Le Picot

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ANNÉE 2002

N°4 -N°5

mardi 24 mai 2011, par Le Picot

JUILLET 2002 (N°4)




BIENTÔT, DE NOUVEAUX PÉPINS ?

Le quartier de La Postaillerie va bientôt retrouver une partie de son visage d’antan. C’est du moins l’espoir que suscite la création d’un nouveau verger au bout de l’avenue de Gelnhausen.

Le terrain est communal et la plantation des arbres porte-greffes a été réalisée par le service espaces verts. Le GREFFON (Groupe pour la Renaissance des Espèces Fruitières Oubliées de la Nièvre, Groupe départemental des " Croqueurs de Pommes "), dont la vocation est la sauvegarde des variétés anciennes d’arbres fruitiers, a été contacté et certains de ses membres devraient assurer le greffage des arbres.

Quel est le but de l’opération ?

Pour la Commune, il s’agit de créer un nouvel espace vert, public, peuplé d’arbres fruitiers représentatifs d’un patrimoine végétal local. Pour le Greffon, c’est l’opportunité de mettre en place un verger de conservation pour les variétés en danger. Nous nous proposons d’y greffer des arbres qui ont été utilisés par nos ancêtres et qui sont aujourd’hui délaissés.
En effet, autrefois, les fruits locaux servaient à tout. Il n’y avait pas de bananes ni d’ananas mais on pouvait croquer des pommes d’août à mai, des poires de juillet à mars, sans autre aide que celle d’une bonne cave. D’autres fruits étaient conservés par séchage pour les périodes difficiles (pomme de grain ; daguenelles = poires séchées). Certains fruits n’étaient utilisables et conservables que sous forme liquide (cidre ou poiré, qui furent ensuite détrônés par le vin). D’innombrables variétés étaient plus ou moins bonnes crues mais délicieuses cuites (comme dessert ou avec les viandes). Enfin, les fruits de rebut étaient donnés aux animaux, ce qui devait donner à leur chair un autre goût que ce qui résulte de l’ingestion de farines douteuses…
La vie actuelle, " moderne ", a rendu difficiles certaines pratiques coûteuses en temps et en énergie physique : ramassage, entreposage, tri, transformation. Les goûts eux-mêmes des consommateurs se sont ou ont été modifiés. Certains fruits ont donc perdu leur raison d’être cultivés. Pourtant ils possèdent certaines qualités génétiquement conservées par la multiplication par greffage, qui est la forme rustique du clonage : un bourgeon de pommier ‘bontemps’ sur un porte-greffe (pommier quelconque) donnera un arbre producteur de pommes ‘bontemps’.
Les qualités les plus intéressantes aujourd’hui, outre une aptitude à un usage particulier, sont une certaine rusticité : adaptation au sol et au climat locaux (ceux qui n’aimaient pas le calcaire et nos gelées tardives, nos étés secs et nos printemps pluvieux ont été éliminés), résistance aux maladies (ce qui ne veut pas dire que les arbres ne soient pas malades, mais ils n’en meurent pas et produisent tout de même).
Le Greffon envisage donc de greffer en priorité dans le verger les variétés locales (inconnues des catalogues) les plus délaissées aujourd’hui et donc les plus menacées pour qu’elles continuent à exister malgré une désaffection qui n’est peut-être que passagère.
Un pommier greffé peut vivre 60 ou 80 ans, deux ou trois générations humaines. Qui dit qu’en 2050, quand le pétrole aura cessé de couler à flots, nous n’aurons pas besoin de produire sur place ce qui nous arrive aujourd’hui d’horizons lointains ? Nous serons bien aise, alors, de bénéficier des siècles d’expérimentation de nos ancêtres. Et puis, à une époque où le moindre picot (!), le plus petit bijou ancien est mis dans un musée, il n’est pas indigne de conserver, au titre du patrimoine, là aussi, des témoins de l’activité anonyme des paysans du passé.

Dominique Girault.

P.S. Et puis l’amour des pommes, à l’heure du chiraquisme triomphant, ça devrait finir par payer, non ? On ne peut pas travailler que pour des prunes, au risque d’être pris pour une poire…





LES CERCLES MAUDITS.

De temps en temps apparaissent dans la nature d’étranges surfaces discoïdes où la végétation semble brûlée et où elle ne repousse pas avant de longs mois. Des exaltés y attendent, pendant des années, l’arrivée des extraterrestres. Les Périgourdins y amènent une truie experte dans l’art d’extirper les truffes. Eh bien, à Clamecy, nous avons les mêmes ! Il suffit de descendre dans la prairie entre l’Yonne et la Ferme Blanche (MLAC) pour y découvrir de disques stérilisés de ce type au pied de chacun des tilleuls (et il y en a des dizaines…). Là, pas de place pour l’insécurité : pas le moindre brin d’herbe rebelle, aucun liseron sauvageon, terre nue à perte de vue (de cloporte) et, au printemps, des milliers de gendarmes ; bon, pas ceux de la caserne : plutôt pattus (6 fois), antennisés, noirs et rouges, mais enfin, c’est un début ! D’abord, c’est une " bonne" idée : éliminer le gratteron malicieux du pied de l’arbre, qui nargue la tondeuse et qui finit par la pousser à tondre et la verdure insolente et l’écorce du tilleul. Mais quand la zone du "nograss’land " dépasse le mètre de rayon, ça sent la dérive sécuritaire !… Surtout que le bon sirop anti-tout se retrouve illico un ou deux mètres plus bas… dans la nappe de l’Yonne… Et vivent les baignades propres… et tant pis pour la racaille à nageoires. Clamecy, ville verte de vacances, ses pavés, ses esplanades, ses arbres herbicidés.

Dominique Girault.




NOVEMBRE 2002 (N°5)




LA FLAMME… ET L’AVENIR DE L’HOMME ?

" Regarde, mon fils : l’homme blanc nous envoie un message ! "

Un énorme nuage noir envahit le ciel, il s’étend peu à peu sur la campagne en répandant une odeur âcre qui prend à la gorge. Des fétus de paille noircis retombent sur des kilomètres alentours. " Tout insecte va périr, les lombrics n’ont qu’à plonger s’il veulent échapper à la torréfaction, les bactéries vont rissoler..! " Le tracteur tourne autour du champ, la charrue retourne la terre… un peu moins du côté de la haie… " Tant pis pour les ratons, les couleuvres, les papillons ; pour les perdrix, des rogatons, n’avaient qu’à anticiper la grande crémation… " Le sol est noir, nu, propre. De mini tornades d’été soulèvent un peu de poussière (" terre fine " dit l’agronome) et la déposent un peu plus loin (" érosion éolienne " ajoute-t-il). " Alors, bon boulot, non ? " demande l’Agriculteur, " C’est pas du bon recyclage ça ? Des tonnes de paille devenus poussière impalpable : moins de travail pour les décomposeur dans, dans le sol. Toute cette bonne énergie solaire captée par mes plantes rendue à l’atmosphère sous forme de chaleur, pas de déchaumage : c’est du pétrole économisé, non ? " L’autre ne répond pas : il observe de loin, depuis les bureaux de la coopérative agricole : " Regarde mon fils, l’homme blanc nous envoie un message : tâche de commander suffisamment d’engrais, cette année ! "

Dominique Girault.







HALTE AU FEU !

Chaque année, dans la deuxième quinzaine de juillet, le même phénomène se reproduit. Brusquement le ciel s’obscurcit, des escarbilles noirâtres tombent sur le sol, sur la voiture que vous venez de nettoyer, sur le linge que vous avez étendu, sur votre lit par l’intermédiaire du Vélux que vous avez imprudemment ouvert. De quoi s’agit-il ? De l’écobuage, c’est-à-dire le brûlage des chaumes, effectué par des agriculteurs après la moisson. Dans quel but ? Faciliter le travail de labour dès la moisson achevée et surtout, paraît-il, pour détruire les limaces, avant de semer le colza. Certes les limaces sont calcinées, mais aussi le gibier, les escargots, les éléments organiques qui fertilisent le sol. Mais qu’importe que le sol soit fertile ou non, puisque la terre ne sert plus que de support aux plantations et que, de toute façon, de multiples épandages d’engrais qui polluent irrémédiablement rivières et nappes phréatiques remédieront au problème ! En principe cette pratique dangereuse est strictement réglementée. L’agriculteur doit en faire la déclaration en mairie et s’engager à respecter la réglementation : labour autour du chaume, morcellement en parcelles, distance par rapport aux forêts et aux habitations, présence d’une tonne à eau… Malheureusement cette réglementation est rarement observée. Chaque année, à cette époque des moissons, des bosquets riverains prennent feu, des cultures encore sur pied s’embrasent, du matériel agricole part en fumée, la circulation sur certaines routes est entravée car la visibilité y devient nulle. Combien d’années s’écouleront encore avant que les autorités compétentes interdisent cette pratique inutile et dangereuse ? Car si les mollusques et le gibier en sont les principales victimes, il arrive que ce soit aussi, hélas, des êtres humains, comme ce fut le cas de randonneurs dans les Pyrénées !

Jean Petit.