Le Picot

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ANNÉE 2013

N°34

dimanche 17 novembre 2013, par Le Picot




AVRIL 2013 (N°34)




La Résistance à Clamecy :

une autre histoire...(2)


Deuxième volet de notre article consacré à la Résistance, à la vie sous l’Occupation d’après le livre de Robert Bucheton, “Un maquis dans la ville” publié en 1975. L’auteur membre du Parti Communiste était secrétaire général de la mairie de Clamecy sous l’Occupation.

Dirigé par Raymond Thomasset, le Maquis National 3 qui compte, à la mi-juin 44, une centaine d’hommes est équipé de véhicules et doté d’armes parachutées près d’Etais-la-Sauvin dans l’Yonne. Il opère de fréquentes incursions à Clamecy. De l’essence synthétique fabriquée à l’usine S.P.C.C. ainsi que du tabac stocké dans un entrepôt voisin y sont prélevés. Lors de l’un de ces raids, un accrochage se produit près de la Poste, trois Allemands sont tués. Vers le 25 juin, les 140 hommes du maquis s’installent au Bois Blanc, près de Surgy. Parmi eux, une vingtaine de jeunes n’ayant jamais tenu un fusil. Ce maquis est formé des éléments du début mais aussi d’hommes venus de différents endroits de la Puisaye. S’y sont joints des hommes habitant Druyes-les-Belles-Fontaines, Etais-la-Sauvin, Clamecy, Trucy-l’Orgueilleux, Billy-sur-Oisy. Suite à un parachutage, une centaine d’entre eux sont vêtus de tenues de l’armée canadienne. Le 3 juilllet, le M.N.3 est attaqué, par 1 200 soldats allemands venus d’Auxerre, Clamecy, Nevers, Cosne. Il aurait été dénoncé par deux Français dont l’un sera fusillé plus tard par la résistance aux confins du Nivernais, Les combats se déroulent sur un front d’un kilomètre. 4 morts sont à déplorer du côté des maquisards, parmi eux deux Clamecycois, Antoine Bielsky (17 ans) et Henri Thomassin (20 ans) et un Indochinois (le maquis en comptait 7 ou 8). Auxquels il faut ajouter une infirmière de 20 ans Marie-Louise Goldmann dite Léna. Côté allemand, un rapport fait état de 420 hommes hors de combat dont plus de 100 tués. Le maquis doit se replier et s’établit ensuite à la Montagne aux Alouettes entre Etais et Lainsecq, dans l’Yonne. Il participera avec d’autres maquis icaunais à la libération d’Auxerre le 23 août. A Clamecy, un comité cantonal de Libération présidé par le communiste Pacton est formé. Est créé également un comité local de Libération. il est constitué d’Edmond Angerand, employé S.N.C.F (P.C.F.), Léon Basset, retraité, commandant des Milices Patriotiques, Robert Bucheton, Albert Cabarat, ingénieur, Félix Hary, expert en ravitaillement, Victor Mine, mécanicien et Fernand Riant, épicier (tous Front National1). Sa tâche essentielle ; donner le signal de l’insurrection, proclamer la République, prononcer la déchéance des institutions mises en place par le régime de Vichy, administrer la ville jusqu’à l’installation d’un nouveau conseil municipal.

DISSENSIONS

Dans son livre, Bucheton cite une autre organisation de la Résistance, dirigée par Gustave Bonneville avec lequel il participe à une réunion clandestine “Bonneville travaillait avec un personnage recevant des ordres de l’Intelligence Service et ayant des attaches dans le secteur de Cosne. Il recevait des armes plus qu’il n’en avait besoin. Elles étaient camouflées à la scierie Costel, à Trucy-l’Orgueilleux”. Parmi ses membres, le faiencier Roger Colas. Il précise “Nous avons juré de faire l’impossible pour cette libération et que les décisions à appliquer soient uniquement le fait de la résistance clamecycoise. Nous ne reconnaissons à aucune autre autorité le droit d’intervenir dans ces affaires. Rien ne peut être changé à nos plans dussions nous y opposer la force”. Peu après est établie la composition du futur conseil municipal présidé par le Dr. Paulus (F.N.) assisté de Jean-Marie Laudinet et Fernand Riant comme premier et deuxième adjoints. Parmi les conseillers municipaux, figurent Georges Moreau et malgré une certaine opposition Gustave Bonneville qui y a été intégré “dans un but d’union”. Lors d’une réunion, à Ouroux, de l’Etat-Major départemental des F.F.I. (Forces Françaises de l’Intérieur), son chef, le colonel Roche annonce que Gustave Bonnneville a été désigné chef de secteur. Bucheton s’y oppose et explique que Georges Moreau est plus qualifié et que les Résistants de Clamecy n’accepteront aucun ordre de Bonneville même venant de l’Etat-Major départemental. A son retour à Clamecy, Bucheton rédigea une motion de protestation signée par le Front National, les Milices Patriotiques, le Parti Communiste, le B.O.A., le Comité de Libération, le sous-préfet Noël et le maire Paulus demandant un grade équivalent (capitaine) pour Georges Moreau et le retrait de chef de secteur F.F.I. à Bonneville. Le colonel Roche précisa qu’il ne pouvait pas faire marche arrière mais que Georges Moreau serait nommé capitaine et qu’il enverrait un commandant à Clamecy pour diriger la place à la Libération. Le colonel Roche tint parole. Bonneville se cantonna au maquis “l’Agneau” (près de Nuars) et n’intervint jamais, même le jour de la Libération. Autre désaccord, sur le choix du futur sous-préfet de Clamecy. Finalement, Octave Noël, ancien professeur, sous-préfet de la Résistance depuis 42 est confirmé dans ses fonctions. En revanche, pas de désaccord entre le Loup et Bucheton.

Le 19 août 44 les maquisards du Loup investissent le Kommandantur. Photo Satin coll. Stengel.

Début juillet, le maquis F.T.P. Sanglier est formé entre la “Musse” et “Frace” au lieu dit les “Terres Rouges”. Commandé par Maxime Bossard, il compte une quarantaine d’hommes. Début août, menacé d’être attaqué par les Allemands suite à une dénonciation par une femme de Dornecy, le maquis quitte, avec armes et bagages, son camp et se replie sur Creux, au maquis du Loup affilié à Libération-Nord. Lors d’une rencontre, le Loup et Bucheton concluent un accord. Les F.T.P. resteront au maquis du Loup, dans un même groupe. L’organisation de Bucheton y enverra “tous ses camarades” désireux de rejoindre un maquis. Il semblerait inutile d’en constituer un autre. Bucheton s’engage à soutenir l’action militaire du Loup lequel s’engage à apporter son aide à toute action politique menée par Bucheton.

COMBATS.

Le 27 juillet, le groupe F.T.P. d’Aubigny (Druyes) tend une embuscade dans la côte de Saint-Maurice, à la sortie de Clamecy, 28 Allemands sont tués. Dans le secteur d’Entrains, le maquis F.T.P. “Tonton” est actif, il occupe le bourg le 15 août. Le 25, a lieu la bataille de Bouhy. 150 maquisards tendent une embuscade, au bas de la longue descente, près d’Entrains, à un convoi de 35 camions allemands. 160 soldats sont faits prisonniers, une vingtaine sont tués. Le 2 août, c’est le baptême du feu pour les maquisards du Loup qui attaquent des cyclistes allemands près d’Amazy. Le 7, ils tendent une embuscade à un convoi allemand près de Dornecy, 32 Allemands sont tués. Le 14, ils participent avec des combattants d’autres maquis à la bataille de Crux-la-Ville où sont engagés 2 000 Allemands.
La libération de Clamecy intervient le samedi 19 août au matin. Chaque année, lors de la cérémonie commémorative à Creux est lu le récit (du moins une partie) qu’en fit Léon Basset, chef des Milices Patriotiques et qui fut publié pour la première fois dans la presse locale le 19 août 1969. Les Allemands quittent Clamecy vers 3 h du matin. Le dispositif mis en place dans la clandestinité est aussitôt déclenché. Les responsables tiennent une réunion chez Armand Beauchet (responsable de l’organisation du P.C. clandestin) à la Galette. Les décisions d’occuper la mairie et la sous-préfecture sont prises. Les Milices Patriotiques installent un poste à la mairie. Un comité local de la libération entre en fonction et remplace le conseil municipal mis en place par Vichy. Il est présidé par Victor Mine, faisant fonction de maire, assisté de Fernand Riant, adjoint. Il est présenté devant la mairie à une foule qui s’est massée depuis 6 h 30 et dont les rangs grossissent au fil des heures pour atteindre plus de 1 000 personnes à 8 h. La République est proclamée. Des agents de liaison sont dépêchés dans les communes environnantes pour la mise en place de sections des Milices Patriotiques à Corvol, Oisy, Billy, Surgy. Vers 8 h 30, les maquisards du Loup entrent dans Clamecy. Le capitaine Moreau occupe l’ex-Kommandantur et prend le commandement de la place.
Vers 9 h, le sous-préfet Noël remplace celui nommé par Vichy, Jean Roy. Dans la matinée, les Milices Patriotiques en compagnie de maquisards procèdent à l’arrestation des collaborateurs et trafiquants qui sont conduits à la prison avant d’être transférés, quelques jours plus tard à la colonie de vacances à Chateauvert puis à Lormes. Parmi eux, Maurice Brulfer, le maire et patron de la S.P.C.C. (Société des Produits Chimiques de Clamecy) qui, après avoir été emmené à Lormes, est conduit au siège de l’Etat-Major à Ouroux où le colonel Roche le remet en liberté. En fin de journée, des échanges de tir ont lieu à Moulot entre des maquisards du Loup et des Allemands qui abattent un civil habitant Clamecy. Un deuxième affrontement a lieu peu après toujours à Moulot entre des F.T.P. intégrés au maquis du Loup et des Allemands. Une maquisarde Jeannine Couret dite Ninette, membre des Jeunesses Communistes est tuée ainsi que trois autres maquisards. Deux autres maquisards seront tués un peu plus tard. Le 20 août, nouveaux combats à Moulot entre maquisards du Loup et des Allemands. Au même moment, des combattants du maquis Tonton d’Entrains qui venaient à Clamecy tombent dans une embuscade, plusieurs sont tués. Le 22 au matin, près du Poil Roti, des hommes de Bucheton venus récupérer des conteneurs parachutés dans la nuit rencontrent un groupe de reconnaissance américain qui se dirige vers Avallon et Dijon. Le 24, les maquisards du Loup attaquent un convoi allemand près de Vézelay. 200 Allemands sont tués ainsi que neuf maquisards. D’autres accrochages se produisent dans les jours suivants en différents lieux de la région. Un maquis F.T.P. de la forêt d’Othe, dans l’Yonne, stationne une dizaine de jours dans l’usine de la Rochette, à l’extrémité de l’usine S.P.C.C. Les derniers affrontements, dans la région, ont lieu le 4 septembre près de Chateauvert.
Le 14 septembre, le comité local de libération fait remettre à sa place le buste de Claude Tillier. Celui-ci avait été ôté de son socle en 1941 par plusieurs hommes dont Georges Moreau avant d’être jeté dans la gare d’eau des Jeux. Le 25 août 42, il fut sorti des eaux par Robert Buchez qui, aidé entre autres de Jean Avarre, l’architecte municipal le transporta dans les souterrains sous la mairie. Le dimanche 17 septembre, le comité organisa une grande fête pour célébrer le retour du buste à son emplacement. Une fête qui coïncida avec l’installation du nouveau conseil municipal présidé par le Dr Paulus secondé par Jean-Marie Laudinet, socialiste, premier adjoint. A l’exception de Bonneville tous les conseillers sont membres du Front National. Georges Moreau et ses maquisards défilent en présence des représentants des autorités civiles et militaires. Lors des premières élections municipales, la liste Front National fut élue au premier tour. Avec en moyenne 70 à 80 % des suffrages exprimés.

J.L.T.



1. Rien à voir avec le F.N. actuel. En mai 41, le P.C.F. clandestin appelle à la création du Front National de lutte pour l’indépendance et la libération de la patrie.