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ANNÉE 2013

N°34

samedi 16 novembre 2013, par Le Picot




AVRIL 2013 (N°34)




Erscia, bienvenue la pollution

Les élus et les pro-Erscia expliquent à la population que l’usine Erscia ne polluera pas et accrochent des pancartes dans tout Corbigny « Bienvenue Erscia » ! Ce projet est pourtant classé « ICPE » (Installation classée pour l’environnement) c’est-à-dire dangereux pour l’environnement. Adret Morvan a analysé le dossier et donne ici les éléments d’appréciation….

Confirmation : l’incinérateur de Sardy polluera plus que celui de Fourchambault

Il nous a été confirmé en préfecture que les services de l’État (Dreal) avaient bien autorisé Erscia à brûler 75 % de bois non-biomasse (bois fin de vie : bois peint, vernis...). Ces services ont indiqué n’avoir fait que reprendre les éléments fournis par Erscia sans avoir refait le moindre calcul. Ils ont seulement vérifié que le résultat était conforme à la norme. C’est sans doute ce qu’on appelle « validé par les services de l’État » !
Nous avons demandé comment ces mêmes services ont déterminé que l’incinérateur d’Erscia polluera 18 fois moins (!) que les maxima autorisés par l’arrêté, comme le prétend la Lettre du Pays Nivernais de fin août. Les ingénieurs de la Dreal ont alors répondu que ces chiffres leur avaient été fournis par l’entreprise Erscia.
Dans ces conditions nous pouvons donc imaginer que ces chiffres sont, au mieux, le bas de la fourchette de pollution engendrée par Erscia, au pire, le haut de la fourchette, celle-ci étant la limite imposée par l’arrêté préfectoral (si l’installation ne connaît pas d’accident). La pollution probable serait raisonnablement située quelque part entre les deux.
Même si les promesses de l’exploitant sont tenues (18 fois moins que les maximales autorisées !), le comparatif avec l’incinérateur à ordures de Fourchambault, qui pose des problèmes sérieux de pollution aux riverains, reste pertinent. Sur les 13 polluants référencés dans le projet Erscia :

• 3 seraient rejetés en quantité moindre
• 8 seraient rejetés en quantité supérieure
• 2 seraient rejetés en quantité identique

Les maximales autorisées donneraient des taux de rejets tous supérieurs entre 5 et 173 fois Fourchambault en fonction des composants (et même bien pire pour la dioxine).

Adret Morvan est donc plus que raisonnable en prétendant que Sardy polluerait plus que Fourchambault.

Les 75 % de déchets de bois non biomasse sont nécessaires au bon fonctionnement de l’installation

Le chiffre avancé par Erscia de 18 fois moins est calculé (selon le graphique de la Lettre du Pays Nivernais) avec 31 % de déchets (dits non dangereux : bois peints, vernis, panneaux de particules etc.). Il faut savoir que le texte présenté aux élus annonçait initialement le chiffre de 30 % mais que l’exploitant a demandé au préfet de le relever à 75 % ! Pourquoi, s’il n’y a pas d’intention de dépasser 31 % ? Ce point n’est pas un détail ! Il est même fondamental en terme de pollution : ainsi, la population est consultée avec un projet à 30 %, les élus locaux votent pour un projet à 30 % de déchets de bois non biomasse... et Erscia demande ensuite une augmentation à 75 %...
Le comité scientifique d’Adret Morvan a calculé que la puissance annoncée ne peut être atteinte avec une majorité de bois vert* : les 75 % annoncés par l’arrêté semblent donc justifiés pour permettre le rendement prévu. Sardy polluerait donc bien autant que plusieurs incinérateurs type Fourchambault. Les volumes incinérés sont bien plus importants à Sardy : au moins 20 tonnes à l’heure à Sardy pour 6 tonnes à l’heure à Fourchambault.
Au-delà des discours rassurants, seul compte ce qui est écrit dans l’arrêté
Les taux de pollution annoncés dans l’arrêté sont les seules références valables, c’est ce texte qui encadre le fonctionnement de l’usine. Les taux sont importants et auront des conséquences sur la vie des habitants.
La communauté de communes compare l’incinérateur à des poêles à bois disséminés sur tout le département. Cette comparaison n’a aucun sens, tout le monde sait que c’est la concentration de quantités importantes de polluants diffusés à partir d’un même point qui pose problème. Nous rappelons que le four consommerait plus de 20 tonnes de bois et déchets de bois à l’heure ! Par ailleurs, heureusement, peu de gens brûlent dans leurs poêles 75 % de déchets de bois peints, des panneaux de particules etc.
Nous regrettons ces opérations de communication visant à présenter cette installation comme inoffensive. C’est totalement hors de propos. Par définition, rien que le fait que cette usine soit classée ICPE (Installation classée pour l’environnement) indique que cette usine présente des risques.
En utilisant les chiffres de l’arrêté ICPE, nous sommes très responsables. En effet, si l’usine se construit, ce sont bien ces chiffres maxima qui serviront de références aux différents contrôles. Tant que l’usine ne les dépassera pas, elle ne sera pas dans l’illégalité. En cas d’incident, elle a même le droit de fonctionner sans filtration pendant 60 heures par an, en terme de pollution c’est 12 000 fois la maximale annuelle autorisée !
Il est responsable aussi de prévenir la population que l’accident est toujours possible. La preuve : il est prévu dans l’arrêté préfectoral. À Gilly-sur-Isère en Savoie, le maintien en fonctionnement d’un incinérateur dépassé technologiquement a entraîné une augmentation avérée des cancers, et l’abattage de 7 050 têtes de bétail contaminé à la dioxine, la destruction de 12 000 tonnes de foin, etc. Nous ne sommes pas à l’abri des mêmes problèmes. Même si la probabilité d’accident est faible, cette installation à risque est dangereuse et potentiellement très dangereuse. Un peu plus qu’un poêle à bois !

Beaucoup d’autres points questionnent l’esprit citoyen

Rappelons aussi que les contrôles de polluants dangereux dans les fumées sont prévus une à deux fois par an seulement, effectués par un organisme choisi par Erscia et payé par lui. Où est l’objectivité ?
Pourquoi les services de l’État prévoient dans l’arrêté des contrôles des sols en dioxine et en métaux lourds ? Peut-être pour nous interdire le jardin, les champignons, les escargots, le gibier, dès que les taux, cumulés au fil du temps seront trop élevés ?
On en parle peu, mais cette usine c’est aussi un risque de pollution des eaux et des nappes, dû au stockage d’énormes quantités de bois pollués broyés avant incinération et aux rejets d’eau basique et chaude dans la rivière. C’est l’apparition assurée des algues vertes dans le Morvan !
Pourquoi Erscia prévoit-il de stocker des déchets de bois dans des volumes complètement démesurés sans rapport avec les capacités de combustion ? Dans quel intérêt ?

Le dossier est tellement « sérieux » que personne n’a vu que le taux de dioxine de l’arrêté est tout simplement mortel

Chacun sait que la dioxine est un poison très dangereux. L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) écrit : « Une exposition brève de l’homme à de fortes concentrations en dioxines peut entraîner des lésions dermiques, comme la chloracné (ou acné chlorique), la formation de taches sombres sur la peau et une altération de la fonction hépatique. L’exposition de longue durée s’associe à une dégradation du système immunitaire, du développement du système nerveux, du système endocrinien et des fonctions génésiques. »
Or le taux annuel autorisé dans l’arrêté, 60 g (60 000 mg), est extraordinairement élevé pour de la dioxine. Ce taux sauterait aux yeux de tout scientifique ou ingénieur traitant des questions environnementales.
À cette concentration c’est un poison violent, suffisant pour rayer de la carte l’ensemble des habitants du Pays Corbigeois et même au-delà.
Le calcul corrigé donne 60 mg, soit 1 000 fois moins. Ce taux reste cependant élevé. À titre de comparaison l’incinérateur à ordures de Fourchambault a rejeté 2,45 mg en 2010 et pose déjà de gros problèmes.
Coquille dans le texte ? Erreur de calcul des ingénieurs d’Erscia ? Les 60 g ont pourtant été validés par les services de l’État !
Par ailleurs, Erscia a demandé, et obtenu, une dérogation pour brûler à 800 degrés au lieu des 850 degrés imposés par la norme pour limiter les émissions de dioxines. La conséquence de cette modification de température est une production beaucoup plus importante de dioxine. La Dreal aurait dû exiger en compensation un temps de chauffage des fumées beaucoup plus long. Cette disposition réglementaire de 850 °C à 800 °C sans modifier le temps est un signe... très inquiétant. Vous pouvez avoir confiance, les services de l’État ont validé !
Il faut savoir que la dioxine s’accumule dans le temps sur les terres, qu’elle a une durée de vie très longue et que cette pollution est invisible.
Comme vous pouvez le constater, ce dossier manque considérablement de sérieux tant de la part de ses rédacteurs que du côté des promoteurs.






Le collectif de Marcilly

Après le résultat du Tribunal administratif de Dijon le 02/10/2012 l’arrêté du préfet étant suspendu, le préfet de la Niévre s’était engagé à attendre le jugement sur le fond, quelle ne fut pas notre surprise d’apprendre que Nièvre aménagement avait déposé un recours en cassation auprès du Conseil d’État.

Recours rejeté le 24/12/2012. Nous étions sereins en pensant que cette fois nous irions au jugement sur le fond tout en restant vigilants ! Nous avons été surpris le 4 février au matin. Surpris dans tous les sens du terme. Des présences inhabituelles et nous déclenchâmes l’alerte avec un peu de raté mais malgré tout nous étions soixante à nous positionner dans le bois face à quatre vingt gendarmes et à nous accrocher aux arbres pour empêcher la progression des bûcherons.
Depuis ce jour nous occupons une bande du pré de la Justice, c’est son nom. La ZAD du Tronçay était créée. Aprés un appel aux dons*, la population nous a apporté du matériel, des vivres et depuis un mois et demi des repas chauds ont été servis tous les jours, des baraques, lieu de vie et dortoir ont été fabriqués. L’idée de départ est de tenir le site jusqu’au retrait du projet. Notre Dame des bois était née !
Le 26/02/2013, retour au Tribunal administratif de Dijon pour attaquer en référé le nouvel arrêté.
Le 28, le juge nous donne raison et suspend l’arrêté de la préfète. En moins d’un an, 3 arrêtés suspendus, 2 avis du CNPN défavorables au projet sur la destruction de la faune et la flore. C’est de l’acharnement ! Nous attendons maintenant les jugements sur le fond peut-être avant l’été. Sur ce projet qui est entré dans ma vie, car j’habite à 500 mètres du site, les élus et les porteurs du projet nous ont (les habitants de Marcilly) méprisés ,mentis et maintenant nous menacent.
La ZAD, quel moment merveilleux. J’étais présent tous les jours, tous ces gens qui sont venus spontanément pour nous apporter des matériaux et des vivres, c’était incroyable avec tous les dimanches une journée d’information. Les premières semaines ont été froides et dures, heureusement la colère d’avoir été traités comme des moins que rien et non comme des citoyens responsables et la solidarité des personnes qui passaient nous soutenir nous a permis d’occuper et de construire la ZAD.
Le lieu est maintenant un site d’informations : la Confédération paysanne nous soutient, trois conseillers généraux, des élus des Verts, des membres du Parti de Gauche et du P.C.F. sont venus s’informer, des gens de toute la Bourgogne passent nous voir et jamais les mains vides. Mon grand regret, n’avoir pas pu organiser une réunion publique car c’est un projet important mais maintenant il est trop tard, peut-être aprés le jugement sur le fond. Des animations sont organisées tous les dimanches et bien sûr des informations. Le combat continue et je remercie Decavipec, Loire vivante, notre avocat Maître Blanchecotte, Adret morvan pour l’excellent travail effectué.
Le collectif de Marcilly, aidé par toutes ces associations, a fait valoir les droits de citoyens responsables. Nous sommes restés polis et corrects ce qui n’a pas toujours été le cas de nos opposants ; certains mêmes (des élus) devraient relire la Charte des Droits de l’Homme et du Citoyen.

Antonio du collectif de Marcilly.



*ZAD = zone a défendre

- Allez sur le site www.adretmorvan.org pour voir nos besoins






Chef, on peut rouler bourré ?

Les anciens qui ont de la mémoire auront saisi l’allusion à l’un de mes billets d’humeur sur Flotteurs FM, où j’avais relaté une journée au Grand Prix, en 98 ou 99. Il s’agissait de surveiller huit collégiens, une vraie corvée (en fait, j’avais passé la journée, bien à l’abri de la pluie incessante, à draguer les hôtesses du stand Ferrari… On a le goût du luxe, et du sexe).
Ce qui m’avait frappé était l’omniprésence des schtroumpfs, qui portaient encore le képi : tous les effectifs massés entre Saint Parize-le-Châtel et Saint Pierre-le-Moûtier, entre Alluy et Imphy, pas un rat (je veux dire un keuf) à Lormes, ni à Corbigny, ni à Clamecy.
Malgré leur pullulation, ils ne nous avaient d’ailleurs pas aidés à nous dégager du champ de foire : une fois les officiels partis en hélico, puis en limousine, notre pauvre car, après s’être tiré péniblement de la boue, était revenu à Varzy trois heures plus tard que prévu, et il avait fallu ramener quelques élèves en voiture chez leurs parents éplorés, aux Crisenons ou à Créantay.
14 juillet 2006, autre musique militaire : mon père hospitalisé à Troyes, j’hébergeais ma mère, incapable de rester chez elle, très affaiblie, et après plusieurs chutes il fallut bien appeler les pompiers. Heureusement il en restait quelques-uns, mais à Clamecy pas le moindre médecin, et c’est un infirmier de service, Alain Marchet qui s’est vraiment dévoué ce jour-là, qui a tenté, en vain d’ailleurs, de l’orienter vers un service gériatrique de La Charité. Devant le manque de gens là-bas aussi, ça été tout de suite le long séjour… Et la concentration des moyens à Magny-Cours a certainement contribué à abréger les jours de ma pauvre mère. Il fallait que ce fût dit. Alors maintenant, où offrir des vacances rurales, sinon ensoleillées, à nos 111 vaillants gendarmes aussi mobiles que “réactifs et au cœur de l’actualité” de l’escadron de Decize ? Mais voyons, à Sardy-les-Épiry ! L’air y est vif, surtout à six heures du matin, quand il s’agit d’empêcher une cinquantaine d’écolos d’attenter aux œuvres vives de cinq bûcherons chargés d’une coupe illégale… Mais couverte par la préfète et par nos élus, si soucieux d’une très hypothétique rentabilité. 80 cognes, pas moins… Enfin, ici, ils n’ont pas cogné, comme à Notre-Dame des Landes ou face aux métallos à Strasbourg (Le Journal du Centre du 5, L’Huma du 7 février), ou naguère en Nouvelle-Calédonie, pour ne pas parler Algérie. Les têtes changent à l’Élysée, les méthodes non, et Flanby-la-menace enfile déjà le costume de feu Poniatowski. Ça promet !

Richard Adam.

Une lettre de Philippe BERTE-LANGEREAU

Le 15 février 2013
Monsieur le Député,
Mmes et MM. les signataires favorables au projet Erscia,
Je me permets, en tant que citoyen de base et contribuable actif, de vous adresser ce courrier suite au communiqué que vous avez collectivement signé en faveur du projet de Sardy-lès-Epiry.
Un tel engagement de votre part n’a, en fait, rien d’étonnant et vous êtes acculés à faire feu de tout bois puisque la Nièvre dépérit depuis des années et que même des unités fiables comme Malviche à Saint-Martin-du-Puy ont du plomb dans l’aile. Par conséquent, vous n’avez guère d’autre choix que celui-ci avec une vue à court terme en prêtant - et plus que ça ! - l’oreille aux chants des Sirènes.
Dans notre département en détresse depuis des décennies, vous décidez donc de vous soumettre au diktat d’un industriel surpuissant et vous le faites en toute connaissance de cause. Comme vous et malgré des moulinets, des coups de menton martiaux et autres effets de manche, le gouvernement et l’Etat en général sont totalement impuissants à juguler ces industriels qu’ils ne maîtrisent pas et l’actualité en est hélas, le reflet.
Que ferez-vous, vous, modestes élus de la Nièvre lorsqu’Erscia se jouera des engagements pris et des paroles apaisantes et soporifiques qu’il vous administre ? Vous serez totalement démunis comme votre collègue maire de Montsauche lorsque l’usine-relais de Nataloup et ses échéances lui sont restées sur les bras après le miroir aux alouettes des années 90. Vous savez bien que vous n’êtes que de fragiles pots de terre contre l’imposante marmite de ces acteurs sans scrupules et surtout pas, humains.
Si ! Vous avez un pouvoir dont vous usez et abusez : celui de dispenser l’argent public sous forme de subventions au premier beau parleur qui se présente. On en a vu les effets à La Velotte (Brassy) et cela continue avec un fendeur de bois qui rafle la mise à Lormes ou avec la Compagnie de la Hulotte qui a roulé tout le monde dans la farine pendant des années toujours à Lormes. Mais, à côté d’Erscia, c’était du p’tit bois...
Quant à la sacro-sainte charte forestière que vous brandissez comme un ciboire faute de mieux, elle aussi est un leurre. La neige révèle cet hiver des coupes à blanc sévères partout dans le Morvan et bien visibles au milieu des bois noirs.
Que pouvez-vous donc faire face à ces défonceurs de forêts, ces fracasseurs de chemins, ces pilonneurs de routes vicinales ? Rien. Et vous ne le savez que trop. Ne vous restent que des paroles, des menaces ou quelques interminables recours judiciaires qui ne s’achèvent jamais.
Donc, avant de vous fourvoyer avec Erscia et dans son aventure, soyez attentifs aux prudences et au bon sens des « gens d’ici » dont je connais un grand nombre et dont certains m’ont déjà demandé avec toute leur pudeur et leur fatalisme « ce qu’ils peuvent faire contre ça ».
A chacune et à chacun, cordialité,

Philippe BERTE-LANGEREAU


Saint-André-en-Morvan