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ANNÉE 2002

N°4

jeudi 23 juin 2011, par Le Picot




JUILLET 2002 (N°4)




QUEL AVENIR POUR LE CENTRE

HOSPITALIER DE CLAMECY ?


Voilà une question nouvelle ! jusqu’à peu, on aurait dit : le Centre Hospitalier de Clamecy a-t-il un avenir ? et c’est une interrogation que nous nous sommes tous posés à un moment ou un autre.

Il y a un peu plus d’un an, la direction du Centre Hospitalier, ses agents de toutes catégories, la population locale, ses élus, la presse, la Ligue des Droits de l’Homme, nous nous sommes tous mobilisés pour notre maternité. L’objectif était alors de défendre une structure dont le simple maintien n’était pas acquis. Mieux encore, il s’agissait de défendre une véritable conception de la santé publique : la maternité de Clamecy et le Réseau de Santé du Haut Nivernais, qui assure la prévention, le dépistage et l’orientation des femmes enceintes, forment un tout intégré, en lien avec les maternités de niveau II (Auxerre et Nevers) et III (Dijon), et garantissent à la population la sécurité d’une prise en charge adaptée. La qualité du travail réalisé ici est reconnue au plan national*. Les autorités sanitaires ont longtemps eu du mal à comprendre le caractère extrêmement innovant de ce qui se jouait ici ; Clamecy a été et demeure comme une épine dans le pied des planificateurs qui verraient bien notre futur système de santé se contenter d’un seul Centre Hospitalier par département. Ils s’imaginent apparemment que le meilleur moyen de faire des économies, c’est de réduire le nombre d’hôpitaux. En l’espèce, c’est oublier un peu vite les coûts de transports, les coûts des retards de traitement, et l’impact sur la société entière de la maladie et de la mort prématurée. C’est négliger de surcroît les indicateurs épidémiologiques et sociaux déplorables d’une population par ailleurs enclavée et vieillissante. Si la décision de fermer les services actifs n’a jamais été prise, c’est aussi parce que personne n’a vraiment osé en assumer un jour la responsabilité. On sait trop que le bilan en serait catastrophique. Et jusqu’ici, aucune solution n’a été trouvée qui permettrait de fermer les services actifs du Centre Hospitalier de Clamecy en toute sécurité pour la population. Même si on organisait (hypothèse d’école) des transferts rapides et sûrs, les hôpitaux voisins ne sont pas en mesure de reprendre l’activité : Avallon est moribond, Auxerre implose littéralement par sur-activité, et Nevers n’a été reconstruit qu’au prix d’une forte diminution du nombre de lits. Faute donc d’oser carrément fermer ce Centre Hospitalier, c’est une autre stratégie qui a prévalu : l’étouffement financier. En vrac : taux de reconduction des budgets minimal, pas de remise à niveau des effectifs (comment faire fonctionner un bloc opératoire sans infirmiers anesthésistes ? nous les avons, mais ils ne sont pas budgétés), pas d’octroi de mesures nouvelles (toujours pas d’aides-soignants budgétés aux urgences malgré la reconnaissance officielle de ce service en 2001), pas de postes pour les 35 heures (si pardon ! 0,7 temps plein...). Conséquences pratiques : avec le budget initial pas moyen de payer les agents en décembre, difficultés énormes à rembourser les emprunts, 140 jours minimum de délai de payement des fournisseurs, de ce fait menace constante de rupture d’approvisionnement, et j’en passe. On n’a pas d’argent, mais on a des idées… Si aujourd’hui la situation financière ne cesse de se dégrader, le Centre Hospitalier de Clamecy dispose désormais pour la première fois de son histoire d’un véritable projet d’établissement : il s’agit du document stratégique à cinq ans dans lequel est exposée la façon dont nous concevons l’avenir de cet hôpital. Nous y défendons deux grands principes :


- Une prise en charge territoriale de la santé, c’est-à-dire, un hôpital en prise directe sur l’environnement local, qui travaille en étroite collaboration avec l’ensemble des acteurs de santé du secteur pour la prévention, le dépistage, l’orientation, et l’amélioration continue des pratiques. Une démarche sur un dossier de suivi des personnes âgées est notamment en cours dans l’esprit du travail déjà effectué en périnatalogie par le Réseau de Santé du Haut Nivernais.


- L’innovation dans les structures et leur fonctionnement. Il est sûr que le fonctionnement interne du Centre Hospitalier devait être repensé : c’est une nécessité vitale pour cet établissement d’optimiser ses faibles moyens tant pour améliorer la prise en charge des patients, que pour développer des activités nouvelles indispensables à la population : prise en charge des chimiothérapies et offre spécialisée en chirurgie (cataractes, ORL,..) en sont de bons exemples. Cette réorganisation nécessite de reconstruire entièrement l’hôpital, mais présente l’avantage d’être peu coûteuse en terme de personnel.

Le but de cet article n’est pas de détailler l’organisation proposée, mais de faire connaître à tous que le Centre Hospitalier de Clamecy est aujourd’hui à la croisée des chemins : ou bien les moyens nous sont donnés de construire ici un hôpital moderne, efficace, répondant aux besoins de la population, ou bien ces moyens nous sont refusés et nous n’aurons plus qu’à transformer le panneau d’accueil en quelque chose du type : centre de gériatrie. Nous n’avons pas vocation à développer des activités de pointe (quoique… dirait le Pr. Masquelet), mais bien, à offrir à tous un ensemble de prestations de santé de base et à orienter convenablement les patients le nécessitant vers les structures adaptées au niveau de la prise en charge requise. Ce n’est pas d’une ambition démesurée : c’est l’évidente mission d’un Centre Hospitalier de première ligne. Or, l’échéance est brève : en l’état, l’établissement ne répond plus aux normes, particulièrement en terme de locaux, et la poursuite de nos activités actuelles dépend du bon vouloir de n’importe quel inspecteur descendu de Dijon. Il faut reconstruire le plateau technique. Nous demandons à l’Agence Régionale d’Hospitalisation de Bourgogne de conclure un Contrat d’Objectifs et de Moyens avant la fin de l’année ; cela signifie que fin septembre tout peut être joué. Et quand la décision est prise à haut niveau, on peut toujours s’agiter, ça ne change pas grand-chose (pensez à la maternité d’Avallon…) Seule l’union de tous : les élus au premier chef, la population et l’ensemble de la société civile permettra le moment venu, la défense de ce Centre Hospitalier, mais aussi, d’une conception novatrice de la santé publique. Ça passe ou ça casse : le projet d’établissement du Centre Hospitalier de Clamecy est adopté rapidement, ou bien, c’est fini. Il n’est pas possible de continuer en l’état. Nous avons fait nos propositions. Les autorités sanitaires sont désormais face à leurs responsabilités.

Jacqueline Bousquet.
Vice-présidente de la commission médicale de l’établissement.