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ANNÉE 2003

N°6 - N°7

jeudi 23 juin 2011, par Le Picot




FÉVRIER 2003 (N°6)




LE COCHON QUI SOMMEILLE

S’il sommeille toujours dans le cœur de l’homme, l’animal semble bien se réveiller dans nos campagnes nivernaises.

Fin novembre, notre attention avait été attirée par le compte-rendu d’un débat, organisé à Pougues-les-Eaux, concernant l’extension de la porcherie de Germigny-sur-Loire. Presque dans le même temps, nous apprenons l’ouverture d’une enquête publique relative à un projet d’extension d’une porcherie à Breugnon.

Loin de la mer mais tout près de la merde.

Tout le monde a plus ou moins entendu parler de la Bretagne submergée par les flots de lisier. Pourtant, mesure-t-on bien ici ce que cela représente.
André Pochon, ancien éleveur, a pu dire lors du débat de Pougues-les-Eaux : " Je vis dans les Côtes d’Armor. Cette région est sinistrée par l’élevage industriel : 70 % de nos prises d’eau sont condamnées." On comprend aisément que, dans une telle situation, des demandes de création ou d’extension de porcheries aient peu de chances d’aboutir dans cette région. Et nos marchands d’aliments, toujours à la recherche de débouchés pour leur camelote, d’ausculter la France rurale.
On peut penser, sans grand risque d’erreur, que la Nièvre a dû leur sembler un territoire idéal pour développer leurs activités lucratives.

Réagir avant qu’il ne soit trop tard.

Nous ne devons pas attendre que tout le département soit sinistré pour nous opposer à l’extension de l’élevage porcin. N’oublions pas, tout d’abord, que cela ne correspond pas à un besoin impérieux de nourrir l’humanité. Il y a actuellement surproduction de viande de porc. Si l’on veut développer l’élevage de ces charmantes bestioles, ce n’est sûrement pas dans un but humanitaire.
De plus, tout le monde (à commencer par les initiateurs de projets) sait que la multiplication de ces élevages va, obligatoirement, entraîner des risques de pollution des nappes phréatiques et des cours d’eau. Mais, pour eux, entre profit et écologie, il n’y a pas photo, comme on dit aujourd’hui.

Faut-il remplacer " mort aux vaches " par " mort aux cochons " ?

Autrefois, les porcs étaient élevés par de petits producteurs disséminés dans tous les villages. Les litières souillées rejoignaient celles des bovins sur le tas de fumier et le tout était réparti sur l’ensemble du territoire cultivé. Les petits producteurs ont disparu (comme les petits agriculteurs) et, pour répondre à la demande, il a bien fallu mettre en place des élevages plus importants. C’est que le porc tient, dans nos pays, une place non négligeable dans notre alimentation (ne serait-ce que dans la charcuterie) et qu’il n’est donc pas question de réclamer sa disparition.

Une idée de génie : l’élevage sur caillebotis.

Pour économiser le travail et donc, la main d’œuvre, on a supprimé totalement ou partiellement la litière. Les déjections sont recueillies sous forme de lisier que l’on va ensuite épandre dans les champs et les prairies. Il y a, bien sûr, des calendriers d’épandage et des surfaces à traiter proportionnelles à la quantité de lisier produite. L’ancien éleveur, déjà cité, le dit : " Le lisier, c’est la mort… Le lisier tue le vers de terre. "
Ajoutons aussi que c’est lui qui est responsable de la pollution des nappes phréatiques et des cours d’eau.

Retour à la paille ?

C’est, d’après André Pochon, la voix de la sagesse. Le Conseil Général des Côtes d’Armor accorde des subventions aux éleveurs qui s’installent sur des litières ou sur paille. Avec la litière on fait du fumier et avec ce fumier on fait du compost. Les odeurs sont moindres et il n’y a plus de pollution des sols. Pourquoi ne pas tirer leçon des expériences malheureuses qui se sont faites ailleurs ? Ne pas attendre que la situation soit catastrophique pour prendre les mesures qui s’imposent relèverait sûrement du plus élémentaire bon sens.

Et la viande, dans tout ça ?

Il semble bien que sa qualité dépende beaucoup de la nourriture que l’on fournit aux bêtes. On ne retrouvera sûrement pas, dans ce type d’élevage, la qualité du porc que l’on élevait autrefois. Il semble pourtant que, comme pour les poulets, il soit possible d’obtenir des résultats sensiblement différents suivant la manière dont on élève les animaux. Comme pour les poulets, il y a une incidence sur le prix de revient et, par conséquent, sur le prix de vente au consommateur.
Est-il idiot de penser qu’il vaut mieux manger de la bonne qualité de temps en temps que de la merde tous les jours ?

Claude Cogan.







NON AUX PORCHERIES INDUSTRIELLES SUR CAILLEBOTIS

Les porcheries industrielles ont outrageusement pollué la Bretagne, au point d’y être devenues interdites de développement. Elles cherchent maintenant à s’installer dans de nombreux départements, avec des capacités gigantesques atteignant plusieurs milliers de porcs de grosses tailles sur un même site. Partout des associations se créent spontanément pour s’y opposer car les populations voisines connaissent toutes les nuisances qui en résultent, pour elles mêmes et pour l’environnement, notamment par l’épandage du lisier qui n’est plus supportable.

Les nuisances

L’eau des nappes phréatiques et des rivières sévèrement polluées par les nitrates issus de l’épandage du lisier et dépassant largement la norme française de 50 mg/l. (norme européenne : 25 mg/l !)

Le sol

- abondamment souillé par les résidus alimentaires et médicamenteux contenus dans les lisiers : cadmium, cuivre, phosphore, zinc. activateurs de croissance, antibiotiques, anti-stress, etc...
- dégradé chimiquement par un excès d’acidité, la baisse du taux nécessaire des matières organiques, la destruction des vers de terre et des micro-organismes fertilisants.

L’athmosphère empuantie par l’air vicié extrait des bâtiments et par le lisier épandu, dévalorisant le patrimoine immobilier, stoppant l’essor des communes, chassant les touristes et gâchant la vie des habitants ayant choisi de résider dans les campagnes.

La santé menacée

- Par les résidus médicamenteux déversés sur le sol.
- Par les bactéries, notamment les salmonelles, massivement présentes dans les élevages industriels aux côtés des antibiotiques auxquels elles deviennent résistantes, d’où le danger pour l’homme.
- Par les risques des diverses épidémies dues à des concentrations excessives d’animaux sur un même site.

Le pompage d’énormes quantités d’eau pour nettoyer les bâtiments et abreuver les porcs : de 25 à 30 litres par jour et par tête.
La disparition des petits éleveurs assurant une production de qualité par des méthodes traditionnelles. Ils sont, en effet incapables de résister financièrement à la concurrence imposée par l’industrialisation forcenée de la profession et à la politique d’élimination menée par les grands groupes.
Les animaux maltraités, bourrés de médicaments et mis dans des situations de contention, d’étroitesse et d’obscurité manquant gravement au minimum de respect qui leur est du avec, en fin de compte, une viande de qualité très contestable.

Le bilan

L e bilan des porcheries industrielles a maintes fois été dressé. Il est toujours et partout le même : catastrophique.
Il montre que, du fait de leur robotisation et de leur informatisation, elles ne créent pas d’emplois. De plus, elles ne sont pas assujetties à la taxe professionnelle.
Les populations et les communes n’ont donc aucune retombée positive à en attendre. Par contre elles en subissent, avec l’environnement, tous les inconvénients.
Les avantages sont donc exclusivement pour les seuls industriels de l’élevage, de l’agro-alimentaire et des laboratoires pharmaceutiques, qui en retirent tous de très confortables profits. Il en est assez que l’intérêt général subisse les intérêts particuliers. L’opposition des populations doit être prise en compte.

Les requêtes

La loi du 10 juillet 1976, relative à la protection de la nature, stipule, en son article 1er : “ Il est du devoir de chacun de veiller à la sauvegarde du patrimoine naturel dans lequel il vit. ”
C’est dans ce cadre, qu’au nom de leurs adhérents et des signataires des pétitions, les associations, réunies en coordination, demandent avec insistance :
- L’arrêt général et immédiat, sur l’ensemble du territoire, de toutes nouvelles installations et extensions de porcheries industrielles sur caillebotis, entraînant la production et l’épandage de lisier. L’article 6 de la directive européenne 91/630 CEE va d’ailleurs dans ce sens.
- La suspension définitive de toutes autorisations préfectorales pour tous les projets en cours.
- L’interdiction de continuer à exploiter des porcheries qui ont été créées à des noms différents sur un même site dans le seul but de tourner la réglementation en vigueur.
- Le contrôle systématique des installations existantes, avec des sanctions dissuasives pour celles qui sont en infraction. Elles sont, en effet, trop nombreuses à être en dépassement de capacité, aussi bien pour le nombre de porcs déclarés ou autorisés, que pour les quantités de lisier épandues à l’hectare. L’administration est trop laxiste et ce sont les associations qui doivent saisir les tribunaux.
- Une politique favorisant l’installation de jeunes agriculteurs pratiquant l’élevage sur paille ou en plein air, pour une production de porcs fermiers labellisés, nourris avec une alimentation saine.

La Coordination des Associations Refusant les Porcheries Industrielles sur Caillebotis.







POUR QUE LES PRÉS RIENT…

La Commune de Clamecy est devenue, au fil des années, un gros propriétaire foncier. Lorsqu’on regarde l’évolution des surfaces cultivées aux alentours, on pourrait s’en féliciter. Les quantités d’intrants, comme disent les techniciens (pesticides et engrais) ne cessent d’augmenter en volume, valeur et toxicité, sans parler de la rémanence (pouvoir d’un produit de rester actif bien après son application). L’agriculture clamecycoise est ici à la mesure des pratiques nationales. La France est le premier consommateur européen de chimie agricole, toutes proportions gardées.

Sous la pression des contrôleurs de la Direction Départementale d’Agriculture, chargés de veiller à la bonne (?) gestion des primes, une nouvelle habitude s’étend à présent : celle de détruire toute plante non cultivée le long des champs, c’est-à-dire sur le domaine public, ou, comme ça m’est arrivé l’été dernier, grâce à M.P. agriculteur voisin de mon verger de Sembrèves, sur le domaine privé. Les chemins ruraux n’avaient déjà plus la largeur cadastrée, puisque les labours illégaux empiétaient sur leur emprise, voilà maintenant que les rares banquettes herbeuses, ultimes abris des plantes de nos régions, des insectes, des mollusques, sont au mieux rasées de près, au pire anéanties par le Round Up, dont on sait maintenant qu’il se retrouve dans les nappes phréatiques et les rivières (et donc bientôt dans l’eau du robinet…). On peut donc attendre de la Commune de Clamecy qu’elle n’emboîte pas le pas à nos DEPAYSANS, stérilisateurs d’espaces. Qu’elle tonde ras les espaces prévus pour les parties de foot-ball (parc Vauvert et près des zones densément peuplées) ou les jardins à la française et qu’elle se contente d’un fauchage annuel ou biennal dans les zones plus retirées où jamais ne se voit un promeneur, quitte à ne laisser qu’un passage tondu de plus près pour les cas douteux. L’économie de temps de travail, de carburant, d’usure des machines sera conséquente. Certes cette attitude demande un peu plus d’évaluation et de planification : il est possible d’expérimenter et de tâtonner avant adoption définitive. Rien à perdre, des prairies fleuries, riches de vie à y gagner, une lutte biologique contre les Corbeaux freux, honnis de certains : ils auront moins d’espace pour nourrir leurs jeunes, le retour des papillons et des petits oiseaux granivores… Et pour que les conseilleurs ne soient pas seulement les payeurs-contribuables, pourquoi ne pas solliciter l’avis autorisé des services compétents : il en existe ! La DIREN (Direction Régionale à l’Environnement), le Conservatoire des Sites Naturels Bourguignons, les diverses Associations qui se préoccupent de faune et de flore sont prêtes à l’aide technique si l’occasion d’œuvrer pour le bien de tous leur est donnée. Si les agriculteurs peuvent obtenir des aides (publiques) pour la seule application des lois générales à leurs exploitations, les communes devraient bien pouvoir bénéficier des mêmes avantages pour le maintien de la biodiversité locale… les météorologues ne disent-ils pas que le battement d’aile d’un papillon en Australie peut changer les événements climatiques en Amérique ?

Dominique Girault.




JUILLET 2003 (N°7)




" PLUS D’ABEILLES, PLUS D’HOMMES..."Einstein.

Le visionnaire, en une phrase sans appel, fulgurante, désigne la voie que nous avons suivie qui, par l’enchaînement des causes et des effets, mène de la disparition des abeilles à celle, irrémédiable, de l’homme.

C’est pourquoi nous avons choisi de faire de la défense de l’environnement des ruches et de leurs habitantes le symbole d’un combat plus vaste, celui de la préservation de la terre nourricière, ce jardin des délices, dont l’homme est seulement - l’a-t-il oublié ? - le dépositaire en charge de l’entretenir, non de le corrompre. Dans ce monde privé de boussole, la recherche effrénée du pouvoir, de l’argent et de la consommation, toujours plus et plus vite, fait perdre le sens commun. Le climat se dérègle, les nappes phréatiques sont polluées, les mers sont devenues nos poubelles et les nuages de pollution nucléaire tombent en fines gouttes d’eau, arrosant nos jardins. Trop, c’est trop, nous baissons les bras. Après tout le nuage de Tchernobyl a épargné la France, comme le dit la télé... Après tout, moi aussi je pollue en allant acheter à la grande surface, et même dans les magasins " bio ", une viande consciencieusement emballée dans des emballages inutiles, et de beaux légumes bien propres que je mets tout seul, sans l’aide de personne, dans des sacs en plastique imputrescibles. Il y a tant à faire et je suis démuni. Ressaisissons-nous, nous ne sommes pas seuls, je ne suis pas seul. Il y a celui-ci qui, tombé malade après avoir ingéré ses propres légumes copieusement arrosés de pesticides les plus performants - la preuve ! - par le fermier, son voisin, a pris un avocat et se bat. Je ne suis pas tout seul. Il y a les amis pas loin qui, foin des subventions, élèvent leurs vaches et leurs moutons à l’ancienne. Il y a [...] Je ne suis pas tout seul, je ne l’ai jamais été, entouré que j’étais de ceux avec lesquels j’ai mené à bien des projets : les maisons Castor, [... ] et auxquels j’ai transmis ce que je savais. Aujourd’hui, je cherche un associé plus jeune que moi pour défendre quelques ruches et cette idée d’oasis que chacun porte en soi dès la naissance et qui devient trop souvent un mirage. Notre oasis, nous voulons l’enraciner, ici et maintenant, îlot de survie dans ce désert écologique, économique, social et politique qui, peu à peu, ronge notre espace vital. Si je fais une oasis, si tu fais une oasis, si l’Autre là-bas fait une oasis, nous allons recréer la bio-diversité, des modèles pour la vraie vie, et... l’espoir. Je propose donc un combat constructif, ancré dans cette terre que nous cultivons pour produire des légumes et des fruits de saison, dans la solidarité des savoir faire partagés et échangés, et dans la pratique du troc qui rend chacun heureux. Le XXIè siècle sera écologique ou nous ne serons plus, sauvons donc la terre en y ménageant des oasis.(*) Ce combat, je le place sous le signe de l’abeille, le baromètre écologique le plus fiable, et je vous invite à relire l’appel d’Einstein sous un autre point de vue : comme un appel à plus d’abeilles pour que vivent plus d’hommes.

(*) Le concept " Oasis en Tous Lieux " a été initié par Pierre RABHI en 1996