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ANNÉE 2012

N°32, N°33

dimanche 7 avril 2013, par Le Picot




AVRIL 2012 (N°32)




Mars 77, le début de l’ère Bardin

Dernier volet de notre rétrospective sur les élections municipales dans les années 1970 qui avaient vu la victoire, en avril 1971, d’une liste d’Union de la Gauche conduite par le Dr Jacques Barcelo et qui comprenait des socialistes, des communistes et des membres du Parti Socialiste Unifié.

En avril 1972, elle connaît une crise suite à la démission du maire et de plusieurs de ses adjoints. Après les élections partielles, Claude Lebon (Parti Communiste Français) est élu premier magistrat. Il est secondé par Georges Guipon (P.S.), Bernard Bardin (P.S.U.), Philippe Cabarat, proche du P.C.F. et Jean Lebas. Cette même année, François Mitterrand, premier secrétaire du P.S, Georges Marchais, secrétaire général du P.C.F. et Robert Fabre, président du Mouvement des Radicaux de Gauche, signent un contrat de législature appelé Programme commun de la Gauche. A l’approche des municipales de mars 1977, l’union se fissure à Clamecy. Conséquence, deux listes de gauche vont être présentes au premier tour. L’une conduite par le maire sortant Claude Lebon et son adjoint Philippe Cabarat appelée liste d’union pour la poursuite d’une gestion sociale, humaine et démocratique, l’autre présentée par le P.S., conduite par Bernard Bardin, mairer adjoint, qui est rentré au P.S. en déc. 1975 et a été élu conseiller général en mars 1976. Egalement en lice, celle intitulée Renouveau Communal. Elle se dit apolitique et comprend trois conseiller sortants, membres de l’opposition.

municipalité Le maire B. Bardin présente au personnel communal les membres du nouveau conseil municipal parmi lesquels C. Boisorieux.


Au sein de l’Union de la Gauche, deux lignes s’affrontent. Pour François Mitterrand, qui en plus était député de la circonscription et n’avait pas digéré l’élection au poste de maire du communiste Claude Lebon, il était hors de question que ce dernier conduise la liste de gauche et devienne ainsi de nouveau maire. Il s’appuyait sur les résultats de l’élection cantonale de mars 76 remportée par Bernard Bardin qui avait devancé Claude Lebon. Le P.C.F. mettait en avant ce que disait la convention nationale du P.S. “ dans les communes où le maire sortant est socialiste ou communiste, il importe d’exercer cette continuité de gestion même si des consultations électorales n’ont pas donné une majorité à sa formation. On ne peut désavouer les maires sortants. Cette attitude ne serait pas comprise par les électeurs. “ Les deux camps expliquent et justifient leurs positions dans deux publications distribuées quelques jours avant le premier tour : un numéro spécial du Courrier de la Nièvre, daté du 9 mars, pour le P.S. et un supplément du n° 58 des Nouvelles de la Nièvre, pour le P.C.F. daté du même jour. La liste du maire sortant dénonce “ une décision unilatérale, un cavalier seul du P.S. clamecycois, un refus catégorique de confier à Claude Lebon, maire sortant, la conduite de la liste d’union. Un refus grave au moment où la politique gouvernementale frappe de plus en plus chaque Français “.

Guerre ouverte

La liste qui comprend quatre autres conseillers sortants, des démocrates et des communistes, s’appuie sur les acquis obtenus depuis 71 en matière d’urbanisme, de défense de l’emploi, de la création d’équipements sociaux, collectifs et éducatifs, de politique sociale avec la création d’un service d’aide-ménagères à domicile, de politique sanitaire avec la défense de l’hôpital et l’obtention d’un pavillon de rotation de trente lits. Concluant “ Nous sommes bien décidés, avec vous, à poursuivre l’œuvre pour la défense des intérêts de toute la population. “ La liste du P.S. qui bénéficie du soutien de François Mitterrand met en avant les résultats des deux dernières élections qui se sont déroulées à Clamecy depuis 72, les élections législatives du 4 mars 73 et cantonale de 76, qui ont vu les candidats du P.S. (Mitterrand et Bardin) devancer nettement les candidats communistes. Sur la base de ces résultats, le P.S. proposait au P.C.F. la constitution d’une liste commune sur la base de 14 candidats socialistes et sympathisants et 9 présentés par le P.C.F. “ Nos adversaires ont accepté une répartition des sièges favorable au P.S. mais ont demandé que la liste soit conduite par le maire sortant. Cet argument ne nous paraît pas acceptable (…) Mais nous entendons être fidèles à l’union de la gauche. Elle se fera au deuxième tour sur la base des résultats obtenus au premier, notre seul objectif étant d’assurer au conseil municipal une majorité de gauche “ et déplore que “ l’accord n’a pu se faire “. Dans sa profession de foi, elle récapitule les actions menées depuis 71 et énonce ses projets (ils sont identiques à ceux de l’autre liste).
“ Il existait une consigne de François Mitterrand pour que Claude (Lebon) ne soit pas maire. Pour ma part, j’avais souhaité que l’on se partage les rôles, moi en tant que conseiller général et Claude en tant que maire. Cela m’a fait mal au cœur. Au deuxième tour, le P.C.F. a accepté nos conditions. Claude en avait gros sur la patate “ confesse aujourd’hui Bernard Bardin.
Dans sa profession de foi, la liste de Renouveau Communal déclare “ Clamecy ne peut plus continuer à vivre au-dessus de ses moyens “. Elle dénonce l’endettement élevé des contribuables clamecycois, la progression rapide de l’imposition directe par habitant, la très forte hausse des dépenses de fonctionnement, les projets d’avenir grandioses et ruineux telle la piscine au Pré Lecomte, des exigences outrancières en matière d’urbanisme. Elle propose notamment de favoriser la construction individuelle par la création de nouveaux lotissements, la construction de la piscine à la plage de la Tambourinette, celle d’une usine d’incinération et d’une salle des fêtes, l’animation du vieux Clamecy.

Résultats du premier tour le 13 mars :

Inscrits : 3 706 ; votants ; 2 757 ; suffrages exprimes ; 2 669. Liste présentée par le Parti Socialiste ; Bernard Bardin, adjoint sortant (1 270) ; Claudine Boisorieux, conseillère sortante (1 080) ; Raymond Bredeau, c.s. (1 075) ; Yvette Cahier d’Héry (938) ; Claude Carré (1 126) ; Jacques Cholet (954) ; Jean-Jacques Cœur (1 156) ; Pierre Corbier (987) ; Réjane Coulpied (1 014) ; Jean-Louis Doridot (1 070) ; Daniel Forestier (1 038) ; François Foubard (1 038) ; Robert Gaulon (963) ; Daniel Griveau (1 026) ; Marcel Guinot (1 070) ; Maurice Joninon (1 127) ; Maurice Léger (995) ; Georges Marcelot (1 035) ; Jean Pierre Marcelot (1 131) ; Paul Melin (1 177) Christian Simonnet (1 033) ; René Petot (1 016) ; André Thalamy (1 008).
Liste d’Union pour la poursuite d’une gestion sociale, humaine et démocratique de Clamecy : Claude Lebon, maire sortant, (1 104) ; Philippe Cabarat, maire adjoint sortant, (1 017) ; Jacques Balouzet (820) ; Jean Beauvillain (905) ; André Blond, conseiller sortant, (956) ; Mireille Brun (757) ; Cèdre Cadena (884) ; Reynald Cotton (809) ; Marcel Coulpied, c.s, (870) ; Louisette Duqué (795) ; Serge Durlin (876) ; Hannafi Ait Gherbi (737) ; Robert Grumel (850) ; Louis Langlais (813) ; Gilles Larmet (777) ; Jacqueline Legardien (790) ; Josiane Mannevy (762) ; Marguerite Mathé (737) ; Michel Mignon (845) ; René Rigolot, c.s, (858) ; André Theuillet (850) ; Adolphe Vincent, c.s, (914) ; Mireille Wittmer (885).
Liste de Renouveau Communal : Sylvette Bobereau (644) ; Jean Bredeau (654) ; Fernand Compin (645) ; Christian Coquard (680) ; Jean-Claude Drouard (664) ; Philippe Ducrot (688) ; François Duqué (714) ; Jean Duranceau (632) ; Alain Duval (660) ; Claudine Galmard (756) ; Jean Hadacek, conseiller sortant, (703) ; Jean-Michel Lainé (795) ; Michel Laleu (641) ; Henri Latrace (700) ; Claudette Martin (628) ; Jean-François Prévotat (671) ; Emile Rameau (663) ; Ginette Renault (693) ; Claude Rivière (693) ; Edith Sadde (655) ; Jacques Seyoux, c.s, (772) ; Bernard Stengel (751) ; André Vincent, c.s, (742).
Le nombre de femmes candidates est plus important que lors du scrutin de 71. Trois sont présentes sur la liste du P.S., cinq sur chacune des deux autres listes.

La liste d’Union de la Gauche remporte tous les sièges. Une semaine plus tard, le conseil municipal se réunit. A l’ordre du jour, l’élection du maire, des adjoints dont le nombre va être augmenté. Dorénavant, le maire, Bernard Bardin, sera secondé par trois adjoints réglementaires Paul Melin (P.S.), Cèdre Cadéna (P.C.F.), et Claudine Boisorieux (P.S.) et trois supplémentaires Maurice Joninon (P.S.), Jean Beauvillain (P.C.F) et Claude Carré (P.S.). Il est décidé que chaque membre du bureau municipal percevra la même indemnité soit environ 750 F suivant le principe démocratique “ A travail égal, salaire égal “.
Ce mois de mars 77 verra le début de l’ère Bardin qui va se terminer en mars 2008. Son ancienne troisième adjointe de l’époque Claudine Boisorieux va lui succéder. Elle est actuellement secondée par un conseiller qui figurait dans l’équipe de 77, Jean-Pierre Marcelot.
En septembre 77, le P.C.F. dirigé par Georges Marchais rompait l’Union de la Gauche et mettait fin au programme commun. Un an plus tard, la gauche allait être défaite aux législatives.

J.L.T.



Sources : Archives municipales, de Bernard Bardin et de Claude Cogan


OCTOBRE 2012 (N°33)




La résistance à Clamecy : une autre histoire...

Chaque été, aux alentours du 19 août, des cérémonies célébrant la libération de Clamecy survenue le 19 août 1944 sont organisées. La principale a lieu devant le monument aux morts érigé à Creux, sur la commune de Villiers-sur-Yonne, à la mémoire des maquisards du Loup, tombés pour libérer la patrie. D’autres ont lieu à Sembrèves (Oisy), Dornecy et Vézelay, théâtre de combats où ont été tués des maquisards. Lors de celle de Creux, il est rappelé l’historique de cette journée du 19 août et le rôle prépondérant du maquis du Loup fondé et commandé par Georges Moreau dit le Loup. La Société Scientifique et Artistique a en dépôt un livre intitulé « Un maquis dans la ville » sorti en 1975 et écrit par Robert Bucheton, secrétaire général de la mairie de Clamecy à l’époque de l’Occupation. Dans cet ouvrage de plus de trois cents pages, son auteur, membre du Parti Communiste Français, dirigeant du Front National*, membre du Comité Départemental de la Libération, créateur et responsable, sur le plan local du B.O.A. (Bureau des Opérations Aériennes) qui était en charge de la réception des parachutages d’armes, souligne que la Résistance a commencé dès les premiers jours de l’Occupation et qu’elle ne se résume pas qu’à l’action du maquis du Loup dont il reconnaît le rôle important. De même que celui de son chef, “son camarade Georges Moreau” dont il vante les qualités “de véritable chef militaire ayant conduit ses troupes avec expérience, possédant une science profonde de la guérilla dévastatrice et démonstratrice et était soucieux de la vie de ses hommes qu’il s’efforça toujours de préserver au maximum”. Dans ce livre sous-titré “Contribution à l’histoire de l’Occupation allemande à Clamecy et dans la région (40-44)”, Robert Bucheton détaille les actions de résistance à Clamecy et dans la région (Haut Nivernais et Yonne), la Collaboration et la vie des Clamecycois sous l’Occupation.

Dans son avant-propos, l’auteur souligne que l’histoire de la Résistance demeure très délicate à retracer. "C’est un sujet brûlant et par lequel les documents sont rares", et précise en ce qui touche l’action “résistance” proprement dite, “Il ne peut s’agir que de celle des mouvements auxquels j’ai appartenu”. Lors de la déclaration de guerre, en septembre 39, la ville était administrée par un conseil municipal “Front Populaire” issu des élections de 1935 qui comprenait des socialistes, des communistes et un radical. Il était présidé par Jean-Marie Laudinet (socialiste) qui avait succédé à Jules Bigot (communiste) dont l’élection avait été annulée. Le 25 septembre 39, le Parti Communiste est dissous, ses députés sont déchus de leur mandat, ses élus chassés de toutes les assemblées. Le conseil municipal de Clamecy est suspendu (le premier du département) le 12 octobre 39. Des perquisitions ont lieu chez des militants dont une au domicile de Robert Bucheton. Les troupes allemandes venant d’Auxerre entrent dans Clamecy le mardi 16 juin 40 au petit matin. D’autres colonnes arrivent par le Foulon et Beaugy.
La ville est alors administrée par une délégation spéciale de trois membres, M. Bailly, le Dr Subert et Louis Marcelot. Ces deux derniers reçoivent les Allemands à la mairie vers 6 h du matin. Deux jours plus tard, survient le massacre des tirailleurs sénégalais. Le 26 juillet, le préfet décide d’adjoindre quatre nouveaux membres à la délégation spéciale parmi lesquels Maurice Brulfer, patron de la S.P.C.C. (Société des Produits Chimiques de Clamecy) qui en devient président. Les Allemands appelés “vert de gris” ou “doryphores” évacuent la mairie pour s’installer en face dans l’immeuble Cirodde qui sera pendant quatre ans le siège de la Kommandantur. Les troupes occupantes sont composées d’unités d’infanterie, d’artillerie et d’une Feldgendarmerie. Dans chaque chef-lieu de canton stationne une Kommandantur. A la gare, un inspecteur des chemins de fer allemands fait fonction de chef de gare. Il est secondé par 6 ou 7 cheminots allemands. Parmi les premières mesures prises par les Allemands figurent le recensement des voitures automobiles, celui des animaux de ferme et de basse-cour et la remise des armes.

PREMIERS ACTES DE RESISTANCE.

D’après l’auteur, les premiers actes de résistance ont lieu en septembre 40 et sont l’œuvre de Maurice Adam qui a changé de direction les poteaux indicateurs posés par les Allemands dans le secteur de Clamecy-Pousseaux-Coulanges, avant de couper le cable téléphonique reliant Clamecy à Coulanges. Il est imité par un militant d’Oisy qui sectionne celui de Clamecy à Corvol. Suite à ces sabotages, la Kommandantur publie un avis stipulant que tout endommagement des moyens de transmission est interdit sous peine de mort. La délégation spéciale invite les habitants à collaborer avec la police. Robert Bucheton décide de reconstituer le P.C.F. local avec l’aide d’Armand Beauchet, cheminot, domicilié à la Galette, élu communiste déchu et qui était en contact avec des cheminots de Laroche-Migennes et de deux autres cheminots Edmond Angerand et M. Bernard. En octobre 40, la section du P.C.F. (clandestin) est créée. Ses premières tâches : distribuer des tracts et récupérer des armes. Les tracts sont imprimés, à partir de février 41, chez l’imprimeur Besançon, rue du Président Wilson, à l’angle de la rue de Druyes. Il n’était pas communiste. Il fabrique également des imprimés, des faux papiers d’identité, des cachets de toutes sortes… Pour ce qui est de l’armement, ce sera chose faite grâce à Robert Launay, un chiffonnier, ancien bagnard qui entrepose chez lui, au Taillefer, des armes abandonnées dans des bois à Lormes par des soldats français en juin 40 (fusil-mitrailleur, fusils, revolvers, munitions, grenades).
Une partie du stock est entreposée dans la bibliothèque (fermée pendant toute la durée de l’Occupation) au deuxième étage de la mairie. D’autres vont servir à armer le maquis F.T.P. Saint Just fondé en juin 42 au lieu dit le Crot au Pain, sur la commune d’Asnières-sous-Bois, dans l’Yonne, par Raoul Chollet. Photographe de presse à l’Humanité, il avait accompagné Jacques Duclos, dirigeant du P.C.F. lors de sa venue, en 38, à Clamecy pour l’inauguration de la plage de la Tambourinette. Bien que situé dans l’Yonne, il fut le premier maquis nivernais car il était en liaison avec les militants de Clamecy. En avril 43, il comptait une quinzaine d’hommes armés, il s’installa ensuite à la Musse. Avant de s’établir dans les bois de Surgy. L’histoire du maquis Saint Just prit fin en novembre 43. Chollet rejoignit la Marne, il y fut arrêté en février 44 et succomba sous la torture.
De son côté, Georges Moreau qui deviendra le Loup récupère lui aussi des armes abandonnées par l’armée française et organise, en juin 41, une filière de passage de prisonniers en zone Sud. Le 28 mars, Maurice Brulfer est nommé conseiller municipal et maire par arrêté préfectoral. Le même jour, un conseil municipal est installé, un arrêté nomme trois adjoints (Louis Marcelot, le Dr Frédéric Subert, et Paul Boudard). Pour la première fois, une femme, Germaine Revouy, fait son entrée dans un conseil municipal clamecycois. Le 22 juin, l’Allemagne lance l’opération Barbarossa (attaque de l’U.R.S.S.). Le premier décembre, Pétain qui va rencontrer le maréchal Goering à Saint Florentin, dans l’Yonne, accompagné de l’amiral Darlan, passe en train à la gare de Clamecy. Avant de descendre du train à Coulanges-sur-Yonne et de rejoindre Saint Florentin par la route. Le soir, le train traverse de nouveau la gare. En janvier 42, “France d’abord” le journal des F.T.P. est diffusé pour la première fois. Il sera ensuite distribué tous les mois. Le 2 février 43, les troupes soviétiques sont victorieuses à Stalingrad. Le premier mars 43, Bucheton devient responsable du B.O.A. Un terrain de parachutage est homologué peu après sous le nom de Dorade, près de la Ferme du Poil Rôti. Le S.T.O (Service du Travail Obligatoire) est créé.
En février 43, une compagnie de l’armée Vlassov (ex-général soviétique rallié aux nazis) stationne dans l’ancienne Clinique Brésard, dans la rue Bourgeoise. Tandis que des armes sont distribuées à des militants du P.C.F. et du Front National, Georges Moreau entreprend ses premières actions de sabotage (des presses à fourrage à Varzy et Lormes). Le cheminot Edmond Angerand commet plusieurs sabotages de wagons avec du plastic. A la fin 43, plusieurs groupes sont formés à Clamecy et disposent d’un armement (mitraillettes, revolvers). Le premier février 44, De Gaulle crée les F.F.I. (Forces Françaises de l’Intérieur)

RENCONTRES BUCHETON - LE LOUP.

En mai 44, Bucheton rencontre le Loup qui vient de former un maquis dans les bois de Creux, à Villiers-sur-Yonne. Il lui explique que tout est prévu pour la libération de Clamecy, que la mise en place des nouvelles autorités (sous-préfet, comité de libération, mairie, gare, prison, arrestation des “collabos”) serait rapide. Il lui annonce qu’il envisage avec Maxime Bossard de créer un maquis F.T.P. dans le secteur Sembert-La Gachotte. Les deux hommes décident d’agir ensemble et de garder le contact. Mais l’organisation de Bucheton qui "a des quantités de résistants à armer et n’a plus rien à leur remettre" attend vainement un parachutage. Le 6 juin a lieu le débarquement des Alliés en Normandie. Le 8, des maquisards attaquent une section allemande de Clamecy à la sortie du hameau de Pressures. L’un d’entre eux André Vassard est tué. Emile Baron, un fermier qui faisait paître ses vaches est exécuté. Le 25, un avion américain lâche ses bombes sur Coulanges-sur-Yonne qui sera de nouveau bombardée par les Américains le 17 juillet. Ce jour-là, le bilan est lourd, près d’une centaine de maisons détruites, 18 morts, de très nombreux blessés. Vers le 20 juin une deuxième rencontre a lieu entre Bucheton et le Loup. Ce dernier lui présente un plan visant à libérer Clamecy sans attendre l’arrivée des Alliés : capturer de nuit tous les officiers allemands qui logent chez l’habitant, les conduire au maquis, ordonner aux soldats de se rendre. En cas de refus, les officiers seraient exécutés. Les maquisards seraient aux abords de la ville, prêts à intervenir et neutraliser les cantonnements de la troupe, un maquisard serait affecté à chacun des groupes d’enlèvement qui seraient constitués de membres des milices patriotiques de Basset lesquelles comptaient une centaine d’hommes armés de revolvers et de mitraillettes. Soumis à l’état major départemental des F.F.I., ce plan ne reçut pas son aval. D’autant que le National Maquis 3, installé au Bois Blanc, près de Surgy, qui comprenait dans ses rangs des Clamecycois et aurait pu participer, en soutien, au plan du Loup est attaqué le 3 juillet par les Allemands.

J.L.T.



* N’a rien à voir avec le parti créé, le 5 octobre 1972, par Jean-Marie Le Pen. Le 15 mai 1941, le P.C.F. clandestin appelle à la création du Front National de lutte pour l’indépendance et la libération de la patrie regroupant des hommes de toutes conditions, croyances et origines. Son seul objectif : la lutte contre l’envahisseur. Il sera connu sous le nom de Front National ou F.N. Les F.T.P. (Francs Tireurs et Partisans sera son organisation militaire qui succède à l’O.S. (Organisation Spéciale)





LEON CROCHET, BOULANGER À VÉZELAY,

ET AMI DE LOUIS MARCELOT…


Emile Crochet vers 1904-1905.


D’ici à la fin de l’année, Le Journal de Vézelay1 (1938-1944) de Romain Rolland (RR) va paraître aux éditions Bartillat. Il s’agit d’une partie du journal, celle qui couvre les années du retour en France de l’homme de lettres, qui sont aussi les dernières de sa vie. On doit cette publication à l’association RR qui n’a pas ménagé ses efforts pour trouver un éditeur. Mais c’est plus particulièrement Jean Lacoste qui a dirigé toutes les étapes de la publication. Afin de saluer cet événement, Le Picot s’est intéressé à un Vézélien, dont l’écrivain nivernais esquisse le portrait, son voisin, du bas de la rue Saint-Etienne, le boulanger Crochet.

Le 9 juin 1938, RR s’installe dans la maison du bas de la rue Saint-Etienne à Vézelay qu’il vient d’acquérir (aujourd’hui, musée Zervos). Le 22 juillet suivant, il écrit : « Je fais la connaissance de quelques personnages qui me frappent par leur intelligence et leur caractère. » Il parle ce jour-là de Louis Marcelot2, le pépiniériste et vigneron des Ponts Verts à Clamecy, élu local et conseiller général du canton de Clamecy, venu examiner son jardin. Une semaine plus tard, l’écrivain reçoit à déjeuner le même Marcelot et sa femme, « une Franc-Comtoise bien différente de lui, aussi douce, discrète, effarouchée des écarts de langage, qu’il est bruyant, bavard et vert dans ses mots ». C’est ce jour-là que le conseiller général SFIO lui présente son ami Crochet, « gros homme rude, socialiste et mangeur de prêtres », boulanger qui a son échoppe quelques maisons plus bas dans l’ancienne église Saint-Etienne, désaffectée…
L’année suivante, le 4 mai 1939, RR retrouve les deux compères : « Marcelot de Clamecy vient planter une de ses vignes miraculeuses (à l’entendre) pour son ami et mon voisin, le boulanger Crochet. […] Il me convie à être le parrain de la vigne nouvelle née ; et je vais assister à sa plantation sur le versant de la colline de la Justice (comme on dit), l’ancien gibet – qui regarde les bois de la Madeleine. » Un photographe de Vézelay fait une photo du groupe.
Louis Marcelot, Léon Crochet et RR à Vézelay, le 4 mai 1939.

Sur le cliché, figurent, de gauche à droite, assis au premier plan, Louis Marcelot, chemise blanche, cravate et béret, et Léon Crochet ; debout, au deuxième rang, on trouve le père Poupée, de Vézelay, René Crochet (1920-1964), boulanger et fils de Léon, ainsi que Camille Comte, Marcel Vannereau (de Brèves) et Georges Marcelot3, venus avec Louis Marcelot, portant des pioches. RR se tient debout à droite, appuyé sur une canne.

Les Crochet, de Pousseaux à Vézelay

Né à Vézelay en 1887, Léon Crochet, « socialiste, fils de socialiste, au large visage rubicond, nez écrasé... », a dix ans de moins que son ami de Clamecy… Son père, Emile Jules Crochet (1858-1920), natif de Pousseaux, petit village au bord de l’Yonne, à 7 km au nord de Clamecy, avait été envoyé à Vézelay pour y être apprenti boulanger.
Par la suite, Emile s’installe à Vézelay, se marie (deux fois), a trois fils, Auguste, Léon et Marcel. Il entre au conseil municipal, puis est élu maire SFIO de la cité, du 19 mai 1912 au 8 décembre 1919. Lors des législatives, Emile soutenait le radical Albert Gallot, qui, notamment en 1898, avait battu Pierre-Etienne Flandin. Ses trois fils ont fait la guerre de 1914-1918. Tous les trois sont revenus.
Lorsque je suis allée le voir, Gilbert Crochet, petit-fils d’Emile (et neveu de Léon), m’a montré le picot qu’il a chez lui (en fait, un croc), tout en m’assurant qu’il ignorait comment l’outil emblématique du flotteur était arrivé là… La mémoire s’est perdue en route… Il sait pourtant qu’Emile Crochet, venait de Pousseaux. A-t-il jamais su que son aïeul, François Crochet (1828-1903), le père d’Emile, était compagnon de rivière ?
Du temps de François Crochet, au XIXe siècle, le flottage du bois vers Paris était une activité en plein essor. Le compagnon de rivière conduisait des trains de bois de 75 mètres de long sur 5 mètres de large, sur l’Yonne, jusqu’à Paris. C’était un métier à haut risque. Les radeaux étaient amarrés sur la rive en attendant la « crue, provoquée artificiellement en vidant un certain nombre de biefs4 ». A l’heure dite, le flot emportait les trains de bois, 15, 20, 25, voire plus, et les bateaux. Le flotteur, secondé par le « petit homme », devait passer ainsi avec son radeau une vingtaine de pertuis jusqu’à celui du Batardeau, en aval d’Auxerre. Edouard Seguin, qui fut témoin d’une « éclusée », décrit une manoeuvre impressionnante : « Le maître flotteur a, sous chaque main, une perche robuste, dont il engrave la pointe dans le sable, contre le courant ; puis il engage le bout opposé de la perche sous l’une des deux oreilles solidement attachées à la tête du train. Le flot pousse toujours, le long serpent de bois se dresse et s’élève souvent à une hauteur effrayante. Cette manoeuvre exige une grande habileté4. » Le retour de Paris à Pousseaux ou Clamecy se faisait à pied.
RR rapporte encore que Léon Crochet était « petit-fils de proscrit du 2 décembre ». Aucun insurgé de décembre 1851 du nom de Crochet ne figure sur les listes que j’ai pu consulter (hors documents conservés aux archives départementales, qui sont fermées pour un temps indéterminé). Cependant, François Crochet (1828-1903) avait épousé Annette Catherine Stenac (1836-1912), également de Pousseaux. Or on trouve un François Stenac, « incarcéré en décembre 1851 et libéré le 28 janvier 1852 par la Commission militaire, faute de charges suffisantes5 ». Quel âge avait-il ? Quel lien de parenté avait-il avec Annette ? Il y avait aussi des Crochet à Clamecy au milieu du XIXe siècle. Le 12 décembre 1841, un M. Crochet, « syndic de la Confrérie saint Nicolas » (patron des flotteurs), reçoit chez lui les 21 électeurs de ladite Confrérie. Est-ce le même M. Crochet qui était « agent de Théodore Périer, syndic de la Compagnie de la Haute Yonne en 1851 »4.
D’après RR, Léon Crochet (1887-1951) - comme son père Emile, à qui il arrivait d’interdire une procession… -, tenait « tête hardiment à l’archiprêtre de la basilique ». N’empêche que la boulangerie de ce bouffeur de prêtres occupait quelques travées de la nef de l’ex-église Saint Etienne6, bel édifice roman du début du XIIe siècle. La paroisse de Saint-Étienne ayant été supprimée par décret, en 1791, l’église a servi de marché aux grains, puis fut vendue comme bien national en 1797. Du temps de la boulangerie, trente centimètres de béton recouvrait le dallage d’origine, des coffrages cachaient murs et piliers... Il y avait le four, etc.
Léon faisait la tournée en voiture à cheval, allant à Saint-Père, Foissy, Seigland… Excepté à partir de janvier 1944, parce que, à cette date, le cheval, un Percheron, est réquisitionné… Il avait une vigne au Poron (près de la gendarmerie, route des Etangs), celle-là même que Louis Marcelot a plantée sur le chemin qui mène à la colline de la Justice...

Quelques gouttes de lait…

Gilbert, fils d’Auguste Crochet, n’a pas connu RR, qui sortait peu. Mais il se souvient des visites à la ferme de Mme Cuvelier, mère de Marie Rolland, pendant la guerre. Elle venait jusqu’à leur maison qui jouxtait le café du Morvan chercher quelques gouttes de lait pour son gendre. « On avait des bêtes, route de l’Etang. » Le lait étant « contingenté », on lui remplissait la petite bouteille de sirop qu’elle sortait de sa poche...

Anne Dourneau.



1. Romain Rolland, Le Journal de Vézelay, éditions Bartillat, Paris, 2012.
2. Concernant Louis Marcelot, cf. Le Picot, n° 25.
3. « Il y a quelques jeunes garçons des environs amenés par Marcelot, l’un de Brèves, aux yeux clairs, riants qui m’évoque la jeunesse de mon père… », précise RR. On peut voir le cliché à la maison Jules Roy à Vézelay, où se tient une exposition des photographies ayant appartenu à RR. Marie Rolland avait confié ces photos à Monique Dupont-Sagorin, afin qu’elle les reproduise. L’exposition sera par la suite présentée à Clamecy.
4. Jacques Dupont, La Vie quotidienne des flotteurs, BSSAC, 2005.
5. L’Insurrection de 1851, BSSAC, 1997.
6. Sise aux 2, 4, 6, rue Saint-Étienne, près de la porte du Barle, l’ancienne église Saint-Étienne (XIIe siècle) présente côté rue la façade du bas-côté nord. Au XVIIe siècle, « elle est raccourcie d’une ou deux travées lors de la construction d’un clocher carré que surmontait une haute toiture qui fut démolie peu de temps après la Révolution ». Depuis lors, les contreforts ont été arasés au nu du mur. En 1964, à la suite du décès du boulanger, René Crochet, M. et Mme d’Aubres rachètent la boulangerie et un garage à la famille Crochet, ainsi que d’autres échoppes, en tout, « un ensemble de cinq commerces et logements ». [Cf. Le Journal du Centre, supplément week-end, du 29 juin 2012.] Ils entreprennent de mettre à nu les murs, les piliers, les chapiteaux, le porche, voûté en berceau plein cintre et les dalles… Le choeur est resté inaccessible, le décès de M. d’Aubres ayant mis un terme aux travaux. En 1960, ils obtiennent l’inscription de l’église à l’inventaire supplémentaire des monuments historiques.

Je remercie Mme et M. Crochet pour leur accueil chaleureux, Mme Rouillard, Mme D’Aubres, l’office du tourisme de Vézelay, Le Journal du Centre, ainsi que la SSAC et la secrétaire de la mairie de Pousseaux.