Le Picot

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ANNÉE 2003

N°6

mercredi 25 mai 2011, par Le Picot




FÉVRIER 2003 (N°6)




ORDURES MÉNAGÈRES : COMMENT S’EN DÉBARRASSER ?

Dans les pays soi-disant développés comme la France et la plupart de nos voisins européens (sans oublier bien sûr les Etats d’Amérique du Nord) les gouvernements se trouvent confrontés au problème de l’élimination des déchets. Comment faisait-on autrefois ?

Prenons l’exemple de la première moitié du XXè siècle, quand le déséquilibre entre villes et campagnes n’avait pas encore pris les proportions d’aujourd’hui. Le volume des déchets fermentescibles à rejeter était bien moindre car une grande partie était consommée par les animaux de basse-cour ou mis en tas, au fond du jardin, pour retourner dans le sol. On faisait du compost sans le savoir. On allait acheter le lait avec une laitière, le vin et les autres liquides étaient vendus dans des bouteilles consignées, les eaux minérales n’occupaient qu’une petite part de marché. Le bricoleur qui avait besoin de clous ou de vis les rapportaient, enveloppés dans un morceau de journal, après passage sur la balance Roberval. Quant au mobilier et aux ustensiles de cuisine, ils étaient conçus pour durer. A Dornecy, dans les années de l’après guerre, les ordures étaient ramassées une fois par semaine avec un tombereau qui les transportait à la Vieille-Creux. A ce rythme, la décharge avait de beaux jours devant elle.

Une nouvelle espèce : le consommateur.

Petit à petit, la réclame, devenue publicité, profitant d’une amélioration sensible du niveau de vie et d’une baisse des coûts de production, a poussé tout le monde à consommer plus.

- En donnant l’envie du changement.
- En créant l’objet jetable et le contenant non récupéré.
La grande distribution, en libre-service, n’a fait qu’amplifier le phénomène en n’offrant que des marchandises suremballées et en supprimant le système des consignes.
Dans le même temps, les déplacements de population des campagnes vers les immeubles des villes ont donné naissance au vide-ordures qui accueille, sans rechigner, tous les déchets produits par les familles.

Des montagnes d’ordures.

Résultat prévisible, toutes les communes, des petits villages aux grandes agglomérations, ont vu augmenter, chaque année, la quantité de déchets à récupérer, entraînant très rapidement une saturation des décharges.
En même temps, on a découvert la dangerosité d’une telle pratique. Des objets, d’apparence aussi inoffensive que ces petites piles que l’on trouve dans des millions d’appareils, se sont révélés comme de redoutables polluants.

Que faire ?

Première réponse : construire des incinérateurs pour brûler les déchets et, d’une pierre deux coups, récupérer la chaleur produite pour du chauffage ou de la production d’énergie. Sur le papier, l’hypothèse était séduisante.
Même ici, nous avons pu assister à la construction, sur la commune de Rix, d’une petite usine d’incinération. Elle n’a jamais vraiment fonctionné et, maintenant, on peut dire : heureusement. C’est que, depuis, on a découvert que ces incinérateurs, loin d’être inoffensifs, étaient de véritables dangers pour l’environnement.

Le tri sélectif.

L’idée est venue de trier, dans les déchets, tout ce qui pouvait être recyclé. Dans notre région, le V.A.R.N.E. a été un pionnier en la matière et son action a grandement facilité la mise en place de la déchetterie que nous connaissons aujourd’hui.

Pour autant le tri sélectif n’est pas une solution miracle.

D’abord, parce qu’il reste une partie non négligeable de non-recyclable dont il faut bien faire quelque chose.
Ensuite, parce que tout cela a un coût qui fait exploser les taxes d’ordures ménagères prélevées par les collectivités.

Partout, la facture passe mal.

Une seule solution : diminuer, en amont, la production de déchets.
Philippe Perrot le répétait régulièrement quand il présidait le VARNE. “ Le recyclage n’est qu’un pis aller ”. Il n’empêche, si le tri est fait, le plus consciencieusement possible, par chacun de nous, la facture ne peut qu’être moins lourde. On voit encore, dans Clamecy, des sacs-poubelles éventrés qui contiennent pêle-mêle, du verre, du papier, du plastique et des restes de repas. Les élus ne peuvent être considérés comme seuls responsables. Les citoyens sont concernés aussi.
Quant aux déchets ultimes, on balance entre incinérateurs et centres de stockage. Les incinérateurs ont une mauvaise réputation largement justifiée. On parle maintenant d’incinérateurs " propres " mais peut-on avoir confiance. Les décharges ne sont pas mieux vues (se rappeler Montchanin) car on peut toujours craindre des apports non contrôlés.
Du coup, trouver des sites pour l’un ou pour l’autre devient très difficile, voire impossible. Tout le monde refuse les poubelles à sa porte et les verrait beaucoup mieux chez les autres. Que faire alors de ces millions de sacs en plastique, des barquettes alimentaires et autres pots de yaourts ? On en revient inévitablement à une réduction indispensable des emballages d’une part et à l’utilisation de matières recyclables d’autre part.

Claude Cogan.


LE COMPOST

Récupérer nos restes de repas, nos épluchures, nos tontes de gazon, nos branches élaguées et, avec tout ça, fabriquer un produit susceptible de remplacer les engrais chimiques dans les jardins ou les champs, ça ressemble très fort à une bonne idée. D’autant plus que la dépense d’énergie nécessaire est relativement faible.
Comment ça marche ?
Le responsable mélange, dans un savant dosage, les déchets verts, préalablement broyés, et les fermentescibles. L’ensemble est mis en tas (andains) sur le sol bétonné de la plate-forme. Bientôt la fermentation va entamer son travail de transformation. Chaque jour, on mesure la température dans le tas. L’évolution de celle-ci déterminera les moments où il faudra procéder au retournement du tas, à son humidification en période de sécheresse. Le processus achevé, la matière devra être criblée afin d’en retirer les éléments trop grossiers pour ne garder qu’une sorte de terreau prêt à l’emploi.
Les difficultés.
Les andains étant à l’air libre une forte pluviométrie peut les saturer en eau et rendre impossible le criblage. Il va falloir s’équiper de tunnels pour les protéger avant cette opération.
Des problèmes restent à résoudre pour la récupération des fermentescibles dans les immeubles collectifs, les cuisines de collectivités, les restaurants.
Les déchets verts doivent être livrés à la déchetterie, route de Surgy, pour être ensuite transférés sur le site de La Bussière, ce qui ne semble pas très rationnel.






" FAITES-LE-VOUS-MÊME " OU LE COCHON DE PAYANT !

Après mûre réflexion, tous les gens responsables ne peuvent qu’être favorables au tri et recyclage des déchets ménagers, sauf à décider - purement et simplement - de continuer d’enfouir nos 370 kg/habitant d’ordures annuelles dans le jardin du voisin. Car c’est en réalité ce que nous avons fait jusqu’en 1992, quand le Parlement vota une loi qui fixait un cadre de 10 ans pour faire disparaître les décharges brutes.

Malheureusement, le bilan tiré en 2002 n’est pas très reluisant : on a oublié d’œuvrer pour que le volume global de déchets ménagers soit réduit en amont, et pour qu’il ne continue pas à augmenter, comme le nombre total des emballages en tous genres. Résultat, de 22 millions de tonnes de déchets en 1992, on est passé à 27 en 2002(1), et de 80 milliards d’unités d’emballages, on est arrivé à 89 ! Et la mise en décharge, qui ne devait concerner que les déchets ultimes (= non recyclables) touche encore 50 % du volume des déchets ménagers en 2002, contre 55 % en 1992. Et entre-temps, ce sont les collectivités locales (du même nom que les impôts) qui ont englouti des fortunes pour créer les 2 500 déchetteries existant actuellement. Les industriels, eux, ont été fort habiles, acceptant de minimes cotisations à l’organisme Eco-emballages (chargé par l’Etat de subventionner le tri et le recyclage) et en organisant tout à leur profit la filière du recyclage : et qu’ici je t’exige de prendre la tonne de verre à moitié prix, et que là, on me donne gratis la tonne de plastique… (que je revends ensuite au prix fort, empochant les bénéfices !) Le jeu, organisé sous l’égide de l’Etat par les élus locaux, s’appelle Financement public des dépenses et privatisation des profits, et à tous les coups le péquenot de base (vous et moi) est perdant car uniquement considéré comme le " cochon de payant ! " Si on ajoute à cela le fait que la loi n’est pas la même pour tous, le citoyen-consommateur-contribuable qui paye l’addition pourrait bien la trouver saumâtre : en effet, il n’y a aujourd’hui que 45 millions de Français (sur + de 60 !) qui trient leurs déchets à grands frais ! Les autres continuent à dégueulasser et polluer notre beau pays, sans que ne tombent sur eux les foudres de la loi, les pénalités financières prévues par la loi du 13/07/92 ! Citons, entre autres, les villes de Marseille, Montpellier, Tours, St-Etienne, Aix-Les-Bains … Le système fonctionne tellement en dépit du bon sens que vous, ami lecteur, qui êtes transformé en éboueur amateur par la force des choses, non content de fournir la main-d’œuvre gratuite, allez payer de plus en plus cher pour qu’on vienne ramasser ces emballages que vous avez payé, nettoyé et trié ! Si on considère que, dans un foyer moyen, les diverses tâches liées au tri des déchets et à leur manipulation prennent au bas mot environ 7 mn/jour 5 fois la semaine, cela signifie que chaque année vous aurez passé 28 heures à cette activité, et, au lieu d’être payé, c’est votre facture qui s’envole : la belle arnaque !

Résumé : l’enfer est pavé de bonnes intentions !

1. Le consommateur paye pour la publicité (10 kg /an dans chaque boîte aux lettres) et les emballages, de plus en plus nombreux ; il finance la cotisation à Eco-emballages (la plus modeste des pays riches) versée par l’industriel fabricant.
2. Le concitoyen travaille bénévolement 28 H/an à trier, nettoyer, collecter, etc. ses déchets…
3. Le contribuable arrive à payer entre 7 et 15 euros (50 à 100 F.) par mois pour sa taxe d’ordure, qu’il soit maigre ou gros, riche ou pauvre : c’est au locataire de payer la taxe d’ordure due par le propriétaire au titre de la taxe foncière !

Quand les élus confondent Vaux d’Yonne avec Veau d’Or…

Depuis 1994, la taxe d’ordures sur la Communauté de Communes des Vaux d’Yonne a augmenté de 160 % (le taux est passé de 3,27 % à 8,50 %), et tout laisse à penser que ceci n’est qu’un début : ne serait-ce qu’à cause des emplois jeunes qu’il faudra bien continuer à payer, vu que le gouvernement de droite se refuse à les financer au-delà de 2003.(2)
Mais le plus choquant demeure l’opacité totale dans laquelle toutes ces affaires se réalisent : il n’y a aucun contrôle sur rien, ni sur les coûts ou modalités de fonctionnement, ni sur le recyclage lui-même et les entreprises privées qui pourraient s’enrichir sur le dos des citoyens, avec la complicité tacite ou intéressée des élus. On nous demande simplement de payer, de la boucler, et de fermer les yeux ! (Quand on pense que les mêmes responsables critiquèrent le Varne pour des coûts de fonctionnement infiniment moindres !)
En matière de démocratie, il faut rappeler que les dirigeants de la Communauté de Communes sont élus de manière tellement indirecte (nommés par les conseils municipaux) qu’en définitive ils ne représentent qu’eux-mêmes et ceci expliquerait pourquoi ils n’ont aucun compte à rendre à quiconque…
En effet, le Président actuel de cette auguste structure qui gère les ordures de 8 327 habitants et la coquette somme de la taxe d’ordure afférente, par qui a-t-il été élu ?
Par environ 150 électeurs de sa commune de Surgy (437 habitants) qui lui ont permis de devenir maire en 2001 ! En terme de légitimité démocratique, on peut faire mieux ! Même aux temps du suffrage censitaire (le droit de vote réservé aux riches) le rapport était-il de 1 pour 43 ? Il n’existe pas un seul électeur sur les 6 500 du territoire de la CCVY qui ait confié directement au Sieur Bouquet le droit de gérer l’argent de la taxe d’ordure !
Quand le système et les élus bafouent à ce point les règles les plus basiques de la démocratie, il faudra bien que les citoyens trouvent d’autres moyens pour se faire entendre plus directement…
Car, pour l’instant, basée sur de nobles principes de protection de l’environnement, cette organisation coûteuse qui voit Etat, élus et industriels s’entendre sur le dos des citoyens captifs ne porte qu’un nom dans notre belle langue : le racket ou extorsion de fonds…

Tolérance zéro : Halte à la délinquance ministérielle !

Comme on l’a déjà vu, la loi du 13/07/92 (qui modifiait celle du 15/07/75) faisait obligation aux collectivités d’organiser le tri des déchets et interdisait à compter du 1er juillet 2002 la mise en décharge de déchets autres qu’ultimes.
Or, à la grande surprise de tous, dès sa nomination, la nouvelle ministre de l’Environnement, Roselyne Bachelot, claironnait qu’elle levait d’emblée toute obligation pour les collectivités locales concernant cette date butoir !
Donc, avant même de changer la loi, elle autorisait la délinquance des élus locaux et adressait un bras d’honneur aux braves couillons (que nous sommes) qui respectons ces lois à grands frais de taxes d’ordures en tous genres…
Et, à notre connaissance, après recherche au Bulletin Officiel(3), nous n’avons trouvé aucune trace d’une nouvelle loi qui modifierait le texte législatif en question : l’Etat et les élus locaux pourraient ainsi être hors la loi ?

René Jansen.

(1) Tous les chiffres cités ici proviennent de l’excellent dossier réalisé sur le sujet par la revue " Que Choisir " n° 393 de mai 2002, intitulé " n’en jetez plus ! ", consultable à la bibliothèque municipale de Clamecy.
(2) Il faut noter que le mouvement est à la hausse sur le plan national comme local : même les habitants de Pousseaux (hors CCVY) ont vu leur taxe d’ordure augmenter en 2002, ainsi que ceux de Varzy et du secteur. Et ici, nous profitons d’un service qui existe très peu ailleurs : le ramassage sélectif à domicile. On peut se demander si ici on est plus malin ou plus riche que tout le monde pour avoir fait ce choix si minoritaire…
(3) Voir le site Internet [http://www.légifrance.gouv.fr]





LE MONDE DU POGNON AU TEMPS DES DÉCHETS

L’esclave fournissait un travail non rémunéré sans avoir le choix de le refuser. L’esclavage, officiellement supprimé, ne cesse d’être réhabilité par les puissants grâce aux lois scélérates qu’ils font voter aux hommes politiques. Le sort de l’immigré sans papier constitue l’exemple le plus scandaleux de notre époque. L’esclave émancipé est devenu l’ouvrier salarié de la grande industrie.

En luttant pour l’amélioration de son niveau de vie, le salarié s’est métamorphosé en consommateur, ce qui constitue la meilleure parade trouvée par le capital pour récupérer les salaires versés et les retransformer en profit. Pour y parvenir, il a suffi de dégrader la qualité des produits fabriqués en les rendant rapidement obsolètes ou démodés et donc, infiniment renouvelables. Chacun sait ce que dure la voiture achetée à crédit : le temps du crédit. Toute cette agitation crée de la pollution, et il s’agit de tirer profit de cette grande innovation. C’est d’autant plus facile que cette pollution finit par rendre inconsommable tout ce qui était gratuit ou de faible prix dans la nature. L’eau en bouteille a remplacé, sur les tables, l’eau imbuvable du robinet. Les cueillettes deviennent dangereuses dans certaines contrées. On interdira bientôt la vente de produits fermiers " locaux " au nom de la protection de la santé publique. Rien ne doit financièrement échapper aux grands groupes industriels qui appliquent la règle du Baron Bic : vendre leurs marchandises à l’ensemble de l’humanité, sans exception. Pour alléger les coûts de production de l’eau, on a supprimé l’emballage consigné, ce qui évite nettoyage et transport. Par son poids, la bouteille PVC a également permis de séduire le consommateur. La pollution et le tri, liés aux emballages perdus, vont devenir une source supplémentaire de profit. Le consommateur doit acheter des produits alimentaires industriels souvent dangereux pour sa santé, conditionnés sous emballages non consignés qu’il doit trier gratuitement et pour le recyclage ou la destruction desquels il paye. Nous avons rappelé précédemment que le travail obligatoire non rémunéré s’appelle l’esclavage. Des campagnes de communication s’attaquent aux mauvais citoyens qui ne trient pas… Demain, soyons sûrs qu’un système d’amendes sanctionnera le contrevenant au prétexte qu’il coûte cher à toute la population. Les lois contre les mauvais comportements ne se font jamais attendre, contrairement aux lois interdisant l’agriculture polluante ou la fabrication d’emballages perdus. Le personnel politique de gauche comme de droite travaille toujours dans le même sens : la fabrication de zones de non-droit pour les groupes financiers. Rien ne sera fait contre la pollution de l’eau tant qu’elle permettra de faire gagner de l’argent à quelques groupes. Rien ne sera fait contre les emballages perdus tant que Vivendi en fera ses choux gras. Comment La Lyonnaise des Eaux et La Générale des Eaux sont-elles arrivées à gérer l’ensemble des nappes phréatiques et la distribution d’eau du pays ? En abusant ou en achetant les élus ? Comment expliquer leur mutation en sociétés multinationales s’occupant de télévision ? Grâce aux profits colossaux tirés du prix de l’eau et réinvestis ailleurs ? Ce qui s’est passé pour l’eau se passera à l’identique pour les déchets, nous devrons verser des sommes toujours plus importantes aux organismes de retraitement des déchets, tout en constatant qu’en suivant cette politique, la pollution ne fera qu’empirer. S’il faut trier les déchets, il faut surtout réfléchir aux transformations politiques, économiques et sociales, nécessaires, contre le gaspillage et la pollution systématique du monde. Le libéralisme, pourtant décrié, est soutenu par toutes les instances politiques présentes. Le profit à n’importe quel prix est présenté comme l’image de la réussite par toutes les télévisions. Par quel fabuleux hasard le public et le privé servent-ils les mêmes intérêts ? S’agissant de déchets, faire confiance aux états ou aux groupes financiers, c’est demander à la confrérie des rats s’ils sont favorables à la transformation de la planète en décharge publique. Publique, une décharge l’est toujours, même gérée par les intérêts privés.

Yves Pupulin.







QUESTIONS À GUY BOUQUET,

Président de la Communauté de Communes des Vaux d’Yonne.

1 Le Picot - Dans l’ensemble, peut-on être satisfait des résultats du tri sélectif dans la C.C.V.Y. ?

- Guy Bouquet - Par rapport au niveau national, on peut être satisfait, mais il reste beaucoup à faire, en particulier vers une extraction des résiduels de la poubelle.

2 Le Picot - Y a-t-il une progression régulière des quantités collectées ?

- Guy Bouquet - Nous constatons une progression régulière sur l’ensemble des déchets. En ce qui concerne les recyclables il y a une légère augmentation mais il faut tenir compte de l’adhésion de quatre nouvelles communes. Nous rencontrons des difficultés au niveau des logements collectifs. Nous souhaitons la suppression des vide-ordures dans les HLM. Pour les fermentescibles, après une baisse en automne 2002, la collecte est en légère augmentation.

3 Le Picot - Existe-t-il, dans la population de la CCVY, des réfractaires au tri ?

- Guy Bouquet - Le terme " réfractaires " paraît excessif. Il n’y a pas de refus systématique de certains habitants. C’est avant tout une question d’éducation et d’équipements.

4 Le Picot - Le tri est-il effectué correctement ?

- Guy Bouquet - Globalement on peut estimer que le tri est effectué correctement, les gens faisant même l’effort de nettoyer les boîtes de conserves, les pots de confiture… Il y a très peu de mélanges dans les caissettes, sinon les collecteurs n’en prennent pas le contenu. Sur les recyclables il y a moins de 1 % de refus à la déchetterie, alors que l’apport volontaire se situe à environ 30 % de refus.

5 Le Picot - L’information vous semble-t-elle suffisante ? Que pensez-vous du bulletin " Trier, c’est bien joué ", diffusé par le Conseil Général ?

- Guy Bouquet - L’information n’est jamais suffisante. Il faudrait qu’elle soit permanente. Nous avons le souci de progresser dans ce domaine. Sur le bulletin " Trier, c’est bien joué " notre avis est assez nuancé, mais il a le mérite d’exister.

6 Le Picot - Le ramassage au porte à porte vous semble-t-il plus efficace que le dépôt en conteneurs ?

- Guy Bouquet - Le porte à porte a des performances supérieures à l’apport volontaire, sauf peut-être pour le verre. Pourquoi ce choix ? C’est la meilleure réponse au niveau efficacité et engagement du citoyen.

7 Le Picot - Les véhicules utilisés pour la collecte ont-ils été bien choisis ?

- Guy Bouquet - Le choix des véhicules, en ce qui concerne leur capacité, s’est effectué sur la base des ratios nationaux connus à l’époque et communiqués par des organismes compétents. Nos performances s’avérant nettement supérieures à la moyenne nationale, nos véhicules sont sous-dimensionnés. A la fin de leur amortissement, nous envisageons l’acquisition de véhicules d’une plus grande capacité afin d’éviter les ruptures de charge. Actuellement deux véhicules fonctionnent à l’électricité et les autres au GPL. Ce choix s’est fait à l’origine parce que nous avons reçu des subventions de l’ADEME (Agence du Développement Economique et de Maîtrise de l’Energie) permettant la protection de l’environnement. A ce jour ces subventions ne sont plus accordées.

8 Le Picot - Dans quels secteurs la collecte des fermentescibles n’a-t-elle pas été mise en place ? Le compost obtenu est-il de bonne qualité ? Quelle va être son utilisation ?

- Guy Bouquet - Dans le domaine des fermentescibles les immeubles collectifs, les établissements scolaires avec restauration, les restaurants privés… ne sont pas équipés. Une enquête est en cours. Cet équipement devrait se mettre en place avant la fin 2003. Le compost obtenu est de bonne qualité ; le rapport C/N (carbone sur azote) est très bon. Nous envisageons sa commercialisation en plusieurs étapes.

9 Le Picot - Que deviennent les déchets ménagers récupérés à la déchetterie ? Ne pourrait-on envisager un recyclage plus intéressant pour certains objets (bicyclettes, lave-linge, lave-vaisselle, gazinières…) ?

- Guy Bouquet - La déchetterie a pour objectif de recevoir des déchets ménagers qui ne sont pas des ordures ménagères (gravats, encombrants, bois, déchets verts, D.M.S. " déchets ménagers spéciaux " : piles, batteries, peintures, fluos…) Nous avons obligation de traiter ces déchets à destination des centres adaptés : classe II pour les encombrants, classe III pour les gravats et autres déchets inertes, traitement plus spécifique pour les DMS (coût : 15 000 F la tonne). Pour certains encombrants (bicyclettes, lave-linge, lave-vaisselle, gazinières…) un recyclage plus intéressant demanderait une collecte spécifique et du personnel spécialisé, ce qui entraînerait un coût excessif. Nous avons pris contact avec des associations caritatives, mais le volume proposé leur paraissait insuffisant. Dans le futur ce recyclage pourrait être envisagé dans le cadre de l’insertion.

10 Le Picot - Que deviennent les déchets ménagers non recyclables ?

- Guy Bouquet - Hormis tous les recyclables collectés qui eux ont une orientation vers des filières très précises (cartons, papiers, plastiques recyclables, verre) pour lesquels nous avons des contrats avec des sociétés spécialisées, les autres sont traités en déchets ménagers ultimes (classe II) dont le coût de traitement est estimé par le S.I.E.E.N. (Syndicat Intercommunal d’Electrification et d’Equipement de la Nièvre) à 495 F la tonne.

11 Le Picot - Peut-on penser que tri et collecte effectués correctement permettraient de ne pas augmenter indéfiniment la taxe d’enlèvement des ordures ménagères ?

- Guy Bouquet - Concernant les augmentations successives de cette TEOM (Taxe d’Enlèvement des Ordures Ménagères), elles évoluent en fonction de deux critères : le premier, la mise en place d’un personnel qualifié en regard du service à apporter, le second, la volonté d’atteindre la capacité d’exploitation optimale de notre centre de tri et de compostage. Lorsque nous y seront parvenus, nous obtiendrons notre rythme de croisière, avec l’apport de nouveaux cantons, lorsque la loi les obligera à traiter leurs déchets verts et leurs fermentescibles.

12 Le Picot - Quelle part représente le produit financier des recyclables dans le budget de la déchetterie ?

- Guy Bouquet - Au niveau des ressources, nous avons des aides qui nous sont accordées par 2 sociétés ECO-EMBALLAGE et ADELPHE au vu de nos performances par produit, auxquelles s’ajoutent la commercialisation des filières (carton, papier, plastique recyclable, verre). Au total cela représente dans le budget 2003 environ 750 000 F, soit 20 % de la TEOM globale.

13 Le Picot - Comment pensez-vous résoudre les problèmes de personnel lorsque les contrats " emploi-jeune " seront terminés ? Les jeunes actuellement employés ont-ils eu accès à des stages de formation ?

- Guy Bouquet - Initialement, neuf emplois-jeunes ont été affectés comme animateurs de collecte. Ces neuf postes seront confirmés à leur échéance de contrat. Pour les nouveaux contrats-jeunes il n’y a plus d’aide de l’État au niveau des collectivités. Tous ces emplois-jeunes ont suivi des stages de formation : collecte, tri, chauffeur, cariste, travail sur les matériels spécifiques. Ces formations ont été bien accueillies par les jeunes. Il y a eu un seul départ, ce qui semble confirmer qu’ils se sentent valorisés dans leur fonction.

14 Le Picot - Compte-tenu de l’expérience acquise, quelle pourraient être vos conclusions ?

- Guy Bouquet - Au vu de l’expérience acquise il y a encore des améliorations à apporter afin de parvenir aux objectifs initialement prévus. Le projet présenté par la CCVY il y a quatre ans avait pour but d’optimiser au maximum dans le domaine économique et dans le domaine écologique le traitement des 3 composants de notre poubelle, à savoir les recyclables (30 %), les fermentescibles (20 à 30 %) et les résiduels (40 à 50 %), sachant que cette dernière partie est la plus coûteuse. Ces pourcentages sont obtenus par le principe adopté de la collecte au porte à porte alors que ces performances n’auraient pas été atteintes dans le système de l’apport volontaire.

Propos recueillis par Jean Petit.







UNE SI JOLIE PETITE ÎLE.

Il était une fois, entre deux des nombreux bras du Beuvron, une petite île marécageuse, sans doute habitée surtout par des vaches, qu’un jour l’on s’avisa de munir de quelques cubes en plaques de béton, percés de portes et de fenêtres ; vu d’avion, c’est une jolie maquette, avec ses huit immeubles et ses six pavillons disposés sans symétrie : rien à voir avec les ensembles trop réguliers de l’après-guerre. On y ajouta une gendarmerie toute neuve, puis un centre des impôts futuriste comme la compression de César qui s’implanta non loin vers la même époque. Augmentation démographique (quoique…) et vétusté des locaux en centre ville justifiaient pareille opération urbanistique, tôt complétée de l’autre côté du boulevard Misset avec d’autres immeubles, une piscine et une salle polyvalente. Seulement voilà : dans les cubes si jolis vus d’en haut, beaucoup moins vus d’en bas, on mit des habitants. Et les habitants, cela excrète des sous-produits qu’on appelle ordures ménagères. Bien sûr, on mit à leur disposition, à cette fin, des conteneurs qui, peu à peu, prirent diverses couleurs. L’intercommunauté, généreuse, mit à la disposition des habitants des bacs jaunes pour les bouteilles plastique, des rouges pour les packs alimentaires, des verts pour le verre, des bleus pour le papier. Ces bacs sont tous de mêmes dimensions : environ 1,20 m de haut, 0,50 de côté, que les classiques bacs noirs réservés au tout-venant. Il y eut même une campagne pédagogique, appuyée sur de nombreuses communications dans la presse et un dépliant en quadrichromie sur papier glacé qui a dû coûter cher aux contribuables producteurs de déchets, ce qui fait que seuls les daltoniens risquent de s’y tromper. C’est là que le bât commence à blesser : si les bacs de couleurs vives ont été mis à disposition en quantité suffisante, à tel point qu’on se demande s’il ne s’agit pas d’incitation à la boisson, les bacs noirs n’ont pas été multipliés, même quand une tournée de ramassage a été supprimée. Ainsi, je compte trois bacs à bouteille plastique pour deux doubles bacs à tout-venant sur un emplacement qui dessert 54 logements. Le résultat est que quand le chien Bonhomme se promène le dimanche soir dans le quartier, il trouve immanquablement l’une ou l’autre carcasse de poulet, ce qui nuit à sa digestion. Mais comment éviter qu’un chien fouille dans les innombrables sacs empilés autour des bacs, qui sont trop pleins ? Il doit pourtant bien y avoir aux services techniques un ingénieux ingénieur plus doué que moi en calcul, pour résoudre l’équation suivante : f x V x [J1-J2] = N, où f = nombre de foyers ; V = volume quotidien de déchets ; J1-J2 = nombre de jours entre deux ramassages ; N = nombre de bacs à installer.

Richard Adam.