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ANNÉE 2003

N°6 - N°8

mercredi 22 juin 2011, par Le Picot




FÉVRIER 2003 (N°6)




CHEVROCHES, SUITE... ET FIN

Les travaux de la Résidence de tourisme et du Port de CHEVROCHES devraient donc commencer début mars faute d’avoir été contestés.

Rappelons qu’une Société Civile Immobilière dispose désormais du droit de construire une cinquantaine de " chalets " ainsi que différents équipements touristiques (en droit 3 690 m2 de surface hors œuvre nette de logements + locaux) sur les 12 ha du terrain boisé faisant l’intérieur de la boucle du canal entre les écluses de la Maladrerie et d’Armes.

En parallèle, le syndicat mixte du canal du Nivernais a obtenu le droit de construire un " restaurant - bar - accueil " au pied du bassin qui sera percé derrière l’écluse de la Maladrerie, sur l’emplacement de la villa Gallo-Romaine découverte par les fouilles archéologiques et dont on ne répétera jamais assez qu’elle sera détruite par ces travaux. Il ne s’agit pas de critiquer le développement d’une politique touristique locale parfaitement légitime, ni la réalisation d’un projet de ce type avec l’aide financière des collectivités territoriales. Ce qui est en cause, c’est le choix de l’emplacement. A priori, un tel projet était impossible puisque concernant une zone boisée incluse dans le périmètre de protection d’un monument historique et dans une zone inscrite à l’inventaire des monuments naturels et sites à préserver, contiguë à une zone naturelle d’intérêt faunistique et floristique. A posteriori, cette " inviolabilité " aurait dû être renforcée par la confirmation de la vie sur le site de nombreuses espèces animales et végétales protégées ainsi que par le résultat des études archéologiques préventives qui ont mis à jour une vaste villa Gallo-Romaine et révélé la présence d’une nécropole mérovingienne. C’est précisément parce que le lieu cumule toutes ces dimensions qu’il est particulièrement remarquable. Que l’on ait décidé de s’installer précisément sur ces 12 ha là est incompréhensible. Pas du point de vue de l’aménageur bien sûr qui ne doit pas encore en revenir de l’offre qui lui a été faite. Par contre, on peut s’interroger sur la position des administrations concernées, agriculture et forêt, environnement, architecture et patrimoine, sites et paysages, affaires culturelles, qui toutes ont dit oui malgré des réticences et quelques exigences. Chacune s’est retranchée derrière sa sphère de compétence pour éviter de prendre le problème dans sa globalité. Aucune n’a souhaité endosser le poids du refus d’un projet promu par la Commune de CHEVROCHES, la Communauté de Communes des Vaux d’Yonne et soutenu par l’ensemble des élus, municipaux ou départementaux, du Conseiller Général au Député de la circonscription. Tous ont repris le même credo : les emplois attendus et les retombées économiques... Aucun ne s’est situé sur le terrain de la protection de l’environnement et n’a cherché à faire un bilan du coût et des avantages d’un tel projet. Les atteintes - irrémédiables - à l’environnement paysager, forestier, floristique, faunistique, historique, sont largement supérieures aux seules hypothétiques retombées économiques attendues. L’absence de débat public réel et de débat judiciaire termine la liste des moyens de contrôle démocratique inutilisés qui auraient pu et dû empêcher un tel projet. Avant que les premières destructions ne commencent, on posera enfin la question de savoir ce qui justifiait un choix si radical qu’on ne pouvait envisager d’alternative proche dans un lieu moins remarquable ?

Henri Gerphagnon.




DÉCEMBRE 2003 (N°8)




NOÉ : APRÈS LE DÉLUGE, LE MASSACRE ?

Plusieurs rapports de diagnostic archéologique ont été établis entre Juin et Avril 2002 à la suite des fouilles réalisées sur l’emplacement du futur domaine de Noé. Rappelons que celui-ci est composé d’un village de vacances d’une soixantaine de chalets, d’un port, d’une capitainerie et de divers autres équipements touristiques.

Le premier de ces rapports datant de Mai ou Juin 2001 confirmait l’existence d’une villa gallo-romaine s’étalant sur 2,4 ha qualifiée par les archéologues " d’importance archéologique majeure " du fait de la conservation " exceptionnelle " des maçonneries et de la configuration du bâtiment. La présence d’un temple et d’un bassin renforçait le " caractère inédit dans la Nièvre " d’un tel site.

Un second rapport du mois de Juin 2001 révélait la découverte en cours de fouille de deux zones de nécropole tumulaire en amont, sur " les chaumottes " et d’une voie " certainement gallo-romaine (qui) complète le paysage archéologique de ce site exceptionnel ".

Enfin, un troisième rapport du mois d’Avril 2002 révélait de nouveaux vestiges dont un important mur d’enceinte en ruine et concluait partiellement sur l’utilisation historique de l’ensemble du méandre : " les vestiges mettent en évidence une pérennité de l’occupation antique au Ier et IIè siècle après J.C. dont la nature devra être précisée ( ) surtout, ce lieu (a été) choisi pour installer un ensemble funéraire assez vaste en superficie qui peut être daté de l’époque mérovingienne et qui est particulièrement menacé par le projet immobilier. Sa superficie peut être estimée à 5 500 m2 ". Le nombre de tombes sur la nécropole a été estimé entre 200 et 230…
L’ensemble de ces vestiges, préhistoriques, gallo-romains, et mérovingiens, sans compter ceux qui n’ont pas encore été datés, sont menacés par la réalisation – commencée – des travaux du domaine de Noé.
La villa gallo-romaine sera détruite en presque totalité par la construction du port et de ses équipements. Quant à la nécropole, elle est située malheureusement sous le village de vacances. Dès lors, ce ne sont pas la suppression de quelques chalets qui sera susceptible de protéger les tombes et autres vestiges enfouis à seulement quelques centimètres sous le niveau du sol actuel.

Il faut être clair, ces travaux détruiront un site historique majeur qui s’est avéré être unique dans son genre !
Dès lors, les propos tenus par Jean Louis LEBEAU, Maire de CHEVROCHES, dans le numéro 3 du PICOT de Février 2002 faisant état des modifications apportées au projet pour " respecter au mieux la spécificité du site " et de la décision de mettre les fouilles en valeur au sein de la résidence, font sourire rétrospectivement. Assurément, l’élu a une singulière conception du " respect des richesses " de la terre Nivernaise.
Mais l’attribution du grand prix de l’ingénierie touristique par l’agence française du même nom à l’ensemble du projet est encore plus surréaliste. Loin de moi l’idée de critiquer la possibilité de remettre des prix à l’industrie touristique. Cependant, à la lecture du règlement de ce concours, on apprend que les récompenses sont attribuées au regard de deux critères : la qualité de l’ingénierie du projet et " la prise en compte des critères du développement durable : impact souhaité sur le plan économique, social et environnemental ".
Le développement durable est une idée héritée de la pensée jurique environnementaliste selon laquelle nous avons l’obligation de transmettre aux générations futures un patrimoine naturel et historique réutilisable. En conséquence, tous les travaux de construction d’une certaine importance doivent articuler les motifs économiques, les mesures sociales et la protection de l’environnement naturel et historique. Par définition, aucun de ces trois aspects ne peut être sacrifié au profit des deux autres. Ce projet qui a pour conséquence de détruire irrémédiablement des richesses environnementales va très précisément à l’encontre d’un développement durable, quelles que soient les retombées économiques et sociales.L’attribution du prix dans ces conditions est incompréhensible, sauf à vider tous les mots de leur sens.
Chacun pourra se faire une idée de l’impact des travaux sur le site en parcourant ce qui sera la " route " d’accès au domaine. Il y a encore quelques semaines, cette large piste n’était qu’un chemin forestier répondant au beau nom de " la côte de l’eau " que connaissaient bien les ramasseurs de champignons. A mi-chemin sur la droite, vous retrouverez ce long et massif éboulis de pierres qui traverse le bois " des Parques ". Les scientifiques nous apprennent qu’il s’agissait d’un ancien mur peut-être d’enceinte ? Il y a plus d’un millénaire, des hommes ont peiné pour clore et marquer un territoire façonné pendant plusieurs siècles par d’autres hommes qui y reposaient Assurément ils souhaitaient les protéger par leur œuvre. Nous resterons dans l’histoire comme les destructeurs de cette culture.

Henri Gerphagnon.