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ANNÉE 2012

N°32, N°33

lundi 8 avril 2013, par Le Picot




AVRIL 2012 (N°32)




La peste brune se met au vert

Si l’extrême droite se met au vert, au jardinage et aux paniers bio, je connais autour de moi des gens qui à l’évocation du Front National (resté dans mes souvenirs comme le groupe de résistants communistes créé par Jacques Duclos pendant la Seconde Guerre mondiale) ont les poils qui se hérissent. Je peux comprendre. Tout le monde n’a pas eu la chance d’avoir des parents communistes. Puis il y a ceux qui en entendant le nom des Le Pen hurlent avant de s’enfuir ou alors éructent avant de s’étouffer. J’ai même vu mon chien pleurer, Nathanaël, un magnifique berger allemand, très fier et super propre. Je m’étonne, sa race en a vu tellement d’autres !

Il n’empêche, avec 17% d’intentions de vote aux prochaines élections présidentielles, le FN (celui créé par Jean-Marie Le Pen en 1972) fait partie intégrante du paysage politique.

Le Front National est-il un parti républicain ? Ses idées sont-elles dangereuses pour la démocratie ?

Pas facile de répondre. Une analyse bien trop fine pour mon cerveau libertaire. Je dois manquer de neurones. D’autant plus que le FN n’a jamais été au pouvoir. Je m’en tiendrai donc à relater quelques faits récents concernant le duché de Bourgogne.
Depuis peu, un courant, formé de militants très actifs, œuvre pour sortir le FN de ses ornières historiques. Un sillon creusé depuis 40 ans par un Jean-Marie Le Pen, fort en gueule, éminent orateur, maîtrisant parfaitement le subjonctif (présent, imparfait, passé antérieur, plus-que-parfait). Rappelons que le subjonctif suppose une absence d’engagement du locuteur par rapport à la réalité du fait énoncé. Donc, moins de verbes, plus d’actions et d’investissements sur le terrain. Comme cette émergence de projets néoruraux qui prônent le retour à la terre, le communautarisme de souche avec une tendance écologiste-bio enracinée et localiste. Ce qui est le cas dans le Morvan.

Une association, “ Des racines et des elfes “, soutient depuis quelques années une petite communauté installée à Mouron-sur-Yonne : la Desouchière. Pour elfes, il faut comprendre : européens, libres, fiers, enracinés et solidaires. Acronyme qui a le mérite d’être clair. Le fondateur de l’association, Olivier Bonnet, déclarait sur un forum aujourd’hui fermé (!) : “ L’implantation ne doit pas être avant tout politique. À mon sens, le but premier doit être de s’intégrer et de se faire accepter, apprécier, des habitants du cru, en adoptant un comportement exemplaire “ à terme : “ réunir dans un espace de la taille d’un village des personnes qui partagent les mêmes valeurs “.
Une idée communautaire qui fait son chemin. La Desouchière ne manque ni de bras ni de volontaires. Il faut le savoir, les bâtiments sont grands et les travaux conséquents. Un environnement aussi idyllique que le Morvan, fait de prés, de forêts, parsemés de petits hameaux, de fermes, n’ôte en rien le labeur de la construction qu’on soit écolos, nationalistes, d’extrêmes droites ou bien une simple taupe. Un lieu occupés jadis par l’association Le Patriarche : un centre d’aide aux toxicomanes. Le fondateur, Lucien Engelmajer, en fuite au Bélize (c’est très joli aussi le Bélize) est mort en 2007. Il aurait dû écoper de 5 ans d’emprisonnement. L’association Le Patriache, jugée comme sectaires (toxicomanes traités comme des esclaves), avait aussi bricolé dans le détournement de fonds et le trafic d’influence. Un député-maire et un conseiller du ministère de l’Intérieur en avaient fait les frais. Une certitude, les elfes ne sont pas superstitieux et ne croient pas aux fantômes, sinon, ils ne se seraient pas installés là. Bref, nouvelle association, nouveaux habitants, le village revit.
Un voisin déclarait, il y a peu : “ ils ne font pas de vague, se montrent polis et gentils. Ils essayent de s’intégrer “. Paulette Cordillot, pour la mairie donnait aussi ses premières impressions : “ En fait, ce sont des gens charmants (…) Ils ont même participé au char de la commune pour les comices agricoles. “
Stratégie payante, puisque Olivier Bonnet présageait : “ Il serait judicieux de choisir une commune peu peuplée afin de pouvoir placer un maire souchien. Si nous sommes suffisamment nombreux, nous pouvons mécaniquement gagner les municipales. Il faut donc s’installer dans une commune déjà existante et réussir à y placer notre maire. Le contrôle de la mairie nous permettra de contrôler les permis de construire et en conséquence, de contrôler l’accroissement, la rigueur des constructions, le bon emploi des fonds publics et la tenue de l’école “.
En matière d’éducation, l’école des elfes propose d’autres possibilités aux parents qui ne souhaitent plus voir leurs enfants regroupés dans des classes hétérogènes et qui refusent : “ le totalitarisme de l’éducation nationale “ et de rappeler “ (…) que l’école est devenue l’objet d’un investissement idéologique fort discutable “ comme : “ (…) ces ridicules tentatives pour initier les plus jeunes élèves à des langues parfaitement exotiques dont ils ne retiendront rien. “ De fait : “ Si le projet est bien amené, bien présenté, sans provocation, les gauchistes et autres nuisibles n’y verront que du feu (…). Il suffira d’employer les arguments simples de “ développement durable ” ou de “ mise en valeur du patrimoine local ”, très en vogue actuellement. Et surtout être discrets sur nos buts et notre philosophie “. Malgré toutes ces précautions, la Graineterie à Clamecy les a éconduits.
Un site antifasciste http://actionantifasciste.fr/ dénonce l’idéologie nationaliste et les dessous d’une affaire immobilière pas très claire et un blog http://ladesouchiere-degage.over-bl... incite à la résistance. Olivier Bonnet reconnaît publiquement qu’il aurait préféré plus de discrétion pour porter à bien son projet.

Thierry Rochet.







Simple comme un coup de fil

Qui donc dans ce pays parle de supprimer les 35 h ? 35 heures, c’est ce qu’il nous faudra bientôt par semaine pour essayer de régler les affaires courantes.

Je dis bien essayer ! Le résultat n’étant pas du tout garanti ! Ah les délices de l’ouverture du service public à la concurrence ! Nous avions prévu de déménager vers le 11 novembre. Le site SFR proposait d’anticiper les démarches. Fin octobre, je téléphone donc, et je tombe sur un monsieur genre robocop qui me demande ma nouvelle adresse. Sa connaissance de la configuration des villages français me parut sommaire et le fait que mon prochain domicile se trouvât dans un lieu-dit sembla beaucoup le déranger. “Donnez-moi une adresse correcte ! “ me répétait-il de la même voix mécanique, à chaque fois que je lui relisais ce qui était inscrit sur le compromis de vente de la nouvelle maison. Je finis bien sûr par exploser en lui disant que je n’avais rien à lui proposer d’autre. Ne trouvant pas non plus le nom du propriétaire de notre future acquisition, il entreprit une recherche par le prénom. Celui-ci étant plutôt courant, je me retrouvai avec la population d’un autocar parmi laquelle ne figurait pas la bonne personne. Il ne trouva pas non plus le numéro de téléphone dont je me servais pour appeler ces gens et me soutint qu’il n’existait pas. Finalement il me proposa de me rappeler le samedi. Le samedi rien ! La semaine suivante, je m’emparai à nouveau du combiné, et là, miracle, une brave dame au bout du fil m’affirma avoir tout trouvé ! Il ne restait plus qu’à attendre. Nous déménageâmes et nous attendîmes. Comme rien ne venait et qu’accessoirement mon mari est tributaire du téléphone pour son travail, situation que j’avais signalée, j’allai chez des amis pour recontacter SFR ; et nous voilà repartis sur une construction de ligne. Je m’agaçais. Ce fut encore une fois rectifié, et puis nous retournâmes à la case départ. Je me rendis chez SFR à Auxerre où je fus accueillie par une jeune femme très aimable, qui obtint une hotline apparemment plus efficace. Ouf ! Enfin, problème résolu. Rentrons et patientons ! Rien, le temps passe,mais pas l’ADSL ! Je retourne chez mes amis, je mets le haut parleur. C’est hallucinant : Nous sommes revenus à la construction de ligne ! Dialogue de sourds avec une personne très désagréable, elle aussi robocop. Un autre appel, une solution en vue. Bon, on attend encore ! Au point où nous en sommes ! Je règle ce que je peux grâce à mon portable, qui passe ou ne passe pas, c’est tout bénéfice pour SFR, pas pour mes finances ni pour mon système nerveux ! Il y a bien les signaux de fumée, mais c’est mauvais pour le taux de CO2 ! Et l’on pourrait, par-dessus le marché, me facturer la taxe carbone. Finalement un matin, la semaine avant Noël, alors que j’étais en train de me faire couper les cheveux, un appel d’un Monsieur pas robocop m’annonce que je ne peux bénéficier des services de SFR là où j’habite, donc que mon contrat est caduc. Cela m’aurait été signalé au début, nous aurions gagné du temps et de la sérénité. Il faudrait proposer les antidépresseurs conjointement à l’abonnement internet. Un super pack promotionnel quoi ! Ceux qui ont l’habitude de fréquenter les hotlines constitueraient à coup sûr une clientèle pour ce produit. J’ai reçu quelque temps après une lettre comme quoi moi, je résiliais. La résiliation n’est pas de mon fait, ou alors, je ne comprends rien à rien. Alzheimer peut-être !
Il serait certainement possible de remplir de nombreux volumes en relatant les galères des usagers avec leurs fournisseurs d’accès internet, quels que soient ces derniers, et pour vous consoler, à quand les mêmes problèmes avec l’électricité, le gaz et toutes ces choses dont nous dépendons et qui passent sous régime privé. Un avenir radieux s’ouvre à nous !

Michèle Podoriézack.




OCTOBRE 2012 (N°33)




Pacs et droits liés aux enfants.

Une histoire d’amour survenue à Clamecy éclaire utilement la nécessité de l’égalité des droits entre homosexuels et hétérosexuels. Deux femmes de Clamecy qui vivaient maritalement en étant pacsées se sont séparées. (Voir Libération du 10 septembre 2012.)

L’une des deux personnes a eu deux enfants qui ont été élevés en commun par le couple depuis leurs naissances et qui sont aujourd’hui âgés de quatre ans et d’un an et demi. La décision d’avoir le premier enfant avait été prise en commun par le couple et l’enfant a été conçu avec l’aide d’un ami plutôt que de recourir à l’insémination artificielle et anonyme. Le couple et le géniteur considéraient l’accord comme un cadeau. L’autre personne ne pouvant pas avoir d’enfant pour des raisons de santé les a élevés comme s’il s’était agi des siens. Dans une période récente, la mère biologique des enfants a décidé de rompre cette relation pour vivre avec un homme. Le fait qu’il s’agisse d’une personne de sexe masculin est sans importance pour ce qui suit, mais précise bien, contre les préjugés homophobes, que l’amour n’est pas décidable en fonction du sexe et que l’ambivalence, peut exister chez tout être humain. Donc, jusqu’ici, rien de bien extraordinaire, mais comme il n’y a pas eu d’entente entre les deux adultes pour organiser un droit de visite librement consenti, la personne restée seule doit recourir au tribunal pour tenter de l’obtenir. L’impossibilité de poursuivre une relation avec les enfants est forcément difficile pour elle et ni le Pacs, qui ne lui donne aucun droit, ni un effet rétroactif du mariage homosexuel ne peut jouer en sa faveur. Cette situation est grave car elle induit que pour toute séparation, homosexuelle ou hétérosexuelle, la poursuite des liens préalablement établis entre un adulte non géniteur et les enfants de son conjoint, n’est pas indispensable au bon développement et à l’équilibre des enfants. On connaît pourtant la réaction de la plupart des enfants élevés par d’autres personnes que leurs géniteurs et qui, connaissant ou non ces derniers, considèrent généralement les premiers comme leurs véritables parents. Le principe même d’adoption est basé sur ce constat. Les parents sont ceux qui élèvent, c’est à dire qui aident à la croissance physique et intellectuelle et, par dessus tout, offrent l’affection indispensable à l’épanouissement. Le mot « épanouir » précise bien les besoins de l’enfant, en minorant la part génétique, pour sa constitution d’adulte, relativement au contexte social et familial. Le moins que nous puissions faire, est de favoriser tout ce qui aide l’enfant à devenir un adulte apte à faire face aux aléas de l’existence et prioritairement à être heureux. Ceci n’est pas gagné d’avance et c’est déjà suffisamment compliqué dans un milieu familial stable ou, en cas de séparation, entre adultes soucieux de ne pas traumatiser les enfants. Quand les parents se séparent et peu importe qu’ils soient les véritables géniteurs ou non, il s’agit de faire au mieux pour conserver à l’enfant ses repères affectifs. Beaucoup de couples séparés optent aujourd’hui pour la garde alternée qui assure un équilibre relationnel entre les enfants et leurs parents, mais ceci n’est pas envisagé par le Pacs. Aujourd’hui, les débats en cours sur le mariage homosexuel, permettent un étalage médiatique de préjugés qui prennent le pas sur les droits des humains à vivre heureux, qu’ils soient adultes ou enfants. L’égalité des droits entre homosexuels et hétérosexuels n’est pourtant que la prise en compte de la société dans laquelle nous vivons. Il est vrai qu’on peut aussi rêver de réinstaurer une société féodale et inquisitoriale comme le souhaitent quelques crétins.

Yves Pupulin.







Les histoires d’amour

finissent mal, en général


Mariage, PActe Civil de Solidarité (PACS) et autres complications

Les mœurs ont radicalement changé avec l’émancipation des femmes directement liée aux combats qu’elles ont menés de tous temps et particulièrement dans les années soixante. On se souvient des luttes pour la libéralisation de l’avortement et de la contraception. Avant la loi Weil, des militantes et des médecins organisaient des avortements clandestins pour les femmes qui se retrouvaient enceintes sans le désirer. Des voyages étaient organisés pour la Suisse ou les pays nordiques qui avaient déjà libéralisé l’avortement. Les propagandistes de morales archaïques font généralement sourire mais il suffit de se souvenir qu’une statistique de 1973 estimait que 60% des femmes avait eu recours à l’avortement ou tenté d’y recourir. Par conséquent 60% des hommes, toutes classes confondues, étaient concernés mais ne semblaient pas en avoir conscience. On voit la capacité de nuisance des conformismes et ce qu’ils impliquaient pour les femmes comme souffrances, désespoirs, et dans les cas les plus dramatiques, de morts.



Le mariage a subi le contrecoup de cette émancipation et on se mariait de moins en moins depuis les années soixante-dix ou si on le faisait, le divorce permettait de se séparer dans un processus pénible. Le divorce à l’amiable n’existe que depuis peu et n’est envisageable sans avocat que depuis 2005 sans pour autant que la loi soit aujourd’hui totalement claire. On voit bien que ce qui scinde la société depuis les années soixante c’est l’union libre contre le mariage. Qui veut l’une ? Qui veut l’autre ? C’est la pratique réelle qui pousse à l’union libre et la volonté de conserver une société figée, basée sur les sacrements, qui veut que le mariage soit obligatoire.
L’idée d’un statut donnant des droits équivalents au mariage entre personnes librement unies est la vraie revendication de la société civile depuis plus de cinquante ans. Cette demande a trouvé une non-réponse dévoyée dans le PACS. D’abord on peut se demander si le choix d’un nom plus laid était possible. En tout cas, s’il s’agissait initialement de traiter l’union libre à l’égal du mariage, le PACS n’en fit rien. La première raison est que plutôt que de prendre en compte la réalité des nouvelles formes de vie commune quelles soient hétérosexuelles ou homosexuelles, les tenants des différentes confessions, partis et courants de pensée s’acharnèrent à centrer le débat sur l’homosexualité afin d’invalider une nouvelle forme d’union dont l’ensemble de la société avait et a toujours besoin. La lâcheté ou la bêtise des socialistes fit qu’ils se laissèrent emporter par un débat sur l’homosexualité manipulé par l’extrême droite, les catholiques et conservateurs de toutes tendances. Ce débat n’a pas lieu d’être et son seul but fut de préserver les avantages du mariage et d’empêcher de vivre sous un nouveau statut assurant pour l’union libre les mêmes droits. De fait, le PACS ne garantit pas grand-chose, et tout particulièrement, pas la pension de réversion qui assure une partie de la retraite du conjoint marié en cas de décès. Ceci est crucial quand on a des enfants, conçus de plus en plus tard, aujourd’hui. Il faut donc s’assurer que son conjoint et ses enfants ne se retrouvent pas, en cas de décès, dans une situation précaire.
Depuis sa création, le PACS fait l’objet de revendications pour donner, au niveau juridique et économique, des droits équivalents à ceux du mariage et ceci dans un cadre libre. C’est ce qui est urgent et c’est ce qui est escamoté. Dans ce cadre, le mariage des homosexuels est légitime mais il décentre de nouveau le débat. Dans tous les milieux, on s’accorde à dire que c’est une affaire de choix personnel et qu’on voit mal de quoi se mêle les curetons, homophobes et autres ânes rétrogrades. Pourtant les ténors de la presse savent bien donner la parole aux plus sinistres. Ainsi, Mme Le Pen, sur une radio nationale a pu affirmer sans le moindre sourcillement des journalistes présents que l’on pouvait être indifféremment juifs, catholiques ou musulmans et être français. On voit bien le glissement sémantique qui présente une société où n’existent ni athées, ni agnostiques ni même laïcs. Qui, aujourd’hui, rêve d’une société religieuse ?
La bataille qu’il faut mener est celle des droits rigoureusement égaux entre l’union libre et le mariage. Ces droits concernent tous les gens, hétérosexuels ou homosexuels qui veulent s’unir, quelle que soit la durée de cette union, sans se marier.
Qui, aujourd’hui, veut rendre compte de sa vie privée aux calotins, fussent-ils laïcs ?

Yves Pupulin.