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ANNÉE 2007

N°17 - N°18 - N°19

vendredi 1er juillet 2011, par Le Picot




MARS 2007 (N°17)




Marathon Médical

Je me souviens d’un article dans le Journal du Centre traitant du nouveau service de garde des pharmacies clamecycoises qui m’avait quelque peu agacé, ainsi que le commentaire d’un pharmacien (dont on avait oublié d’indiquer le nom…) qui m’avait carrément révolté. Pour ce dernier, les Clamecycois allaient pouvoir prendre leur santé en main !!!


C’est bien connu la distance rend sage et la patience est une vertu !!! Maintenant, pour avoir ses petits cachets il faut aller jusqu’à Entrains sur Nohain. Un vrai progrès ! Songeons un instant au périple d’une personne âgée, d’une famille sans moyen de transport (car il y en a !), ou d’un malade célibataire fiévreux qui se tapera 46 bornes par temps de brouillard, de pluie ou sur le verglas. Chose fréquente en cette période de l’année. Un vrai bonheur, un vrai progrès !

L’essayer c’est pas l’adopter ou la pratique pire que la théorie…

Et voilà qu’un dimanche de décembre, notre fils se réveille avec de la fièvre, le nez pris et une douleur à l’oreille : une otite. Je l’avais pourtant prévenu : " Ne tombe pas malade les dimanches et les jours fériés mais plutôt aux heures de bureau ". Hélas à l’âge d’un an, il n’en fait déjà qu’à sa tête. Vivement que les écoles soient aussi à des dizaines de kilomètres, comme ça je pourrais prendre en main son éducation. Mais je m’éloigne un peu du sujet (quoique…). Finalement, mon dimanche matin pépère tomba à l’eau, car c’était parti pour mon nouveau sport préféré : le marathon médical.
- 10 h 30 : rendez-vous au cabinet du médecin de garde à Clamecy.
- 11 h 15 : retour à la maison pour téléphoner au pharmacien d’Entrains sur Nohain (ou à la gendarmerie si c’est la nuit.)
- 11 h 45 : arrivée à la pharmacie, 45 minutes dans le froid à attendre son tour. (sécurité oblige, plus le droit de pénétrer dans une officine même le jour… férié, on est tous potentiellement dangereux). Les fantasmes de Sarkozy sont déjà une réalité.
- 13 h 15 : retour à la maison.
Résultat des courses : Entre la visite chez le médecin et la prise de médicaments il y a plus de 2 heures et surtout 50 kilomètres. C’est déjà énorme pour quelqu’un qui possède une voiture, mais les autres, comment font-ils ? Ils attendent l’ouverture du mardi ? Ils prennent le taxi ? Que du progrès, vous dis-je. C’est complètement ridicule de ne pas avoir une garde assurée sur le canton de Clamecy pour une population de 8 000 habitants. Trois pharmacies sur la ville, cela fait un peu plus d’un tour de garde par mois. Il semble que ce n’est pas la mer à boire. Surtout quand il s’agit de soins en général. La santé n’est pas un secteur comme un autre. D’ailleurs, de nombreux autres professionnels ont à subir des astreintes plus lourdes. Choisir ce métier, c’est accepter ces aléas qui sont compensés par un revenu fort acceptable. Ce n’est pas une leçon de morale, mais un simple constat : ceux qui veulent à la fois le sourire de la crémière, le pot de beurre et l’argent qui va avec m’ont toujours fortement hérissé le poil.
Le paradoxe dans cette histoire, c’est que d’un côté le législateur met en place des accès aux soins pour tous notamment avec la C.M.U et que d’un autre coté les décisions des professionnels de santé compliquent l’accès aux thérapeutiques. On n’arrête pas le progrès !

Stéphane Lessire.




JUILLET 2007 (N°18)




MATERNITÉ : Allez vous faire naître ailleurs !

L’ARH est créée le 24 avril 1996. Rappelons que cette institution est venue chapeauter de nombreuses institutions antérieures et tout particulièrement la DRASS qui avait jusque là, en charge, la gestion du système hospitalier. Voir le Picot N°16 où une “ carte du tendre ” façon ARH tentait de démontrer l’absurdité d’un système coûteux qui ne sert qu’à liquider la médecine publique au profit des laboratoires et des instituts privés. L’ARH est dirigée par un seul cadre, le DARH, qui comme l’expliquent les sages-femmes de l’hôpital concentre son activité dans la configuration de manœuvres servant à liquider les petits hôpitaux afin de " rentabiliser " la santé publique... Pour cela, tous les moyens sont bons et on peut être sûr que le rapport sur la maternité pouvait, vus les contradictions et les erreurs ou mensonges manifestes qui le constituent, être écrit en évitant le déplacement d’une sage-femme à Clamecy, devenue en l’occurrence chargée des basses œuvres au prétexte de mener une enquête prétendument scientifique…

Le choix de cette sage-femme pour effectuer cette enquête soulève plusieurs questions :
Pourquoi une sage-femme et non un médecin spécialiste en gynécologie-obstétrique ? A-t-elle des connaissances particulières en Santé Publique ? Son indépendance (ou sa dépendance) est-elle garantie ? Nous épargnerons au lecteur la publication complète de ce rapport.

Voyons pour les incohérences les plus manifestes

Le reproche fait à Clamecy de pratiquer trop peu d’accouchements par sage-femme. Pourtant le nombre de naissances par sage-femme est de 50 à Clamecy et de 40 au CHU de Dijon… D’où est issue l’enquêtrice…
La compétence ne se mesure pas au nombre d’actes pratiqués, mais à ce propos, combien d’accouchements l’enquêtrice a-t-elle réalisé l’an dernier ?
- Le reproche fait à Clamecy de ne pas avoir de sage-femme sur place de nuit. Elles sont domiciliées à moins de cinq minutes de l’hôpital et se rendent sur place à la première alerte. Il suffirait de créer un poste supplémentaire pour que les effectifs permettent une présence de nuit. A l’heure actuelle, elles sont quatre pour 200 accouchements au lieu de cinq. Si le quota de 40 accouchements par sage-femme, qui est celui du CHU de Dijon était appliqué, elles devraient être cinq. L’ARH préfère supprimer une maternité plutôt que de créer un poste de sage-femme justifié…
- L’ARH reproche l’absence d’une cinquième sage-femme, mais ne donne pas les moyens financiers pour la recruter.
- Le reproche fait à Clamecy de manquer de pédiatre… Pourtant un médecin généraliste est en spécialisation de néonatalogie et un pédiatre de Nevers a exprimé sa volonté de venir exercer au sein de la maternité…
- Le fait de confondre un soutien psychologique " proposé " avec un acte de médecine psychiatrique…
- Le fait de parler de manque d’expérience, et par voie de conséquence, d’incompétence professionnelle, sans analyse de résultats, sous prétexte que le nombre de césariennes est élevé. Ce qui, à contrario, est une preuve de la volonté de limiter les risques…
- Enfin, le fait de relever que les médecins sont domiciliés dans une autre région ou un autre pays sans préciser que c’est en dehors de leurs périodes de services donne, in fine, la consistance scientifique du rapport…

Quel est le but d’un tel rapport ?

- Favoriser une clinique privée de niveau 1 (Cosne) au détriment d’une maternité publique de même niveau (Clamecy)…
- Et cela sans tenir compte des distances…
- Ni de l’avenir, puisque cette clinique a déjà été en dépôt de bilan… Or Il faut 2000 accouchements par an pour qu’une maternité en clinique privée soit rentable…
- Est-ce la raison pour laquelle, circule une rumeur faisant état du passage de la partie maternité de la Clinique du Nohain au public.
Faut-il comprendre une fois de plus, public pour les déficits, et privé pour les soins médicaux procurant des bénéfices ?
Devant cette politique criminelle de déconstruction et de privatisation de la santé et de la sécurité publique, le responsable de l’ARH acceptera-t-il de porter la responsabilité politique et judiciaire des difficultés qui risquent de survenir ?
Nous ne le savons pas, mais la population locale a manifesté pour signifier qu’elle ne prendrait pas, elle, le risque de vérifier l’hypothèse. Elle reste sur ses gardes prête à mordre ces bureaucrates qui n’ont qu’une vision comptable de la naissance.

Commentaires recueillis auprès des professionnels
de santé de la maternité de Clamecy par Yves Pupulin.







" J’ai fait un mauvais rêve "

Il y a fort longtemps, la vie passait tranquillement dans le Comté de Clamecy. Ses habitants coulaient des jours heureux, et cela tant que le reste du monde semblait ignorer leur existence. J’étais alors une jeune sage-femme à la maternité, et je mettais toute mon âme et tout mon savoir au service de ces gens désireux de connaître le bonheur de voir leur famille s’agrandir.

Mes consœurs et moi-même formions une communauté soudée qui avait à cœur d’accompagner jour après jour, dans cette période singulière, parfois difficile, mais toujours riche en émotions, ces futures mères, ces futurs parents. Nous étions convaincues que le bien-être de ces mamans passait par une écoute, un accompagnement et un soutien attentif accordé à chacune d’entre elles. Nous étions également certaines que nos connaissances au plan médical allaient de pair avec nos qualités humaines : toujours soucieuses du confort des femmes et de leur bien-être autour du moment précieux de la naissance. Plusieurs fois, de sombres rumeurs sont venues troubler l’activité paisible de notre maternité. Alors, l’union de tous les acteurs engagés, autour de nous et avec nous, dans l’aventure de cette petite structure n‘en était que plus forte. Et quand ces rumeurs devenaient des menaces nous nous sentions soutenues et encouragées massivement par une foule de personnes, elles aussi convaincues de l’utilité d’un service dont le principal souci était de répondre à leurs besoins. Nous avions encore l’innocence de croire que la bonté était dans le cœur de la plupart des hommes. Ainsi, naïvement, nous n’avions pas porté attention à " l’ombre menaçante " qui s’était levée à l’est et dont l’obscure puissance tendait à s’étendre tout autour de nous. Elle envoya un émissaire qui, se présentant comme une consœur, avait pour mission d’observer la qualité de notre travail. Nous l’accueillîmes sans réserve, ne nous doutant pas que notre petit monde de quiétude en serait bouleversé à jamais. Le jugement que cet émissaire porta alors, (mais n’était-ce pas le jugement de son maître) révéla de sombres intentions. S’appuyant sur des données contestables, voire erronées, il considérait notre action comme vaine et trop coûteuse. Certains accompagnements, offerts avec bienveillance, furent impitoyablement critiqués et réprouvés. Il osa même aller jusqu’à mettre en doute nos compétences. Il avait sûrement oublié d’où il venait. Il avait sûrement oublié que l’expérience s’acquiert quel que soit l’endroit où l’on exerce. Et, ce qui est le plus triste, c’est qu’il avait probablement perdu son âme en perdant l’essence même de notre si beau métier. Alors, malgré de nombreuses batailles, notre peuple ne fut pas assez fort. L’ombre parvînt à s’étendre et à s’immiscer partout. Nous dûmes fermer les portes de ce lieu de naissance qui était si cher à nos cœurs. Aujourd’hui, en me souvenant de ces temps passés, je me rends compte que ces blessures qui nous furent portées ne nous blessèrent que temporairement. Que celles qui eurent le plus à en souffrir, ce sont ces mamans qui furent contraintes de parcourir de nombreux, de trop nombreux kilomètres, pour faire naître leurs enfants. Leur donner naissance, là où l’ombre régnait depuis longtemps, dans des endroits gigantesques où elles se sont trouvées noyées parmi la foule des autres mères, et où nos consœurs n’ont pu se permettre de leur porter l’attention que chacune d’entre elles aurait mérité pour le moment le plus émouvant de leur vie. Je perdis peut-être un peu de mon âme à cette époque. Je pris mon envol et partis loin, chercher s’il restait un peu de bonté et d’humanité en ce monde… Mes pensées se brouillent. Je me réveille soudain. On m’appelle. Il est quatre heures. Nous sommes le 10 juin. Madame Martin est en route, c’est son quatrième, elle vient de Lormes… Pourvu qu’elle ait le temps d’arriver. Je me prépare à l’accueillir. Je repense à ce mauvais rêve, et me dis que cela vaut vraiment la peine de se battre. Nous aurons encore de nombreux combats à mener, et nous les mènerons dans le respect de nos convictions les plus profondes.

Aurélie et Thomas.








Recette pour fermer un Hôpital de Proximité.

Tout d’abord vous commencez par morceler son territoire d’attraction naturelle et vous le coupez de son bassin de population. (fricassée)


- Ainsi Clamecy a été rattaché en 2006 au Territoire Sud Yonne avec Auxerre, Tonnerre et Avallon : on multiplie ainsi les interlocuteurs, deux DDASS, deux départements et on coupe l’hôpital de ses missions. Quand on rencontre la DDASS de l’ Yonne, elle peine à connaître la situation de Clamecy, de même les hôpitaux de l’Yonne Sud se sont partagés le gâteau ne laissant que les reliefs à Clamecy.
- Ceci permet ensuite de couper Clamecy de ses " flux " naturels : ainsi malgré un protocole signé entre le Centre Hospitalier de Clamecy et le Centre Hospitalier de Nevers au début des années 2000 et malgré la volonté du chef de service de néonatologie, il n’a pas été possible de faire venir un spécialiste de néonatologie à Clamecy, le directeur du CH Nevers s’y opposant. Bien entendu Auxerre ne souhaite pas venir, l’Arh se moque bien des enfants… et crée l’insécurité.
- Pour couper un peu plus la population de son Centre Hospitalier, on développe l’hospitalisation à domicile sur le canton de Clamecy à partir… du Centre Hospitalier de Nevers !!!! Quand on sait que le coût de l’hospitalisation à domicile c’est le coût de la distance du Centre Hospitalier de référence, on peut s’étonner de cette solution guère économique, mais Clamecy-Ville est dans le département de la Nièvre, Clamecy-Hôpital est dans le territoire santé de l’Yonne. Pour faire bonne mesure le projet d’hospitalisation à domicile du CH Clamecy n’est pas retenu par son territoire, tout partant sur Auxerre qui n’imagine même pas venir à Clamecy. Ensuite vous faites mijoter en utilisant l’injonction paradoxale (l’injonction paradoxale est bien connue de certains directeurs de ressources humaines des entreprises : donner une tâche à un ouvrier dont on désire se débarrasser sans lui donner les moyens de la réaliser.)
- C’est la tactique utilisée pour le SMUR de Clamecy : tout le monde est d’accord pour créer cet outil qui vise à assurer la sécurité d’un bassin de population de 30 000 habitants. Mais on ne donne pas les moyens, un SMUR coûtant en moyenne 900 000 euros, on en attribue 250 000 euros pour la création… Même pas de quoi payer et entretenir le véhicule : on crée alors les conditions de l’injonction paradoxale puisque une mission est donnée sans les moyens. On continuera à mourir dans le Haut Nivernais dans l’indifférence de l’ARH.
- La tactique financière relève, elle aussi, de cette catégorie : depuis des années, toutes les autorités sérieuses qui se sont penchées sur le sort du CH Clamecy reconnaissent un déficit structurel de 3 Me qui, faute d’être comblé, entretient le déficit, les intérêts entretenant la dette ! Qu’importe, on demande encore plus d’économies à un corps déjà sous-alimenté, on précipite encore la crise avec de nombreux cadres non remplacés.
- Dans la même idée, comme Clamecy est isolé, vous cassez son isolement en lui faisant payer très cher son statut : on base un hélicoptère à Auxerre et on fait payer à Clamecy les frais de transport, on lui fait ainsi payer sa position géographique ; quand Clamecy a besoin de transférer un patient pour des soins non disponibles dans l’hôpital, il appelle le CH d’Auxerre qui décide du moyen de transport et le fait payer à Clamecy : le donneur d’ ordre facture et il a d’autant plus d’intérêt à facturer qu’il doit " rentabiliser " les moyens mis à sa disposition. Pour Clamecy ce sont 300 000 euros supplémentaires par an ou plutôt autant d’économies supplémentaires, à réaliser.
- Toujours dans " l’injonction paradoxale ", vous estimez qu’il est nécessaire d’avoir cinq sages-femmes au lieu de quatre, mais vous ne permettez le financement que de quatre…
- Pour lier la sauce vous rajoutez la tarification à l’activité : cette tarification sert progressivement de base pour évaluer la rentabilité de la structure : élaborée dans les CHU, cette cotation des actes survalorise les actes techniques par rapport aux actes de prévention. Comme la maternité s’appuie sur le Réseau qui pratique une politique de dépistage et élimine le risque, on montre le peu d’activité technique du CH de Clamecy ce qui est la preuve de l’excellence de son travail… Et loin d’être valorisé ceci devient un handicap financier supplémentaire. La non -reconnaissance du travail de prévention est une prime à la médiocrité. Quand le plat est bien mijoté, vous rajoutez l’ingrédient nécessaire pour relever la saveur :
- Vous inscrivez la maternité dans le SROSS jusqu’en 2012, en rappelant la nécessité d’une visite de conformité.
- Vous ne donnez pas de date pour cette visite.
- Vous vous étonnez ensuite que cette visite n’ait pas eu lieu et vous annulez l’autorisation en remettant en cause l’ensemble de l’autorisation.
- Vous envoyez une Sage-Femme du CHU qui ne connaît ni l’hôpital ni sa géographie en prévenant la veille les acteurs de santé et pour éviter qu’elle ne prenne trop le goût du plat principal, vous ne la laissez à la Maternité que quelques heures.
- Vous lui faites rédiger un rapport naturellement incomplet et vous convoquez ensuite le CROSS pour revoir le rapport.
- Vous pouvez déguster, c’est servi !

Stéphane Casset.


• Le Directeur du CH de Decize a failli avoir le même problème, mais étant venu à Clamecy et plus habitué à la perversité de nos dirigeants, il avait pris la précaution de demander la visite de conformité par écrit, il avait obtenu une réponse de l’ARH remettant cette visite à plus tard. Quand les autorités sanitaires se sont étonnées que cette visite n’ait pas eu lieu, il a pu ressortir le document écrit émanant de la même autorité : passer à Clamecy rend méfiant… A bon escient.

Le couperet est tombé !

Le 25 juin l’ARH a décidé autoritairement la fermeture de la maternité fin mars 2008 sans tenir compte des besoins de la population, malgré les 9 700 signatures et la manifestation de 2 000 personnes (dont vous faisiez peut-être partie). Que faut-il faire pour être entendus ?




NOVEMBRE 2007 (N°19)




MATERNITE

Le 25 juin 2007 l’Agence Régionale d’Hospitalisation de Bourgogne a décidé la fermeture de la maternité de Clamecy pour le 31 mars 2008.

Déco(n)rons-les : le directeur de l’ARH, M. Boyer, et le secrétaire général, M. Jaffre, ont eu l’honneur d’être nommés Grand Commandeur et Grand Officier de l’aiguille à tricoter pour l’ensemble de leurs œuvres et tout particulièrement la réhabilitation des faiseuses d’anges enfin libérées de l’omniprésence et de l’omnipotence des institutions médicales. Ici M. Jaffre recevant les décorations du Couic à l’Hôpital de Clamecy
















L’Hôpital de Clamecy et l’association des usagers des services de santé du Haut Nivernais ont tous deux déposé des recours devant le Tribunal Administratif de Dijon. Les requêtes en suspension ont été rejetées par le juge des référés pour absence d’urgence. Ce rejet ne préjuge pas de la décision finale du Tribunal : les recours en annulation sont en cours et suivent la procédure ordinaire.
A ce jour, le Tribunal Administratif ne s’est pas encore prononcé. Le Picot ne manquera pas d’informer les lecteurs de la décision du Tribunal. En cas de rejet, il restera la possibilité d’un appel devant la Cour Administrative d’Appel ou devant la Cour Européenne de Justice sur le fondement de l’égalité des citoyens européens. Escroquerie intellectuelle du rapport de l’ARH à propos de la maternité de Clamecy. La décision de fermeture de la maternité a été prise par l’ARH après l’établissement d’un rapport " préfabriqué ", que nous avions commenté dans le dernier Picot. Il s’avère que ce rapport est largement contredit par une étude émanant de l’INSERM U537- CNRS UMR 8052 de juin 2003 dirigée par les chercheurs : E. Combier, M. Le Vaillant et G. de Pouvourville qui est partiellement publié dans la revue : " LES DOSSIERS DE L’OBSTETRIQUE ", N° 363 d’août/septembre 2007. (Les rapports de l’ARH et de l’INSERM seront prochainement disponibles pour consultation sur le site du Picot). D’un côté une étude justifiant à coup d’arguments fallacieux la fermeture de la maternité et de l’autre une étude extrêmement documentée du CNRS qui rend caduques les arguties de l’ARH, y compris sur la qualité des soins hospitaliers reçus dans les grandes agglomérations (cf. Paris et sa région) et dans les petites maternités, au profit de ces dernières. En effet, l’argument majeur de mortalité ou de morbidité est plus critique pour la région parisienne et infirme donc ce que l’ARH avance. On peut certainement attribuer cette morbidité et cette mortalité au fait que les grandes agglomérations concentrent la plus grande proportion de femmes non suivies : pauvres, SDF, sans papiers etc. et non pas au fait que le nombre de patientes est trop élevé ou à une quelconque qualité des soins ou du personnel. A Clamecy, la nécessité de maintenir la structure fait suite à une étude menée conjointement par E. Combier et des acteurs locaux faisant apparaître, au début des années 1990, un même taux de pauvreté qu’à Saint-Denis dans le 93. Le " Réseau de Santé du Haut-Nivernais " fut alors créé pour suivre au mieux la population. Il est à noter que la maternité reste appréciée en dépit de l’annonce de fermeture, car les parturientes continuent d’y accoucher. On notait même un manque de lits la deuxième quinzaine de septembre, puisqu’il y eut 10 nouveau-nés pour 7 places. Fait extrêmement rare. Les berceaux ont été empruntés à l’Hôpital de Nevers. La malversation intellectuelle menée par l’ARH peut avoir une valeur économique si on cherche à rentabiliser la vie. Les arguments de l’étude du CNRS posent, eux, simplement, la question de l’égalité devant la mort. Voici quelques passages du rapport des chercheurs du CNRS concernant des distances à parcourir pour accéder à une maternité : - " Il existe une relation inverse entre la consommation des soins et la distance à l’équipement ou au service considéré, cette égalité d’accès n’est pas suffisante pour assurer une égale accessibilité aux prestations sur l’ensemble du territoire. Si, du fait de particularités géographiques, une partie de la population éprouve des difficultés à les obtenir, cette égalité des droits devient purement formelle. Comme l’a fait remarquer le Conseil d’Etat dans son rapport sur le principe d’égalité, dans un tel contexte, (...) le rétablissement de l’égalité des chances devient un objectif nécessaire à la préservation du principe d’égalité au centre de notre état de droit. "
- " Les décrets de 1998 prévoient qu’il est possible de maintenir ouverte à titre dérogatoire une maternité qui effectue moins de 300 accouchements par an " lorsque l’éloignement des établissements pratiquant l’obstétrique impose des temps de trajets excessifs à une partie significative de la population " .

Et, concernant la qualité des soins :

- " Puisqu’aucune étude n’apporte la preuve tangible d’une diminution du risque intra-hospitalier quand la taille des maternités augmente, toute modification de l’organisation qui laissera une population actuellement couverte à plus de 45 mn d’un établissement d’accouchement augmentera le risque extra-hospitalier donc le risque global pour cette population ". - " … il n’existe donc pas, de preuve tangible de l’augmentation des risques maternels intra-hospitaliers lorsque la taille des maternités diminue ".
- " Effet prévisible de la fermeture de Clamecy s’ajoutant à la fermeture d’Avallon : si la maternité de Clamecy ferme comme prévu en 2008 la population à plus de 45 mn d’une maternité sera de 35 035 et à plus de 60 mn de 20 637. Dans la zone à plus de 45 mn, on enregistre par an 274 naissances " soit 315 grossesses) et dans celle à plus de 60 mn 162 naissances et 186 grossesses. La fermeture de Clamecy aggraverait la situation actuelle puisque, à elle seule, elle mettrait, par an, 114 femmes à plus de 45 mn d’une maternité dont 111 à plus d’un heure… La proportion passerait de 8 % actuellement à 42 %. "
- " Avec la fermeture de ces deux établissements (Avallon et Clamecy), on rompt non seulement avec le principe d’équité (égalité des chances), mais aussi avec celui d’égalité, puisque la population du haut Morvan ne bénéficie pas du même traitement que celle…" d’autres régions.
- En conséquence de quoi, les milliers de personnes de la région qui se sont déjà mobilisés pour la maternité et l’hôpital doivent continuer. Il en va de la sécurité des personnes et du principe fondamental d’égalité.
- Pour le moment, il ne s’agit que de falsifications intellectuelles soutenant une décision arbitraire de l’ARH. A quelle juridiction répondront ces faussaires le jour où un accident grave surviendra du fait de leurs tristes calculs ?

Propos recueillis par Yves Pupulin.

C’est à l’occasion de la descente bidon que le COUIC a équipé le Radeau Monopoly de l’ARH conduisant la réforme hospitalière à l’aide du hasard le plus rationnel. Ci-dessus : les représentants de l’ARH, aimablement traînés par le personnel de la maternité de Clamecy. Cette embarcation a reçu le prix spécial du jury qui leur revient de fait ainsi qu’aux politiciens, toutes tendances confondues, qui ont promu cette noble institution… Le personnel de l’hôpital et la population locale, si généreux en décorations, et pas rancuniers pour deux sous avec les parasites, pensent déjà à eux pour l’inauguration d’une prochaine station d’épuration…
En leur livrant le contenu agrémenté de plumes ?