent pour cueillir les fraises, demeureront le nez planté en terre ! Ils seront simplement aptes à les sucrer ! Mais les jours de morosité, je dois bien admettre : j’essaie de remplir une bassine percée ! Imaginez : je me bats avec une multitude d’objets qui me persécutent comme dans un cauchemar. En résumé, le beau pétrin tout neuf ne survit que si le Seigneur ne nous permet pas de réaliser nous-mêmes notre pain quotidien. D’ailleurs, ce doit être en prévision qu’il les avait multipliés les pains ! Le four multifonctions n’a pas mis le feu à la maison uniquement parce que d’une pièce voisine j’ai pu voir passer de jolies volutes de fumée. L’autopsie de la chose me laissa horrifiée : cela « multifonctionne » un certain temps, mais il vaut mieux éviter de s’en servir si l’on n’a pas le goût du risque. Puis-je vous parler de la machine à laver dont le tambour est passé à travers la cuve en plastique dans un bruit de fin du monde ? J’étais absente, mon mari et ma fille buvaient tranquillement un café. Ils ne purent retenir la mère Denis qui s’enfuit, telle une fusée, en direction du lavoir. Ma chienne en tremble encore ! Un mal pour un bien : tout le monde n’a pas le privilège de posséder une piscine dans sa buanderie à l’entrée de l’été. Il y a aussi le lecteur de cartes multimédia qui dès la première utilisation m’a mis en charpie la carte de mon appareil photo, le papier pour imprimante qui me plante cette dernière, les pantoufles qui me teignent les pieds en bleu, le frigo dont les étagères de porte cassent. Le lavage de jambes au kéfir et au sirop de menthe, je vous recommande, c’est excellent pour la circulation sanguine, surtout le soir avant d’aller se coucher. J’allais oublier l’histoire du GPS neuf dont la carte-mère a lâché dès la première utilisation et le temps passé à essayer de joindre le sav. Quelquefois l’on tente l’aventure de la réparation. « Ma pauvre dame ! » vous dit-on ! Ceci dans le meilleur des cas, c’est-à-dire celui où l’on trouve un interlocuteur. Pauvre dame, mais pauvre monde ! La réparation, chemin semé d’embûches ! J’imagine toutes ces choses entassées au fond de mon jardin ! En tenant compte du fait que tous les évènements relatés ci-dessus se sont produits sur une période d’environ quatre ans j’imagine que dans dix ans il n’y aurait plus beaucoup de place pour mon potager bio ! Mais gain de temps, plus de conserves à faire ! Il me faut préciser que la plupart des produits mentionnés sont de marques connues et pas spécialement bon marché. Je me souviens avec nostalgie de ma machine à laver Vedette décédée à 17 ans. Je possède encore une cuisinière et un réfrigérateur de 30 ans. Ils datent d’une époque révolue où l’on ne parlait pas trop d’obsolescence programmée. L’objet d’alors nous accompagnait fidèlement dans notre vie, il ne nous faisait pas d’histoires !
C’était reposant ! C’était autrefois !

Michèle Podoriézack.




NOVEMBRE 2011 (N°31)




« Heureux les pauvres », lamentable mensonge ;

« Rends à César », ou plutôt « laisse César te rendre ».


L’imagerie pieuse de la secte vaticane reprend à l’infini quelques clichés : le ghetto du Trastevere, décimé par Néron, le culte du poisson dans les mêmes caves où l’on mettait les morts, les citoyens romains, mais chrétiens, pacifistes, que Dioclétien jetait aux bêtes parce qu’ils refusaient de servir dans les légions… Saint Sébastien transpercé de flèches, sainte Germaine aux seins coupés, saint André pendu par les pieds, saint Pierre portant sa tête sous le bras comme un ballon de rugby… Cela fait quand même vingt siècles qu’ils nous prennent pour des cons.

Enfin, ceux qui veulent bien croire : à la Trinité, au martyre, au Jugement dernier, à la prière efficace et à l’individu coupable devant tous les pouvoirs. Mais l’hagiographie, c’est comme TF1 ou les jeux à gratter, il faut mettre l’intelligence en veilleuse pour y croire.
Au regard de l’historien, les images pieuses racontent tout au plus des situations de crise. Le plus souvent, l’église catholique (le mot grec signifiant à la fois « universel » et « totalitaire ») s’est parfaitement inscrite dans les cercles dominants de l’empire romain. C’est clair à partir de 323 quand Constantin en fait l’église officielle, quand Ambroise, archevêque de Milan, négocie avec Alaric, ou Léon Ier, évêque de Rome, avec Attila. Ajoutons que cette église chrétienne a d’ores et déjà proscrit les Juifs, ses ancêtres. Au Moyen-Âge, les évêques, héritiers du pouvoir impérial en décomposition, tiennent le pouvoir économique, l’état-civil, et s’imposent aux féodaux puis aux rois à qui ils imposent le sacre à Reims ou Orléans. L’église vaticane impose sa volonté aux rois de France, d’Espagne, du Portugal, jusqu’en 1789 pour la France. Et ce n’est pas fini : il existe encore en France quatre départements concordataires, où les contribuables salarient les prêtres. La loi républicaine de 1905 n’est pas respectée en Alsace-Moselle ni en Guyane. La France étant, comme chacun sait, la fille aînée de l’Église, l’archevêque de Lyon est le primat des Gaules, ce qui dérive de l’organisation romaine qui avait fait de Lugdunum la capitale, et le président de la République détient toujours les titres ridicules de co-prince d’Andorre, à parité avec l’évêque d’Urgel, et de sous-verge du pape avec le titre de chanoine du Latran. L’Angleterre ne vaut guère mieux malgré la Réforme, puisque le souverain non élu est chef de l’église anglicane, et ne parlons pas des USA où le président élu prête serment sur la bible et où les billets portent la mention « nous croyons en dieu ».
Et cela dure depuis belle lurette, depuis que l’ignoble Saül de Tarse alias saint Paul a prêché dans tout le monde hellénisé, fabriquant la plus insolente tromperie de l’histoire.
Paul était un prosélyte enragé, hargneux, mais orateur consommé, qui invitait les disciples à se constituer en groupes de pression pour investir les organes des pouvoirs locaux. C’est à lui et à quelques contemporains que l’on doit la mythologie de Jésus : si le personnage (Yessouah ben Youssef, autant dire à l’époque Jean Durand) a sans doute existé, le monde grec étant grand inventeur de mythologie, Paul a utilisé ce talent du récit mensonger pour fabriquer un Chrestos/Christos à partir d’un prophète qui était certainement passé inaperçu de son vivant. De là à se couler dans le moule de l’État le plus totalitaire de l’époque, il n’y avait qu’un pas, que ni les schismes ni la pauvreté n’ont pu empêcher de franchir.
Des réactions de pure décence (les ordres monastiques travailleurs ou mendiants) ne sauraient dissimuler que l’église vaticane a toujours été du côté du pouvoir, dans le pouvoir et dans la richesse scandaleuse. Et cela continue, bien après qu’on a retrouvé son principal banquier pendu sous un pont de Londres… sans doute la mafia avait-elle si bien baisé l’anneau pontifical qu’elle avait avalé tout le bras.

Richard Adam.



(Ceci est le résumé très abrégé d’un travail historique d’une vingtaine de pages que je tiens à disposition sur mon site internet : adam-latin.over-blog.com).





Le casse du siècle : Les escrocs en col blanc de Dexia

(1996-2011)


“Devenez trader“. C’est la publicité qui apparaît sur nos écrans d’ordinateurs depuis quelque temps, lorsqu’on ouvre nos messageries. Depuis 2009, c’est-à-dire bien avant le démantèlement de Dexia, les langues se déliant, on savait que certains élus ont - à leur insu -, tenté l’aventure. En effet, 5 500 collectivités locales, dont 62 départements, 290 hôpitaux, 107 offices d’HLM, etc., ont des ennuis de trésorerie insurmontables, parce qu’ils ont contracté des emprunts toxiques notamment auprès de Dexia, la banque (dite) des collectivités locales.
Dexia, la banque qui a été renflouée à hauteur de 6 milliards d’euros sans contrepartie en 2008, est, aujourd’hui, en octobre 2011, en cours de démantèlement. La Banque postale (dont l’actionnaire principal est l’Etat) et la Caisse des dépôts (l’Etat) vont reprendre les pertes de la filiale “collectivités locales”, sans que leur soient offertes de garanties… “Il y en aurait pour environ 12 milliards d’euros selon la Cour des Comptes1.”
Au tournant du millénaire, on avait vu des fonds de pension, détenteurs de parts dans des entreprises, provoquer la fermeture d’entreprises qui tournaient bien, à force d’augmenter leurs dividendes. Voilà qu’on apprend que, depuis 1997, quelques banques et principalement Dexia, fleuron de l’économie européenne, s’il vous plaît ! ont voulu faire de l’argent sur le dos des collectivités locales. Comment l’Etat, les préfectures ont-elles laissé faire ? Comment des hommes politiques n’ont-ils rien vu ?

Qu’est-ce qu’un emprunt toxique ?

Un emprunt structuré (ou emprunt toxique) est un emprunt dont le taux d’intérêt est fixe les 3 ou 4 premières années [3,68% à Unieux (Loire), 4% ailleurs], et qui par la suite est indexé sur les cours des monnaies du monde. Si c’est le franc suisse, par exemple, et que le cours grimpe comme c’est le cas actuellement, le taux d’intérêt flambe. A Unieux, il est d’abord passé à 12 %, il est actuellement à 25 %. Les banques exigeaient un allongement considérable des prêts (30 ans, voire 40 ans ; certains emprunts courent jusqu’en 2035). Chez Dexia, cet emprunt s’appelait “Tofix”. Ça ne s’invente pas !
Vous me direz qu’une commune ne peut contracter un emprunt sans obtenir l’aval de la préfecture dont elle dépend. C’est bien là le hic, car les préfectures (et les trésoriers généraux) ont bel et bien donné leur blanc seing aux communes concernant ces dits emprunts. Avaient-elles le personnel compétent pour repérer et émettre des soupçons sur des outils financiers aussi sophistiqués ? A l’heure où le gouvernement de Sarkozy vire les fonctionnaires, les préfectures ne vont-elles pas devoir à l‘avenir embaucher des économistes confirmés ?

“Ces prêts structurés sont aussi un risque énorme pour les collectivités. Mais aussi pour celui qui les commercialise. Dexia a donc cherché à se couvrir auprès des grandes banques internationales. Concrètement, la banque a acheté auprès de J.P. Morgan ou Goldmann Sachs des “swaps structurés”, c’est-à-dire des contrats d’échange, qui font en sorte que sa position soit équilibrée. Exemple, si la hausse du franc suisse fait gagner de l’argent à une collectivité, ce n’est pas Dexia qui perd mais la banque qui couvre. Et si la collectivité perd, Dexia ne gagne rien, c’est sa contrepartie qui est bénéficiaire. Du coup, le montage mis en place est à l’avantage des grandes banques. Seules ces dernières disposent d’outils informatiques et d’experts pour anticiper sur les marchés. Et si elles spéculent, le jackpot est au R-V. Les banques enregistrent le plus à gagner du prêt comme bénéfice et elles récupèrent de la trésorerie. Les contrats de swaps signés prévoient en effet un système de caution, Dexia devant y être de sa poche en cas d’évolution des emprunts.
Dès la fin 2009, on pouvait avoir une idée du coût pour les collectivités locales de ces montages toxiques : environ 4 milliards d’euros. Soit autant d’argent qui est allé dans les poches des grandes banques…”

Libération, 21 septembre 2011

Au bout des 4 premières années, lorsque ledit “Tofix” commence à être indexé sur le cours des monnaies étrangères, l’élu doit analyser au jour le jour la conjoncture économique. Voilà le maire devenu trader… L’élu n’est plus à la tête d’une collectivité locale gérant l’argent public dans l’intérêt général : la municipalité est devenue une entreprise à la merci des marchés.
En attendant, ces montages qui viraient au cauchemar pour les élus généraient pour Dexia des marges plus copieuses que celles des crédits classiques.
En 2011, las du refus de Dexia de renégocier ces emprunts, Claude Bartolone, député PS, président du conseil général de Seine-Saint-Denis, département particulièrement touché, crée, avec quelques députés et maires de France2, l’association “Acteurs publics contre les emprunts toxiques”. Association dont l’objet principal est de faire annuler des contrats qui avaient été signés entre 1997 et 2008. Puis, en février dernier, ils assignent Dexia en justice.

“Pierre Richard, le comique de la banque3

La création de Dexia est l’œuvre de Pierre Richard, polytechnicien, ingénieur des Ponts et Chaussées (à l’instar de ceux qui gèrent le nucléaire en France), qui fut d’abord directeur des collectivités locales au ministère de l’Intérieur, avant de rejoindre la Caisse des dépôts en 1983. Ce giscardien va reprendre la Caisse d’aide à l’équipement des collectivités locales (CAECL) dont il fait le Crédit Local de France (CLF), banque qui fait son entrée en bourse en 1991 et qui est privatisée deux ans plus tard. En 1996, sur une “brillante idée [de Pierre Richard soi-même] qu’il vend à DSK, ministre des Finances4”, le CLF fusionne avec le Crédit communal de Belgique. La banque Dexia, qui en résulte, est cotée à Euronext.
Pendant 12 ans, Pierre Richard et son bras droit flamand, Axel Miller, placent des emprunts toxiques, rachètent à tour de bras : dettes des Etats, banques étrangères, dont une banque US avec fatalement des subprimes, épopée qui se termine par 5 milliards d’euros de pertes. Lorsque les Etats belge et français renflouent la banque à hauteur de 6 milliards en 2008, les 2 hommes sont remerciés et remplacés par un proche du président Sarkozy, banquier à la BNP, Pierre Mariani. Le nouveau dirigeant réussit à se débarrasser d’encours, mais il garde les dettes des Etats, “comme Christine Lagarde l’a demandé aux banques après le 1er plan de sauvetage de la Grèce5”, dira-t-il… Pour finir, l’action chute à 0,74 euros… On connaît la suite. [Depuis, la filiale “Collectivités locales” de Dexia menaçant faillite, l’action vaut 0,56 euros..]

Ni contrôles, ni poursuites contre les escrocs de haut vol

Au taux de 25% d’intérêt, la ville d’Unieux doit rembourser 800 000 euros supplémentaires par an, c‘est-à-dire soit choisir de supprimer 20 emplois publics soit d’augmenter la fiscalité locale de 30%. Même chose à Saint-Maur-des-Fossés ou en Seine-Saint-Denis. Et avec le démantèlement de Dexia, ce sont tous les contribuables qui devront rembourser. Or ni Pierre Richard, ni Axel Miller, n’ont été poursuivis. En France, l’Etat place les lauréats des grandes écoles de la République (l’ENA, les Ponts et chaussées…), à la tête de grandes entreprises. Forts de leurs diplômes, ces intouchables de la République peuvent couler une banque ou une entreprise sans jamais avoir à rendre des comptes. N’avons-nous pas déjà contribué à rembourser le Crédit lyonnais il y a quelques années ?… Il n’y avait pas alors escroquerie aux collectivités locales. Qu’attendons-nous pour pétitionner contre ces deux-là afin de leur faire rendre des comptes ?
Au lieu d’être inquiétés, ils sont encore récompensés. Ainsi M. Richard, bien que bénéficiant d’une retraite dorée, s’est-il vu offrir la présidence du Festival d’automne à Paris. C’est vrai que même dans le domaine de la culture, un financier peut tout à fait exercer son domaine de compétences ! Après qu’il a mené Dexia à sa perte et mis en danger les comptes de tant d’élus, gageons que les gens du théâtre, de la danse, etc., peuvent d’ores et déjà avoir quelques sueurs froides.

Anne Dourneau.



1. Le Canard enchaîné, 26 octobre 2011.
2. Henri Plagnol, député-maire de Saint-Maur-des-Fossés, vice-président de la commission d’enquête parlementaire à l’Assemblée nationale sur les emprunts toxiques, le maire de Saint-Etienne, le maire d’Asnières, etc.
3. Le JdC (édition du 29 septembre 2011) titre “Emprunt toxique. Une bombe à retardement !” On aimerait savoir plus précisément ce qu’il en est dans nos communes. Dans le rapport confidentiel que s’est procuré Libération, trois communes seraient concernées (Cosne, Neuvy-sur-Loire, Alligny), ainsi que le conseil général.
4. Titre d’un article du Canard enchaîné, en 2002.
5. Le Canard enchaîné, du 12 octobre 2011 (“Les riches fossoyeurs de Dexia”), précise : Pierre Richard a une “brillante idée qu’il vend à DSK, ministre des Finances” : la fusion avec des établissements belges spécialisés dans le financement des collectivités locales.
6. Le Nouvel Observateur, du 13 octobre 2011.





Octobre 1961 à Paris

Le 17 octobre 1961, Maurice Papon, que l’on a oublié de juger pour ses crimes pendant la collaboration, est préfet de Paris. C’est la guerre d’Algérie et, si elle touche à sa fin - des négociations secrètes sont en cours entre le Front de Libération Nationale algérien et l’État français - elle a gagné le territoire métropolitain où les militants du FLN et les policiers comptent leurs morts. Papon sous la responsabilité du Ministre de l’Intérieur Roger Frey et par conséquent de Charles de Gaulle décide la mise en place d’un couvre-feu raciste qui ne concerne que les Algériens. Cette mesure considérée comme anticonstitutionnelle, donne lieu à une riposte du FLN qui appelle l’ensemble de la population algérienne à une manifestation pacifique. Ce sera une tuerie qui concernera des centaines de personnes parmi les trente mille manifestants désarmés ayant défié le couvre-feu. Les “ Compagnies de districts “ créées par Papon vont tirer, tabasser et jeter des Algériens, dont beaucoup de Kabyles qui généralement ne savaient pas nager, à la Seine. De Gaulle aurait, semble-t-il passé un savon à Frey pour ce crime d’État trop voyant qui à l’exception de quelques voix laissera la France muette pendant plusieurs décennies…
Cinquante ans après ce crime d’État du 17 octobre 1961, le rôle de la police, de Papon et de l’État qui conserve toujours secrètes ses archives, quand elles n’ont pas été détruites, commence à être connu. Il y eut quelques policiers pour ne pas participer à la tuerie et pour tenter de s’interposer ou de témoigner. Nous transcrivons ci-contre un passage de l’émission de Daniel Mermet “ Là-bas si j’y suis ”, du 17 octobre 1991 qu’il a rediffusée le 14 octobre dernier. Il est bon de répéter la vérité pour qu’elle finisse par être entendue, et c’est pour cette raison que nous nous permettons ici d’en reproduire un large extrait. Ceci, d’autant plus, que l’un des deux policiers qui témoignent, vivait en 1991 à Chitry-les-Mines dans la Nièvre, et s’il est décédé depuis, Le Picot est fier de lui rendre hommage. Les hommes qui, quel que soit leur rôle dans la société, ne perdent jamais de vue qu’ils doivent être avant tout fraternels et humains au delà de l’esprit de vengeance, des ordres iniques ou de l’esprit malsain d’une époque, sont toujours trop rares. Il y eut près de Nancy, en une autre période où Papon sévissait, quelques flics qui devant arrêter les familles juives, passaient dans la nuit les prévenir afin de ne trouver personne au petit matin. Ils sauvèrent des vies en courant le risque de prendre la place des gens qu’ils secouraient. Ils furent honorés comme “justes“* après la guerre.
Ce n’est guère l’habitude du Picot d’honorer une police qui aujourd’hui encore applique massivement les ordres intolérables d’un État raciste envers les immigrés clandestins et les expulse comme de la marchandise. Mais il y a de tous temps des résistants dont nous devons répercuter les voix, et ceci d’autant plus, qu’elles semblent inaudibles face aux mensonges officiels.

Le Picot.



* Le nom de “Justes“ est donné aux personnes, qui au péril de leur vie, secoururent des Juifs traqués par les nazis allemands et français de la milice ou de la police vichyste en les cachant ou en les aidant à fuir.

LÀ-BAS SI J’Y SUIS,
propos transcrits de l’émission du 17 octobre 1991. (France Inter)


-  Daniel Mermet : Paul Rousseau était policier il y a trente ans. Le 17 octobre 1961 dans la police, les câbles de frein des vélos disparaissaient étrangement.
- Paul Rousseau : J’ai vu certains collègues enlever les câbles de freins… Pour en faire usage de quoi, je n’en sais rien, puisqu’ils ne les ramenaient pas les câbles de freins. Et quand ils faisaient des arrestations, ils emmenaient des Algériens, soi-disant au centre de Vincennes. Ma foi, c’est peut-être possible aussi, mais enfin malgré tout, les Algériens ne revenaient pas et les câbles de freins non plus.
- D. M. : Vous avez pensé que ça pouvait servir, par exemple, à les étrangler ?
- P. R. : Ben, moi je ne l’ai pas vus, mais il a été repêché des corps dans le canal Saint Martin comme dans la Seine où il y avait des câbles de vélo autour du cou des personnes qui avaient été étranglées quoi, les Algériens…
- D.M. : Un témoignage, celui de M. Joseph Comminginger. Depuis vingt ans il est à la retraite à Chitry-les-Mines en Bourgogne et dans la nuit du 17 octobre 61 il se trouvait à la porte de Versailles. Aujourd’hui, Joseph Comminginger joue parfois de l’orgue à l’église de son village, mais certains souvenirs gâchent un peu sa retraite.
- Joseph Comminginger : Hé bien, donc, à ma prise de service au XVe arrondissement, on m’a chargé de commander un car Police secours et de me rendre immédiatement à la porte de Versailles, au Palais des sports. Arrivé à la porte de Versailles, j’ai assisté à un spectacle vraiment navrant et inhumain. Des Français musulmans algériens descendaient des cars de la RATP, des cars de police et au fur et à mesure qu’ils descendaient… Hum… C’est un euphémisme ! Qu’ils étaient projetés à l’extérieur, une rangée de deux policiers les accueillaient à coups de bâtons, à coups de matraques avec tout ce que vous voulez comme violence… Il y en a qui étaient complètement assommés et blessés assez gravement, surtout à la tête. J’ai donc été chargé de ramasser quelques blessés assez graves et de les conduire à l’hôpital Boucicaut.
- D. M. : Est-ce qu’il y a eu des morts selon vous ?
- J. C. : Selon moi, je ne les ai pas vus, personnellement, mais paraît-il que oui, et ceci m’a été rapporté par des collègues dignes de foi, il y en avait à l’intérieur du Palais des sports.
- D. M. : Est-ce que vous aviez les moyens de vous opposer à la conduite de vos confrères ?
- J. C. : Aucun moyen, quand j’ai voulu élever la parole et protester, on m’a menacé.
- D. M. : Qui vous a menacé ?
- J. C. : Eh bien, des collègues, des collègues qui avaient caché leurs numéros de matricule, parce qu’on avait une plaque à ce moment là, avec les numéros de matricule. Tous ces numéros avaient disparu, les gradés avaient enlevé leurs galons. Alors je me suis adressé à un sous-directeur qui était en haut des marches du Palais des sports et je lui ai demandé de faire cesser ce carnage. Ce monsieur ne m’a pas répondu. Sans doute était-il dans le même cas que moi. Se sentait-il menacé ? Je n’en sais rien. Mais enfin personne n’a réagi. Les gradés ont laissé faire. Moi, personnellement, petit flic, que voulez-vous, où voulez-vous que j’intervienne à ce moment là ? Donc, il n’y avait que le syndicat qui pouvait faire quelque chose. Mais ma lettre a dû rester dans les archives. Puisqu’Einaudi* l’a retrouvée… Ensuite on a eu des discussions dans les réunions syndicales, dans les commissions administratives où j’ai réitéré mes protestations, mais il me semble que ça a été assez vain. Mais ce que je regrette, c’est que le syndicat n’ait pas réagi assez violemment. Ils se sont laissés prendre aux promesses du préfet de police de l’époque. Quoi !
- D. M. : Comment vous jugez à priori l’encadrement de cette époque ?
- J. C. : Un encadrement un petit peu servile ! A la botte de qui ? Du préfet de police… Pas tous ! Hein ! Je regrette ! Pas tous ! Mais beaucoup de gradés avaient peur de se mouiller comme on dit vulgairement. Tout ça… Mais il faut témoigner car cette affaire là m’est restée sur l’estomac, comme on dit. Parce que je ne comprends pas le comportement d’êtres humains… A ce point là ! On peut avoir de la haine, on peut avoir de la méfiance… Mais aller à ce point là ! Assommer, frapper, voir-tuer. C’est inadmissible pour des hommes !

* Jean-Luc Einaudi est historien. Ses travaux sur octobre sont décisifs et il fut attaqué en diffamation par Papon qui fut débouté après le témoignage de deux archivistes qui furent eux-mêmes sanctionnés pour ce fait en 1999. La sanction fut levée en 2003 en appel. On voit ce qu’il en coûte d’aller contre le crime d’État.