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Poésie

vendredi 16 septembre 2011, par Le Picot

Poèmes de Michèle Podoriézack

Puanteur
Il me revient aux oreilles, par des moyens modernes ou plus traditionnels, des propos et des plaisanteries qui, si l’on n’en arrête pas le déferlement, nous conduiront un jour à une vallée de larmes et d’horreur. J’ai écrit ce poème pour tous ceux qui déposent dans les esprits, les défécations nauséabondes de la haine.

Coup de gueule !



Vous, mes amis,
Ne savez-vous pas
Que les ruisseaux de haine
Deviennent le fleuve impétueux
Du sang et de l’horreur ?
Rappelez-vous !
Lorsque j’entends se déverser
Le fiel du racisme,
De lointains ancêtres hispaniques
Me parlent d’Al Andalous.
Je suis Arabe,
Peut-être comme vous !
Mais lorsque l’on profane
Les synagogues,
Alors je deviens juive
Et j’entends les cris
De la Shoah,
Même si je ne prie aucun dieu !
Lorsque l’on persécute
Les gens du voyage,
Je pars avec eux
Sur des routes d’incertitude et de peur !
Pour des années de ténèbres,
Il avait juste fallu hurler
Avec les loups !
Nos riches se parent
Des diamants de l’Afrique
Où nous cultivons les dictatures.
Le pétrole de Birmanie
Irise nos flaques d’eau !
Vois-tu, camarade,
Quelque part vers l’orient,
Mohamed a teint ton pantalon,
Et ceux de tant de tes amis,
Mohamed en est mort
Et son fils en mourra !






FUKUSHIMA



Ils tremblent sans bruit,
La peur dans leurs entrailles.
La mort, lente,
Sournoise,

Se pare d’un voile
De silence et de mensonge,
Tissé par les puissants.
Ils la veulent

Belle,
La camarde qu’ils nourrissent,
Ceux dont la fortune
Se goinfre

Sans jamais trouver
Satiété,
De ces cadavres anonymes,
Toujours bafoués !

Les enfants jouent,
Ils apprendront un jour,
Trop tard !
Ils n’auront pas le temps,

Pas le temps de dire,
Avant de mourir,
Anges sacrifiés
D’un monde cupide !






TINTAMARRE



Ce siècle de tintamarre,
Entre chiens hurleurs
Et musique qui martèle,
Comme jadis sur les galères
Le rythme de notre esclavage,
Jette sur nous le niqab.
L’uniformité nous ensevelit.
Machines ronflantes
Moteurs vrombissants,
Plus vite,
Toujours et encore !
Pourquoi, pour qui ?
Nous ne percevons ni les cris,
Ni le sifflement de la tempête
Qui nous aspirera
Vers le néant,
Car ce siècle est tintamarre !
Ivres de bruit,
Les hommes oublient
La voix
Des sages !






LES ENFANTS PERDUS



Ils ont déjà,
Les enfants perdus
D’un univers sans amour,
Le visage de la haine.

Ils traînent
Leurs guenilles
De destructions en rapines,
Et plantent leur regard

Comme un couteau
Dans le vôtre,
L’insulte prête
A jaillir.

Leur a-t-on un jour,
Raconté quelque histoire ?
Que leur a donc offert
Leur mère ?

Ils ont appris
L’injure,
Ne savent donner
Les caresses !

Nos rêves matériels
Leur ont volé la tendresse.
Ce monde a planté
En eux

Le fruit vénéneux
De la violence
Qui se multiplie
En lianes monstrueuses.

Ils ont égaré en chemin,
La poésie,
Et ne la cherchent
Même plus.

Ils jettent des cailloux,
Aucune main ne se tend,
Pauvres enfants perdus
Que nul ne veut aimer !