Le Picot

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LUCY-SUR-YONNE

mardi 16 avril 2013, par Le Picot




OCTOBRE 2012 (N°33)




Allons Lucytoyens !

Dans l’esprit de lutter contre l’apathie générale (emprunt totalement assumé au Picot), quelques habitants de Lucy-sur-Yonne ont décidé de créer une association (loi 1901) après moult réflexion et divers atermoiements, le 3 août dernier.

Le regretté humoriste Bernard Haller avait, jadis, créé un sketch intitulé “Chers citoyens et hyènes”... Ils ont opté pour l’appellation LucyToyens puisqu’il faut bien une dénomination pour constituer une association.

L’objectif (modeste, mais génial…) : “L’amélioration et la préservation des conditions de vie de notre village”.

Avant l’assemblée générale du 29 septembre dans la salle des fêtes de la mairie, Lucytoyens a publié l’Echo des coins et des recoins (coin !), bulletin indépendant d’informations de l’association, distribué dans toutes les boîtes aux lettres de la commune.

Extrait de son éditorial :

"Sans esprit de clocher, quoique nous aimions beaucoup le nôtre, nous souhaitons très simplement obtenir certaines réponses à certaines questions -que beaucoup se posent, sans oser insister- auprès des autorités locales, pourtant parfaitement au courant de ces interrogations. Dans un petit village de 148 habitants recensés (2009), dont une bonne moitié en résidence secondaire, une telle association semble superflue, puisqu’il existe un comité des fêtes actif et efficace, une équipe municipale accessible (en théorie) et peu de sujets réellement polémiques. Cependant, malgré des contacts réguliers et des demandes précises, il apparait que certains problèmes récurrents ne sont pas traités comme ils le sont dans d’autres communes proches et comparables.
En l’absence d’un bulletin municipal, le seul vecteur de communication officiel, reste le panneau d’affichage, situé à un endroit - reconnu à l’unanimité - dangereux. Les informations qui y figurent sont à la fois parcellaires et tardives. Lorsque la Fête du cochon, évènement salué par la plupart, à juste titre, se termine en apothéose par un feu d’artifice, tout le monde s’en réjouit.
Ne serait-il pas possible également d’apporter autant de soin à la diffusion d’informations, qui, sinon, partent, elles aussi, en fumée ?... Le système actuel donne un pouvoir exorbitant aux maires. Nous n’avons ni l’ambition, ni les moyens d’y remédier dans l’immédiat. Il nous est, toutefois, laissé la possibilité, la liberté, de proposer des pistes de réflexion et des projets relativement simples à mettre en oeuvre pour pallier certaines carences de démocratie locale."


C’est ainsi que l’association a eu le plaisir de récolter 15 adhésions officielles et de nombreux soutiens à venir y compris celle d’une association similaire à Bellechaume (89). Lucytoyens est au regret de devoir souligner que l’invitation faite au Maire et au conseil a été déclinée. (Le conseil municipal du 17 septembre ne mentionne pas la communication de la-dite invitation…).
Propos recueillis par L’Yonne républicaine (6 octobre 2012) :
"C’est ma liberté, déclare Jean-Paul Roulon. Cette association a aussi sa liberté. Qu’elle propose de s’impliquer dans l’action communale, on ne peut que s’en féliciter. Mais pour l’instant, il y a un conseil municipal et il fonctionne : c’est lui qui prend les décisions".
Il prend en effet la décision de n’en prendre aucune… pas même celle de la rencontrer…

C’est pourquoi, elle aura le plaisir de publier le deuxième numéro de son Echo des coins fin octobre courant pour continuer (toujours modestement) à tenter de dire tout haut ce que beaucoup pensent tout bas et poser certaines questions "ben ordinaires" comme chantait Charlebois.
Pour reprendre l’excellente formule du très regretté Claude Cogan :
"attaquant la fonction et le comportement plutôt que la personne. Tout au moins, tant que cela reste possible."

Lionel Deschamps.



Email : lucytoyens@orange.fr

VOUS, QUI PASSEZ SANS ME VOIR… (extrait de l’Écho des coins et des recoins)

L’église de Lucy-sur-Yonne, outre sa vénérable architecture, renferme un trésor artistique reconnu : ses vitraux.
La commune a honoré, de son vivant, l’artiste qui les a créés en donnant son nom à sa place, désormais place Luc Simon*. Une excellente initiative saluée à l’unanimité. Est-il bien logique, pourtant, de dérober aux regards ces créations remarquables ? Il est sans doute envisageable de chercher une solution pour permettre aux LucyToyens, aux visiteurs divers, touristes ou amateurs d’art, de les admirer à l’endroit, c’est à dire depuis l’intérieur du bâtiment, hélas fermé en permanence, hors cérémonies ou (rares) concerts... De plus, compte tenu de l’intérêt des oeuvres, ne serait-il pas possible de les éclairer à la nuit tombée, sans coût prohibitif, ne serait-ce que le week-end ? Une mise en valeur de notre patrimoine qui nécessite bien peu de moyens.

* Feu Luc Simon : peintre, maître verrier et personnalité incontournable, notoirement incroyant...

PS : Pour l’anecdote, la clé est détenue par Jacqueline Boex, dame dévouée, voisine de l’église, mais personne ne le sait, à part ses amis… Pas un panneau (même pour donner dedans), pas une affiche (même moche)… Rien pour indiquer l’existence des vitraux, installés en grande pompe et à grand frais (subventions substantielles diverses) en 2002.




AVRIL 2013 (N°34)




FIAT LUX ET LUX FUIT


A la suite d’une timide tentative d’éclairage partiel des vitraux par deux conseillers municipaux, le 5 janvier dernier, le maire leur a opposé un véto formel sous prétexte d’une éventuelle incitation au vandalisme.

A l’instar de l’église de Talant (Côte-d’Or) par Gérard Garouste, l’église de Lucy-sur-Yonne a bénéficié de la création de vitraux par un artiste de renom (et installé de longue date dans le village) : Luc Simon, réalisée par l’atelier Simon-Marq, maîtres-verriers depuis 1640…
Une opération appuyée par la DRAC, le conseil général et la municipalité de l’époque.
L’inauguration officielle en septembre 2000 laissait augurer logiquement une présentation et une incitation à les apprécier dignes d’une œuvre unanimement saluée…
Fermée hors offices religieux*, sans panneautage, sans éclairage, l’église renferme un trésor financé par la collectivité qui reste, en pratique, quasi-invisible.
Dans le film "Luc Simon, peintre de la lumière" de Jean-Louis Leconte (France3 -2000), on peut entendre et voir l’artiste évoquer "le mystère de la lumière à travers le vitrail, le mystère d’habiter un lieu par la lumière…"
Lux, Lux aeterna, Luc… Luc Simon avait aussi choisi Lucy pour son nom.
Mérite-t-il ce requiem de l’ombre ?

* Il y a des offices, le dimanche, de mai à la Toussaint, soit moins de 24 fois une heure sur une année. Donc moins d’1/365ème de temps pour profiter de l’intérieur de l’église. Et ce, dans le cadre de la messe et non dans le cadre d’un accès laïc et républicain… Les très rares concerts se comptent sur les doigts d’une main.

MAUVAISE FOI ?

Outre une route départementale qui le traverse en son milieu, et dont le trafic de camions s’accroit chaque année, le village de Lucy-sur-Yonne s’enorgueillit d’un fameux point de vue. Depuis le haut de la rue d’en bas, on voit très bien le bas de la rue d’en haut. Sacré panorama.
Gageons que la politique locale en matière de tourisme et de culture saura pleinement exploiter un tel potentiel.
Or, pourtant reconnu par son dynamisme, notamment en la matière, le maire est en butte, ces temps derniers, à un acharnement injuste de la part de quelques-uns.
Des agitateurs, des trublions osent avancer que la fermeture de l’église aboutit à une interdiction d’accès à l’oeuvre de Luc Simon. Ils prétendent que quelques simples projecteurs intérieurs allumés à la tombée du jour permettraient de les admirer à moindre coût, sans besoin d’ouvrir les portes à tout vent… Ils osent même dénoncer l’absence de toute indication les concernant.
Mauvaise foi ! Les voit bien qui veut s’en donner la peine.

SI COMPLIQUÉ ?

En effet, n’importe quel quidam suffisamment curieux peut trouver des informations sur internet. Si, si, en cherchant bien. Quant au visiteur occasionnel… avec un peu de jugeote, il saura bien déceler leur présence depuis le trottoir (attention aux camions), un jour très ensoleillé, avec un appareil photo à gros zoom et beaucoup, beaucoup d’imagination…
Trop facile de les contempler de l’intérieur, ces fameux vitraux… S’il veut vraiment entrer, le visiteur, (quel culot !), il n’aura qu’à deviner que les clés sont chez Madame X… Qui l’accompagnera. Si elle est là.
Et s’il ne devine pas, il n’aura qu’à demander à quelqu’un dans la rue. Et s’il n’y a personne dans la rue (à cause des camions), alors il n’aura qu’à sonner au hasard.
Et si on lui répond, alors on lui dira que c’est Madame X qui a les clés. Et voilà ! C’est si compliqué ?
Et puis quoi ? Les vitraux ? Bon… Et après ?
Quoi la nuit ? La nuit ?
Eclairer les vitraux la nuit ? Quoi encore ? La nuit, les honnêtes gens dorment ! (Pas les camions.)
Ce serait bien le plus sûr moyen d’attirer des hordes de hooligans prêts à tout caillasser. Oui, à tout caillasser ! Y compris les… les… quoi, déjà ?
Ah oui, les vitraux…

AMI, ENTENDS-TU ?

Ce qui pourrait apparaître comme une décision imbécile est, en réalité, frappée au coin du bon sens : ne pas les mettre en valeur, voire les occulter, permet de les préserver, de les protéger !
Les sauvegarder des jaloux, envieux, délinquants, saboteurs, terroristes, étrangers, sans papiers, qui rôdent aux alentours du village. Sans compter les meutes de bêtes hideuses prêtes à l’assaut.
"Ami, entends-tu le vol noir des corbeaux sur la plaine ?"…
Avez-vous vu ces nuées de corvidés non loin du clocher ? Elles n’attendent qu’un prétexte pour attaquer notre unique patrimoine à coups de bec !
Et les hordes de taupes creusant des kilomètres de tunnels pour venir bouffer du vitrail ?
Et les myriades d’araignées croqueuses de verre prêtes à passer à l’offensive ?
Non chers Lucycois, chères Lucycoises, votre maire ne bloque pas absurdement une décision qui pourrait rehausser notre village, et exposer, enfin, aux yeux de tous, un authentique chef d’œuvre.
Non, l’argument du vandalisme n’est pas bête à manger du foin !
Bien au contraire, votre glorieux édile contribue activement à l’obscur mystère de l’abstraction mystique et, plus concrètement, à éviter qu’on jette des petits cailloux sur les carreaux.
Car c’est bien pour ça qu’il a été élu.
Vive la République, vive la France ! Vive les trésors planqués ! Amen.

Lionel DESCHAMPS.