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ANNÉE 2007

N°17 - N°18

vendredi 1er juillet 2011, par Le Picot




MARS 2007 (N°17)



Bagatelle : la cité perdue !

Après le flottage, la carbonisation du bois a assuré pendant plusieurs décennies, au XXe siècle la prospérité et le renom de la ville, capitale française puis européenne de ce secteur. Une prospérité associée à un homme, Maurice Brulfer qui fut directeur de l’usine de 1919 à 1953. Il exercera ensuite de hautes responsabilités au sein de l’Union des Industries Chimiques. Par ailleurs, il fut maire de Clamecy, nommé par le régime de Vichy pendant l’Occupation. Ce qui lui valut des ennuis à la libération. À sa décharge, il a soustrait du STO (Service du Travail Obligatoire) plusieurs dizaines de jeunes gens en les employant comme bûcherons. Il fit acheter par la ville le parc Vauvert et projeta d’y construire un lycée international.

La carbonisation du bois commença en 1894 quand M Houdé fonda la société Barillot Houdé et Cie. Elle fut remaniée en 1898 sous le nom de A. Houdé et Cie. En 1909, celui-ci s’associe à un industriel de la carbonisation et fonde la société A. Houdé et L. Cognat. En 1919, les deux gérants disparaissent à peu de temps d’intervalle. La firme est reprise sous le nom de M. Brulfer et Cie. En 1921, il la nomme la SPCC (Société des Produits Chimiques de Clamecy) dont le siège social est à Lyon. Plus connue dans le jargon local sous le nom de " l’usine ". Pour alimenter la production, le bois provenait de la Bourgogne, du Massif central et de l’Est de la France. Suivant l’époque, il était acheminé par le canal du Nivernais, le rail, par des chariots tirés par les chevaux puis par des tracteurs. La carbonisation permet de produire entre autres : du charbon de bois, de l’acide acétique, du méthylène, de l’acétone, des solvants. La production est montée en puissance passant de 65 000 stères par an en 1912 à 350 000 stères par an en 1952. La chimie de synthèse sonna le glas de cette activité dans les années 1970. La SPCC soumise aux conventions de la chimie avait une politique sociale très en avance dans la région. Les salaires y étaient les plus élevés. Les employés touchaient une prime de vacances et une de fin d’année. Ils disposaient d’une couverture médicale grâce à des mutuelles, pour eux et leur famille, qui couvraient la maladie, les accidents du travail, l’invalidité permanente, partielle ou totale, le décès en activité ou en retraite, le décès de l’épouse. Ils pouvaient aussi bénéficier de prêt au logement et de prêt à l’installation. Après la Seconde Guerre mondiale, un bâtiment est construit au sein de l’usine : le centre social. Il regroupe le cabinet médical, un poste de radiographie, une salle de repos, une infirmerie et l’école ménagère où les jeunes filles peuvent après le certificat d’études suivre, pendant trois ans, des cours de puériculture, couture et cuisine. Cet enseignement était assuré par des religieuses dont sœur Marie de la Providence qui occupe le poste de directrice et des animatrices. Une fonction qu’elle assure également en été au château d’Asnois, propriété de la SPCC qui sert de colonie de vacances et où sont accueillis les jeunes enfants, garçons et filles, des employés. La SPCC possède une ambulance qui peut transporter gratuitement les employés et les membres de leur famille à l’hôpital ou à la clinique locale, ainsi que dans les autres centres hospitaliers de la région. Et aussi une flotte de cars qui sert à transporter les enfants partant en colonie de vacances, les joueurs de foot et les supporters, les musiciens de la philharmonie.

La religion est très présente.

Il était plus que conseillé aux parents d’envoyer leurs enfants au catéchisme. Celui-ci avait lieu, pour les plus petits dans le sous-sol du centre social et pour les plus grands dans une salle attenante de la chapelle Saint Roch à Bagatelle. Le jeudi après midi, les enfants pouvaient fréquenter le cercle Foucault, une sorte de patronage. L’encadrement était assuré là aussi par des religieuses et des animatrices. Les petits se retrouvaient dans une salle de la chapelle, les grands jouaient au foot sur le terrain, en mâchefer, du stade et pouvaient pratiquer l’athlétisme. Pendant les vacances d’été, les enfants pouvaient partir pendant un mois en colonie de vacances à Asnois pour les plus petits et pour les plus grands à Saint-Pair-sur-Mer près de Granville, dans la Manche (les garçons le premier mois, les filles le mois suivant). Après un long trajet en car à gazogène et plus tard en car à moteur à essence, la joie de découvrir la mer. Les colons étaient encadrés par Lucien Naudot, professeur de gym au collège, sa femme et des moniteurs et monitrices, enfants d’employés. Durant les séjours, les enfants visitaient le Mont- Saint-Michel, les îles Chausey et l’île anglo-normande de Jersey. Pour les ados, le petit ou le grand camp. Tous les deux d’une durée de 15 jours. Pour le petit camp, la douzaine de jeunes encadrés par Jean Hadacek partaient en bus puis se déplaçaient à pied, les tentes entreposées dans une remorque. Suivant les années, ils séjournaient dans les Alpes, les Pyrénées ou le Massif central. Les destinations du grand camp dont l’encadrement était assuré par un prêtre et un animateur étaient l’Italie, la Suisse ou la Corse. A partir de 16 ans, les enfants des employés qui suivaient des études pouvaient, pendant les grandes vacances, travailler à l’usine et découvrir le monde du travail.

Bagatelle : 4e quartier de Clamecy.

Dans les années 50, la SPCC employait 600 salariés. Une grande majorité d’entre eux étaient logés sur le site. D’une part, à la cité Saint Roch, en haut de l’avenue de la gare où habitaient les ingénieurs ainsi que les pompiers de l’usine. S’y trouvaient également la cantine dotée de 30 chambres et le Cercle-hôtel comptant 16 chambres, une salle de banquet et une salle café-restaurant. Ces bâtiments construits à la fin des années 20 possédaient le chauffage central urbain qui provenait de l’eau chaude des condensateurs de l’usine. Et d’autre part, à la cité Bagatelle. Située à l’extrémité nord de l’usine, elle était peuplée de 300 habitants, formait un village dans la ville et constituait le 4e quartier de Clamecy après la ville haute, Beillant et le Beuvron. Les premières maisons en bois à double paroi ont été construites dans les années 20. Au fil des années, surtout après la Seconde Guerre, la cité s’est agrandie et modernisée. Les habitations qui disposaient de l’eau courante, de l’électricité et du tout-à-l’égout étaient alignées le long d’allées et de rues bordées d’arbres. Au début des années 50, des maisons en pierre de taille destinées aux contremaîtres et dotées d’un chauffage central individuel ont été implantées autour d’une place à proximité de la chapelle reconstruite en 1950, à l’emplacement de l’ancienne, désaffectée en 1904 et démolie en 1920. Chaque maison disposait d’un lopin de terre où les occupants pouvaient faire du jardin et élever poules et lapins. Entre l’Yonne et le canal du Nivernais, à l’emplacement de l’ancien port à bois qui avait été en activité pour le flottage durant trois siècles, des jardins ouvriers avaient été aménagés au lieu-dit " le Maroc ". Sur chaque parcelle, une cabane. Le loyer était symbolique. Une passerelle métallique enjambant le canal permettait aux habitants de Bagatelle de s’y rendre. Chaque année avait lieu un concours de jardins doté de prix. Pour jardiner, ils avaient aussi à leur disposition un champ situé près du " crassier ". Un effort était mis sur le fleurissement et les espaces verts. Trois ouvriers étaient affectés à l’année à ce service. Leur tâche : la taille des deux catalpas bordant le château, des marronniers, des tilleuls, des rosiers et l’entretien des pelouses et des massifs fleuris.
Un petit bloc de type HLM appelé le Carillon fut également construit. Là, étaient logés les gens sur lesquels on pouvait compter pour remplacer les malades. A Bagatelle, se côtoyaient ouvriers français et ceux d’origine étrangère (Hongrois, Espagnols, Italiens).

On dénombrait plusieurs familles nombreuses, une avait 13 enfants. Pour obtenir un logement, il fallait faire une demande auprès du service du personnel. Les habitants de Bagatelle et ceux non logés dans les cités pouvaient bénéficier de 7 stères de bois, 500 kilos de charbon et également du charbon de bois. Les résidents pouvaient s’approvisionner aux " docks ", magasin d’alimentation générale tenu par un privé et situé à l’entrée de la cité sur la route traversant l’usine et la reliant à la ville. Dans les deux cités, les loyers étaient modérés.

Fête de la Saint Maurice

Pour divertir son personnel, la SPCC avait construit un complexe sportif baptisé Maurice Brulfer. Son entrée était ornée du nom de l’industriel et des 5 anneaux olympiques. On y trouvait un terrain de foot, un de basket, un pour les boules lyonnaises, une piste d’athlétisme, des courts de tennis, des vestiaires chauffés et une grande tribune couverte. Et aussi un terrain en mâchefer pour l’entraînement, trois fois par semaine, des footballeurs qui évoluaient en division d’honneur. Les matchs attiraient la foule… Autres installations : le château, construit sur l’emplacement d’une ancienne maison de maître ayant appartenu à la famille Charbonneau, abritait des salles de spectacle, de bal, une salle à manger et des salons de réception. Et aussi l’auditorium à côté duquel se trouvait une salle de répétition pour les musiciens. " L’usine " comptait une philharmonie dirigée par Maurice Marest, une clique formée de tambours et de clairons dont le chef était M. Lorion et une troupe de théâtre. Le temps fort des réjouissances était la Saint-Maurice qui avait lieu fin septembre. Au programme, messe chantée avec un garde suisse, une fête foraine, avec entre autres le manège des chevaux de bois Paulin, les auto-scooters Chognon, un concert de la philharmonie, un bal et feu d’artifice en clôture. La dernière fête a eu lieu en 1966, un an avant la mort de Maurice Brulfer. En 1968, le début du déclin de la carbonisation entraînera les premières pertes d’emplois. Des salariés sont mutés vers d’autres sites. En 1970, la SPCC devient Progil puis Rhône-Poulenc en 1971. En 1973, " l’usine " connaît sa première grève. Auparavant, les conflits étaient désamorcés grâce aux négociations entre la CGT (seul syndicat représenté) et la direction. Ainsi, en 1968, à l’inverse de Siclam, la SPCC n’a pas débrayé. Pour beaucoup d’ouvriers, Maurice Brulfer était considéré comme un " bon patron ". Il connaissait une grande partie d’entre eux. A la SPCC, on travaillait de père en fils ! Cette époque marque aussi le " début de la fin " de Bagatelle. Les nouvelles normes de sécurité industrielles contraignent ses habitants à rejoindre de nouveaux quartiers de Clamecy notamment les HLM de la Ferme Blanche. Les fours sont éteints le 19 avril 1982. Leur démolition, à la dynamite, ainsi que celle du pyro a lieu en février et mars 1984. D’un passé flamboyant, il ne subsiste que la chapelle Saint Roch, debout au milieu de rien, l’entrée du stade enfouie sous la végétation et les vestiaires. Et les souvenirs de ces salariés retraités. Le témoignage d’une vie rude et dure physiquement mais où la convivialité entre les gens était plus présente qu’au XXIe siècle. Une époque où l’être humain semblait être mieux considéré qu’aujourd’hui.
Article rédigé d’après les souvenirs de Fernand Compain, né en 1946 à Bagatelle qu’il quitta en 1968.

Michel Melka.
Stéphane Lessire.







Histoire vraie d’une race sauvée de l’extinction :

le porc basque “ pie noir ” (1988-2007)


Un rapport du FAO (fonds de l’ONU pour l’agriculture) qui sera rendu public en septembre prochain recense 190 races de bovins, caprins, porcs, chevaux et volailles en voie de disparition. Selon les experts de 90 pays, le phénomène s’est aggravé au cours des 15 dernières années avec la mondialisation des marchés de l’élevage. Afin d’" optimiser " la production de viande, lait, œufs, on a sélectionné une poignée de races susceptibles de donner des rendements élevés. Ce faisant, on a appauvri celles-ci, notamment leur taux de fécondité (ex : la vache laitière de race Holstein qui représente 70% de cheptel français et donne 10 000 litres de lait par an, mais dont le taux de fécondité est tombé à 40% en France et 20% aux USA).

En 1981, le porc basque est déclaré en voie de disparition. En 1988, un jeune charcutier de 33 ans décide de relancer l’élevage de l’animal. En vacances au Pays basque l’été dernier, j’ai rencontré Mme Oteïza, qui m’a raconté toute l’histoire.
En 1988, Pierre Oteïza, charcutier de la vallée des Aldudes au Pays basque, monte à Paris vendre ses produits au Salon de l’agriculture. Au stand où sont exposées les espèces en voie de disparition, il découvre une race de cochons, dite " pie noir " du Pays basque, dont il ignorait jusqu’à l’existence. De retour au pays avec 2 porcelets, il interroge les anciens. Dès l’après-guerre, l’élevage des braves cochons roses et noirs, pourtant implantés depuis toujours dans cette partie des Pyrénées, est délaissé au profit du porc rose classique, dont l’élevage, plus rapide, est jugé plus rentable. Tant et si bien que, en 1981, le ministère de l’Agriculture déclare l’espèce en voie de disparition. Lorsque le jeune homme décide d’en relancer l’élevage en 1988, il reste sur toute la région (Pays basque, sud des Landes et Pyrénées) une trentaine de truies et… 2 verrats. Près de 20 ans plus tard, la production tourne autour de 3 000 porcs par an. Un séchoir collectif regroupant 5 professionnels de la charcuterie a été construit où les jambons sont séchés et affinés au vent du Sud pendant une période de 16 à 18 mois. L’élevage ne se cantonne pas à la vallée des Aldudes. Un cordon sanitaire a été mis en place, des porcs sont élevés à Orthez et dans les Hautes-Pyrénées. Avec un même objectif la qualité. Le sentier de découverte des cochons pie noir du Pays basque Quand on arrive aux Aldudes, la première sortie est pour le sentier de découverte du porc pie noir. On grimpe jusqu’à un col et c’est en redescendant sur l’autre versant qu’on peut apercevoir le célèbre animal. Avec la chaleur de l’été, on l’entend plus qu’on ne le voit. Il semble qu’il préfère l’ombre. Mais l’œil averti remarque des arbres, des grands arbres et des arbres jeunes, frênes, châtaigniers, chênes qui n’ont pas plus d’une vingtaine d’années. Ainsi, dans les pâtures, l’éleveur pourvoit à la nourriture naturelle des porcs tout en entretenant le paysage. On apprendra plus tard que les cochons sont regroupés en troupeau de 50 bêtes dans des clairières où, pendant 8 à 10 mois, ils se nourrissent de glands, de faînes et de châtaignes (et d’un complément de céréales non OGM). Leur groin, équipé d’un anneau, leur permet de fouir le sol et de se nourrir d’herbes et de racines sans le retourner, protégeant ainsi les pâturages.

La boutique de Pierre Oteïza

Le sentier nous ramène sur la route qui monte vers le haut de la vallée, juste à l’aplomb de la boutique de Pierre Oteïza. A l’intérieur, jambons affinés à l’air, jésus, chorizos, lomos, saucisses sèches..., produits régionaux cuisinés, vins d’Irouleguy, etc, et quelques tables pour une dégustation sur place. A l’extérieur, dans une pâture le long de la route, on découvre enfin l’animal dans de petits enclos recouverts de fougères, aménagés pour le plus grand bonheur des visiteurs, si nombreux en été. Le cochon pie noir a la tête, l’encolure et le derrière tout noirs sur fond rose. Ce descendant des cochons sauvages qui peuplaient jadis les forêts s’étendant sur la majorité du pays a l’air plutôt sympathique. Les petits sont à croquer, aussi vifs que des chiots, folâtrant derrière les mamans truies dont les grandes oreilles tombent sur les yeux, donnant l’impression qu’elles se dirigent au radar. Les petits se vautrent dans l’eau, gambadent ou tètent la mère.
Plus loin, dans d’autres prairies, ce sont des arbres fruitiers, pommiers, poiriers qu’on a plantés, il y a une dizaine d’années. Le cidre est une spécialité régionale très appréciée. Pierre Oteïza fournit les fruits à un agriculteur qui fait le jus de pommes, ainsi qu’un succulent nectar de poires.

Le jambon de porc basque

Non seulement, l’éleveur et charcutier salaisonnier est à l’origine de la renaissance de la race de cochons " pie noir ", mais il a opté pour une politique d’élevage à contre-courant : nourriture traditionnelle, élevage en plein air dans les prairies ombragées des fermes de montagne. Là-bas, pas d’élevage concentrationnaire sur caillebotis dans des porcheries industrielles. Pas d’odeurs pestilentielles à des centaines de mètres à la ronde. Pierre Oteïza travaille avec une quarantaine de personnes de la vallée et des environs, en particulier les producteurs locaux de porcs, mais aussi de brebis manech, truites… L’exigence de qualité se manifeste aussi dans la transformation du produit, qu’il s’agisse de l’affinage des jambons et salaisons ou des plats cuisinés. Le consommateur apprécie, comme en témoigne le succès des boutiques " Pierre Oteïza " à Saint-Jean-Pied-de-Port, Bayonne, Capbreton, Hossegor, Bordeaux ou Paris (rue Vignon), etc.
Des fois que cela donne des idées à des jeunes…
C’est peu dire que, dans cette partie des Pyrénées, les secteurs de l’agriculture, de l’élevage, la viticulture (le vignoble d’Irouléguy déroule ses rangs de ceps en bas de la vallée sur d’autres versants) font preuve de dynamisme et d’originalité. Dans ces paysages préservés, dans ce pays qui a su garder ses traditions, sa langue, ses chansons, on a l’impression de retrouver quelque chose qui n’existe plus dans la Nièvre aujourd’hui, une identité propre, une raison d’être, un art de vivre.
Pourtant, pratiquer un élevage de qualité à contre-courant de l’élevage intensif et en marge des sirènes de la pensée unique, c’est possible. Redynamiser la production d’animaux en voie d’extinction, planter des arbres pour leurs baies ou leurs fruits (à usage des hommes ou des animaux), entretenir du même coup le paysage et la campagne aujourd’hui, hélas ! ouverte à tous vents, cela n’a rien d’impossible.
Se lancer dans une entreprise comme celle de Pierre Oteïza, éleveur et charcutier ? Une place est à prendre à Amazy maintenant que mes cousins Coudret1 ont pris leur retraite. L’excellence était leur rayon. Les meilleures andouillettes du pays ! D’autres places sont à prendre, à Varzy... La sagesse aujourd’hui, n’est-ce pas de retourner voir les anciens, de s’inspirer des savoir-faire ancestraux. De décider individuellement de contrer les effets uniformisants et dévastateurs de la mondialisation sur les cultures, la diversité de la faune et de la flore, de trouver une alternative à l’emploi de produits phytosanitaires à outrance, de relancer les espèces délaissées, replanter des haies, des chênes, des tilleuls, des arbres fruitiers…
Un petit tour au Salon de l’agriculture au stand des espèces menacées d’extinction, ça vous dirait ?…

Anne Dourneau.


1. Je leur dédie ce texte, ainsi qu’à Pierre Coudret, disparu fin 2003.

Les jambons, après avoir séjourné dans du gros sel pendant 2 semaines, sont lavés et suspendus dans le séchoir de la vallée pendant une durée minimum de 18 mois. Soumise aux variations d’hygrométrie et de température, froids rigoureux et fortes chaleurs estivales, la graisse se décompose petit à petit. Au fur et à mesure qu’elle s’assainit, une moisissure de la famille du penicillium se développe sur le jambon et contribue à lui donner une saveur particulière. Ce savoir-faire traditionnel est bien connu au pays basque.

Souvenirs : La beuvée

Dans la petite maison au fond de la cour, il y avait une cheminée. C’est là qu’on faisait cuire les pommes de terre - lavées - dans une grande " chaudière " en fonte [une grosse marmite avec 2 anses et 4 pieds]. On prenait les pommes de terre avec une pelle et on les broyait sur la tinotte [une pièce (un tonneau) de vin que papa avait fendue en deux sur laquelle on mettait un broyeur]. Dans un demi-seau de pommes de terre, on ajoutait une ou deux casseroles de farine d’orge délayée avec de l’eau, du lait écrémé ou du babeurre [petit lait]. On portait cela aux cochons.
Pour situer l’époque : un jour [c’est Marie Cointe, née à Chantemerle, commune de Varzy, qui raconte], l’arrière grand-mère [Geneviève Dappoigny, décédée en 1924] est tombée dans la tinotte. Nous, les enfants [nés respectivement en 1915, 1917, 1918, 1920], on a entrepris de vider la tinotte avec les casseroles. Mais plus on enlevait les pommes de terre, plus la mémée s’enfonçait. On a appelé maman qui l’a sortie de là-dedans et l’a nettoyée. Cette préparation a été servie aux cochons jusque dans les années 1970.




JUILLET 2007 (N°18)



Sous les pavés le foyer de jeunes

L’A.C.L. et son siège, la M.L.A.C. (Maison des Loisirs et Activités Culturelles), à la Ferme Blanche représentent une institution. L’association qui a fêté le trentième anniversaire, de sa fête annuelle, en août dernier, au parc Vauvert, et celui de sa création lors d’une soirée organisée avec le Café Charbon de Nevers le 19 mai dernier à la salle polyvalente est connue bien au delà du cadre local. En particulier par l’organisation de concerts de rock, de jazz et ses activités culturelles proposées à la population de tous les âges.

Mais avant d’être la M.L.A.C, l’ancienne ferme exploitée par la famille Ducrot achetée dans les années 6O par la municipalité du Dr Pierre Barbier a abrité la Maison ou Foyer de Jeunes au début des années 7O.

Flash Back.

A la fin des sixties et au début des seventies, les distractions pour les jeunes clamecycois étaient rares. Les seuls endroits où ils pouvaient se retrouver ou se rencontrer, en dehors du lycée ou des usines Progil et Siclam étaient les bars et les bals du samedi soir. En 68, un peu partout dans le monde, la jeunesse s’est fait entendre, demandant plus de liberté. En mai 68, la France a connu, pour certains dont le Général de Gaulle, chef de l’Etat, la " chienlit " et pour d’autres les plus grandes luttes du XXe siècle, avec dix millions de grévistes. A Clamecy, le joli mois de mai fut lui aussi animé. La lutte était impulsée par le comité intersyndical. Après les " évènements ", il a décidé de poursuivre son action. En janvier 69, il publie le premier numéro de son bulletin. En introduction, il est souligné " que cette parution marque la volonté de tous de poursuivre l’action entreprise lors de cet exaltant mois de mai , et ceci dans la plus grande fraternité car ce fait-là est l’une des plus belles victoires de mai. La barrière qui avait séparé les travailleurs manuels et les travailleurs intellectuels s’était brisée. Il ne faut pas que ce soit sans lendemain. " Il était rappelé que son but " est d’amener tous les Clamecycois à prendre conscience des nombreux problèmes qui se posent dans leur ville et d’inciter les responsables locaux à tout mettre en œuvre pour les résoudre. Parmi les priorités, la sécurité de l’emploi (déjà), le problème du logement, l’aménagement sportif de la ville, et l’organisation des loisirs des jeunes avec la création d’une maison des Jeunes. " Soulignant les démarches faites dans ce sens par un certain nombre de membres du comité et l’abandon par la municipalité d’alors d’un projet de maison de jeunes au prix fort réduit

Maison des jeunes en projet

En mars 71, lors des élections municipales, la liste d’union de la Gauche conduite par le Dr Jacques Barcelo qui démissionnera et sera remplacé, en juin 72, par l’un de ses adjoints Claude Lebon du Parti Communiste, est élue. Dans ses rangs, des socialistes, des communistes, des adhérents du P.S.U. (Parti Socialiste Unifié), pour beaucoup membres du comité intersyndical. Dans son programme, la création d’une maison de jeunes figure en bonne place. Le samedi 2O novembre 71, plus d‘une centaine de jeunes , étudiants, lycéens, ouvriers, apprentis, garçons et filles, assistent, à la mairie, à la première réunion en vue de cette création, organisée par la commission Jeunes et Loisirs de la municipalité composée de Georges Guipon adjoint, Bernard Bardin, Claude Cogan, Philippe Cabarat, Martial Melinger. Au cours de celle-ci, les élus proposent deux bâtiments qui pourraient servir de locaux, les caves de l’ancienne maison Redde, en centre ville, devenue aujourd’hui le centre culturel Romain Rolland et la Ferme Blanche dans le nouveau quartier qui vient d’être aménagé et où ont poussé les premières H.L.M et des pavillons. Ces deux édifices sont en mauvais état. Finalement, c’est le deuxième qui est choisi par l’assistance. Les maos ne sont pas étrangers à ce choix, suivant la doctrine du grand timonier qui était d’être près du peuple et de le servir. Il faut dire que dans ces années là, les différentes obédiences du gauchisme avaient le vent en poupe (maoisme, trotskysme, courants libertaire ou anar) et ce, même dans les zones rurales.

Etudiants, lycéens, ouvriers manient la pelle


5O% des participants se déclarent volontaires pour effectuer les travaux d’aménagement. La tâche est énorme. Les matériaux et l’encadrement technique seront fournis par la municipalité. Parmi les activités culturelles envisagées, des sections théâtre, bibliothèque, discothèque, photo, cinéma avec chacune à leur tête un responsable. Mais en attendant, il faudra manier, pendant de longs mois, la pelle, la pioche, le marteau, le burin… Plusieurs dizaines de camions de terre, de pierres furent ainsi évacués. Les anciennes écuries sont dépavées, le vieil enduit des murs enlevé, des tranchées sont creusées pour l’adduction d’eau. En janvier 72, après plusieurs réunions d’information, l’association d’éducation populaire, " Le foyer des Jeunes de Clamecy " dont le siège est situé à l’hôtel de ville est déclarée à la sous préfecture. Elle est affiliée à la Ligue Française de l’Enseignement et de l’Education Permanente par l’intermédiaire de la F.O.L (Fédération départementale des Œuvres Laïques). Un bureau provisoire composé de onze membres est constitué. A sa tête, Guy Sallin, lycéen (aujourd’hui décédé) assisté de Benoît Bonini, lycéen, à la vice présidence, Florence Arrault, élève au C.E.T, au secrétariat, et de Jacques Boiché, ouvrier à Siclam (aujourd’hui Basta) aux finances. Les autres membres sont élèves au lycée et au C.E.T, travaillent aux P.T.T, à Siclam et à Progil (aujourd’hui Rhodia).

Les jeunes sont encadrés par un animateur Daniel Grillon, qui accomplit dans l’association un stage de fin d’études d’animateur. Durant cette année consacrée essentiellement aux gros travaux d’aménagement qui absorberont pratiquement l’intégralité des 3O OOO F attribués par la municipalité, les membres du foyer participent, comme figurants, au tournage du film pour la télévision " Le beau François " réalisé par Roger Kahane et dont l’acteur principal est Laurent Terzieff. Mais aussi à l’animation des jeux pour enfants, le 14 juillet. Un groupe de rock est créé.

Manifestation musicale.

Le Foyer organise, le 9 décembre 72, une manifestation musicale ayant pour but " de montrer qu’il est possible de faire quelque chose de plus positif que le traditionnel bal du samedi soir. Chacun pourra être acteur et spectateur ". Plusieurs centaines de personnes assistent à la soirée qui s’est déroulée de 18 heures à 4 heures du matin, sous un parquet monté dans le pré devant la ferme. Quatre groupes, de Clamecy, Auxerre, La Charité, Dijon (Bornack Raphu) et deux chanteurs se sont produits, bénévolement, sur la scène. Les jeux de lumière, le stromboscope avaient été apportés par un Anglais habitant Paris et que connaissait l’un des membres du Foyer. Les affiches sont faites à la sérigraphie par des adhérents.

Trois semaines auparavant, le Foyer avait tenu sa première assemblée générale qui a vu le renouvellement du bureau. L’ancien président devenu étudiant à Dijon a décidé de passer la main. D’autre part, les membres de l’association ont préféré avoir un majeur comme président (A l’époque, l’âge de la majorité était de 21ans. Valéry Giscard d’Estaing, après son élection à la présidence de la République en 74, l’abaissera à 18 ans). Jacques Boiché succède à Guy Sallin qui devient vice président. Au secrétariat Gérard Régnier et aux finances François Volut (prêtre ouvrier). Les travaux se poursuivent absorbant une bonne partie de l’énergie, certains sont réalisés par des entreprises. Plusieurs manifestations ont lieu : un méchoui, une soirée avec les lycéens de Gelnhausen. Des cours d’alphabétisation sont donnés à des travailleurs immigrés, turcs et maghrébins. Les travaux continuent, tant dans les locaux attribués au foyer (la grange qui sert aujourd’hui de salle de spectacles est aménagée) que dans le bâtiment destiné au logement de l’animateur. Certains baissent les bras.

Liquidation

Début 75, une subvention municipale de 7 OOO F est allouée au Foyer. Suite à un vœu émis par le Conseil général, la F.O.L a proposé la création d’un poste d’animateur permanent mis à la disposition de l’association La municipalité signe un contrat de financement et en septembre un animateur, Christian Mas est nommé. Les travaux prévus sont exécutés par des entreprises dans des délais beaucoup plus courts. Le 18 octobre, l’assemblée générale définit deux grandes options : le Foyer de jeunes devient gestionnaire d’une " Maison des Loisirs et des Activités Culturelles " (nouvelle dénomination attribuée aux locaux) et de ce fait les locaux seront désormais ouverts à toutes les couches d’âge. Un nouveau conseil d’administration et un bureau dont " l’éventail de recrutement s’élargit sensiblement " (pour reprendre les termes de l’article publié dans le bulletin municipal n° 12 de décembre 75) sont élus. Traduction : le P.C.F. dont l’un des membres est le premier magistrat a fait de l’entrisme. Au sein de l’association, des secteurs " pré adolescents " et " personnes âgées " sont crées.
La fin se passera dans la douleur : prétextant le fait que le foyer sert de siège de social au comité de chômeurs, l’animateur vient chez le président reprendre les clés des locaux. Menaçant de faire intervenir les gendarmes si celui-ci ne lui remet pas les clés.
Une autre histoire commence… En mars 77, lors des municipales la parenthèse communiste se referme. La municipalité est de nouveau dirigée par un socialiste, Bernard Bardin.

Michel Melka.






Portrait : René Simpol

Hé ! Môme, lourde ta gimbe et radinne-toi !


IL est sûr que pour le commun des Clamecycois, cette façon de s’exprimer peut paraître plus qu’étrange. Pourtant, si vous vous arrêtez quelques moments avec un vieil habitant de la cité et que vous preniez le temps de l’écouter, il vous racontera ce personnage truculent, cet artisan pour qui la notion de temps s’effaçait devant la qualité du travail, cet homme haut en couleur qui fut " Maire de la Commune Libre de Beuvron " ! Tout un roman en quelque sorte.
René SIMPOL est né dans les faubourgs de la place Blanche juste à côté de Pigalle à Paris. Ce titi parisien fils d’une hirondelle comme il aimait à se souvenir (un agent de ville parisien reconnaissable à son vélo et sa cape noire) fréquenta la butte Montmartre et les artistes qui la hantaient (il a connu Modigliani, qui rôdait dans le quartier qu’on appellera plus tard Le Marquis). Sa première profession fut d’être livreur en triporteur, ce qui l’amena naturellement vers le vélo, sport qui à cette époque proposait des débouchés très intéressants, puis il fut arpète électricien. A 17 ans entre ses livraisons et ses entraînements, (il était sur son home-trainer dès 6h00 du matin) il remporte ce qui deviendra plus tard " les Boucles de la Seine " compétition très relevée, en battant André Leducq (25 victoires d’étape et 2 tours de France) qui le fera entrer au Club Cycliste du Kremlin Bicêtre (futur ACBB aux couleurs rouges et noires). C’est alors le déménagement. Ses parents s’installent d’abord à Coulanges-sur-Yonne où ils tiendront le café, avant de reprendre un café sur Clamecy. Tout naturellement René Simpol amènera avec lui sa passion du vélo et fondera en 1932 le Vélo Club de Clamecy. Entouré de plusieurs amis (dont Roland BOUEZ) il reprendra en main le club cycliste local ce qui lui fournira de nombreuses anecdotes qu’il distillera par la suite avec soin. Entre-temps, il était embauché par la SPCC (Société de Produits Chimiques de Clamecy) comme électricien à la maintenance. Il y rencontre une jeune secrétaire de direction Simone DENIS fille d’un notable clamecycois. Ce fut le premier mariage célébré dans l’église de Bethléem. Ils s’installeront à leur compte route de Pressures à côté des Etablissements Monceau puis reviendront 9 rue de Druyes où ils resteront définitivement. Les anciens vous raconteront la " JUVA 4 " puis les 4L Renault qui circulaient dans Clamecy, sans oublier " la décapotable " qui sortait les jours de course. Sa joie de vivre déteignait sur les gens qu’il côtoyait, il apportait au quotidien un peu de son bonheur à ses concitoyens aidant, une famille en difficulté ou encore avançant de quoi payer l’électricité. L’époque était dure pour beaucoup. Il possédait un téléphone (le n° 189) qu’il partageait en cas de besoin. Il avait une des premières télévisions (dés 1960), Mama Simpol invitait les enfants du voisinage à voir Zorro le jeudi après-midi. Parfois même, il servait de " boulangerie ou d’épicerie " et souvent c’est au numéro 9 de la rue de Druyes qu’on venait chercher le conseil pour remplir la demande administrative. Quand on réfléchit aujourd’hui avec le recul de l’âge, on peut regretter que toute cette vie communautaire ait disparu avec ce qu’on nomme de nos jours, avec beaucoup d’emphase, " la solidarité ". J’ai vécu dès ma plus tendre enfance, bercé par les chansons que mon parrain entonnait à tous moments. De Berthe Sylva et Lucienne Delyle en passant par Maurice Chevalier ou Tino Rossi. J’ai connu grâce à mes parents d’adoption des émotions et des rencontres qui resteront gravées dans ma mémoire. J’ai appris à leur contact qu’il fallait toujours avoir un esprit ouvert et critique sur le monde qui nous entoure (lui qui était agnostique et sceptique m’a conduit le jour de ma communion ! Cela l’a toujours beaucoup fait sourire !). Je crois que le souvenir qu’il a laissé, bien qu’emporté par un cancer injuste, est celui d’un homme heureux dans sa vie. Son petit chalet de Pousseaux restant là pour immortaliser son désir de liberté (et peut-être de solitude ?) ; il l’avait construit avec son ami Roland et son arpète Michel, c’était son havre de paix où l’on était honoré d’être invité. Lorsqu’il est parti, ma marraine avait perdu la moitié de sa vie, elle l’a rejoint quelques temps après suite à un accident de circulation rue du Président Wilson et je crois que c’était mieux ainsi. Alors, cézigue, tu t’pointes ? Les champignons vont quand même pas sauter tout seul dans la gamelle !

Michel Carvoyeur.