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ANNÉE 2003

N°7 - N°8

jeudi 23 juin 2011, par Le Picot




JUILLET 2003 (N°7)




FERTIAUX.

A l’ouest de la commune de Clamecy s’étend une grande lande dont l’histoire n’est toujours pas achevée. Les Chaumes Fréteau (nom cadastral) s’étendent sur près de 100 hectares et ont excité bien des appétits. Un lieu libéré par la Révolution…

C’est sous la Révolution française que Fertiaux acquiert son statut unique dans la région. Il a été saisi sur la famille du seigneur de la Bussière, alors émigré, mais n’a jamais été vendu ni considéré comme domanial, par négligence semble-t-il. Comme les héritiers du seigneur ne l’ont jamais réclamé, Fertiaux a poursuivi son existence telle que la définissait une charte de 1541. Les habitants s’y voyaient concéder le droit de vaine pâture, cueillette et ramassage en échange d’un tribut à base de blé et de poules, à verser au seigneur de la Bussière. Les Moulotats avaient accompli leur devoir pendant plus de deux siècles avant la Révolution, et ils persisteront à le faire deux siècles de plus, le seul changement étant celui de la nature du paiement et du récepteur (après la Révolution, ce fut le Trésor Public).

Préservé…

Grâce à ce statut particulier, Fertiaux est resté un lieu de pâturage pour les troupeaux de Moulot, conduits par leur berger, vacher ou chevrier (jusque dans les années 90). Il a permis pendant l’Occupation la survie d’animaux privés de fourrage par les exactions allemandes. Quelques agriculteurs avaient bien rogné les bordures pour les cultiver en leur nom et profit exclusif, mais l’essentiel du terrain était resté libre d’occupation sauf pour les criquets à ailes colorées, les engoulevents, les linottes et les alouettes lulu.

… et menacé

Cependant la pression humaine s’était accrue sur le pacage devenu friche : une vallée sèche accueillit les ordures du hameau, le plateau se vit plomber par d’innombrables ball-traps. L’installation d’un terrain de rugby devenu piste pour les modèles réduits aériens, les activités des adeptes du moto-cross, l’implantation du stand de tir de l’ASC entraînèrent leur lot de pollution sonore et physique, de coupes sauvages, de dépôt d’ordures imputrescibles.
Les deux menaces les plus importantes puisqu’elles auraient affecté l’aspect physique même de Fertiaux furent aussi l’occasion d’âpres débats et d’actions plus musclées. La première d’entre elles fut la volonté de Clamecy de se doter d’un aérodrome. La richesse foncière de la commune n’était alors pas celle d’aujourd’hui et Fertiaux, abandonné de tous (les vaches paissaient dans les vallées sous la surveillance d’un… fil de fer barbelé) semblait un site idéal : pas d’urbanisation proche, un espace immense, modifiable sans grands frais. La deuxième menace concerna une tentative de la même commune pour remodeler le terrain de moto-cross à coups de bulldozers. Les Moulotats, appuyés sur leur charte, bloquèrent les engins et… finirent par gagner le procès qu’on leur fit. Le tribunal ne se risqua pas à dire qui était propriétaire de la friche mais avertit la commune de Clamecy qu’elle ne l’était pas, lui interdisant toute autre action sur la lande.

Quel avenir ?

Voilà où en est la situation. La commune de Clamecy a fait entourer Fertiaux des terrains que lui a redonnés le remembrement lors de la mise en place de la déviation. Des chemins ont été tracés tout autour, une protection contre la rapacité des paysans modernes lourdement mécanisés et un début d’encerclement du secteur. Une grande partie du territoire est maintenant couverte de forêt poussée spontanément à la suite de l’abandon du pâturage. Elle présente le grand intérêt de n’avoir jamais été gérée par l’homme, les arbres y meurent de leur belle mort au bénéfice des pics dont les cavités profitent à beaucoup d’autres animaux. La friche avec ses lézards verts, ses orchidées et autres plantes de lumière recule devant l’envahissement de l’herbe, puis des broussailles, qui ont amené, par contre, de plus en plus d’oiseaux locataires de buissons et gourmands de petits fruits. De temps à autre, un incendie criminel " rajeunit " un quartier, les motos tournent toujours mais de façon peu intensive, la décharge est recouverte. Fertiaux reste un lieu de loisir sans équipement inégalé dans la région par la diversité des activités permises. Même les chasseurs qui " clôturent " l’ensemble lors de leur quête pathétique et anachronique ont su s’y rendre acceptables par leurs cultures et abreuvoirs " à gibier " (mais qui interdit aux " malfaisants " et aux " inutiles " de s’y restaurer et de s’y désaltérer ?), par leurs efforts pour recreuser la seule mare de ce lieu sans eau.
Espérons que cette situation de coexistence de nombreux usagers sans mise en danger du site perdure, au bénéfice de cet espace naturel, fossile d’une autre société où l’on était riche parce qu’on était ensemble…

Dominique Girault.




DÉCEMBRE 2003 (N°8)




VIGNOBLE

Quand j’étais gamin, les vignes étaient encore nombreuses dans le coin et, dans les villages, la période des vendanges constituait un moment de vie intense.

Petit à petit, les vignes ont été arrachées pour être remplacées par des cultures plus lucratives. Il faut dire que les cépages existants ne donnaient pas une boisson inoubliable et que le manque de savoir faire n’arrangeait rien. On avait beau nous dire que le produit, exempt de substances chimiques, était forcément meilleur que le vin du commerce, il fallait quand même s’accrocher sérieusement au bord de la table pour avaler le verre généreusement servi. Depuis quelques années, on assiste à un renouveau de la viticulture locale. Le vignoble de Tannay en est la partie la plus voyante mais, dans d’autres villages on replante des cépages de qualité, surtout, on fait de gros efforts pour obtenir une vinification correcte. Nous avons cherché à savoir quelle place occupait la vigne au siècle dernier, avant le phylloxéra. Voici les indications fournies par le Sous-Préfet Marlière dans ses statistiques de l’arrondissement, pour le canton de Clamecy (ouvrage édité en 1859). A Tannay, il y avait 124 ha de vignes produisant, majoritairement, d’excellents vins blancs. Pas étonnant que ce vignoble soit aujourd’hui l’élément moteur de la reprise d’une activité viticole. On peut même y découvrir des vins issus de l’agriculture biologique. A l’époque, la superficie plantée en vignes, à Clamecy était légèrement supérieure à celle de Tannay. Pourtant, les vins de Clamecy ne semblent pas avoir laissé de souvenirs impérissables.

Claude Cogan.