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ANNÉE 2006

N°14 - N°15 - N°16

lundi 27 juin 2011, par Le Picot




FÉVRIER 2006 (N°14)




ON ACHEVE BIEN LES BEBES.

Alors que les nouvelles propositions du SROS* sont en discussion, un certain nombre de points concernant le secteur de Clamecy méritent d’être rappelés.

Clamecy reste un pôle industriel isolé au sein d’une campagne vieillissante à la démographie hésitante. Le bassin drainé par le Centre Hospitalier concerne environ 30 000 habitants répartis sur 1 600 km2. La ville est caractérisée par son isolement géographique, le Service d’accueil et d’Urgence le plus proche se trouve à 45 minutes (en dehors donc, de la zone retenue pour la prise en charge des Urgences dont le délai est fixé à 30 minutes). La population desservie par le Centre Hospitalier de Clamecy est classée par les Caisses d’Assurance maladie dans les " zones à mortalité évitable élevée ", c’est à dire que ces zones correspondent à des populations fragilisées socialement ayant un recours aux soins plus tardif ce qui masque un certain nombre de pathologies graves (cancer par exemple). Cette état de fait se traduit de manière statistique par un des plus forts taux de RMI et de CMU de la région Bourgogne ainsi que par un grand nombre de foyers fiscaux ne disposant pas de véhicules. (problème de transport vers le lieu qui soigne). En 1994, les même menaces pesaient sur la maternité et le service de chirurgie, c’est par un travail de lien entre les professionnels et de réflexion sur la qualité de la prise en charge des suivis de grossesse qu’est né le Réseau de Santé du Haut Nivernais. C’est lors d’une entrevue avec Mme Simone Weil, alors Ministre de la santé, qu’a pu être actée l’idée d’une expérience autour de cette maternité de proximité permettant un suivi coopératif autour de la femme enceinte. La maternité est ainsi passée de 97 naissances en 1993 à 220 en 2004, devenant une expérience pilote, s’exportant dans de nombreuses régions Françaises grâce à la qualité des prises en charge reconnues par diverses évaluations externes. L’expérience de Clamecy est ainsi désormais dans la loi puisque la visite d’évaluation de la Sage Femme Réseau au 4è mois est inscrite dans le suivi de grossesse officiel. Toutes les enquêtes réalisées autour du centre Hospitalier de Clamecy (pas moins de cinq en dix ans, une toutes les deux ans) ont toutes conclu à la même évidence : nécessité de maintenir une MCO (Médecine, Chirurgie, Obstétrique) étant donné l’isolement géographique et social de la population. La dernière en date étant une IGAS* voici trois ans… L’Hôpital de Clamecy est en équilibre financier, ne serait ce son " report de charges ", situation connue dans de nombreux autres établissements hospitaliers. Il n’y a donc pas d’argument financier pour la fermeture. Le seul argument développé par la DDASS de l’Yonne a été " absence d’une astreinte de Pédiatrie, ce qui est prévu dans les textes ", pour pallier ceci le Centre Hospitalier de Clamecy a engagé dès le début une politique de formation du personnel et particulièrement des médecins anesthésistes en collaboration avec le service du Pr Gouyon à Dijon, ce qui assure une sécurité que peu d’hôpitaux peuvent offrir : ce qui est important est d’avoir un personnel formé et compétent. On va donc fragiliser une structure qui est d’un coût modeste offrant toutes les conditions de sécurité, qui donne satisfaction à la population, au personnel, aux professionnels de santé pour mettre en place d’autres procédures incertaines et sans visibilité pour les femmes enceintes et les professionnels. Le risque de désengagement, de désinvestissement et de découragement est extrêmement fort pour un bénéfice (?) à démontrer. Tous les arguments sont bons pour arriver au but recherché : la fermeture des petites structures. Cela va des menaces (sur le Président du Conseil d’Administration et la directrice) : " s’il y a un problème, vous plongerez " à la désinformation " le taux de complications des césariennes est très élevé ", alors qu’il s’agit des antécédents des femmes qui justifient les césariennes : " Quand on veut tuer son chien, on l’accuse d’avoir la rage " Le Centre Hospitalier de Clamecy est aussi la seule structure hospitalière bourguignonne appartenant à un autre territoire de santé que celui de son département, on visait donc dès le départ à la fragiliser en la coupant des élus locaux Nivernais. Pour ce qui est des urgences, nous demandons le retour à la Loi qui permet à tout citoyen de pouvoir bénéficier d’une chance égale sur le territoire. Elle n’est pas respectée dans le Haut Nivernais faute de financement, c’est la responsabilité directe du Directeur de l’ARH*. Pourtant les textes sont sans ambiguïté en ce domaine et la distance à parcourir ne doit excéder une demi heure. Curieusement, on crée ici une structure nouvelle, un " SMUR light " qui ne figure dans aucun texte réglementaire : la sécurité des 30 000 personnes concernées importe peu, on le voit, à ces " décideurs ". Mais qui assumera la responsabilité, devant un grave accident dans la périphérie de Clamecy, de la défaillance des services publics ? Sur le fond du SROS, ce schéma est chargé d’organiser la prise en charge sanitaire de la population et la prévention. Or il ne s’agit que de compilations de chiffres concernant les hôpitaux : aucune prise en compte des " soins primaires ", aucun chiffre sur la production des soins primaires, sur leur organisation, sur les conséquences d’une fermeture, sur les professionnels de santé déjà en nombre insuffisants sur ces secteurs. C’est une région qui deviendra un repoussoir pour l’installation du fait des conditions de travail encore aggravées. La conclusion tirée de ce SROS est dès lors extrêmement dangereuse car on pilote en n’ayant une visibilité que de la moitié du système. Ceci est inadmissible et périlleux, ce qui permet de rejeter globalement le SROS qui ne s’intéresse pas à la santé mais à la répartition des moyens techniques et humains dans les hôpitaux sans avoir une vision globale. On le voit cette politique libérale menée par des incompétents n’a aucun fondement ni économique, ni sanitaire, et si ce n’est ni économique, ni sanitaire, c’est politique. Elle est au service d’un dogme qui vise à la concentration des structures et des populations. Face à l’aveuglement, la raison ne peut l’emporter, mais aucune fermeture n’aura lieu avant les élections de 2007, le Directeur de l’ARH, ancien membre du Cabinet de Douste Blazy (UMP) l’a redit.

Stéphane Casset.

*SROS : Shéma Régional d’Organisation Sanitaire
IGAS : Inspection Générale des Affaires Sanitaires
ARH : Agence Régionale d’Hospitalisation


JUIN 2006 (N°15)




Jeune femme cherche hôpital pour accéder à l’IVG…
PAR M. W.

Voici l’histoire banale de Stéphanie, jeune femme de 28 ans demeurant une ville moyenne de l’Ouest de la France. Stéphanie a un souci. Stéphanie a besoin d’un médecin pour faire une interruption volontaire de grossesse.

Elle a accouché il n’y a pas très longtemps dans le service de maternité de l’hôpital général de la ville. C’était sympa, on lui a tout bien expliqué pour s’occuper de son bébé. Encadrement très rassurant. Une lacune cependant : on ne lui a pas expliqué qu’il fallait bien se protéger, même rapidement après bébé… Oh, elle a bien trouvé l’ordonnance pour la pilule sur sa table de nuit. Le gynéco était passé pendant qu’elle donnait son bain à bébé. La pilule, bof, ce n’était pas sa priorité, d’autres chats à fouetter, on a bien le temps d’y penser. Et puis voilà, c’est arrivé, insensé, prématuré. Il ne lui restait plus que l’IVG. Stéphanie s’est donc rendue au centre hospitalier, service de gynécologie obstétrique. Oui, mais… On n’y pratique pas d’IVG. Une consultation, oui, une adresse où aller, dans une autre ville à proximité.


- Mais vous êtes sûr, aucun des médecins ne peut m’aider ?
- Non Madame, aucun des médecins ne le pratique, vous savez, nous n’y sommes pas obligés !
Clause de conscience mollement avancée…

- Mais c’est compliqué, j’ai un tout petit bébé, l’attente est longue là-bas.
- Y’a pas de mais, c’est comme ça, au revoir Madame. Non mais ! Heureusement qu’elle n’a pas insisté, Stéphanie. Heureusement qu’elle n’a pas traîné, elle aurait tout entendu. Il s’est fâché, le médecin[1], énervé, agacé.
- Qu’est-ce qu’elles viennent nous emmerder ? Elles vont bien faire les soldes à la ville d’à côté[2], elles peuvent aller y avorter ! Déjà qu’elles ne sont pas foutues de prendre correctement la pilule qu’on leur prescrit…
Et si on lui cherche des poux dans la tête ? Il racontera qu’on cherche partout un collègue pour pratiquer les IVG. Pas question de se laisser enquiquiner, le mensonge est le prix de la tranquillité. Et, à l’affût, les associations anti-ivg adressent à la maternité des messages de félicitations… Des encouragements à résister contre le démon… Même ça, ça n’incite pas les médecins à réagir. Oh, ils ne sont même pas de ce bord là, seulement englués dans leur routine. Ne rien changer. Surtout ne pas être dérangés. Elles n’ont qu’à mieux se protéger. Font chier…

[1] Note de MW : Précisons qu’il s’agit du responsable de la maternité, qui s’oppose formellement à ce qu’on pratique des IVG dans son service, même si c’est quelqu’un d’autre qui les fait. Une question : un service hospitalier, ça "appartient " à son responsable, ou au service public ?
[2] Note de MW : Précisons tout de même que la ville d’à côté (où on pratique les IVG) est à... 40 kms !

Cet article a été pioché sur le site de Martin Winckler écrivain et médecin, toute ressemblance avec la situation de Clamecy serait inexplicable et non intentionnelle, en effet Clamecy est à 70 kms de Nevers. Chaque année une cinquantaine de femmes de la région de Clamecy ont recours à l’Interruption Volontaire de grossesse, une proportion pas plus forte qu’ailleurs mais un vrai parcours du combattant depuis un an, depuis le départ du chirurgien qui les effectuait. Dans les autres anomalies le numéro du planning familial aboutit dans un autre service et un appartement " réservé ", est bien difficile à trouver, nos enquêteurs ont quand même réussi à le découvrir, niché au cœur de la " Ferme Blanche ". Un seul médecin s’occupe de ce service dans le département de la Nièvre. Il serait légitime que les IVG puissent reprendre au CH Clamecy dès que possible. Ceci fait en effet partie des services de proximité que tout hôpital général se doit de proposer.

Stéphane Casset.




DÉCEMBRE 2006 (N°16)




Le dédale de la santé

La santé dépend de volontés politiques trop enclines à servir les trusts pharmaceutiques et les structures médicales privées.

- A cette fin, nos gouvernants densifient la bureaucratie chargée de rentabiliser la médecine en fermant les services et les hôpitaux publics " non rentables ". Nous n’avons pas les éléments permettant d’évaluer le coût pour la Sécu des multiples structures administratives concentrées aux mains d’un seul décideur, le directeur de l’ARH (Agence Régionale de l’Hospitalisation). En attendant, le lecteur pourra tenter de comprendre le fonctionnement de ce labyrinthe bureaucratique et pourquoi pas, d’en imaginer le coût…
- La pratique préventive de la mammographie indispensable à la détection précoce du cancer du sein a été suspendue à Clamecy sous le motif que les intervenants privés qui en sont chargés n’ont pas été réglés…
- Quand l’hôpital public continue de gérer directement certains services comme l’IVG, celui-ci peut être remis en cause par la " clause de conscience " des praticiens qui oblige les femmes à chercher ailleurs l’application de leurs droits…

Yves Pupulin.







30 ans après la loi VEIL

Clamecy met l’avortement en veille.


En France, 220 000 Interruptions Volontaires de Grossesse sont pratiquées chaque année, soit 1 avortement pour 3 naissances.
A l’Hôpital de Clamecy on pratiquait 50 avortements par an pour environ 240 naissances. La majorité des I.V.G. se font par aspiration et le plus souvent sous anesthésie. Les avortements médicamenteux restent en faible augmentation. Près de la moitié des services gynéco obstétriques (857) ne font pratiquement pas d’avortement en France. A l’inverse, une vingtaine de services assurent à eux seuls les 1/5 des I.V.G. D’où des inégalités régionales et des difficultés d’accès aux consultations d’I.V.G. poussant les femmes à aller avorter à l’étranger, le délai légal étant dépassé (12 semaines en France, et 14 voir 22 en Europe).

Depuis 2001 la loi Veil a été réaménagée :

Le délai de 10 semaines est passé à 12, l’obligation parentale est devenue facultative. Les deux entretiens préalables deviennent eux aussi facultatifs sauf pour les mineures non émancipées.
Les sanctions pénales liées à la pub et la propagande ont été supprimées, permettant ainsi de développer l’information et la prévention sur les moyens d’avortements et les grossesses non désirées.
Le projet de loi a même retenu la proposition de mettre en place dans les écoles, collèges, et les lycées trois séances sur la sexualité.
Cette même loi prévoit même que le professionnel qui, pour une raison personnelle, ne souhaite pas assurer les IVG, doit s’assurer qu’elle est organisée dans son service...

Alors pourquoi depuis plusieurs mois on ne pratique plus d’IVG à l’Hôpital de Clamecy ?

- " Le chirurgien qui les pratiquait est parti et les autres ne souhaitent pas les assurer "
- " Faire venir un chirurgien d’Auxerre, d’Avallon ou d’ailleurs coûterait plus cher que cela ne rapporterait en acte pour l’hôpital "
- " On ne peut pas programmer un avortement, on travaille dans l’urgence..."

- Que sont donc devenues les 50 femmes qui cette année n’ont pas eu le droit d’accès à leur hôpital de proximité ?
- Quelle prise en charge réelle est proposée aujourd’hui à Clamecy à nos jeunes filles qui vont devenir demain des femmes sur ce territoire déjà économiquement pauvre, socialement défavorisé et sans moyen de transport ?

Un planning familial non identifié par la population, un collège sans infirmière et un Hôpital public qui ne veut plus recevoir ces femmes.
Nous nous battons pour conserver notre hôpital. Lui doit se battre pour maintenir un service de proximité de qualité qui réponde aux réels besoins de sa population.

F. Fabblo.