Le Picot

Accueil > Culture > La passion du cinéma

La passion du cinéma

jeudi 15 septembre 2011, par Le Picot





AVRIL 2011 (N°29)




Silence ! On tourne !



Habitant Dornecy, Jean Van Herzeele, âgé de 82 ans a deux passions : la cuisine (il a été restaurateur jusqu’en 1987) et le cinéma. Il est collectionneur de films.

Sa maison, sise à côté du lavoir situé dans le centre du village, abrite près de 1 500 films, 16 mm et 35 mm, fictions et documentaires. “ Collectionner des films, c’est bien ! Les projeter, c’est mieux ! Quel intérêt d’avoir des films et de ne pas les montrer ? Quand on a un livre, on le prête ! “ souligne Jean Van Herzeele. Ainsi, souvent, il organise, pour des membres de sa famille et ses amis des projections privées dans la salle de cinéma aménagée dans une ancienne grange contiguë à la maison. Il possède également de nombreux projecteurs.
La passion, pour le cinéma, de Jean Van Herzeele, né en 1929 à Egly près d’Arpajon, dans l’Essonne, date de 1942. Son père qui a gagné un lot à la Loterie Nationale lui achète un train électrique et un petit projecteur à manivelle. A la même époque, il souhaite devenir cuisinier. En 1942, il entre comme apprenti aux Orphelins d’Auteuil, rue de la Fontaine, à Paris. Il y restera deux ans avant de travailler au Restaurant de la Tour, à côté de la tour Eiffel, près du domicile de Sacha Guitry qu’il croise souvent vers deux heures du matin. A la sortie de son travail, il va voir un film à la dernière séance, de 0 h 45. En 1959, alors qu’il est installé rue Le Tellier dans le 15e arrondissement, il commence sa collection après avoir rencontré M. Gailloux qui tient un magasin de location-vente de films, à côté du Théâtre Saint- Martin. Ce dernier qui mange régulièrement dans son restaurant devient son ami et lui fournit fréquemment des lots de sept à huit films. En 1965, après avoir été exproprié, il achète un hôtel-restaurant, rue Tiphaine qu’il baptise Chez Jean. Entre-temps, sa collection s’est agrandie.

Les films 16 mm sont classés par ordre alphabétique.

Au sous-sol, il a aménagé une salle de projection. Un jour, un chef-opérateur qui travaille avec Claude Zidi rentre dans le restaurant. Le lendemain, Claude Zidi accompagné de son équipe vient y fêter son anniversaire. (Pour les 80 ans de Jean Van Herzeele, le réalisateur lui a envoyé un livre.) Ce même chef-opérateur connaissait Maurice Pialat qui cherchait une salle de restaurant pour le tournage de Loulou avec Gérard Depardieu et Isabelle Huppert. Le restaurant Chez Jean servira donc de décor pour plusieurs scènes. Jean Van Herzeele y jouera son propre rôle. “ Lors d’une scène, j’ai eu un trou noir pour une réplique et j’ai dit à Gérard Depardieu : ” Qu’est-ce que tu branles ? Il y a longtemps qu’on ne t’a pas vu ! “ Pialat a dit : “ Parfait ! On garde “, raconte Jean Van Herzeele qui poursuit : “ Les repas étaient très tardifs. Un soir, Depardieu qui n’était pas sur le plateau a voulu voir Viva Zapata avec Marlon Brando, ce qu’il a fait. Et Pialat a momentanément interrompu le tournage pour voir une des scènes phares de ce film. “ Dans son restaurant, il a accueilli, comme clients, d’autres grands noms du cinéma, comme la famille de Jacques Becker (l’auteur de Casque d’Or, l’un de ses films préférés), Ginette Leclerc et Michael Lonsdale qui lui ont laissé des dédicaces.

LA PASSION DU CINEMA

Jean Van Herzeele a abandonné la restauration en 1987 et s’est installé à Dornecy fin juillet de cette même année. “ C’est une de mes serveuses qui connaissait ce village qui en a parlé à mon frère et à ma belle-sœur au début des années 70. Ils ont loué une maison avant d’en acheter une. Puis, j’ai fait de même. En 1977, j’ai aménagé la salle qui a été baptisée Le Cinéma du Lavoir dans la grange. Pendant les travaux, j’avais installé un petit projecteur avec lequel je projetais des films pour les enfants du village. Cela faisait de l’animation, certains voisins n’étaient pas très contents. “ La salle ressemble à une vraie salle de cinéma. A l’entrée, un panneau sur lequel peut être inscrit le programme de la séance. Sur l’un des murs, un grand écran masqué par un rideau. En face, la cabine de projection dans laquelle officie Jean Van Herzeele. Entre les deux, une vingtaine de fauteuils récupérés au cinéma le Casino de Clamecy “ grâce au maire Bernard Bardin. “ Sur les murs latéraux, 14 photos, en noir et blanc, d’acteurs et d’actrices (Bernard Blier, Jean Gabin, Louis Jouvet, Martine Carol, Françoise Arnoul, etc.), œuvres du célèbre studio Harcourt “ C’est le patron du Gaumont Palace, le plus grand cinéma de Paris de l’époque, situé place Clichy qui me les a données le soir de sa fermeture définitive, à 2 heures du matin. “ Mais aussi des affiches de films dont celle d’Orpheu Negro. “ Elle m’a été donnée par le patron du Kino Panorama qui se trouvait à la Motte Piquet .“ Dans une malle, d’autres affiches. Sans oublier les projecteurs et un phono La voix de son Maître datant de 1920. Des objets décrits, détaillés avec passion par le maître des lieux qui est adhérent du ciné-club d’Avallon et du théâtre La Closerie, à Etais-la-Sauvin. Le dimanche 8 mai, dans le cadre du festival du cinéma muet, il y projettera des films, courts-métrages muets, actualités qui font partie de sa collection. Et devant l’écran, un pianiste accompagnera la projection.

Projecteur à 3 pales, vestige du cinéma muet.

Cette passion pour le cinéma, pour l’argentique “ J’aime toucher, sentir “, Jean Van Herzeele l’avait communiquée à son neveu qui s’est tué dans un accident d’hélicoptère lors de prises de vue et à son petit neveu âgé de 38 ans qui travaille dans le cinéma et la vidéo. “ Il n’y aura pas de clap de fin. “

Michel Melka.