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RENCONTRES POÉTIQUES DE BAZOCHES-DU-MORVAN

mercredi 13 juin 2012, par Le Picot





JUILLET 2011 (N°30)




RENCONTRES POÉTIQUES



Samedi Poésies, Dimanche aussi, s’est déroulé pour la troisième année consécutive le premier week-end de juillet à Bazoches. En lisant leurs poèmes et ceux d’autres poètes les auteurs font entendre une voix qui accompagnera les lectures futures des auditeurs de ces rencontres. Les poètes Guy Goffette et William Cliff ont dédicacé, aux lecteurs du Picot, quelques mots et permis la publication de poèmes inédits et extraits.
Nous les en remercions.

Guy Goffette, tour à tour enseignant, libraire, éditeur, a aussi beaucoup voyagé. Poète avant tout, même lorsqu’il écrit en prose, il obtient en 2001 le Grand Prix de la Poésie de l’Académie française et en 2010 le Goncourt de la poésie pour l’ensemble de son œuvre, aux éditions Gallimard.


William Cliff, poète belge et libre, n’a cessé, hors de toute mode, de plier au vers régulier, voyages, rencontres et quotidien le plus concret. A publié notamment chez Gallimard, Immense Existence, et à la Table Ronde, Epopées.



Lettre à mon père

Un jour mon père quand je serai grand
je t’engendrerai je t’offrirai des ailes

une mémoire habitable avec tous les secrets
de l’amour et comment vivre de nous

je te donnerai la combinaison du coffre
de l’enfance et le chiffre de la mer

que tu n’as jamais traversée. Je
te donnerai la barbe du bon Dieu

et un grand tourbillon de voyelles
pour effrayer tes anges casaniers

et te mériter un petit paradis
perdu près de ma source.


Guy Goffette




FRIGILIANA

Bien sûr il y a la montagne,
et le ciel tout autour est d’un bleu
à dégriser les anges qui
lacent et délacent ces chemins

où nos yeux accrochent
les oliviers, les petites maisons
blanches et cabrées comme
des cyclistes dans la descente.

Mais ici sur la terrasse cisaillée
de cigales et sous le bougainvillier
qui grimpe il n’y a rien
de part et d’autre de la table,

rien à quoi retenir nos larmes.


Guy Goffette



Exercice

celui dont on a dit qu’on ne comprenait pas
pourquoi cet éditeur le plus grand de la France
publia les écrits dans sa collection blanche
voilà qu’il se remet à compter pas à pas
ce que sa vie lui rend de banale expérience

il a reçu déjà quelques lettres d’insultes
pour peu on le soupçonnerait d’avoir couché
avec Raymond Queneau quant à la qualité
de ses travaux il va sans dire qu’elle est nulle


Extrait de MARCHER AU CHARBON de William Cliff
édité par la NRF