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ANNÉE 2004

N°9 - N°10 - N°11

jeudi 23 juin 2011, par Le Picot




MARS 2004 (N°9)




LES REVOILÀ

Enfin la Nièvre est regardée avec amitié et même amour par la Région parisienne où tant de ses fils et filles ont cherché pitance. Enfin le flux ne partira pas du Vert Pays des Eaux Vives vers la Ville Lumière, comme ce fut si longtemps le cas : bois, fruits, domestiques, nourrices, travailleurs divers, fonctionnaires, étudiants, hommes politiques… Enfin le département vital ne sera plus alimenté par l’obole chétive d’un touriste de passage, jetant un œil distrait sur les productions locales : véhicules de Formule 1, défenses d’éléphants sculptées, religieuse cirée… Et, comme toujours, voilà que les grincheux se réveillent, que des opposants se lèvent çà et là et qu’ils tentent de rejeter l’offre francilienne. Voilà qu’ils refusent la main qu’on leur tend ! Régis Bertrand avait bien raison : le Nivernais n’est guère ouvert au progrès.
P.S.
On me signale que la solidarité qu’on nous propose avec la région parisienne consiste à épandre sur nos champs, probablement empoisonnés déjà, les boues inoffensives de ses stations d’épuration. Bon.
P.S. du P.S.
Tout bien réfléchi : la voilà la vraie solidarité : de grands hôpitaux pour les régions très urbanisées, en échange de quoi on fermera le nôtre ; de bien beaux déchets pour nos cultures, pour compenser la faiblesse de notre production (d’ordures) avec ceux qui refusent de consommer plus et tous ces retraités, souvent revenus de la région parisienne, d’ailleurs, qui ne veulent pas fournir d’efforts pour repeupler la région. De toute façon, l’empoisonnement au cadmium, au chrome ou au nickel, ça ne peut pas se soigner dans un petit hôpital de campagne ! CQFD.

Dominique Girault.




JUILLET 2004 (N°10)




LE CHANVRE :

plante écologique, de la célébrité à l’oubli…


Un peu d’histoire
Durant des millénaires, la production de chanvre était une culture essentielle. Son utilisation était présente dans de nombreuses civilisations. Depuis l’Antiquité, en Chine ou en Inde, on utilisait cette plante pour atténuer les douleurs, les inflammations… Au XVIIè siècle les Etats-Unis d’Amérique, rendront possible le paiement des impôts par la production de chanvre. Au XIXè siècle, le chanvre est utilisé dans le traitement de la maladie de Parkinson, de la sclérose en plaques ou du glaucome. Au cours de la seconde guerre mondiale l’administration américaine réintroduit le chanvre (prohibé par des lois fiscales depuis 1937) dans les cultures du pays pour l’effort de guerre contre les nazis. Il fallait à l’époque beaucoup de fibre pour la conception des uniformes, des cordages, des sangles des parachutes, des ceintures… Seule cette plante annuelle, rapide de croissance (90 jours), peu exigeante sur le type de sol pouvait apporter de telles quantités. L’US Army fit même un film : " du chanvre pour la victoire ". On croit rêver au vu de la suite. Après la guerre sous l’influence des industriels américains, le chanvre sera banni. L’influence américaine étant aussi forte qu’un aimant, la France, votera des lois discriminatoires afin d’en limiter ou d’en contrôler la production.

Comment en est on arrivé là ?
En 1937, Du Pont de Nemours industriel américain petit fils du chimiste français, dépose deux brevets industriels. Un sur le plastique, l’autre sur la fibre synthétique : le nylon. Il impose alors l’idée que ces nouveaux produits de l’industrie pétrochimique vont contribuer au progrès de tous, surtout à son enrichissement personnel. Son groupe (eh oui, il a grandi) est aujourd’hui le 8ème au monde en terme de bénéfice. Il produit, entre autres des produits chimiques (engrais et pesticides pour le coton essentiellement). Si l’on y associe le nylon qu’il a inventé, ça fait pas mal de Dollars. Par ailleurs, Hearst, un riche exploitant forestier et géant de la presse milita largement dans sa presse populaire pour l’interdiction du chanvre. De 1910 à 1920, la presse du groupe Hearst répéta que la majorité des " Nègres " coupables de viol sur une femme blanche (évidemment) avaient agi sous l’effet de la cocaïne. Puis, en 1920, il décida que ce n’était plus la cocaïne qui poussait ces " Nègres déments ", mais bel et bien la marijuana ! Multipliant les titres dénonçant les méfaits de la marijuana chez les nègres plus généralement sur les hommes de couleur, les transformant même en " bêtes féroces jouant une musique vaudou et satanique " (le jazz). Hearst, à force d’utiliser comme vocabulaire l’argot mexicain " marijuana ", le fit entrer dans le langage de tous les jours. Bientôt, il ne fut plus question du " chanvre " mais de la drogue et de ses méfaits. En évacuant le mot " chanvre " du langage, en faisant l’amalgame entre deux plantes de même famille mais avec des caractéristiques différentes, on s’assurait de l’adhésion des populations qui ne se rendraient pas compte de la tromperie économique et financière. Ces deux protagonistes savaient que les progrès mécaniques de l’agriculture permettraient bientôt de produire encore plus de chanvre, plus vite, de moins en moins cher, ce qui rendrait peu compétitive l’industrie du papier à base de bois de Hearst (à l’époque 90 % du papier mondial est en chanvre) et encore moins le développement de l’industrie pétrochimique de Du Pont de Nemours. Si le chanvre n’avait pas été mis hors la loi, 80 % des affaires de Du Pont de Nemours n’auraient jamais vu le jour. Cela aurait certainement permis à notre planète d’être moins polluée, ainsi que de limiter ces guerres en quête du pouvoir de l’or noir. Et aujourd’hui c’est toujours la même chanson. Sous prétexte que certaines espèces de chanvre sont euphorisantes, les politiques interdisent toujours de produire sans contrainte du chanvre sans THC. Le chanvre n’est pas qu’une drogue. C’est surtout une plante polyvalente, peu exigeante, avec un haut rendement, utilisé dans de nombreux domaines. Le chanvre n’utilise pas de produits phytosanitaires (Herbicides, fongicides insecticides) peu d’engrais contrairement au coton. Avec une superficie donnée cultivée en chanvre, on peut produire une quantité de papier supérieure de 25 % à celle qui serait produite par du bois cultivé sur une surface identique. De plus les parcelles de bois coupées ne se régenèrent pas en une année contrairement au chanvre. Le chanvre est peu exigeant sur le type de sol, et peut même être un excellent engrais biologique à la porté de tous. Il remplacerait très bien nos jachères subventionnées. Le chanvre permet aussi de réduire notre consommation de pétrole (isolation des maisons, vêtement en fibres 100 % naturelles)… On ne peut pas tout citer, il faudrait des pages entières, mais l’idée à garder c’est que cette plante sert à tout. Si aujourd’hui les mentalités changent à propos du chanvre, nos dirigeants, du haut de leur grand âge n’ont toujours pas compris l’importance de cette culture dans notre société. Comment peuvent-ils continuer à encourager l’industrie polluante de la chimie alors que les plantes peuvent nous fournir naturellement ce dont on a besoin. Peut-être que leurs intérêts financiers vont plus dans le sens du développement des industries pétrochimiques que dans celui de la santé de la planète ou de l’avenir de l’humanité ? Législation sur la production industrielle de chanvre (sans THC) La France, l’Europe sous l’influence des États-Unis ont mis en place des lois qui rendent peu attractive la culture du chanvre.


- Les agriculteurs doivent se servir uniquement à la FNPC.
- Ils n’ont pas le droit de garder les semences d’une année à l’autre.
- Ils doivent connaître les clients, la quantité de chanvre demandée avant de semer.
- Les différents services de l’administration gardent un œil sur eux, ils sont contrôlés régulièrement, des prélèvements et des analyses sont effectués.

Stéphane Lessire.







GIBOULÉES D’AVRIL NE GARANTISSENT PAS DE GARNIR

LE FENIL !


21 avril 2004 : un soleil éclatant a repeint la ville. Les lézards emmagasinent les calories sur le bas de leur porte. Les premières hirondelles enspiralent les cheminées de leurs gazouillis vrillés. L’herbe étale insolemment ses nervures nouvelettes, là, au coin du trottoir. Mais c’en est trop ! A l’aide !

Un ange, qui a troqué ses ailes contre un 4x4, pour mieux enfiler sa combinaison virginale, s’avance. Au bout de son gant de caoutchouc luit une épée d’argent, il fait face au dragon… et pschitt, adieu, végétal arrogant, et pschitt, mort au lichen envahisseur, et pschitt, aux enfers la bordure moussue… et pschitt, pschitt, pschitt, une giboulée pour le banc près de la piscine. Ah, il y avait un oisif criminellement septuagénaire qui en abusait ! et pschitt… Le trottoir est large, gravillonné de frais, mais son intention de nuire est évidente… Du 4x4, surgit un acolyte, qui tient à sa parcelle de gloire ; le tuyau est étiré, tendu sur l’épaule comme dans OK CORRAL, et la surface entière assainie. Là, rien ne pousse mais on les connaît, n’est-ce pas… et hop des litres de préventif… et tant pis pour les joueurs de boules, les bambins gravillonivores ou gravillonimanes, les canidés domestiques… 22 avril 2004 : le soleil a fui. Les nuages aussi d’ailleurs, puisqu’il pleut abondamment. Les hirondelles, ravies de l’aubaine, ramassent des boulettes de terre près des flaques et remaçonnent leur nid. Le show must go on… L’herbicide continue d’être répandu de par la ville. Celui d’hier est sans doute en train de rejoindre les nappes phréatiques ou les rivières de la Venise morvandelle mais ne pas avancer, c’est reculer, l’activité crée des emplois, la croissance est nécessaire au bonheur, etc… P.S. C’est tous les ans la même chose… Peut-on s’y résigner ?

Dominique Girault.







QU’EST CE QU’ON MANGE ?

Dès l’après guerre, les sirènes de la production intensive ont commencé à mugir. Après le rationnement, il fallait produire toujours plus pour nourrir une population lassée des privations ou ravie de pouvoir consommer.

Les tracteurs ont remplacé les chevaux et les engrais chimiques se sont substitués au traditionnel fumier des petites exploitations de l’époque qui pratiquaient la polyculture et l’élevage. Les résultats ne se sont pas faits attendre. Les plus petits ont laissé tomber pour aller bosser en usine et des villages qui comptaient dix à douze agriculteurs se sont retrouvés avec deux ou trois exploitations. C’était encore trop. Comme il fallait, soi-disant, nourrir la planète entière, il fallait poursuivre la course au rendement et la concentration. Matériel de plus en plus performant et de plus en plus cher, semences mises au point par les labos, engrais et traitements multiples, le tout prêché par des conseillers agricoles allant expliquer aux paysans que l’heure était venue de passer du traditionalisme rétrograde au modernisme triomphant. Un petit coup de remembrement pour créer des parcelles dignes d’accueillir les engins sophistiqués qu’on avait mis au point et le tour était joué. Le nombre d’exploitants a encore considérablement diminué, au point que parmi les villages des alentours nombreux sont ceux qui n’ont plus une seule ferme en activité. Ajoutons à cela que, grâce aux nouvelles races ou aux nouvelles variétés, on peut, aujourd’hui, faire voyager les produits d’un bout de la planète à l’autre.

Pour quel résultat ?

Vous pouvez manger, à tous les moments de l’année des produits parfaitement insipides. Vous pouvez assister à l’épandage de choux-fleurs, d’artichauts, de pêches ou d’autres fruits ou légumes par des producteurs n’arrivant plus à écouler leur production. Ce n’est pas pour autant qu’on a résolu le problème de la faim dans le monde. Chassés de leurs terres, les paysans du monde entier viennent s’entasser dans les bidonvilles qui ceinturent les grosses agglomérations quand ils ne cherchent pas le salut dans l’émigration.
Pour faire le point, localement, nous avons décidé d’aller à la rencontre des gens d’ici qui sont des producteurs qui essaient de trouver des solutions pour sortir de ce cycle infernal ou des producteurs qui sont encore plus ou moins intégrés au système.

Claude Cogan.







MARAICHAGE BIOLOGIQUE.

Rencontre avec Florence et Marianne. Le bio, elles l’ont dans la peau.

Quand on fait du bio, on sait ce que l’on fait et pourquoi on le fait. On est obligé de réfléchir car personne n’est là pour te donner un plan de travail tout ficelé. C’est bien ce qu’elles trouvent passionnant et c’est ce qu’elles font, année après année. Elles produisent des légumes sur deux hectares situés au bord de la Cure à Saint-Père sous Vézelay. Pour cause de rotation, il n’y a toujours qu’un hectare et demi en culture. Elles commercialisent directement leur production. Les habitués du marché de Clamecy connaissent Florence qui déboule dès que leurs premiers légumes sous tunnel sont assez abondants pour couvrir l’étal et qui disparaît avec les dernières courges et chicorées. Ne comptez pas sur elles pour vous proposer des tomates en février ou des petits pois en décembre. Le problème de cette commercialisation directe, c’est qu’elle prend beaucoup de temps. Or, du temps de travail, il en faut beaucoup en maraîchage bio. Ce que la chimie ne fait pas, c’est la main, avec ou sans outil, qui doit le faire. Ceux ou celles qui ont déjà eu l’occasion de " soigner " une planche de carottes comprendront de quoi il retourne. La part de la main d’œuvre, dans la production bio, est estimée, en moyenne, supérieure de 30 % à ce qu’elle représente dans le chimique. Les sceptiques peuvent penser que, pour s’épargner un travail fastidieux, on pourrait, de temps en temps, s’autoriser quelques écarts et faire appel à quelque produit largement commercialisé dans toutes les jardineries. C’est mal con-naître le système. Il ne suffit pas de coller une pancarte bio sur son étal. Pour pouvoir le faire, il faut une certification par un organisme reconnu qui veille au respect du cahier des charges européen relatif à la culture biologique. Pour elles, il s’agit d’ECOCERT. Cette certification implique un contrôle annuel de l’exploitation et, éventuellement, des contrôles inopinés en cours de saison. Cette certification est payante (environ 2 000 F ou 300 euros pour leur exploitation) mais dans l’Yonne et, plus encore, dans la Nièvre, les Conseils Généraux apportent une aide financière aux producteurs concernés. Avec ces contrôles, pas question de faire n’importe quoi au niveau des semences, des amendements et des traitements. Il y a donc pour le client, la garantie d’acheter des légumes qui ne remplissent pas son assiette de substances plus ou moins recommandables pour sa santé. Pour tous, il est important de comprendre que cette manière de cultiver ne dégrade pas l’environnement. Si, par un coup de baguette magique, toute l’agriculture se faisait de manière biologique, nos rivières et nos nappes phréatiques retrouveraient la pureté de leur jeunesse. Très bien mais, sur le plan social, ça donne quoi ? Le bio a la réputation d’être beaucoup plus cher. Le but n’est sûrement pas d’arriver à produire une nourriture saine pour les classes sociales les plus aisées alors que tous les autres seront, financièrement, condamnés à la " malbouffe ". A Clamecy, ce ne sont pourtant pas les prix les plus chers du marché... et cela fait partie de leur volonté militante. Nous allons continuer à rencontrer des producteurs et des distributeurs pour essayer de donner une image la plus objective possible, de la commercialisation de ces produits, dans l’état actuel des choses.

Alain Chasseuil et Claude Cogan.




NOVEMBRE 2004 (N°11)




Jardinier Bio :

une culture différente pour un retour aux sources


Manger des légumes bio reste un privilège. Ce n’est pas que les produits manquent, mais le prix des produits bio repousse bon nombre de famille. Ainsi acheter 1 kg poireaux pomme de terre, tomate, + une salade coûtera 11,93 euros1 pour le bio contre 6,31 euros pour les produits issus de la culture intensive, mais avec les “ qualités “ qu’on leur connaît. La solution pour les foyers modestes d’avoir de bons produits à moindre coût (certainement inférieur aux prix des hypers), c’est de consacrer un peu de leurs R.T.T pour faire un potager bio2. Contrairement aux idées reçues, faire un jardin, même bio, ne prend pas plus de temps que la pratique régulière d’une activité sportive, ou qu’une séance de lavage de cerveau sur TF1 et c’est plus bénéfique (ce n’est que mon avis). C’est juste une question de choix. Comme le sport le jardinage repose l’esprit, calme. C’est un anti-stress utile dans un monde social hyper tendu. Jardiner bio, c’est accepter que la faune prenne une partie de votre travail, tout comme l’abeille accepte (et on la remercie, c’est trop bon) de partager son miel avec la race humaine. Jardiner bio, c’est accepter que des plantes non voulues empiètent sur vos allées ou au pied de vos légumes. Fini le jardinier stressé avec sa binette, qui cherche la moindre apparition de " mauvaises herbes ". Certes votre jardin aura l’air moins bien " rangé ", mais on s’en fout on ne vit pas dedans. Par contre il supportera mieux les aléas du climat et sera moins sensible à certaines maladies. C’est déjà pas si mal. Jardiner bio, c’est dire adieu aux produits phytosanitaires qui coûtent cher, que l’on a du mal à doser et qui modifient le milieu organique du sol, tout en empoisonnant au passage nos amies les butineuses de fleurs. A la place, on peut utiliser des plantes (ortie, trèfle, sarrasin, consoude) ou des insectes comme la coccinelle, qui se chargera de détruire les pucerons... Enfin avec l’excédent de votre potager, on peut préparer des conserves ou mettre certains légumes au congélateur pour l’hiver. Vous apporterez un rayon de soleil d’été à vos plats d’hiver mais surtout vous mangerez toujours sain pour pas très cher.

Stéphane Lessire.


1 Prix constatés le 12 octobre dans les supermarchés et magasins spécialisés en bio. Les légumes frais bio n’existent pas en supermarché.
2 Dans nos régions, il est facile de trouver un bout de terre pour faire son potager. La ville de Clamecy possède des terrains destinés à cet usage. C’est une très bonne chose. N’hésitez pas à contacter la municipalité.





FROMAGES BIO : rencontre avec Delphine.

Les habitués du marché de Clamecy connaissent tous le stand où elle vend fromages de chèvres et de vaches. Elle a bien voulu nous consacrer un peu de son temps pour répondre à nos questions.

Le Picot : Quelles sont les conditions pour avoir droit au label : " fromage biologique " ? Y a-t-il un contrôle ? Dans quelles conditions ?

Delphine : Pour avoir le droit de dire que nos fromages sont " issus de l’agriculture biologique ", nous devons obligatoirement demander une certification à un organisme de contrôle agréé (pour nous, ECOCERT) et respecter un cahier des charges. Sans ce contrôle, sans cette certification on ne peut pas utiliser le mot " biologique " pour qualifier notre production. C’est un label que l’on obtient après une période de " reconversion " de 3 ans. Ce contrôle est payant, chaque année. Pour nous il dépasse les 350 €/an. Il y a deux sortes de contrôle :
- Le contrôle annuel : l’agent de l’organisme certificateur annonce sa visite, passe une demi journée (ou plus) à la ferme en examinant tout ce qui l’intéresse (ex : champs, prés, animaux, factures, pharmacie…) Il observe par exemple la biodiversité des plantes dans les champs et les prés, l’état du grain dans les greniers… Tout cela aboutit en principe à un certificat annuel.
- En plus de cette visite annoncée, il y a les contrôles inopinés : par définition, ils ont lieu à l’improviste et peuvent porter sur un ou plusieurs aspects de la certification. Il peut y en avoir un ou plusieurs par an. Le Conseil Général de la Nièvre est assez " aimable " pour rembourser une partie des frais de contrôle pour les adhérents du GABNI (groupement des agriculteurs bio de la Nièvre). Mais c’est hélas de l’argent public. Il serait plus logique (mais aussi plus courageux !) que selon l’idée de " pollueur-payeur " cet argent provienne d’une taxe payée par ceux qui choisissent de polluer la terre.

Le Picot : Quelle est la réglementation concernant la nourriture des animaux ?

Delphine : Pour avoir droit à ce label, la nourriture des animaux doit être presque intégralement bio. On a droit à un petit pourcentage de produits conventionnels dans certaines conditions bien définies – les ensilages par exemple sont proscrits, tout comme les résidus de l’industrie agro-alimentaire. Par éthique et souci écologique, nous choisissons d’être entièrement " bio " dans nos rations. Toute la nourriture est produite sur place.

Le Picot : Quelle est la réglementation concernant les soins ?

Delphine : Au niveau des soins, préventifs et curatifs, en bio, on a droit à deux traitements allopathiques par animal par an. Par exemple un antibiotique et un anti parasitaire. Certains traitements ne sont jamais autorisés (ex : vermicides à très large spectre, très puissants). En règle générale toute la place est donnée à des thérapeutiques qui privilégient la santé globale de l’animal et du troupeau : homéopathie, phytothérapie, oligothérapie, aromathérapie, etc… En temps qu’éleveurs, nous assistons à des formations organisées par le GABNI. Et chaque année nous progressons. C’est très intéressant et cela nous aide aussi à nous soigner nous-mêmes. Pour notre part, il y a environ 10 ans que nous n’avons pas utilisé d’antibiotiques.

Le Picot : Comment se fait la distribution de tes produits ?

Delphine : Les fromages de la ferme sont vendus sur place et sur le marché de Clamecy. La vente directe n’est pas une obligation en bio. C’est simplement un choix de notre part qui comporte beaucoup d’avantages à nos yeux :
- Pouvoir proposer des produits de qualité à des prix accessibles à tous. – et en conséquence – pas de TVA ni d’intermédiaires.
- Eviter que les produits ne s’altèrent dans les transports frigos…
- Une véritable rencontre avec les clients qui permet d’essayer de mieux coller à leurs désirs, leurs souhaits.
- Avoir le plaisir de rencontrer ceux qui apprécient nos produits et entretenir avec eux une relation de respect mutuel qui disparaît quand on produit à " l’aveuglette " sans lien avec le consommateur.

Le Picot : Peux-tu expliquer la différence de prix entre les fromages bios et les autres ?

Delphine : Je n’ai pas l’expérience d’une production " non bio ". Je ne vois pas comment répondre si ce n’est que cette différence de prix peut s’expliquer par une différence de rendement et de qualité.

Le Picot : As-tu constaté, au fil des années, un élargissement et une diversification de ta clientèle ?

Delphine : On s’est toujours adressé à une clientèle diversifiée : " gens d’ici ", vacanciers, parisiens, etc… L’importance de la clientèle varie avec la production.

Le Picot : Quel rapport y a-t-il entre bio et écologie ?

Delphine : Il ne suffit pas de produire du bio, encore faut-il avoir un souci écologique. Nous concevons la ferme comme un organisme vivant où de nombreuses espèces végétales et animales se côtoient, l’équilibrant et formant un tout. Nous nous disons que notre rôle de " fermiers " est de maintenir une harmonie entre toutes ces espèces.
P.S. : La ferme, pour nous est un lieu de vie, un mode de vie et pas une exploitation agricole (nous avons horreur de ce terme !).

Le Picot : Souhaites-tu ajouter quelque chose ?

Delphine : Le bio progresse lentement mais sûrement. Il faudrait qu’il prenne place au sein de la restauration collective, scolaire et en milieu hospitalier etc… Cela ne pourrait-il pas être l’objet d’une prochaine enquête ou débat ?





Echo des giratoires

Soit l’ingénieur spécialisé en giratoires (ceux que le picot s’obstine à appeler ronds-points). Soit A-B la droite reliant un giratoire à l’autre. Soit un disque de rayon B-C. La droite A-B est tangente au disque. Soit boum-boum, le 4 x 4 audacieux et fripon qui s’amuse à traverser le disque sus-dit. Il décide donc d’intervenir en déversant des tonnes de bonne terre sur les herbacées sauvages et colorées qui avaient colonisé le disque : lotiers jaunes, vipennes violacées, rouges pavots et anveteux bouillons blancs sont asphyxiés par quelques camions de terre. Egalisation du volume en une jolie collinette. Puis on sème… de la pelouse au semoir s’il vous plait. Une moquette vert tendre remplace les échevelées d’antan. Mais la nature a de la ressource. Des milliers d’amarantes prennent vite le dessus et étalent leur couronne de feuilles sans vergogne au soleil de printemps. Il faudra deux bonnes tontes pour les ramener à la raison. Aujourd’hui tout est rentré dans l’ordre. Du gazon trône sur l’île encerclée de bitume. Pas de couleurs, pas de papillons, pas de graines. C’est propre et presque net. Certes la comparaison avec les bas côtés privés de ce lifting rend notre disque bien piteux. Mais boum-boum ne peut plus passer ! Il jubile en rendant le rapport de 138 pages qui récapitule les opérations et justifie les dépenses afférentes.

Dominique Girault.







L’écologie dans le bâtiment

Régis Bertrand qui vient de remplacer Roland Lemoine au poste d’adjoint chargé du secteur des travaux, exerce, par ailleurs, la profession d’architecte. Il nous a donc semblé intéressant de lui poser quelques questions concernant les techniques et les matériaux considérés comme plus respectueux de l’environnement.


- Le Picot : La Ville de Clamecy ne devrait-elle pas, chaque fois que cela est possible, utiliser d’autres matériaux plus efficaces et plus écologiques que l’universel parpaing ?
- Régis Bertrand : Je pense que les pouvoirs publics ont un grand rôle à tenir pour l’indispensable promotion du développement durable. Dans le secteur de la construction, cette orientation doit conduire à s’inscrire dans la démarche de " haute qualité environnementale " (dite HQE). C’est une démarche nouvelle qui fédère les professionnels de la construction sensibles à la préservation de l’environnement. Clamecy, dont la municipalité a déjà su démontrer son attachement à ce choix, doit rejoindre le mouvement naissant et s’en faire mieux encore le vecteur, en optant pour la démarche HQE lors de la mise en œuvre de ses prochains chantiers.
- Le Picot : Connaissez-vous des architectes qui se sont spécialisés dans ce créneau ? Personnellement, avez-vous eu l’occasion de travailler ainsi ?
- Régis Bertrand : Je rencontre ce genre d’architecte chaque matin quand je me rase et la prise de conscience est de plus en plus forte dans le milieu professionnel. Je réalise actuellement une maison bio-climatique mobilisant l’énergie solaire, prévoyant une régulation thermique par façades végétalisées et récupérant l’eau de pluie pour l’alimentation des sanitaires.
- Le Picot : Souhaiteriez-vous rencontrer des architectes qui militent pour un habitat écologique ?
- Régis Bertrand : J’en rencontre régulièrement et je souhaite naturellement poursuivre dans cette voie.
- Le Picot : Ne serait-il pas souhaitable, sur les anciens bâtiments, de revenir aux véritables enduits à la chaux ?
- Régis Bertrand : En matière d’enduits, on revient de loin, tant on s’est conduit en apprentis-sorciers depuis 30 ans, encouragés par des industries peu soucieuses de qualité architecturale. A l’évidence, certains revêtements tiennent plus du " cataplasme " que de l’enduit. En effet, le courant s’est progressivement inversé et des investisseurs privés ou publics, comme certaines entreprises de construction, ont à cœur maintenant de mettre en œuvre des méthodes traditionnelles. Pour autant, la partie n’est pas gagnée et ce n’est qu’en soutenant individuellement et collectivement ces méthodes traditionnelles que la notion de respect des bâtiments anciens pourra s’imposer. Ce respect, bien sûr, me paraît hautement souhaitable.
- Le Picot : Faudrait-il envisager d’initier les artisans locaux qui le souhaiteraient à des pratiques qu’ils ne connaissent pas (ou ne connaissent plus) ?
- Régis Bertrand : Bien des artisans conservent, ici et là, une connaissance des pratiques traditionnelles et souvent apprécient de pouvoir les mettre en évidence. Il n’empêche, cependant, que ces savoirs sont menacés et qu’il convient effectivement d’en assurer la transmission. Mais, pour qu’une telle dynamique se développe, faut-il aussi que les artisans puissent rencontrer un vrai marché, une demande commerciale suffisante et, de cela, chacun est responsable.

Nous lui avions, par la même occasion, posé quelques questions concernant, plus précisément, le site de la Tambourinette. La suite paraîtra dans notre prochain numéro.