Le Picot

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ANNÉE 2006

N°14

lundi 27 juin 2011, par Le Picot




FÉVRIER 2006 (N°14)




LE PERE NOE EST-IL UNE ORDURE* ?

Au bout de 5 longues années de " travail ", l’accouchement avec complications multiples du " Domaine de Noé " et de ses 56 chalets de vacances commence à tourner au véritable cauchemar, et on a l’impression que tout le monde, des élus à la presse locale en passant par les commerçants, finit par perdre ses nerfs et déraper sérieusement…

Divisée sur la question, notre région ressemble de plus en plus au village gaulois d’Astérix et cette affaire représente un mélange de 3 histoires que les amateurs apprécient, le " Domaine des Dieux ", le " Grand Fossé " et " La zizanie ". On se demande aussi quel genre de potion magique ont pu ingurgiter les différents acteurs, pour se mettre à croire au " Père Noé " qui viendrait ici avec sa hotte pleine de millions d’euros et de petits emplois, sans qu’il n’y ait un os quelque part... Mais l’os s’avéra très vite être un véritable ossuaire : dès le premier coup de pelle, il se révéla que le sous-sol de Chevroches regorge de vestiges archéologiques remontant à une période s’étendant, du Néolithique à l’époque franque, en passant par celle des Gallo-Romains, soit plusieurs milliers d’années. Et on murmure que les quelques 250 ancêtres (ou plus) enterrés dans la nécropole des Chaumottes depuis 1 500 ans (ou plus), n’ont pas du tout apprécié qu’on vienne profaner leurs sépultures pour y bâtir des chalets de vacances ! D’où " La malédiction de Noé ", un genre de sortilège étrange comparable à " la malédiction de la momie " qui frappa les premiers égyptologues au XIXè siècle ? On sait aujourd’hui que ces derniers avaient simplement respiré les spores d’un champignon croissant à l’intérieur des pyramides, ce qui leur fut fatal. Néanmoins, ici, le champignon serait plutôt du genre hallucinogène, car il se montrerait capable de tourner toutes les têtes, de transformer des élus de gauche en pourfendeurs de l’Etat de Droit, en ennemis de l’environnement et du patrimoine archéologique. Ils deviendraient prêts soudainement à dépenser des sommes considérables, plus du tout en rapport avec la réalité des quelques emplois susceptibles d’être créés. Et toutes les autorités seraient atteintes par le mal, on irait même jusqu’à décerner plusieurs prix au projet, bien avant sa réalisation. Mais un observateur légèrement superstitieux, jugerait que ce projet paraît mal engagé depuis le début. On ne réveille pas impunément les mânes des aïeux, pas plus qu’on ne sait où s’arrêtera la chasse aux sorcières, une fois qu’elle est lancée ! En effet, les divers responsables d’un projet si mal ficelé que le premier recours venu devant le Tribunal Administratif a suffi pour arrêter les travaux, décidèrent, en décembre 2005, de déclencher une " chasse aux sorcières " en lançant publiquement l’anathème sur la présidente de l’ADEDN (Association de Défense pour l’Environnement Dans le Nivernais) accusée d’être responsable de tous les maux, et coupable d’avoir porté la chose en justice. Mais il ne faudrait pas que les décideurs se croient au-dessus des lois, même quand ils bâtissent pour le bien commun. Ils n’auraient donc pas à s’occuper de la légalité d’un permis de construire, de protection de l’environnement, de vestiges archéologiques et autres balivernes ? Il faudrait pouvoir aménager à tout va, sous le seul motif qu’il y aurait " un grand nombre d’emplois à la clé " ! Et si un problème survient, tel que l’annulation par la justice d’un permis de construire, on va faire appel au bon peuple (à qui on a juste demandé de raquer jusque là) pour qu’il fonde un " comité de soutien ", organiser une réunion publique où 200 citoyens vont pouvoir hurler avec les loups et demander qu’on brûle la sorcière en place publique ! Et la presse neversoise, plus engagée que jamais, ne mettra aucun bémol pour défendre systématiquement le point de vue des puissants, même quand ceux–ci pourraient se fourvoyer dans une impasse. Et donneraient la nette impression d’être à la recherche de boucs émissaires pour se défausser de leurs responsabilités.

Car, revenons aux faits : pour l’instant, QUI EST RESPONSABLE d’avoir dépensé 2 millions d’euros d’argent public (Syndicat Mixte Canal du Nivernais) pour un port et une capitainerie bidons ?
Qui a fait dépenser plus de 650 000 euros depuis 2001(1) à une Communauté de Communes qui n’arrête pas d’augmenter toutes ses taxes, y compris les plus injustes socialement comme la taxe d’habitation et la taxe d’enlèvement des ordures, pour boucler son budget ? (Cette somme représente 30 % de son budget de fonctionnement annuel et 83 % de son budget d’investissement !)

On ne prête qu’aux riches…

Comme on vient de le voir, le Promoteur n’est pas vraiment le Père Noël escompté, car s’il apporte 56 % de la somme (4 644 M€), il demande aux fonds publics les 44 % restants (3 606 M€), ce qui est loin d’être négligeable pour une région déshéritée, en déclin, comme la nôtre. Mais l’homme est assurément très habile, vu qu’il a réussi à convaincre tous les responsables locaux de cracher au bassinet plus de 3 millions et demi d’euros, et ceux-ci se sont persuadés qu’il n’y avait pas d’âge pour croire au Père Noé, et que l’Age d’or qui en résulterait pour la contrée n’avait pas de prix.
Essayez donc, vous, de monter une entreprise en réclamant la moitié d’argent public : on va vous rire au nez, puis vous éconduire prestement, non ? Mais tout est affaire de proportion, plus c’est gros, plus ça passe.

Des emplois comme s’il en pleuvait ou 2 + 2 = 22…

Au fil du temps et des articles dans la presse, on a pu lire des chiffres de plus en plus gonflés à propos des emplois susceptibles d’être créés par ce projet, jusqu’au fameux " le site pourrait créer une centaine d’emplois directs et indirects " du Journal du Centre du 10/12/05.
Il ne suffit pas de croire au Père Noé, il faudrait revenir à la raison et calculer simplement le nombre d’emplois effectivement générés par un site comparable, exploité par la même entreprise, à Gimouille (58).

Le " DOMAINE DU GRAND BOIS " à Gimouille :(7)
Ouvert en 1999, compte 68 chalets, (contre 56 autorisés à Chevroches soit 82 %). Emplois : 6 emplois à plein temps et 5 emplois saisonniers, soit 2 équivalents/emplois à plein temps.

La société sous-traite l’entretien des espaces verts et des chalets, ce qui représenterait " l’équivalent de 3,5 emplois à l’année "
Donc nous en sommes à 11,5 emplois à plein temps. Compte tenu de la taille moindre du Domaine de Noé et considérant que la société peut facilement se servir d’un service de réservation conjoint aux deux sites, le chiffre de 9 emplois pour Chevroches paraît raisonnable…
En 2002, la société reconnaît accueillir 1 000 familles de 4 personnes restant en moyenne 7,1 jours, ce qui donne 28 400 nuitées/an et un taux de remplissage de 50 %, sur une période de 7 mois dans l’année. Supposons que Chevroches accueille ainsi (1 000-18 %) 820 familles de 4 personnes, pour 23 288 nuitées par an. Cela fait 116 touristes par mois accueillis sur une période de 7 mois/an.

327 830 € d’argent public dépense pour chaque emploi ?

Comme on vient de le voir, une réflexion sérieuse et argumentée amène à considérer comme vraisemblable le chiffre de 9 emplois directs à plein temps créés, et, si l’on est d’un naturel optimiste, rajoutons 2 équivalents/emplois indirects pour l’activité économique induite amenée par la présence des 29 touristes/semaine. Ce qui fait un total de 11 emplois !
Donc nos élus considèrent rentable de dépenser 327 830 € (2,15 MF soit 215 vieilles briques) d’argent public, pour chaque emploi créé !
Au secours, " la malédiction de Noé " les a tous rendus zinzins, ou quoi ?

Le tort d’avoir réagi tardivement ?

On pourrait considérer, aujourd’hui, que le seul tort de l’Association de Défense pour l’Environnement dans le Nivernais est d’avoir réagi tardivement, et de n’avoir pas contesté, dès le départ, la validité des permis de construire. Aussi bien celui du port, bâti en plein sur les vestiges gallo-romains, que celui du village.
Mais cette critique s’adresse aussi à tous ceux, comme vous et moi, qui n’ont rien dit et se retrouvent confrontés à un tel gâchis : un site naturel éventré, des vestiges archéologiques anéantis, un port inutile, le tout à grand renfort de millions d’euros d’argent public.
Personnellement, je fais partie de ceux qui étaient simplement sceptiques au départ du projet, ni pour ni contre, mais je ne m’attendais pas à un tel fiasco, et je pensais que nous vivions dans un pays où la Loi nous protège, malgré tout, des atteintes flagrantes à l’environnement et à l’intégrité des restes archéologiques. Pourquoi ne pas avoir déplacé le projet de quelques dizaines de mètres, en conservant tous les vestiges et en contentant tout le monde ?
Las ! Mais 5 ans plus tard, au vu du comportement des responsables, je suis saisi à mon tour par la " fièvre de Noé " et décide que " la coupe est pleine ! "
Bien sûr cela n’empêche pas de considérer, qu’au point où on en est, il vaudrait mieux que ce projet se réalise, ce qui n’est pas encore certain, à l’heure où j’écris ces lignes.

Des responsables qui se montrent irresponsables ?

Par contre, il faut que personne ne se trompe de cible : si ce projet tombait à l’eau (du canal), ce n’est certainement pas une petite association locale de défense de l’environnement qui en serait la cause mais bien l’incurie des responsables. Tandis que, pour l’instant, ils semblent occupés à mettre en œuvre un écran de fumée, voilà donc des républicains qui se rendraient coupables de mépriser les lois et de s’asseoir dessus ? Ils créent un véritable climat de guerre civile, en montant une partie de la population contre l’autre, agissant dans les coulisses, pour tenter d’abolir une décision de justice ? Qu’on nous prenne pour des enfants en nous faisant croire au caractère spontané de la naissance du " Collectif citoyen " passe encore. Mais quand on en vient à faire signer la pétition par des enfants de moins de 12 ans(8), sur un sujet aussi sérieux, de qui se moque-t-on ? Cela ne frise-t-il pas l’irresponsabilité ?
Logiquement, leur prochaine étape serait d’aller manifester devant le Tribunal Administratif de Dijon avec des pancartes du style : " Laissez-nous massacrer les sites tranquillement " " A bas la Loi, Mort au tribunal "," Les élus locaux ont tous les droits " !!
Il conviendrait également de monter à Paris pour montrer au législateur qu’on peut se passer de ses services, avec des banderoles ainsi libellées : " A bas le Parlement ! Sus à toutes les lois ! Supprimez la Loi de 1901 sur les associations ! Supprimez le Code de l’Environnement ", le droit de vote à 8 ans ! Etc, etc...

Le vol : un oiseau de mauvais augure ?

Le dimanche 1er avril 2001, une bande de pilleurs de tombes est passée à l’action, sur la nécropole des Chaumottes, que les archéologues venaient de découvrir. Ils estimaient alors qu’il s’agissait d’un cimetière mérovingien et le nombre des sépultures supérieur à 200. Si on compare avec le site de Brèves/Sur Yonne découvert dans les années 1970, il est certain que les voleurs ont dû récolter une masse importante de bijoux en tous genres. Mais de tels bijoux n’ont de valeur que dans les milieux des musées ou de l’archéologie, dont il faut connaître les réseaux, pour pouvoir les écouler.
Il paraît difficile de considérer que cette opération fut le simple fait d’amateurs ou de zozos appâtés par la présence de trésors supposés, mais bien plutôt d’une bande organisée, professionnelle et surtout hyper renseignée. En effet, de quelles complicités ont-ils bénéficié, pour être informés si rapidement de l’existence de la nécropole ? Où en est l’enquête de la gendarmerie ? Pourquoi ce black-out total autour de l’affaire depuis presque 5 ans ?
On peut vraiment penser que le chantier du Domaine de Noé cumule, depuis le départ tous les mauvais augures imaginables…

Décoder le message des ancêtres ?

La toponymie est souvent très intéressante à étudier et riche d’enseignements, car les noms de lieux peuvent remonter à la plus grande antiquité, et constituent en quelque sorte " la voix des ancêtres " qui nous laisseraient comme un message à décoder, inscrit dans le paysage…
Tout d’abord le site au bord du canal s’appelle la Maladrerie : l’endroit, au Moyen Age, où on exilait les malades de la lèpre, était-il vraiment le plus indiqué pour choisir de construire un village de vacances ?
Ensuite, si vous ouvrez la carte d’état-major IGN 2622E, un curieux message sous forme d’énigme apparaît alors autour de cet emplacement : au Sud de Chevroches il y a " Le Brouillard ", à l’Est, " Le Merdier ", au Sud-Ouest, " Le Trou du Cul ". Avec de tels noms propres légués par nos Anciens, ont-ils voulu nous adresser un message par delà les siècles, et finalement nous aider à résumer toute cette affaire en très peu de mots ?

Jansen René.

(*) Tout le monde connaît le film de 1984,Le père Noël est une ordure, où Gérard Jugnot joue le rôle d’un odieux père Noël !
(1)(4)(5) Vaux d’Yonne Info, Bulletin de la CCVY n°10-12.
(2) Journal du Centre 14/06/2001.T. Migault.
(3) Yonne Républicaine 16/6/2004.G.Mouget.
(6) " Ménages "au sens de l’INSEE," Statistiques n°33 ,04/2001, la Nièvre p.6."
(7) Tous les chiffres cités proviennent de la société Bocages et sont contenus dans " l’assignation devant le Tribunal de grande instance" de mai 2002, lors de la plainte en diffamation déposée, (puis retirée) contre Le Picot par le Promoteur, voir Picot n°3 et 4.
(8) Journal du Centre du 07/01/2006, C. Chouard " A Chevroches 93 habitants pétitionnent, dont 30 enfants ! "



Domaine de Noé. LE POINT DE VUE DE L’A.D.E.D.N

Considérant contestable la campagne de désinformation relayée par la presse locale qui ne reflète que le point de vue des promoteurs du projet (au sens large), le Picot estime de son devoir de journal indépendant, de tenter de rétablir un minimum d’équilibre dans l’information des citoyens. C’est pourquoi nous publions ici le texte d’un droit de réponse, adressé par L’Association De Défense de l’Environnement du Nivernais (ADEDN) aux journaux à la mi-décembre 2005. (Une version raccourcie a été publiée par le Journal du Centre le 16/12/05) Le Picot rappelle également, qu’en 5 ans, il a largement ouvert ses pages à tous les points de vue pour organiser le débat, et que le maire de Chevroches, a pu, lui aussi largement s’exprimer ici. (Picot 12 de mars 2005, p.6)

" S’il est possible de faire entendre des propos raisonnables à l’heure où le maire de Chevroches et ses troupes organisent des tribunaux populaires, l’A.D.E.D.N croit nécessaire de rappeler :


- 1) Qu’en tant qu’association agréée au plan départemental pour la défense de l’environnement, elle a rempli sa fonction au sein de la Commission des Sites, Perspectives et Paysages à la Préfecture, en attirant l’attention sur les insuffisances du projet du Domaine de Noé au regard de la protection des sites - or, les sites sont le principal atout touristique de la région.
- 2) Qu’elle a intenté un recours qu’elle a gagné au Tribunal Administratif de Dijon : preuve qu’elle était fondée dans ses critiques.
- 3) Que les autorités de la Commune n’ont pas voulu en tenir compte et ont voulu poursuivre : d’où naturellement un nouveau recours. Mais qui s’acharne dans le mépris des règles ? Qui pratique la fuite en avant ?
- 4) Ces violations (loi sur l’environnement, loi sur l’archéologie, loi relative au permis de construire, code des juridictions administratives) sont de mauvais augures quant au respect des autres règles (financières, transparence des comptes, etc…)
- 5) A l’instigation d’on ne sait quel groupe de pression, le Ministère de l’Equipement a lui-même introduit des recours supplémentaires - qui rend la situation inextricable ? - recours rejeté par le Conseil d’Etat, la plus haute juridiction administrative de ce pays. Qu’en dit le Préfet ?
- 6) Aucune des juridictions administratives saisies n’a condamné l’A.D.E.D.N pour recours abusif, bien au contraire. Où est l’abus de droit ?
Comme il est normal dans une démocratie, l’A.D.E.D.N a été porteuse des interrogations et des inquiétudes, non seulement des habitants de Chevroches, mais aussi de ceux des Vaux d’Yonne face à un projet qui est une aventure à la fois au regard des sites et des finances de la commune et de la communauté de communes. En cas d’échec, tout de même possible, que se passerait-il ? Pour sa part, l’AD.E.D.N n’entend pas poursuivre la polémique, inutile de personnaliser le dossier comme le fait le Maire de Chevroches pour qui l’agressivité tient lieu de communication. Une procédure est en cours, la juridiction administrative se prononcera et, surtout, les habitants de Chevoches et de la communauté de communes jugeront le moment venu "

Pour l’association, le conseil d’administration de l’A.D.E.D.N.