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ANNÉE 2010

N°26 - N°27 - N°28

jeudi 28 juillet 2011, par Le Picot




FÉVRIER 2010 (N°26)




Les comités de quartier

Que nous disent Dauzat, Dubois et Mitterand (Henri !) dans le Larousse étymologique ? Comité : de l’anglais commitee, vient de to commit = confier. Il devrait donc y avoir une véritable relation de confiance entre les comités de quartier et la municipalité qui les suscite. Autant dire que c’est mal parti, à Clamecy, avec une commune coupée arbitrairement en trois morceaux, à l’emporte-pièce, sans tenir compte des conditions spatiales : Moulot, hameau à 4.5 km du centre constitue un quartier à lui tout seul, tout autant que Pressures, à 3 km ou Sembert-le-Haut, à plus de 2 km. Les faubourgs du Beuvron, de Bethléem, le Crôt-Pinçon (la Butte) ont déjà une histoire concrète, un authentique vécu de quartier. Ensuite le groupe majoritaire de la Gauche nouvelle (puisqu’il n’y a jamais eu débat au sein du conseil municipal ; " Laissez-moi appliquer mon programme. " fut la réponse du maire aux deux élus de la liste Une démocratie directe pour Clamecy, peu après son élection), le groupe majoritaire, donc, tente d’assurer sa mainmise sur les ensembles artificiels créés : réunion biannuelle, encadrée fermement " animée [!, c’est donc de ceux-ci que proviendront l’âme, l’esprit, la vie du comité] par trois élus et présidée par le maire ou un adjoint " (présider : du latin praesidere = être assis en avant, être à la tête). Les dix représentants (sic) du quartier ne sont pas choisis par leurs concitoyens mais par le hasard (tirage au sort dans le respect de la parité, léger paradoxe). On le voit, un système " démocratique " bien verrouillé, d’autant qu’il n’est, nulle part, question d’un budget, du fameux " budget participatif ", celui qui permet au groupe d’agir concrètement, en opérant des choix dignes de ce nom, puisqu’il faut définir des priorités financières avalisées par tous. C’est peu dire que l’on assiste à la naissance d’un simulacre de démocratie locale, aux antipodes des mouvements créés il y a déjà quelques décennies au Mali ou au Brésil, pays souvent regardés avec bien de la commisération... Il est vrai que l’objectif, à Clamecy, est fort modeste : " nous sommes certains que vous apporterez une pierre à la construction de Clamecy ". Une pierre, c’est si peu, en tous cas, il n’y a guère de risque qu’il s’agisse d’un pavé ! Une seule consolation à la lecture de la page 12 du bulletin municipal (article non signé) : " à plusieurs on est plus intelligent, plus efficace. " Compris les adeptes du pouvoir solitaire et les praticiens du cumul des mandats ?

Dominique Girault.






Cuisine d’antan, recette d’aujourd’hui

La démocratie locale façon grand-mère


- Préparez une pâte à pizza. Laissez reposer la boule de pâte dans une tiède quiétude pendant quelques mois. Faites ensuite vigoureusement tourner afin d’étourdir les germes pernicieux. Abaissez la pâte, un peu d’humilité ne nuira pas au fond de la préparation. Lorsque l’ensemble vous paraît rasséréné, étalez sèchement et, d’un grand coup de sabre, faites trois parts sans craindre de trancher dans le vif, ni de mêler jour et nuit, chèvre et chou, chien et chat, Pierre et Paul...


- La garniture demande doigté : quelques composants risquent de dominer les autres ingrédients. Coupez ce qui dépasse et renoyez ce qui surnage. Faites confiance à votre instinct mais ne laissez surtout pas cristalliser le mécontentement (à éliminer comme tout grumeau) ou caraméliser l’indépendance d’esprit (qui rendrait votre préparation trop dure). Lestez chaque part de trois pruneaux piqués fermement. Les bulles éventuelles devraient crever promptement. Attention, ce n’est pas une galette des rois (quoique...). N’y jetez ni fève, ni pièce d’or. La pâte risquerait de gonfler démesurément et de s’échapper du moule (car le moule est obligatoire pour éviter toute anarchie ou dérive autonomiste).


- Couvrez bien, d’un solide couvercle, à chaque fois que la cuisson commence. Il serait trop bête de perdre le contrôle physique ou visuel de votre préparation. Evitez de la faire revenir dans vos menus plus de deux fois l’an, il n’est pas sain d’accoutumer vos hôtes à un tel délice.


- Elle se consomme avec un brouilly 2007 ou un moulin-à–vent 2008.

Dominique Girault.


Notre suggestion pour un repas de fête :

- terrine du chef (avec quelques cornichons)
- soufflé de zizanie
- vol-au-vent de nos promesses
- démocratie locale façon grand-mère (recette de ce jour)
- faux-filet de solidarité avec sa purée de démagogie
- salade d’orgueil et son coulis d’ambition
- surprise des Halles
- beignets d’illusions
- vins : mousseux, sidi têt-ouah






DÉMOGRAPHIE :

860 habitants en moins à Clamecy depuis 1990.

L’I.N.S.E.E (Institut National de la Statistique et des Etudes Economiques) vient de publier les chiffres de la population légale 2007 en vigueur au 1er janvier 2010. Il apparaît que le déclin démographique de la Nièvre se poursuit. La Nièvre qui est le département le moins peuplé de Bourgogne et le seul à perdre des habitants (moins 3 710 depuis 1999) compte 221 488 habitants. Elle est le troisième département métropolitain à perdre le plus d’habitants.

Le canton de Clamecy qui compte 14 communes (les 13 de la C.C.V.Y plus Pousseaux) n’échappe pas à cette tendance. Il a perdu 731 habitants depuis 1990, dont 425 depuis 1999 contre 306 entre 1990 et 1999. Sa population se chiffre à 8 122 contre 8 547 en 1999 et 8 853 en 1990, celle du territoire de la C.C.V.Y à 7 924 contre 8 327 en 1999 et 8 656 en 1990. En près de 20 ans (entre 1990 et 2007), Clamecy a perdu 860 habitants, sa population passant de 5 284 en 1990 à 4 424 en 2007 (4 806 en 1999). Le déclin est donc constant. Pour nos élus, la première tâche est de l’enrayer et non pas d’annoncer comme Claudine Boisorieux l’avait fait dans son programme électoral que Clamecy compterait 6 000 habitants en 2015. Ce n’est même pas mission impossible... Si la population du canton et celle de la C.C.V.Y enregistrent une baisse c’est notamment à cause de la chute de celle de Clamecy. Certaines communes connaissent des hausses constantes comme Armes (+ 44 entre 1990 et 2007), Billy (+ 23), Chevroches (+ 30), Surgy (+ 70), Villiers-sur-Yonne (+ 50). Breugnon qui avait vu sa population baisser entre 1990 et 1999 retrouve, une unité près, sa population de 1990. Situation similaire pour Rix. Brèves qui avait augmenté, baisse mais compte une population supérieure à celle de 90. Dornecy avait augmenté mais baisse et retrouve une population pratiquement égale à celle de 90. Trucy qui avait vu sa population baisser entre 90 et 99 se stabilise. Oisy et Ouagne qui avaient augmenté enregistrent une baisse et voient leurs populations inférieures à celles de 90. Enfin, Pousseaux qui avait connu une hausse retrouve sa population de 90. Ces hausses et ces stabilisations s’expliquent, entre autres, par le fait que d’anciens Clamecycois se sont installés dans ces communes et continuent d’y emménager pour échapper aux impôts élevés de Clamecy.

Michel Melka.







Sous les pavés, la halle ?







DEVINETTE

Quel est le seul endroit de Clamecy où vous ne puissiez pas trouver Le Picot (ni le 26 que vous lisez aujourd’hui, ni aucun des 25 précédents) ? Je vous mets sur la piste : c’est un lieu où a été célébré plusieurs fois, et encore récemment, le pamphlétaire Claude Tillier, chantre de l’ordre et du pouvoir, comme chacun sait ; un lieu où s’organise tous les ans un concours de pamphlets (oui, oui, de nos jours !). Vous ne voyez pas ? C’est un endroit où vous pouvez savoir tout ce qui se passe sur la planète (Courrier international, Le Monde, Le Monde diplomatique, ...), en France (même grâce au Canard enchaîné), dans notre région (bulletins de diverses associations de Dornecy, Billy-sur-Oisy, Corvol-l’Orgueilleux, ...). Eh bien, ce portail d’accès à la culture universelle et fermé au Picot, c’est la médiathèque de Clamecy ! Il est difficile de retracer l’histoire de cet oukase et surtout sa provenance exacte, mais il est de fait que l’accès gratuit au Picot est refusé aux usagers à la suite d’une décision prise autrefois à la mairie, semble-t-il. D’aucuns s’en offusquent mais ils se trompent. Grâce à cela, les Clamecycois sont OBLIGES d’acheter Le Picot pour le lire, s’ils ne peuvent emprunter celui du voisin, et le succès d’une diffusion payante dépassant presque constamment les 1 000 exemplaires, sur une région petitement peuplée comme la nôtre, est bien le résultat de la stratégie économique géniale d’un ami anonyme de notre journal. Saurons-nous un jour qui nous devons remercier ? Toute l’équipe de rédaction (totalement bénévole, il est bon de le rappeler) rêve d’envoyer à ce héros une boîte de bûchettes de Clamecy ou un cornet de chie-dans-l’yeau de notre maître pâtissier-chocolatier local.

Dominique Girault.



P.S - Pour les amateurs de lecture gratuite, qui ne craignent pas le mal des montagnes, la bibliothèque de la Société Scientifique et Artistique de Clamecy, au deuxième étage, au-dessus de la bibliothèque des adultes, nous fait l’honneur (artistique !, scientifique !) d’héberger toute notre couvée de Picots.





Quel avenir pour le faubourg ?

En novembre 2006, le conseil municipal dans lequel figurait Claudine Boisorieux au poste de première adjointe adoptait le projet de réhabilitation du faubourg de Bethléem présenté par Régis Bertrand, maire-adjoint en charge des travaux “ Il convient de recomposer ce quartier et de lui redonner sa place dans la ville. c’est un projet à horizon lointain d’environ dix ans “ expliquait-il.

Lors de ce même conseil, il avait été donné à Nièvre Aménagement la mission de lancer une étude d’assistance à maîtrise d’ouvrage d’un montant estimé à 22 400 euros. Peu de temps auparavant, la ville avait acquis, pour une somme de 27 000 euros un petit immeuble sis au 13 faubourg de Bethléem. Cette acquisition s’ajoutait à de nombreuses autres (plus d’une dizaine au total) concernant des immeubles, garages et jardins. Aucune opposition ne s’était manifestée au sein du conseil à propos du projet et de l’étude. A l’époque, dans Le Picot, nous avions émis des craintes à propos de ce projet établi sans concertation, qui s’annonçait grandiose, “ bardinesque “ (pour reprendre l’expression de certains) comme les précédents (place des Jeux, traversée de la ville, rue Marié Davy). Désormais, la nouvelle municipalité semble vouloir tirer un trait sur ce projet. Ainsi, en décembre dernier, la ville a revendu, pour 45 000 euros, l’immeuble dit Sorensen, un ancien relais de Poste, sis au n° 25 et qu’elle avait acheté au début des années 90. Une décision prise à l’unanimité moins les absentions de Serge Fresneau, membre de l’ancienne municipalité, et Pascale Mahé (tous deux du Parti Communiste Français). “ Cette vente va à l’encontre de la politique d’achat pour le projet de réhabilitation. On ne peut pas acquérir des immeubles avec la perspective de promouvoir une réhabilitation de ce quartier historique des Flotteurs, bloquer une somme d’argent importante et décider la vente de ce que l’on a acheté hier “ déclarait l’élu du P.C.F qui, dans “ Demain “ le journal de la section du P.C.F souligne “ Il faudra bien que le nouveau conseil municipal reconnaisse son intention de rayer cette réhabilitation de leurs (sic) objectifs “ et conclut “ affaire à suivre “. Dans le JdC du 4 février, François Collenot, le secrétaire général de la mairie, déjà en poste sous la précédente municipalité dont les chefs de file étaient Bernard Bardin et Claudine Boisorieux, qui avait approuvé le projet, explique ce changement de politique. “ La collectivité n’a pas les moyens de refaire un quartier à neuf. Cette réhabilitation ne peut se faire que par un partenariat public-privé. “ Pourquoi pas, vu l’état des finances de la Ville. Mais pourquoi Claudine Boisorieux n’avait-elle pas défendu ce point de vue lorsqu’elle était première adjointe ?

Michel Melka.




JUIN 2010 (N°27)




CLAMECY : MUSEIFICATION*

LENTE ET PROGRAMMEE DU CENTRE VILLE


Des recettes simples pour embellir et vider le centre ville d’une petite ville, appliquées à Clamecy.

Les préparatifs

1/ Préparer un POS (appelé PLU maintenant) qui prévoit la mise en valeur du centre ville : grâce aux aménagements urbains vider le centre de ses usagers afin que les touristes puissent prendre des photos sans être gênés. Ce POS prévoira aussi de vider le centre ville de ses organes vitaux, à savoir les activités artisanales, et d’éloigner aussi les autres activités et lieux de production en ne laissant que les commerces et les services individuels (non collectifs) : mettre de côté bien à l’écart du centre ville toutes ces activités productives mais trop remuantes en créant une zone artisanale. Le centre est maintenant privé de ses sources d’énergie, et sa population non active coupée des lieux de travail, favorisant l’oisiveté et l’ennui.

2/ Avant chaque recette prendre soin de supprimer le maximum de parasites, les voitures et leur stationnement. Ces parasites à carapace et 4 pattes rondes amènent d’autres parasites mous sans carapace et à deux pattes qui envahissent le centre ville : personnes âgées, ou pressées, ou chargées, ou encombrées d’enfants, et même des étrangers à Clamecy, voisins ou touristes. De plus, les habitants riverains devront déménager s’ils ont une voiture. Les commerces et services qui resteront se débrouilleront pour subsister car « no parking, no business ». Et comme le nombre de commerces va aller en diminuant, le centre ville sera moins attractif, donc, moins de monde, et progressivement le but sera atteint.

Commencer : à chaque recette, garder à l’esprit qu’il faut supprimer les espaces collectifs de rencontre existants. Comme à Clamecy la mémoire collective est très forte, les nouveaux espaces créés resteront vides.

Entrée, pâté de volaille en croûte


Prendre pour commencer la rue la plus passante de la ville, nommée rue de la Monnaie. Attention, la recette est longue mais d’autant plus efficace. Supprimer la circulation automobile, et tous véhicules. Défoncer y compris les fondations des vieux bâtiments pour que votre moule soit bien propre. Nettoyer les viscères puis farcir au béton sur 2 m de hauteur au cas où des véhicules lourds viendraient à passer, cela prendra 2 ans pendant lesquels les passants habituels se décourageront. Monter la sauce, rectifier la pente pour la rendre plus difficile à monter : supprimer le plateau d’arrêt à mi-pente qui permettait un stationnement réparateur et propice aux discussions. Parfumer la croûte pavée avec quelques morceaux de truffes, pavés noirs bien glissants pour décourager les récalcitrants qui continueraient à monter après les travaux, d’autant que la moitié des magasins auront fermé. Déguster en toute quiétude.

Plat de poisson, maquereaux rafraîchis


Prendre la place des Jeux jouxtant le port. C’est un des plus beaux endroits de Clamecy, occupé par une place latérale et un parking régulier. Mais cette place est occupée par des parasites : vieux marronniers centenaires sur terre battue et aussi des pavés, c’est sale. Couper les arbres, et bien décaper y compris les dalles en pierre longeant les maisons, ce sera plus relevé si vous remplacez par du goudron. Ne pas se préoccuper pas des abords, ces vieux murs mal alignés ne sont plus comestibles et se concentrer sur votre œuvre qui doit figurer bien en vue au milieu de la place. Etaler deux poissons ouverts en long dans le sens de la place, presque jusqu’aux murs : disposer des places de stationnement en épi dans le sens des arrêtes. Laisser de la place entre les deux poissons pour garnir avec deux rangées de ramequins dans lesquels vous aurez piqué du persil. Rajouter une giclée d’eau centrale pour garder votre poisson et le persil au frais. Ne pas oublier pas de retirer les thermomètres que vous aurez pris soin d’installer pour prendre la température de cuisson, car le poisson se dessèche vite. Surtout ne pas oublier pendant la préparation de retirer les petites arrêtes gênantes : familles se promenant avec des poussettes, joueurs de boules, vieilles dames tricotant assises sur des bancs, promeneurs de chiens, touristes et flâneurs. Penser à ceux qui ne supportent pas le poisson : indiquer au sol par un filet bleu la direction des toilettes municipales depuis l’entrée de la place pour ceux qui seraient déjà incommodés en arrivant en ville. Vous pouvez aussi y rajouter un tracé lumineux pour les soirs d’été, qui mènera aux toilettes fermées, mais les touristes seront quand même touchés par votre attention.
Vous avez supprimé une place, ses occupants et 6 places de stationnement, votre recette est réussie. Enfin la place des Jeux sera rebaptisée parking des Jeux.

Entremets


Une pose s’impose : installer des ralentisseurs et compliquer le stationnement en parsemant la ville d’amuse-gueules : un jeu de quilles Porte Randan fera les choux blancs des carrossiers du coin. Des baïonnettes dans les avenues pimenteront le quotidien des chauffeurs de cars et de camions de livraison. Le rétrécissement de la rue de Druyes et son passage en sens unique enverront les riverains aux fraises. Rue du Grand Marché et route d’Auxerre, les trottoirs seront refaits et les handicapés et les poussettes l’auront dans le baba.

Plat de résistance


Le plat de résistance n’offrira aucune résistance, vos invités n’ont plus très faim. Les Clamecycois sont las après leur bataille contre la reconstruction de l’immeuble du Grand Marché. Vous pouvez faire n’importe quoi, et aménager la rue Marié-Davy avec la place Emile Zola comme bon vous semble. Place Emile Zola, le plat destiné à recevoir la recette est rectangulaire et nous vous proposons donc de préparer un pavé de bœuf, ou des andouillettes spécialité de Clamecy… Non, vous préférez resservir un plat de poisson qui sera plus réussi qu’à la (défunte) place des Jeux car vous vous êtes fait la main. Et c’est bon pour la santé. A adapter car le plat est plus petit : commencer par chasser les mouches qui virevoltent au milieu de la place : des enfants jouant au foot ou au skate, ils n’ont rien à faire là, à jouer près de chez eux ! Qu’ils aillent au diable Vauvert ou à la Tambourinette de l’autre côté de l’Yonne où des aménagements sont prévus pour ça. Supprimer à nouveau la place en plaçant au centre un seul poisson ouvert : les places de stationnement seront placées en épi suivant la direction des arêtes et planter juste un beau bouquet de persil à chaque bout.
Cette recette est encore réussie, la place est transformée en parking, il n’y a plus d’occupants, et vous avez supprimé 4 places de stationnement. Rue Marié-Davy, comme cela ne se marie pas vraiment avec le poisson, servir séparément des spaghettis préparés de la manière suivante : rétrécir les trottoirs devant les commerces animés ou devantures devant lesquelles on s’arrête, et les élargir devant ceux qui sont peu fréquentés voire abandonnés. La chasse au piéton bavard est ouverte, l’armurerie est au début de la rue. À l’autre bout de la rue, ces piétons avaient pour habitude de traverser le carrefour dans tous les sens. Poser de coquettes barrières pour les arrêter et les moutons seront bien gardés, surtout que la boucherie est à côté. Dommage, vos invités sont saturés de poisson, ils n’ont vraiment plus faim pour du gigot.

Fromage exotique


Le fromage a été installé sur la table avant le plat de résistance, mais trop tôt pour le déguster. Maintenant on n’a vraiment plus faim, mais pas de repas sans fromage, on est en France. Donc pas de ville digne de ce nom sans rond-point et Clamecy n’en avait pas. Trouver un emplacement assez spacieux, même s’il n’y a pas de problème de circulation, et surtout régulièrement occupé par des badauds en conversation en plein milieu.
Toujours penser à chasser ces intrus qui ne sont pas décoratifs. Installer au milieu un beau rond-point à points, il n’est plus rond mais ovale. Rajouter des marches à chaque extrémité pour le traverser avec un joli petit pont au milieu entouré de bambous. Comme les marches constituent un obstacle, plus personne n’ira et fera difficilement le tour de la place, donc encore un nouveau désert. Le fromage pourra ainsi être dégusté en toute tranquillité.
Les Clamecycois sont maintenant au bord de l’indigestion et leur porte-monnaie crie famine. Le patron du restaurant a changé, mais le chef de cuisine est toujours le même depuis 30 ans, qui n’est pas avare de ses recettes.
Alors continuons l’œuvre déjà accomplie, le festin n’est pas fini.

Le dessert : gâteau de Bourgogne


Le dessert doit être le couronnement du repas. Pour cela, vous prendrez la place principale du centre ancien : la place entre la mairie et la collégiale (place du 19 août), occupée intempestivement par les véhicules, surtout les jours de marchés. Vous êtes maintenant bien rôdés, et commencerez donc par supprimer le stationnement des voitures et camions. Après avoir mis plusieurs couches de feuilletage pour rehausser le niveau côté mairie, vous tapisserez de dalles de Bourgogne… Vous apporterez la cerise sur le gâteau car la ville est encore animée les jours de marché : sabotez le marché. Rien de plus facile, vous avez déjà retiré le stationnement de voitures et camions. Il vous reste à sortir les fruits et légumes à l’extérieur côté sud, dans la rue de la Halle en courant d’air. Les denrées seront gelées l’hiver et desséchées l’été et les commerçants s’en iront d’eux-mêmes. Comme par manque de commerçants il y aura moins de consommateurs, les commerçants subsistant sous la halle s’en iront aussi. Faites durer la préparation de la recette autant que possible : 6 mois pour le gâteau ; 6 mois et un an après pour la cerise, cela fera 2 ans, car en évacuant ces indésirables pendant les travaux, ils reviendront moins nombreux s’il en reste.

Champagne


Servez bien frappé. Faites sauter le bouchon, déplacez le buste de Claude Tillier.
- Le truc du chef bien connu des cordons-bleus : ne négligez pas l’accompagnement des plats : à chaque rénovation de façade et quelle que soit son époque, badigeonner de jaune d’œuf, cela donne de l’éclat. Prendre des œufs de nos poules fermières, il est bien orangé et cela n’en sera que plus appétissant.
- La difficulté de ces recettes est de pouvoir garder les plats au chaud, car vous aurez du mal à retenir vos invités (touristes et gens des environs) avec des cadavres froids, même maquillés à grands frais pour la photo souvenir. S’ils sont tous partis, vous pourrez toujours inviter pour le champagne les supermarchés reconnaissants.

Sylvie Bretaudeau.



* Ces recettes ne s’appliquent pas forcément à une grande ville
* Muséification : terme urbanistique - transformation en objet de musée.




Les comités de quartier seront-ils entendus ?

Les membres des comités de quartier ont été choisis. Faute d’avoir été invité au " fameux " tirage au sort (voir Le Picot 26), nous ne pouvons en dire davantage mais reconnaissons aux candidats l’honnêteté de leur démarche, dans le désir de servir leurs concitoyens.

La réunion de prise de fonction a pu en inquiéter un certain nombre. Après leur avoir déclaré qu’ils ne seraient ni infirmières, ni assistantes sociales, Daniel Wittmer leur a demandé de veiller à la survie des habitants âgés de leur quartier, en vérifiant que les volets de ceux-ci étaient ouverts. On suppose donc qu’il s’agit d’une tâche quotidienne si l’on désire être efficace dans ce domaine... Les deux premières réunions avec les habitants ont eu lieu au mois de mai, d’abord à la Ferme-Blanche (Ferme-Blanche, Route d’Armes et d’Auxerre et zones adjacentes jusqu’à Sembert !) puis pour le " quartier " Ferme des prés/Beaugy/Crôt-Pinçon. Qu’en ressort-il ? Des demandes simples que pourtant les municipalités successives ont considérées comme annexes et qu’elles n’ont jamais voulu exaucer (pas assez coûteuses ?). C’est le cas par exemple d’un leit motiv qui devrait ressurgir pour la zone Moulot quartier du Beuvron centre ville. Depuis plusieurs décennies, les riverains plaident pour la mise en place de moyens pour ralentir les véhicules et les inciter à respecter les passages pour piétons. Or, à chaque fois, la réponse des élus ou des techniciens (et du premier d’entre eux, l’inamovible secrétaire général de la mairie) a été d’opiner du chef, c’est le cas de le dire, tout en déclarant que c’était compliqué, que c’était une question de civisme, que les solutions proposées risquaient d’être pires que le problème et, finalement, de ne rien faire. Pas de stops dans les longues lignes droites, mais d’hypothétiques priorités à droite, pas de ralentisseurs et pourtant Nevers et Auxerre les pratiquent abondamment, il doit y avoir quelque raison, des chicanes symboliques et donc inefficaces ou des rues rendues tellement étroites qu’il en devient dangereux d’y croiser un camion ou un autocar, même à vitesse réglementaire ! (voir devant l’école Claude-Tillier). Autre grief, le stationnement anarchique, en particulier sur les trottoirs. Là aussi, en dehors des beaux discours, peu d’actions : que celui qui a vu l’un des deux agents de police municipaux verbaliser pour ce motif ou pour le dépôt d’ordures sur l’espace public écrive au Picot. Quand une information correcte ne suffit pas à pallier un manque d’éducation, il faut bien envisager un peu de répression ou accepter de passer pour un élu idéaliste et velléitaire, porte ouverte comme chacun sait à des choix politiques plus musclés...

Dominique Girault.






Projet de lotissement à la Postaillerie

On nous décrit un lotissement idyllique dans le dernier bulletin municipal : cadre verdoyant à 15 mn du centre ville (à pied, en voiture ou en vélo ?), maisons bien orientées, allées piétonnes et cyclistes, voiries limitées à 4 mètres (pour les voitures ?)

Les lotissements de ce type réalisés il y a 30 ans étaient alors à la pointe du progrès, mais plus maintenant ! On n’en est plus là. Bien que le pourcentage de Français souhaitant une maison individuelle soit en augmentation, il va falloir abandonner les rêves de maisons individuelles en périphérie des centres ville, pour des questions de prix de réseaux et de consommation de carburant afin que les habitants se rendent aux commerces, services et lieux de travail ou d’enseignement. De plus les lotissements sont de véritables ghettos sociaux, sans mixité sociale, sans mixité entre générations, et sans lieux de rencontre collectifs.
Pour ce qui concerne La Postaillerie, on peut douter de la future mixité sociale, car ces logements ne seront pas en location mais en accession à la propriété. On nous indique que les candidats aux revenus modestes pourront bénéficier d’un Pass-foncier s’ils sont primo-accédants. Cela est louable, mais le plafond de revenus pour en bénéficier est celui du prêt à taux zéro, ce sont donc les mêmes qui vont postuler au prêt à taux zéro. Ce prêt ne couvre pas toute la somme empruntée et les bénéficiaires ne peuvent que rarement emprunter car la charge de remboursement serait trop lourde au regard de leurs ressources, le plafond de ressources pour en bénéficier est très bas, ce qui fait qu’il est rarement utilisé. Les mesures proposées par le Pass-foncier faciliteront son accès en diminuant le prix de l’immobilier, mais il y aura quand même peu de candidats car le plafond de ressources imposé entraîne un endettement de longue durée. Il est d’ailleurs à noter que le terrain ne sera payé qu’après, au mieux dans 15 ans, au pire dans 25 ans, ce qui rallongera la durée de l’endettement.

Pour ce qui concerne d’éventuels lieux de rencontre collectifs, pas un mot, il est vrai que le souci des pratiques urbaines ne fait toujours pas partie des projets clamecycois.
Actuellement la politique urbaine tend à densifier les centres ville pour éviter ces problèmes et pour les redynamiser. La commune de Clamecy paye très cher un consultant pour refaire les vitrines des magasins, mais il faudrait peut-être s’attaquer au fond du problème à savoir la désaffection des usagers et le départ des habitants du centre ville. Il est difficile de se garer à proximité et “ no parking, no business “ ; ceux qui prennent leur voiture pour aller travailler partent directement au supermarché avec plutôt que de retourner en ville. Cette densification serait d’autant plus aisée que la commune possède un important parc immobilier qui se dégrade en centre ville. A l’heure où il est prévu de mettre ce centre ville en valeur, quelle contradiction ! On va me rétorquer, oui mais ces logements n’auront pas les avantages de la maison individuelle. Quels sont ces avantages : pouvoir garer sa voiture à côté de la maison, avoir un jardin potager et, ou un espace extérieur, et des aires de jeux extérieures pour les enfants.
Un aménagement de la ville pourrait répondre à ces besoins : en aménageant des stationnements en ville avec une répartition raisonnée entre les espaces piétons et de stationnement, en créant des espaces collectifs et de jeux, qui existaient et ont été supprimés.
Quant aux jardins, la ville possède également des jardins abandonnés sur le coutas des Récollets qui pourraient être loués avec les logements.
Quant aux espaces verts tant vantés qui seront dans l’environnement du lotissement et aussi dans les terrains des maisons individuelles, nous avons quand même la chance d’être à proximité immédiate de la nature, où l’on peut aller se promener le dimanche au lieu de tondre la pelouse et tailler les haies. Pour les petites fleurs, il y a les fenêtres et balcons.
Une autre solution serait un éco-quartier, qui en habitat groupé regroupe tous les avantages du lotissement et les services du centre ville, en y rajoutant la collectivisation des réseaux, des espaces collectifs et des sources d’énergie écologiques si possible communes, le tout géré collectivement. Cet habitat groupé doit donc être construit globalement, qu’il soit en copropriété ou en locatif. Ce type d’opération n’est possible que dans les grandes villes, car comment à Clamecy créer un quartier avec ses lieux de travail et services collectifs pour diminuer les transports, alors que ceux-ci sont déjà en récession à l’échelle de la ville.
Il serait quand même possible de réaliser un projet approchant, avec au moins la partie réseaux et sources en nouvelles énergies collectives, ainsi que les espaces de rencontre.
Cela aurait pu aussi être demandé à l’occasion de l’opération de rénovation* de la Ferme Blanche, pour laquelle le conseil municipal a voté des subventions à Nièvre Habitat sans connaître le projet et sans contrepartie.

Sylvie Bretaudeau.



* Petit lexique :

- Rénovation : démolition et reconstruction
- Réhabilitation : remise en état
- Restauration : remise en état suivant la construction d’origine
- Réutilisation : changement d’affectation (type d’occupation)

Douce France.

De quoi avait peur le consulat de France au Mali qui a refusé leurs visas à deux Maliens qui devaient participer à la quinzaine culturelle organisée par la Maison Citoyenne du 3 au 16 mai à Clamecy et Brinon ? Que ces deux hommes, l’un musicien et forgeron, l’autre, habitué des échanges entre le Mali et le Haut Nivernais soient de dangereux terroristes ou de futurs sans papiers ? Aucune explication n’a été fournie pour ces refus. L’association a dû annuler tous les rendez-vous interculturels. Cette affaire a été relayée par des médias nationaux et évoquée aux assises nationales de la Ligue des Droits de l’Homme à Paris. A Clamecy, plusieurs dizaines de personnes ont manifesté devant la boutique citoyenne. Dans Bakchich hebdo n° 27, dans l’article “ La France brade ses visas “ on apprend, grâce au livre “ Les diplomates, derrière la façade des ambassades “ que l’Etat, dans les consulats, comme dans d’autres secteurs, réduit les personnels. Consé-quence, il externalise et confie à des sociétés privées la collecte de demande de visas. L’attribution de visas aux étrangers est pourtant l’une des missions régaliennes de l’Etat.




NOVEMBRE 2010 (N°28)




CLAMECY

LA HALLE A COUCHÉ, ELLE SERA RASÉE...

Si l’on s’en tient aux dernières annonces “ officielles “, il ne reste plus que six marchés dans la configuration actuelle avant le grand chambardement. Ceci relève toutefois de la supputation, compte-tenu du peu d’information dont on dispose quant à l’avancement du projet de rénovation.

Le marché : Destruction d’abord et concertation après...

En effet on ne peut pas dire que la procédure baigne dans la concertation et la participation, ceci malgré les moulinets et promesses verbales relevés dans “ Vivre à Clamecy “, l’organe d’information de l’équipe au pouvoir à Clamecy et des bribes lâchées dans les colonnes du Journal du Centre. Il est symptomatique et inquiétant pour la démocratie locale, que l’on en apprenne plus via les médias locaux, qu’à l’interrogation des élus. Sans abuser de la “ novlangue “ et des “ éléments de langage “ chers à Sarkozy, force est de constater que la méthode de gouvernance s’en rapproche !
Il suffit par exemple de déclarer lors d’un conseil municipal “ je suis à la disposition de l’AUCAP1 “, le tout appuyé par de fréquents - “ concertation “, pour faire croire à l’opinion publique que l’AUCAP en question est écouté et entendu !
Pour rappel, l’AUCAP a réalisé une étude grandeur nature des us et pratiques des usagers (plus de trois cents réponses) qui fréquentent le marché de Clamecy. Dans la foulée, un rapport détaillé2 a été réalisé, établi par les professionnels et les usagers. Mais l’AUCAP devra se contenter d’avoir travaillé, réfléchi, étudié des solutions qui seront restées lettre morte. Ceux qui ont participé à ce travail collectif apprécieront...

A ce jour, aucune réponse, aucun avis positif aucun négatif, le silence total ! Oui mais certainement dans la concertation...
Il ne fait décidément pas bon être citoyen de base, usager lambda, professionnel non sédentaire à Clamecy par les temps qui courent, l’oreille des instances dirigeantes semble leur être fermée. Dans le même temps, la danse du ventre des bureaux d’études, coordinateurs, architectes, cabinets conseils opère un charme certain, c’est tellement confortable de ne pas avoir à réfléchir !
Bref, à ce jour, les seuls éléments d’informations que l’on peut retenir, c’est que le marché va déménager à une date incertaine, dans un lieu incertain, que le marché se tiendra ultérieurement sur “ l’esplanade de la Mairie “ et non plus rue du Grand Marché (faudra penser à la débaptiser...), que les emplacements de stationnement seront par conséquence supprimés, qu’une navette sera peut-être affrétée, et que les pavés de la halle iront rejoindre leurs frères de la rue Marié-Davy dans la cour de l’ancien C.E.T.
Une chose est par contre certaine, c’est le coût de la blague : 2 400 000 euros, subventionnée à 65 %, les lecteurs s’amuseront à calculer ce qu’il reste à la charge du contribuable clamecycois, pour un projet qui en définitive pourrait s’avérer bien décevant...

Alain Chasseuil.



1 - Association des Usagers Commerçants Artisans Producteurs du marché de Clamecy
2 - http://www.aucap.org/uploads/docume...





ZOOLOGIE

Deux nouvelles espèces pour la faune clamecycoise

Le Journal of Nivernaeus Zoology est heureux de présenter dans les colonnes du Picot les passionnantes découvertes du Professeur Laborieux, Docteur honoris causa de l’université de Whitefarm, diplômé du Post Institute de LAVNUDLAGAR (Colifournie), correspondant de l’Académie des Sciences infuses de Kioulangees-on-the-Ionne, etc.

I Le Pavé poreux

Le Pavé poreux (Cubicus camisaque) est endémique de Clamecy, c’est-à-dire qu’il n’existe que dans cette riante cité. Cet être, à la fois rare et sociable, a été découvert dans la pénombre des Halles de la Mairie. L’animal n’est guère remuant et vit en bancs denses, qui avaient échappé aux scientifiques jusqu’à présent mais qui le protègent de ses prédateurs. Ceux-ci, à vrai dire, sont peu nombreux. L’un, Gelus pierrefendis, saisit parfois l’un ou l’autre des paisibles brouteurs de sable par surprise. Touché au cœur, le Pavé poreux semble intact. Pourtant, plus aucun ressort ne l’anime, toute exubérante allégresse le quitte et l’animal finit neurasthénique, faute d’anxiolytique. L’autre prédateur est plus redoutable quoique aussi insidieux. Il semble profiter de l’extinction pluri-millénaire des voix pavaires pour instiller le virus de l’hygiénisme dans les mammifères qui peuplent les étages supérieurs du bâtiment. Peu à peu, le virus, favorisé par le substrat de l’attrait subventionnal, débilite les capacités de jugement des êtres touchés au point qu’une fièvre modernisante (et foudroyante) les tétanise. Une réaction violente les pousse peu après à l’assaut des bancs de Pavés poreux, dans une transe incoercible, en meuglant : “ Hygiène, lavage, fisac ! “ et autres cris extatiques que la décence nous interdit de reproduire ici.
Notons, à l’attention des pavologistes potentiels, qu’il convient de distinguer le Pavé poreux du Pavé brillant. Celui-ci (Petrus bardini) est d’installation plus récente dans la commune, où il niche essentiellement à l’extérieur. Quelques élans coïtiques lui permettent de coloniser sporadiquement telle ou telle rue, où il fait disparaître Bituminus vulgaris (le Goudron vilain) et où il se dissimule parfois sous Crottis canini (l’Étron toutou), en manière de plaisanterie douteuse au goût de beaucoup. Petrus bardini est (phylogénétiquement) plus géométrique que Cubicus camisaque, en contradiction avec la dénomination de ce dernier. Il se déplace aussi peu, sauf lorsque tombent les feuilles de Tilleul sous les pluies d’automne ou si chutent les températures. Il se dérobe alors de temps à autre, pour la plus grande joie de ces garnements d’oisifs, à l’affût du saut carpé qui précède l’affalement béjartien de leurs malheureux concitoyens.

II Le Bernard-l’ermite du Marché

Le Bernard-l’ermite n’avait pas été signalé à Clamecy depuis l’ère secondaire, lors de la grande transgression marine du Jurassique. Il était alors de taille modeste et vivait parmi les récifs coralliens de Basseville, en compagnie de moult créatures tropicales. Pourtant le Professeur Laborieux a identifié une coquille gigantesque, qu’il suppose destinée au mol animal. Il s’agit d’un volume arcadé, de capacité forte et d’aspect bosselé, muni, et c’est une nouveauté pour les malacologistes, de plusieurs ouvertures symétriques à clapets mobiles. La coquille est aujourd’hui occupée, mais seulement de temps en temps, par une armada de crustacés atypiques (4 appendices visibles au lieu de 10), secouant à qui mieux mieux de minuscules organes sexuels, garnis de gamètes sonnants et trébuchants, plus ou moins brillants, qu’ils s’échangent après de brefs préliminaires, avant d’accumuler dans des amas d’algues entrelacées, fromages, boudins, fruits ou autres déchets trouvés en la vaste coquille. Les parades nuptiales sont bruyantes, cycliques, mais le plus souvent improductives, puisque les bestioles rejoignent l’extérieur sans s’être reproduites.
Le Professeur Laborieux suggère de débarrasser radicalement la coquille de l’ensemble de l’engeance animale qui la dégrade puis de la restituer, propre et vide, au Bernard-l’ermite originel. Seuls quelques biologistes marins et marris, bornés et sectaires, supposent que l’ensemble des crustacés constitue l’écosystème approprié à la coquille. Ils croient stupidement que l’intervention, longue et fort coûteuse au demeurant, brisera une chaîne alimentaire complexe et que la coquille, en quelque sorte restaurée, ne restaurera elle-même plus aucun animalcule, d’autant qu’elle ne sera plus entourée que de matière minérale dont seront exclues Patella quadrigea (La Camionnette à quatre trous), Mytila votrauto (la Moule titude de Bagnols), Manta bilocreno (La Raie fugace) ou Indigenus parlator (le Bigorneau flâneur).

Dominique Girault.



Bibliographie sommaire :
- BALTET Ch. Les bonnes poires Troyes Dufour-Bouquot 1859
- ECO U. Comment voyager avec un saumon Grasset et Fasquelle Paris 1997
- GRIBER Cl., SUTER H. Les limaces sous contrôle Paris Terre Vivante 1991
- STUMPKE H.(Dr) Anatomie et biologie des Rhinogrades Paris Dunod 2000
- VEYRET Y., ARNOULD P. Atlas des développements durables Paris Autrement 2008





LE PLU* NOUVEAU EST ARRIVE

Plan Local d’Urbanisme qui remplace le POS1

L’enquête publique s’est terminée le 9 novembre.

Petit rappel : Le PLU comprend le Projet d’Aménagement et de Développement Durable (PADD) qui est un projet global pour la commune prenant en compte les besoins en matière de logement, d’équipements, d’activités économiques, agricoles et forestières.
Le PADD est le fondement des choix et prescriptions en matière d’aménagement de la totalité du territoire, ce qui se répercute concrètement sur les différentes pièces opérationnelles du PLU : les plans de zonage et la réglementation des zones.
Le PLU de Clamecy comprend donc des zones urbaines denses ou “ résidentielles “, des zones à urbaniser, des zones d’activité économiques, agricoles ou naturelles, ces zones étant réservées à une occupation ou mixtes.
Le seul regret est que les activités économiques (artisanat, industrie, bureaux, commerces, entrepôts, hébergement) soient à nouveau regroupées exclusivement dans les zones artisanales et industrielles, excepté les petits commerces et services qui peuvent rester en ville. Ces regroupements en zones artisanales et industrielles se font pour des raisons de fonctionnalité interne des bâtiments, pour éviter des nuisances, et pour faciliter l’approvisionnement des matières premières. L’exclusion de ces activités économiques des zones d’habitation engendre des zones industrielles exclues de la ville et désertes la nuit, des espaces publics de zones d’habitation sans animation le jour, et plus de trajets obligatoirement en voiture pour se rendre sur les lieux de travail. Pourtant, certaines activités comme l’artisanat par exemple pourraient réintégrer les zones d’habitation moins denses, puisqu’ils étaient implantés en centre ville, il y a encore quelques années et sans problèmes majeurs. D’un point de vue sociologique, l’absence de ces activités dans les zones d’habitation coupe les jeunes et les seniors du monde du travail. Il ne faut pas s’étonner alors que les jeunes rechignent à s’orienter vers des emplois manuels, et que les vieux traînent leurs os en ville coupés du monde actif. Pour les raisons invoquées ci-dessus, cette réintégration d’activités dans les villes se développe ailleurs, encouragée par le Ministère de la ville.

Sylvie Bretaudeau.



* On peut prendre connaissance du PLU à la Mairie tous les jours aux heures d’ouverture.
1 POS : Plan d’Occupation des Sols





DOCU-FICTION

2012 M. et Mme B. retournent faire leur

marché en centre ville



- Ah ! pas de place rue du Grand Marché… Ni aux Promenades, déjà en semaine c’est toujours plein, alors maintenant qu’on peut s’y garer le samedi… Bon, je fais un tour de ville…
- Tentons les parkings, il faut essayer d’être écolo, mais d’abord dépose moi au marché, il paraît qu’il y a un arrêt minute…
- Ah ! Ce n’est plus disposé pareil.
- Forcément, maintenant les forains sont place de la Mairie comme il n’y avait pas assez de place pour les mettre tous dans le Grand Marché. Mais regarde ! avec un peu d’imagination, le stand sur les marches de la collégiale… On voit beaucoup mieux la marchandise, et la collégiale comme salon d’essayage quelle classe !… Et aussi sur le perron de la mairie ! C’est astucieux et le hall peut aussi servir comme cabine d’essayage, c’est quand même plus spacieux qu’un camion.
- Oui, mais c’est un peu passant même le samedi.
- Avec un grand paravent… Et il y en a qui se sont installés dans la ruelle derrière la collégiale, ça fait un parcours surprise, comme c’est amusant !
- Mais tu n’as pas vu le rempailleur installé sur le toit de son camion ! Au moins on le voit bien, cela va arranger ses affaires.
- Oui et ce sera une attraction pour les touristes qui aiment bien photographier le marché. Le marchand de bonbons a disparu !
- C’est aussi bien, les enfants en mangent trop. Bon ! je vais me garer au parking et je reviens te chercher à pied, je serai là dans 1/4 d’heure et je te rejoins sous la halle…

(20 mn plus tard…)

- Ah ! enfin te voilà, regarde les belles dalles calcaires bien propres qu’on nous a mis. Les pavés d’avant ça faisait sale et vieux, maintenant c’est aussi bien qu’au supermarché. Dommage qu’il n’y ait pas les caddies, parce que mon panier commence à être lourd. Prends-le pendant que je finis les courses.
- Oh ! oh ! Regarde en haut ! On dirait un château, c’est cher mais c’est beau ! C’est presque dommage d’y mettre un marché.
- Je n’avais pas vu, tu sais je viens surtout pour regarder la marchandise.
- Bonjour Monsieur P., c’est beau n’est-ce pas ? Je disais qu’on dirait un château.
- C’est bien ça, avec les manants en bas et les châtelains à l’étage.
- Vous avez toujours mauvais esprit ! Le drapeau républicain flotte toujours sur la collégiale.
- Oui, mais pas sur la mairie !
- Bonjour Monsieur C, je disais que c’est bien beau qu’en pensez vous ?
- Il ne faut rien négliger, le cadre de vie c’est important, il faut dépenser l’argent que les Clamecycois n’ont pas, pour relancer l’économie grâce à l’attrait de la ville.
- Vous croyez ?
- Mais oui ! On fait ça depuis longtemps à Clamecy, et voyez le résultat ! De beaux espaces publics néo-congelés et des taxes locales attractives.
- Tu es toujours là ? J’ai presque fini, va rechercher la voiture pour charger.
- J’en ai plein les bottes d’être venu à pied du parking et de porter tes cabas pendant que tu finissais le marché. J’ai vu qu’il y a une navette gratuite, je ne sais pas qui la paie mais profitons-en.
- Dépêche toi parce que moi j’en ai plein les bras. Je t’attends à l’arrêt minute.

(1/4 d’heure plus tard…)

- Ah ! voilà enfin la navette ! Il faut trouver une place. Je vais monter en dernier pour redescendre le premier parce que l’évacuation risque d’être longue. Oui Madame, je vous tiens votre bébé pendant que vous repliez la poussette, mettez-la dans le fond ça gênera moins. Puisque je suis à côté de la porte, je peux bien vous monter les cabas… Il faudrait les mettre dans l’allée sinon on ne rentre pas tous. Une poule ! Dans un carton, mais vraiment il y en a qui exagèrent, heureusement qu’on ne vend pas de cochons sur le marché ! Ne poussez pas derrière ! Ca y est, on est enfin partis pour un petit tour de Clamecy avant d’arriver à mon parking.

(1/2 heure après…)

- Ah ! quand même ! surtout qu’il commence à pleuvoir !
- Oui mais j’ai pu revisiter Clamecy ! et le temps de revenir avec la voiture…

Sylvie Bretaudeau.