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VARZY

jeudi 15 septembre 2011, par Le Picot




AVRIL 2011 (N°29)




LE MUSEE AUGUSTE GRASSET DE VARZY
(ouvert du 1er avril au 30 octobre)

Outre une collection permanente d’une qualité exceptionnelle pour une si petite ville, le musée Auguste Grasset, qui aura 155 ans en novembre prochain, présente chaque année une, voire deux expos temporaires. Afin de financer leur projet annuel, les agents de la conservation demandent à la DRAC une subvention qui, jusqu’en 2009, a toujours été accordée. Mais, en 2010, pour la 1re fois, la DRAC refuse toute aide financière à la Ville de Varzy, car elle juge que « le lien » entre le thème de l’exposition et la région est « par trop ténu1 ». L’exposition était consacrée à un sculpteur du Second Empire, originaire de Boulogne-sur-Mer, Eugène Blot (dont le musée Grasset possède 27 œuvres) et organisée en partenariat avec le musée de Berck-sur-Mer. Retour sur la politique récente en matière de culture.

Le musée Auguste Grasset : petit musée, grande collection

Le musée de Varzy fut créé par un arrêté du 15 novembre 1856. C’est le collectionneur Auguste Grasset, originaire de Saint-Aubin-les-Forges, qui lui donne ses lettres de noblesse, quand, en échange du dépôt de ses collections, la ville de Varzy lui offre le poste de conservateur et de bibliothécaire. A l’époque, deux juristes natifs de Varzy, André Dupin et Alphonse Delangle occupent de hautes fonctions politiques à Paris (le premier sera vice-président du Parlement, le second, ministre de Napoléon III). Autrefois rue Saint-Jean, le musée Auguste Grasset a rouvert ses portes aux curieux, en 1993, place de la Mairie. Auguste Grasset reste à Varzy de 1863 à sa mort en 1879.
En 1834, Alexandre Dumas visite, à La Charité-sur-Loire, le cabinet de curiosités et d’antiquités de Grasset. Il écrit : « Je m’attendais, je l’avoue, à voir une de ces pauvres collections de province avec 3 ou 4 poissons empaillés au plafond ; mais je fus agréablement surpris en trouvant, dès la 1re salle, de magnifiques vases de Bernard Palissy […] et une multitude d’objets du Moyen Age. […] Nous parcourûmes ainsi 4 à 5 chambres emplies de choses curieuses dont la plupart avaient été rapportées à M. Grasset par un de ses amis, savant et brave capitaine de vaisseau, qui avait fait je ne sais combien de fois le tour du monde… » M. Dumas père fait allusion à M. Honoré Jacquinot, Nivernais, à l’origine de la collection océanienne du musée, amassée lors des voyages de M. Dumont d’Urville dont il était un des seconds1. Prosper Mérimée et Stendhal visiteront également le 1er musée de M. Grasset en ce début du XIXe siècle.
Cette remarque de M. Dumas père reste d’actualité aujourd’hui. En effet, il n’est que de consulter la liste des œuvres qui sont prêtées chaque année pour des expositions en France et en Europe pour donner un aperçu et de la collection et de la vitalité de ce « petit » musée.
Collection égyptienne : en 2004, une statue d’Osiris en bronze provenant des fouilles entreprisent par Mariette-bey (1866) est prêtée au musée de Boulogne-sur-Mer. En 2007, c’est la partie zoologique (vase canope à tête de singe, momies de chats et de bébé crocodile, sarcophage d’épervier du Nil) qui s’en va au musée d’Histoire naturelle d’Auxerre pour l’exposition : « Le Nil, sources de vie ».
Ecole de Barbizon : en 2007, on peut voir une toile de Théodore Caruelle d’Aligny, intitulée Forêt de Fontainebleau au musée d’Orsay à Paris dans l’exposition « Forêt de Fontainebleau : de Corot à Picasso ». Un tableau de Henri Harpignies part en Espagne. En 2002, déjà, 4 toiles de cette école furent exposées au musée des Beaux-Arts de Lyon.
Faïences de Nevers, Varzy, etc. : en 2002, cinq statues en faïence de grand feu de Nevers, dont le Cavalier, dit saint Hubert, figurent dans l’exposition « Sculptures en faïence de Nevers, XVIIe et XVIIIe siècles ». En 2003, un pot à thesriaque est présenté dans l’exposition « Pot de montre : chefs d’œuvre de grand feu ». Et, en 2005, ce sont 5 faïences de Varzy qui figurent à l’exposition « Métiers sur faïence ». Ces 3 expositions eurent lieu au Palais ducal à Nevers.
Histoire locale : en 2007, un petit vitrail, le rondel de sainte Eugénie (XIIIe siècle), provenant de l’église éponyme de Varzy aujourd’hui disparue est présenté au musée national du Moyen Age à Paris dans l’exposition « Pinceaux de lumière : du modèle au vitrail ». En 2010, 4 toiles d’Amédée Jullien sont prêtées au musée d’Art et d’Histoire Romain Rolland de Clamecy pour l’exposition consacrée à Amédée Jullien.
Curiosités : en 2007, un busc est prêté au musée Magnin de Dijon pour une exposition intitulée « Vêtements du secret ». En 2003, un bouclier d’apparat (de 1851 ou 1852) est présenté au musée de la Vie romantique, à Paris, pour l’exposition « Trésors d’argent : les Froment-Meurice, orfèvres romantiques parisiens ». Etc.
Actuellement et jusqu’au 31 mai 2011, une maquette de tombeau étrusque figure au Louvre dans l’exposition « Paestum, archéologie d’une cité ».
J’allais oublier le Salon de musique - qui, il est vrai, ne voyage pas – où est présentée une collection d’instruments anciens, restaurés par le musée de la Villette à Paris.
Il est impossible de donner l’inventaire complet, allez voir par vous-mêmes.

Gestion d’un petit « musée de France2 »

En 2010, le refus de l’aide pour l’exposition consacrée à Eugène Blot a stupéfié les élus et les responsables de la conservation. Ils se sont demandé si la DRAC avait bien lu le dossier. Car le musée Grasset possède 27 œuvres de l’artiste picard et un échange de correspondance entre les 2 hommes figure dans son fonds d’archives. Les agents de la conservation du musée nivernais avaient donc quelque légitimité à faire connaître Eugène Blot. Ils ont rallié à leur projet leurs homologues du département du Pas-de-Calais (originaire de Pontoise, Blot a vécu à Boulogne-sur-Mer). Des amateurs et des collectionneurs du Nord de la France et de Belgique ont prêté des œuvres. Et l’exposition a été présentée successivement à Varzy (de mai à fin août 2011), puis au musée de Berck-sur-Mer (du 27 septembre 2010 au 31 janvier 2011).
Le musée de Berck-Opale-Sud (qui a bénéficié d’une aide de la DRAC Nord – Pas-de-Calais) et le musée Auguste Grasset ont contribué pour moitié aux frais du catalogue. On peut saluer ce type de coopération entre deux départements pour faire connaître un artiste original, quelque peu oublié, et à l’écart des modes.
A Varzy, le projet annuel de mise en place de l’exposition temporaire revient à 5 000 e environ. Cette somme inclut le montage de l’exposition elle-même, ainsi que la publication d’un catalogue, des affiches et des invitations. Inutile de dire que, au musée Grasset, on ne fait pas appel à des scénographes célèbres... Néanmoins, la ville de Varzy (1 400 habitants) a besoin de la subvention de la DRAC. « C’est un apport important même s’il est symbolique. »

Inflexion de la politique culturelle récente

Le terme de stupeur employé plus haut n’est pas exagéré, car conservateurs et élus en charge de la culture sont conscients de la dérive de la politique de la culture en particulier depuis 2007.
En octobre 2007, Jean-François Mancel, député UMP, dépose une proposition de loi visant à rendre possible la vente d’œuvres se trouvant dans le fonds d’un musée. Voilà la question de l’inaliénabilité des œuvres remise en cause. Si le rapport sur la respiration des musées, confié à Jacques Rigaud, préconise, au printemps 2008, le maintien du principe d’inaliénabilité des œuvres (l’art contemporain mis à part), la question, hélas ! revient régulièrement à la une des journaux.
Le 19 janvier 2010, Frédéric Mitterrand, ministre de la Culture (depuis juin 2009), déclare : « J’ai fait de la numérisation le grand enjeu des années 2010 pour la culture et l’axe principal de ma politique3. » La numérisation comme but de la politique de la culture ? Jacques Drillon, journaliste au Nouvel Observateur ajoute : « Le théâtre, l’opéra, le concert, bref le spectacle vivant, n’ont qu’à bien se tenir : leurs subsides ont été drastiquement réduits, et leurs jours sont comptés. » Puis, en septembre 2010, un document interne du ministère promeut la « Culture pour chacun (dite CPC)3 ». Et Jacques Drillon conclut : « En fait, la Culture pour chacun, c’est chacun chez soi, devant son ordinateur. De là, le grand plan de numérisation… »
Au spectacle vivant, on peut ajouter les musées. D’ailleurs, les conservateurs ne tardent pas à faire connaître leurs doléances. En février 2011, ils présentent à la presse un Livre blanc sur l’état des musées en France. « Ou plutôt un livre noir, tant le texte est dominé par les critiques, frustrations, cris d’alarme4. » Ils dénoncent « la dérive marchande et la faiblesse des moyens qui leur sont alloués. » (Voire pas de moyens du tout comme au musée de Saumur où tout est encore dans des cartons…) Ils déplorent que le fossé ne cesse de se creuser entre les grands musées parisiens et les petits musées de province. L’Association générale des conservateurs des collections publiques de France qui a signé ce réquisitoire compte un millier d’agents environ, répartis dans les 1 200 « musées de France ».
Néanmoins, la réduction des budgets affecte tous les musées (- 5% en 2011 pour le Centre Pompidou). Et la suppression de la loi sur les successions a supprimé les dations d’œuvres. (On se souvient que lors de la succession Picasso, de nombreuses œuvres du maître avaient intégré les collections des grands musées français.) « Restera alors Google Art Projekt, le nouveau service du géant américain qui permet de visiter les musées virtuellement et de regarder l’œil de Marie-Antoinette sur un tableau du château de Versailles comme on ne peut jamais le voir en vrai. », écrit l’éditorialiste de Beaux Arts Magazine en mars 2011.




Statue d’Osiris en bronze trouvée en 1866 au pied du Sphinx des pyramides (époque saïte, XXVIe dynastie.)

Pourquoi des musées ?

Jean Clair, qui fut conservateur au musée d’Art moderne, au Centre Pompidou, au musée Picasso, revient sur la définition et le but des musées, dans un livre, L’Hiver de la culture, qui est aussi une dénonciation de la politique actuelle en matière de culture. Il écrit : « Nous n’avons pas de l’Histoire la vision qu’en ont Barnett-Newmann et le Nouveau Monde, ni des musées, l’idée que s’en font, loin de l’Union européenne, des Etats-nations jeunes. […] Les objets qui nous entourent forment un tissu continu, du lointain le plus repoussé jusqu’à aujourd’hui… Comment restituer alors cette continuité, la renforcer, la faire comprendre au plus vaste public ? Nés de la Révolution, les musées français s’imposaient de conserver et même de renforcer le sens de cette histoire6. »
« Conserver », d’où le terme de conservateur pour désigner le métier de ceux qui ont pour tâche de « restituer cette continuité, la renforcer, la faire comprendre au plus vaste public. » Qu’en est-il au musée Grasset ? Chaque année, une exposition temporaire vise à mettre en valeur un aspect de la collection, travail qui, le plus souvent, est une coopération avec un autre établissement de France. Citons quelques-uns des thèmes des dernières années : Rex Barrat (1994, 2011) ; 30 ans d’archéologie dans la Nièvre (1996) ; Egypte - Mésopotamie, la collection du musée (1997) ; les automates et tirs forains de Valentin Milot, horloger à Varzy / avec le musée des Arts forains de Paris (2002) ; les Folies Grasset où furent présentés les objets du fonds du cabinet de curiosités du collectionneur (2003) ; les Histoires naturelles de Jules Renard (2004) ; Nés à Varzy : peintres et sculpteurs (2004) ; Fernand Chalandre / avec le musée de Cosne-sur-Loire (2005) ; faïences patronymiques / avec le musée des Sables d’Olonne (2006) ; André Dupin (2007, etc. Une fois par mois, une rencontre autour d’une œuvre réunit de 30 à 40 personnes dans l’auditorium. L’édition d’un 4-pages bi-annuel annonce le programme, apporte des infos sur la genèse des expos ou sur une œuvre en particulier, signale les prêts aux autres musées7, etc.
Jean Clair nous rappelle que, de l’autre côté de l’Atlantique, on a une tout autre conception de l’art et des musées. « L’histoire de l’art américain… évoque un art qui, inlassablement, répétera qu’il n’y a rien à lire dans les formes et les couleurs de la modernité advenue, aucun sens à découvrir aucune émotion à sentir, seulement des formes et des couleurs, qui ne disent jamais rien qu’elles-mêmes : « A rose is a rose is a rose…5 ». Et : « Là où l’Europe en quelques kilomètres aligne des dizaines de monuments, de chefs d’œuvre, de témoignages précieux du génie humain, l’Amérique est un pays où l’on peut parcourir des dizaines de miles sans rencontrer la moindre trace d’une œuvre d’architecture ou de peinture5. » A partir d’exemples d’œuvres et d’artistes en Europe et aux USA, il exprime ses craintes que, à l’instar des USA, on en vienne à appliquer le même traitement à l’art du passé. Les œuvres ne seraient plus des témoignages de l’histoire, mais de simples marchandises, à plus ou moins forte valeur marchande, qu’il faut faire circuler, c’est-à-dire vendre, acheter, dont on peut faire monter la cote, etc. Mais peut-il en être en Europe comme aux USA sans remettre en cause le musée tel que défini plus haut ?
On me dit que Jean Clair est un « intégriste » dans son domaine, qu’il s’est opposé avec Françoise Cachin, conservatrice au musée d’Orsay, à la vente du label Louvre aux Emirats arabes unis. L’accord signé par Donnadieu de Vabres, alors ministre de la Culture, en mars 2007, stipule qu’un musée, dit Louvre d’Abu-Dhabi, ouvrira à Abu-Dhabi en 2012, et que des œuvres en provenance de musées français y seront mises en dépôt. En contrepartie, les Emirats arabes unis s’engagent à verser à la France un milliard d’euros « sur 30 ans8 ». Somme qui devrait profiter aux musées de France. A ceux qui prêtront des œuvres uniquement ? En attendant, c’est le même Donnadieu de Vabres, non plus ministre, mais factotum au service d’hommes d’affaires, qu’on a retrouvé cet hiver au cœur de la controverse sur l’avenir de l’Hôtel de la Marine à Paris.
Le livre de Jean Clair a le mérite de rappeler l’histoire, le rôle et les enjeux des musées. Il paraît quasi en même temps que le Livre blanc sur l’état des musées en France. L’interlocuteur qui porte le jugement cité plus haut sur Jean Clair me raconte qu’il a visité, à Venise, la fondation Pinault pour l’art contemporain, à savoir le palais Grassi (art de la 2e moitié du XXe siècle) et la Punta della Dogana (art du XXIe siècle : 2000-2010). Il n’a pas aimé et il n’est pas le seul ! Il ajoute : « Cet étalage souille Venise. » Quand on referme le livre de Jean Clair, on a compris que les décideurs de l’Etat et M. Pinault défendent la même politique de l’art. Ce qui ne laisse pas d’inquiéter. Il reste encore un peu d’argent pour faire entrer des œuvres d’artistes contemporains dans les musées français. Combien de temps en restera-t-il simplement pour aider les musées plus modestes ?

Anne Dourneau.



1. Le Journal du musée Auguste Grasset, n°17. Id, de 2001 à 2011 pour toute la partie sur la collection du musée.
2. La loi du 4 janvier 2008 crée un statut pour les musées de France (1 200 environ).
3. Cf. « Mitterrand, un nouveau Jdanov ? », article signé Jacques Drillon, Nouvel observateur, 23 décembre 2010.
4. « Les conservateurs dénoncent la mutation des musées », in Le Monde, 5 février 2011.
5. Jean Clair, L’Hiver de la culture, Flammarion, 2011.
6. C’est moi qui souligne.
7. Je laisse de côté le travail d’éducation du musée à destination des enfants des écoles.
8. « Un milliard d’euros sur 30 ans, dont 400 millions d’euros pour pouvoir utiliser le nom « Louvre », 25 millions d’euros de mécénat pour ce même musée, 190 millions d’euros pour les musées participant aux prêts d’oeuvres et, enfin, 195 millions d’euros pour les musées experts et organisateurs des expositions. », in Evene.fr (mars 2007).
9. A l’origine, Pinault voulait installer cette fondation dans l’île Seguin (Hauts-de-Seine). Suite à un désaccord avec le ministère de la Culture, il a installé la fondation à Venise.


Le Paysage nivernais de Rex Barrat entre au musée Grasset, à Varzy

Le tableau de Rex Barrat intitulé Paysage nivernais accueillera désormais les visiteurs dans le hall du musée. La toile avait été commandée au peintre par le buffet de la gare de Nevers au début ses années 1950. Disparue pendant plusieurs années, elle était de retour à Nevers depuis son acquisition, en 2001, par le Conseil général de la Nièvre lors d’une vente aux enchères à Toulouse. Cette année, le Conseil général vient de la mettre en dépôt au musée. Ce geste généreux, dû à M. Marcel Charmant, ex-président du Conseil général, sera salué comme il se doit à Varzy dès la réouverture du musée, en avril.
En 1955, le peintre natif de Varzy, Rex Barrat, livre au buffet de la gare de Nevers une grande toile (2,60 m x 1,68 m) intitulée Paysage nivernais qui va intégrer le décor du restaurant. L’œuvre est destinée à donner à l’étranger qui débarque à la gare de Nevers une idée du pays qu’il va trouver. Des grands arbres qui encadrent un paysage ? Pas si simple. A y regarder de plus près, c’est de plusieurs paysages qu’il s’agit, car le peintre a synthétisé en 3, voire 4 tableaux, ce qui fait, à ses yeux, l’essence de la terre nivernaise, sa ruralité simple et paisible. Une juxtaposition de paysages, certes, mais aussi de scènes de genre (labour, pêche) : voilà ce qu’il nous donne à lire.
Au 1er plan, en bas, un pêcheur à la ligne au bord d’un étang au milieu de prés verts où se reflètent des arbres. Plus loin, au-dessus, entre les grands arbres, apparaît un vallon où un laboureur guide sa charrue tirée par deux chevaux (cf. les années 1950). Un niveau au-dessus, sur un 3e plan (qui pourrait aussi bien être un premier plan, se trouvant à tout le moins à hauteur du regard) se trouve un village avec son clocher sur une butte et, à l’arrière-plan, au fond, derrière d’autres champs et d’autres vallons, se dessine une autre colline où l’on devine un clocher (type Mont Sabot, Montenoison, etc.). Sur la gauche, « la perspective vertigineuse et la silhouette baroque des grands arbres », archétypiques de la touche du peintre, occupant toute la hauteur du tableau, donne l’illusion qu’on a là un paysage unique. Rien ne relie entre elles les scènes sinon le jeu de lignes obliques de la touche picturale : ainsi les grands arbres limitent-ils le paysage, tout en encadrant l’étang, bordant le vallon... Clocher bleu, toits rouges comme la chemise du pêcheur : cette toile très colorée nous présente une Nièvre riante et ensoleillée. Et tous ceux qui arpentent le pays ne manqueront pas d’y reconnaître le Haut Nivernais.
En 1961, la ville de Nevers a fêté le centenaire de la ligne de chemin de fer Paris-Nevers, qui suit la Loire, desservant Cosne, La Charité, etc., c’est-à-dire qui se trouve à la marge occidentale du département… En ces années d’après-guerre, la gare de Nevers était la porte d’entrée à tout le pays intermédiaire entre la Loire et le Morvan. Pour venir à Varzy, on arrivait à la gare de Nevers ou à celle de Clamecy. Puis on prenait un car des Rapides de Bourgogne qui dessert ce pays intermédiaire (ligne Auxerre-Nevers)…




JUILLET 2011 (N°30)




LES MYSTERES DE VARZY
Le musée Auguste Grasset

Cher M. Auguste Grasset,
L’article que j’ai consacré au musée qui porte votre nom dans le n° 29 du Picot m’a valu de très nombreux témoignages d’intérêt. Intérêt étonné pour le musée lui-même, dont beaucoup ignorent encore la richesse et l’originalité ; intérêt pour les questions relatives à la politique de la culture. Ce texte que j’avais d’ailleurs souhaité intituler : « Inquiétude au musée Auguste Grasset » se proposait de faire savoir dans le Haut Nivernais que la Drac avait, en 2010, refusé de verser la subvention annelle, ainsi que de faire le point sur la politique actuelle de la culture. Voici, en particulier, ce que m’écrit Jean Clair après l’avoir lu :
« Merci vivement de m’avoir fait parvenir ce texte que je verse au dossier. […] Originaire du Morvan – mon père était né entre Vandenesse et Saint-Honoré-les-Bains -, le sort du musée de Varzy m’en est d’autant plus cher… ».

Le baron Charles Dupin

Voilà donc un homme d’aujourd’hui qui veille sur votre musée. Cet homme, qui est aussi un compatriote (il est d’origine nivernaise, fils d’un agriculteur du Morvan), connaît de l’intérieur la question des musées, puisqu’il fut conservateur assistant des Musées de France, puis conservateur au musée d’Art moderne (de 1969 à 1979), enfin directeur du musée Picasso jusqu’en 2005. Par ailleurs, écrivain (Jean Clair est son nom de plume), académicien depuis mai 2008, il prend régulièrement part aux débats qui agitent le monde de l’art. Dans Malaise dans les musées (en 2007), il rendait compte de la polémique attachée à la vente du label Louvre et à la création du futur Louvre d’Abu Dhabi, musée prévu sur une île artificielle au milieu d’hôtels de luxe, de marinas, golfs, etc. Je cite, pour ma part, des extraits de L’Hiver de la culture, paru en février dernier, dans l’article du Picot cité plus haut… J’ai lu récemment que, à l’origine du musée de Varzy, il y a les Dupin, Charles-André, le père (1758-1843), et son fils Charles, mathématicien (1784-1873), descendants d’une grande famille bourgeoise varzicoise, qui ont fait don de nombreux livres à la ville. Ainsi, une bibliothèque précéda l’avènement du musée, dont la création survient après l’importante donation du pharmacien Henri Piffaut, en novembre 1856. Grand collectionneur, spécialiste de numismatique, il lègue à son tour à la ville les objets d’art, tableaux, médailles, fossiles constituant le fond de son cabinet. Livres, œuvres et objets d’art étaient alors exposés dans la salle de délibération du conseil municipal. La « maison de Bourras » où se tenaient les « petites écoles françaises » se trouvant libre après le transfert de l’école au collège de Varzy, la ville y installe le musée-–bibliothèque. Il restera dans la vaste demeure de la rue Saint-Jean pendant plus d’un siècle, de 1858 à la fin des années 1980, jusqu’à son transfert et son réaménagement place de la mairie en 1993.
Ainsi, à l’origine, en novembre 1858, c’est un musée–bibliothèque que la ville de Varzy installe dans un lieu spécialement approprié. On n’attendait plus que vous. Vous arrivez avec une partie de votre collection et un carnet d’adresses où figurent les noms de Prosper Mérimée, du baron Taylor, de Champfeury, Louis Clapisson, Honoré Jacquinot et tant d’autres. Et ceci expliquant cela, la ville vous nomme bibliothécaire et conservateur, le 14 juillet 1862. Vous, votre passion depuis toujours, ce sont les œuvres d’art. Avec vous, la collection s’enrichit d’œuvres d’art et de curiosités, plutôt que de livres, et, au fil des ans, devenu « musée municipal », le musée de Varzy perd au passage son titre de bibliothèque.
Mais que sont devenus les livres donnés par les Dupin ? En 2005, lorsque j’ai conçu et mis en pages le bulletin spécial des Amis du Vieux Varzy (paru en 2006), j’étais chargée de faire les demandes de subvention. Si le conseil général avait accepté de contribuer à l’impression de la revue, la Drac, quant à elle, avait opposé un refus catégorique. La demande avait été réitérée de vive voix par M. Marchand au fonctionnaire en charge de sélectionner les projets dignes de recevoir une aide. Ce dernier avait motivé son refus en disant que la Drac était mécontente de Varzy, parce que la ville ne possédait pas de bibliothèque... Ce monsieur savait-il alors que le musée avait aussi été à l’origine une bibliothèque ?
Décidément, le XIXe siècle nous réserve encore des surprises. Après les Mystères de Paris, les Mystères de Lisbonne, Varzy n’est pas mécontente d’en prendre aussi sa part.

Anne Dourneau.




AVRIL 2012 (N°32)




Histoire d’un chapeau à Varzy sous l’Occupation

Jusqu’au percement de la future RN 77 au milieu du XIXe siècle, prolongeant l’artère principale de Varzy (future rue Delangle), la rue de Vézelay et le boulevard Dupin étaient les 2 axes commerçants de Varzy. Le long de ces voies en pente raide se déployaient boutiques et belles demeures. Le texte qui suit nous rappelle combien la partie basse de la rue de Vézelay, rebaptisée rue du Four-Banal dans l’entre-deux-guerres, fut animée et vivante. Ce qui peut sembler difficile à concevoir aujourd’hui. On se trouve là à deux pas de l’ancien hôtel des échevins, c’est-à-dire au cœur historique de la cité. En cette année 2012, des 4 rues secondaires débouchant sur la place du Marché, cette petite artère en coude (11 numéros) est la seule dont la chaussée n’ait pas été refaite. On a rarement vu, et depuis tant d’années, un revêtement dans un tel état, ni des ornières aussi profondes en plein centre ville. Pour compléter le tableau, quelques maisons menaçant ruine, la municipalité a pris, en 2011, un arrêté y interdisant la circulation. Patients, les derniers riverains supportent stoïquement.


1. Marie Dourneau, ép. Cointe (Chantemerle). 2. Suzanne Chamot (professeur à Nevers). 3. Micheline Laurent, fille du percepteur. 4. Gabrielle Cœur. 5. Simone Gagnepain, ép. Maillard. 6. Agnès Villard, ép. Breton. 7. Germaine Villard. 8. Odette Lurier (Fly). 9. Jeanne Lapertot (Charlay). 10. ??. 11. Ginette Doux. 12. ??. 13. Eugénie Baux . 14. Ginette Letort (fille de l’épicier grande rue). 15. Mlle Goujon, ép. André Suzeau (sabotier, saisonnier). 16. Huguette Maillet (fille d’un gendarme). 17. Ginette Troquet, ép. Joseph Lélu. 18. Andrée Bluzat, ép. Daudier (maçon, couvreur). 19. Suzanne Lyon. 20. Yvonne Gaurier. 21. ??. 22. Marguerite Dair. 23. Marie-Thérèse Mallet (coopérative agricole). 24. Simone Barraud, ép. Gosselin. 25. Monique Raffeau (Cœurs). 26. Jeannette Seguin. 27. Geneviève Villard. 28. Andrée Georges. 29. Yvette Guyot. 30. Simone Cabel. 31. Jacqueline Prestat (fille du vétérinaire). 32. Louisette Passard, ép. Guillemenot. 33. ??. 34. Paulette Bonnotte, ép. Guy Millot. (mécano, cycles). 35. Georgette Guillaume. 36. ??. 37. Hélène Georges. 38. Yvonne Masson (Vilaine). 39. Simone Billard (fille du café de l’avenue de la Gare). 40. Paulette Seguin. 41. Noëlle Bucheton, ép. Lebeaut. 42. Pierrette Vallet (Bordafaux). 43. Geneviève Moreau (fille d’un cultivateur de Varzy). 44. Geneviève Prestat. 45. Bernadette Savard, ép. Dayan. 46. Marie Jacob, ép. Derrier. 47. ??. 48. Reine Bardin (en costume d’homme). 49. Gilberte Cabel, ép. Potdevin. 50. Marguerite Michaux. 51. Jeanne Perronnet, ép. Richard.

Le chapeau que lui offre ses amies était jaune et vert, “les couleurs des catherinettes”. Le 25 novembre 1944, Gilberte Cabel, qui a 25 ans depuis 3 jours, coiffe Sainte-Catherine. La jeune femme est restée une boute-en-train malgré les temps troublés, les restrictions et les coups du sort. Le chapeau a été confectionné dans les règles de l’art par Jeanne Sancenot, modiste, réfugiée à Varzy1 au début de la guerre. Cette Parisienne qui créait des chapeaux “pour les spectacles” conçoit pour Gilberte une coiffe en dentelle blanche, surmontée d’une structure en dentelle de coton, traversée de fils de métal recouverts de tissu vert, ornée de rubans de satin jaune et vert et agrémentée de nœuds en rubans de reps jaunes piqués de fruits artificiels blancs. La partie couvrant la tête était probablement doublée et plus travaillée autour du visage.
A Varzy, la fille aînée des Cabel, épiciers au n°10 de la rue du Four-Banal, connaît tout le monde. Sa plus proche voisine est Reine Bardin (l’homme de la photo !), dont les parents tiennent la bonneterie à l’angle de la rue de Vézelay et de la rue du Four-Banal. La seconde catherinette, dont l’identité reste inconnue, était “bonne” chez les Chatelet, les voisins du n°6. Et Mme Chatelet, dont le mari vient d’être nommé maire, deux mois plus tôt, par le C.N.R.2, est la grande amie de Mme Cabel. [Jamais maire de la période contemporaine n’a habité plus près de la maison des échevins, siège du pouvoir au Haut Moyen-Age !]
En pente, la petite rue du Four-Banal débouche sur la place en décrivant un coude au niveau du n°6. Juste en face de la maison suivante à l’angle de la rue des Lods, côté impair, se trouve le four banal (aujourd’hui disparu), qui a été remis en service par la municipalité pendant l’Occupation. Plus bas, du côté des numéros pairs, le café Bressange aligne les fenêtres de la grande salle de bal au 1er étage (qui fait aussi cinéma un soir par semaine), jusqu’à la place du Marché. Gilberte me dit que sa mère pouvait voir avec qui elle dansait d’une fenêtre de leur maison à l’étage… Plus haut, au-delà du carrefour avec la rue de Vézelay, la rue du Four-Banal donne dans la rue d’Auxerre. Là, le patronage et le presbytère occupent tout le côté gauche jusqu’à la rue Bourguereau. En face de la cure, côté pair, réside Marie Jacob, la meilleure amie de Gilberte, dont le père était sacristain, sonneur de cloche, et la mère cuisinière de l’abbé Prégermain. Au bout de la rue, à gauche, il y avait un matelassier avec sa machine à carder la laine. Sur le trottoir d’en face, la Kommandantur3 a investi la belle demeure des Oudot au coin des Petites Promenades. Les Allemands “qui sont restés longtemps à Varzy” passaient régulièrement devant l’épicerie.
En 1944, la sainte Catherine tombe un samedi. Les réunions du patronage ont lieu le dimanche après-midi. Toutes les jeunes filles, de quelque milieu qu’elles viennent, y sont les bienvenues. Gilberte, que je suis allée voir dans la maison de retraite où elle vit depuis un an, contemple la photo et me dit à plusieurs reprises : “On était tous ensemble.” Et, après un silence, elle ajoute : “Ça représente ce qu’on ne connaît plus maintenant.” C’est “Mlle Michaux”4 qui réunit les jeunes filles et leur propose des activités. Elle était très dévouée. Restée célibataire, elle disait aux filles : “Je vais vous apprendre comment garder un mari.” Et elle leur apprenait à faire la cuisine et des gâteaux au 1er étage de la maison paroissiale, ou d’autres activités comme le théâtre, la lecture… Ce 26 novembre 1944, elles sont une cinquantaine à fêter les deux catherinettes de la rue du Four-Banal. Pour la circonstance, on a fait venir le photographe, Marius Barrat, pour qui ces demoiselles posent sur les marches des Petites Promenades.
Très fière de son chapeau, Gilberte arpente les rues de Varzy, rend visite à Mme Sallé5, qui est son amie, aux Savard6, dont elle est l’employée. En chemin, elle croise Me Barraud, le notaire, qui lui dit, montrant sa coiffe : ”Toi, tu n’y as pas droit.” A cette remarque quelque peu perfide, la jeune femme se rembrunit. Car Gilberte avait un promis. Et si l’ennemi a quitté Varzy depuis le 5 septembre, la guerre est loin d’être terminée.
Non, elle n’était pas fiancée. Elle était l’amie de Fernand Potdevin, ouvrier boulanger pâtissier chez les Deschez, rue de la Séverie. Seulement Fernand est loin. Le 11 mars 1943, convoqué sur la place de la mairie avec 13 autres jeunes, il est parti pour l’Allemagne. Les nazis exigeant d’urgence de la main-d’oeuvre pour leurs usines, le maire, le Dr Sallé, a dû opérer une sélection. La loi du 18 février 1943, instituant le S.T.O., autorise ces réquisitions d’hommes et leur transfert. Fernand, bien qu’originaire de Saint-Aubin-les-Forges, est parti avec les fils de Varzy. Gilberte me dit : “Les cultivateurs et les gens qui avaient du bien ne partaient pas.” Certains ont maudit le maire. Un homme disait : “S’ils ne reviennent pas, je tuerai le Dr Sallé.”
Dans la ville occupée par l’ennemi, voir partir ces jeunes, dont on restera sans nouvelles pendant très longtemps, est un crève-cœur. Fernand sera le premier à écrire. L’arrivée à la poste7 de la carte qu’il adresse à Gilberte est un événement. Non seulement le facteur la lit pour lui-même, mais il la lit à tout le monde en faisant sa tournée. Et lorsque Gilberte descend la rue ce matin-là, elle s’entend dire par tous ceux qu’elle croise que Fernand lui a écrit, qu’il est à Katowice en Haute-Silésie avec Marcel Perronnet, etc. Enfin, Varzy a des nouvelles. Elle ajoute qu’elle n’en a pas voulu au facteur.
“Tous rentraient, sauf eux deux.” Partis le 11 mars 1943, les deux hommes ne reviendront que le 25 août 1945. Libérés par les Russes, le 13 janvier 1945, ils sont conduits dans un camp de rapatriement à Cracovie. Mais ils retournent bientôt à Katowice à pied, où ils sont hébergés chez des Polonais avec qui ils travaillaient. “Il faisait -30° à -50° sous zéro”, m’avait dit M. Perronnet (en 2004). Ils gagnent ensuite le camp d’Ousdorf, en Ukraine, à 18 km d’Odessa, où sont regroupés 22 000 hommes en attente d’être rapatriés. Le voyage de retour en train est long et éprouvant. Entre Linz et Strasbourg, ils restent 21 jours sans descendre du train, bouclés dans le wagon par les Américains. “Ils ont téléphoné de la gare de Nevers. M. Savard est allé les chercher en voiture.” Fernand qui pesait 75 kg n’en pesait plus que 52… Pourtant, là-bas, en Pologne, les ouvriers polonais partageaient leur casse-croûte avec eux.
Gilberte et Fernand se marient le 3 novembre 1945. Ce mariage fut le dernier célébré par l’abbé Prégermain, qui meurt peu après. Le couple tiendra une boulangerie dans le Cher, puis à Fontenay-sous-Bois pendant 28 ans. Veuve, Gilberte est en maison de retraite depuis un an, après qu’elle a fait un AVC. Elle se déplace en chaise roulante, ce qui ne l’empêche pas d’être toujours, à 92 ans, “la joie de vivre”. Ah, j’allais oublier : elle a toujours le chapeau.

Anne Dourneau.



1. La boutique de la modiste était alors au coin de la rue Delangle et des Grandes Promenades (à l’emplacement de la pharmacie), après avoir été sur la place du Marché. M. Sancenot était cordonnier.
2. Abel Chatelet (1878-1955), instituteur en retraite, est nommé maire par le Conseil national de la Résistance le 12 septembre 1944.
3. Selon d’autres sources, elle était rue de Vézelay (maison Terrial).
4. Mlle Michaux, à l’état civil Françoise, Marie, Marguerite (née en octobre 1889, décédée en février 1950), faisait aussi le catéchisme. Son nom est prononcé par tous avec déférence (d’où les guillemets). Les garçons étaient pris en charge par Marcel Amblard, secrétaire de mairie, dans le cadre de la JOC.
5. D’avril 1943 à 1945, des enfants de Calais réfugiés étaient logés dans l’ancienne Ecole normale de garçons, fermée par l’Etat de Vichy en 1941. Il y avait là un ouvroir où, sous la responsabilité de Mme Sallé, toutes les dames dévouées, dont Gilberte, allaient réparer et/ou confectionner des vêtements pour ces enfants. Le Dr Georges Sallé (1872-1958) a exercé rue des Forges de 1898 à 1953. Depuis le décès du maire, René Lussier en novembre 1939, il faisait fonction de maire.
6. M. Savard, qui était originaire de Châteauneuf-Val-de-Bargis, avait épousé la fille du bazar de la place du Marché. Le couple a fait de la boutique une bonneterie et créé la tricotterie, tandis que le bazar de M. Carita était transféré rue Delangle.
7. A l’époque, la poste se trouvait en bas du boulevard Dupin.



OCTOBRE 2012 (N°33)




Reine des reines des Comices nivernais 2012

Actualité quelque peu insolite pour Le Picot : Anaïs Barbin, lycéenne, 19 ans, vice-reine du comice du canton de Varzy, a été élue, le 7 octobre, reine des reines des 4 comices nivernais de l’été 2012. A l’occasion de cet événement, initié par la Société d’agriculture, rappelons que le premier comice agricole jamais organisé le fut, semble-t-il, dans le département de la Nièvre…
En effet (je cite Wikipédia), le principe de cette grande manifestation rurale avait été initié par André Dupin, éminent juriste, député de l’arrondissement de Clamecy et président de la Chambre des députés sous Louis-Philippe. Le 9 juin 1839 , dans la salle des Adjudications de la ville de Clamecy, une Société avait été créée, à laquelle on avait donné le nom de “Comice d’arrondissement de Clamecy”. Il s’agissait “d’instaurer de fréquents rapports entre les propriétaires et les cultivateurs et, dans le même temps, de stimuler le rôle de tous ceux qui se livraient à l’agriculture et à l’élevage, en encourageant et en propageant le perfectionnement des instruments aratoires et les meilleures méthodes d’assolement, de mettre en commun et répandre le plus possible les connaissances acquises sur l’amélioration des races de bestiaux au moyen d’un croisement bien combiné”. La volonté de ces pères fondateurs fut exaucée, puisqu’elle aboutit sans conteste à la création de la race charolaise. La date du premier concours fut ainsi fixée au dimanche 1er septembre 1839.
La Seconde République, par ses lois des 25 février, 10 mars, 20 mars et 25 mars 1851, dota ces associations d’une existence légale, leur donnant la possibilité d’élire les membres des chambres d’agriculture. Un an plus tard, un décret du Second Empire, du 25 mars 1852, leur retira cette attribution… Héritage du XIXe, les comices perdurent encore aujourd’hui. Et André Dupin, sur son socle de la place du Marché à Varzy, aura vu passer les trois élues du canton, dont Anaïs Barbin, élue depuis reine des reines des 4 comices nivernais 2012…

Anne Dourneau.