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ANNÉE 2003

N°6 - N°7 - N°8

jeudi 23 juin 2011, par Le Picot




FÉVRIER 2003 (N°6)




HÔPITAL.

Novembre 2002, c’est reparti pour un tour. Il faut se mobiliser à nouveau pour défendre l’hôpital de Clamecy que l’on cherche à étrangler financièrement. Il semble bien que tous les hôpitaux de France font face à d’énormes problèmes de budget, de personnels, d’équipement voire de place.

On doit, bien sûr, s’en prendre à l’actuel gouvernement qui refuse de verser les rallonges budgétaires indispensables. Mais est-ce bien suffisant et, surtout, est-ce bien objectif ? Nous sortons tout juste de quelques années de gouvernement de gauche. A-t-on vraiment entendu un autre discours ? N’a-t-on pas eu affaire à la même logique économique qui, pour des critères de rentabilité, conduit, à plus ou moins long terme, à la disparition pure et simple des hôpitaux de proximité ? Nous sommes dans un pays dit " développé ". Nous appartenons même au Club fermé des pays les plus riches du monde et, malgré tout, nous n’arrivons pas à faire fonctionner correctement notre système de santé. Tout ça pour des questions de budget. C’est, qu’à l’échelon national aussi, des choix sont faits qui ne correspondent pas forcément à l’intérêt du plus grand nombre. L’État prélève des impôts et taxes de toutes sortes dans le but d’offrir aux citoyens un certain nombre de services comme la défense, l’éducation, les réseaux routiers, etc…Serait-il indécent que les services de santé aient une place prioritaire dans la redistribution ? Le fait que l’on ait transféré la responsabilité aux Régions ne change rien au fond du problème. N’est-il pas scandaleux de constater que l’on cherche à supprimer les petites structures pour boucher les trous dans les plus grosses ? Au détriment, bien sûr, des populations les plus mal loties. Décidément, nous n’avons pas fini d’épuiser les charmes de cette économie de marché que l’on nous présente aujourd’hui, à droite et à gauche, comme le seul modèle économique réaliste. D’après les échos recueillis dans la presse, il semblerait qu’il y ait eu quelques avancées intéressantes pour l’avenir de l’hôpital de Clamecy. Tant mieux si cela se confirme et n’est pas trop vite remis en cause mais gardons nous bien de tout excès d’optimisme. Il suffit de lire cet éditorial de Jean-Michel Helvig dans Libération du 20 décembre 2002 pour se rendre compte que les gens des villes n’ont pas grand chose en commun avec les gens des champs (relire La Fontaine).

Claude Cogan.







TÉMOIGNAGE :

LE SERVICE DES URGENCES M’A SAUVÉ LA VIE.


Nous sommes assurément un certain nombre d’individus, sur la région à pouvoir en dire autant. Dans mon cas personnel, il est clair que sans l’existence du service des urgences de l’hôpital de Clamecy, je serais parti rejoindre mes ancêtres depuis plus d’un an et demi !

En effet, ce n’est pas faire injure ni aux pompiers (qui me transportèrent) ni aux médecins généralistes que de penser ainsi. Car quand mon cœur s’arrêta brusquement de battre au petit matin du 14 juillet 2001, il fallait réagir vite, avec les gestes et les techniques appropriées : heureusement, l’arrêt cardiaque eut lieu au service des urgences ! Heureusement, les technocrates de droite ou de gauche n’avaient pas encore réussi à fermer l’hôpital de Clamecy, condamnant à une mort certaine combien de citoyens chaque année ? Heureusement, la France, 4è puissance économique mondiale, pouvait encore se permettre l’existence de petits hôpitaux en milieu rural (qui concerne tout de même un quart du territoire national). Souhaitons que cela puisse continuer. Merci à ceux qui m’ont sauvé la vie.

Jansen René.







EN RÉPONSE À L’ÉDITO " LOCALISME "

La tranquillité de l’esprit, fruit de la " présence immédiate d’équipements " ! on nage en plein délire machiniste… Misère.

Faut-il rappeler que la grossesse n’est pas une pathologie ? Ce qui est vraiment déterminant en matière de sécurité périnatale, c’est le suivi. Et ce qu’il faut absolument éviter, c’est la femme qui débarque aux urgences un beau jour, le bébé en plein travail, elle ignore que sa grossesse présente un risque, elle n’a pas sa carte de groupe sanguin, elle a mal, évidemment on n’a pas son dossier... La suite comala-télé. En terme de santé publique, l’enjeu consiste en fait à dépister suffisamment tôt et sur l’ensemble de la population, les grossesses à risques. Elles seules nécessiteront une orientation vers des centres bien équipés pour un accouchement déclenché artificiellement, mais sécurisé (là oui, les équipements, ça joue). Mais un transfert massif de toute une population de parturientes sur un site éloigné présente des risques importants, qui sont au moins autant liés aux conditions de transport, qu’au manque de continuité dans la chaîne des soins. Avant l’accouchement d’abord, la proximité rend le suivi plus facile, surtout pour une population précisément à risque, jeune, pas éduquée à la santé, sans moyens de transport... Candidates idéales pour l’accouchement en catastrophe. Mais après l’accouchement aussi, le suivi est important. Dans les usines à bébés (il est question de relever le seuil de "viabilité" des maternités de 300, à 1 000, voire 1 500 accouchements par an), à jour J+2 on est dehors ! Or après un laps de temps si court, il y a des risques pour l’enfant et pour la mère. Pour conclure, c’est pas parce qu’une mesure est adaptée aux grossesses à risques, qu’elle est bonne pour toutes les femmes. Vraiment des articles pareils, tout faux... Pis alors la prose, visez voir… Un " quiconque " bien placé rallie la masse des bien-pensants… Sursaut d’honneur après ça… Démagogie… Une belle sentence pour finir… Non… Mords-moi l’nœud… Faut pas trop lire les journaux… On nous prend pour quoi… Misère.

Guillaume Couillandre.




JUILLET 2003 (N°7)




HÔPITAL, URGENCE…

S’il y a un domaine où nous aimerions ne pas avoir raison, c’est bien celui de l’hôpital de Clamecy. Dans notre précédent numéro, nous disions qu’il fallait se garder de tout excès d’optimisme face aux avancées qui pouvaient sembler intéressantes. La dure réalité n’a pas mis longtemps à confirmer nos craintes. Il est maintenant très clair que l’on veut la peau de cet hôpital. Bien sûr, personne ne dit ça. Personne ne dit qu’il faut fermer cet hôpital qui ne rentre pas tout à fait dans les critères économiques définis par nos savants administrateurs. Le Préfet, lui-même, s’est fendu d’un communiqué pour dire qu’aucune menace ne pesait sur cette structure. Sauf que, si on l’étrangle financièrement en lui imposant des conditions de fonctionnement qu’elle n’est pas en mesure d’assurer, on la conduit tout droit à l’asphyxie et donc à la mort. Face à cet acharnement des destructeurs, des membres du personnel de santé, des élus et de simples citoyens se battent pied à pied pour tenter d’arrêter l’infernal rouleau compresseur des pouvoirs publics et des instances régionales. On peut dire que, sans leur vigilance et sans leur résistance, l’hôpital de Clamecy, dans sa forme actuelle, serait déjà rayé de la carte. Contrairement à nos " modernistes " de gauche comme de droite, nous ne pensons pas qu’il s’agisse d’un combat d’arrière garde. L’accès aux soins pour tous, quel que soit le lieu où l’on vit, ne nous semble pas être une régression sociale.



COMMENT DÉTRUIRE UNE COLLABORATION QUI MARCHE ?

Réflexions du Réseau de Santé du Haut Nivernais


CLAMECY le 24 avril 2003
L’hôpital de Clamecy pour son histoire récente (menaces de fermeture de services actifs à répétition) mérite que l’on rappelle quelques dates et quelques moments clés. Il faut savoir que le Centre Hospitalier de Clamecy est le plus petit hôpital de la Région Bourgogne disposant d’un plateau technique complet de type Médecine Chirurgie Obstétrique. Depuis des années il se débat avec le plus petit budget et des besoins en personnel non réajustés.
En 1993, le Schéma Régional d’Organisation Sanitaire et Sociale imagine de fermer les activités de Chirurgie et de Maternité, cette dernière ne réalisait alors que 97 accouchements dans l’année et ce en l’absence d’un Gynécologue-Obstétricien.
Cette même année, l’arrivée d’un nouveau directeur, Monsieur FAULCONNIER, et d’un nouveau Gynécologue-Obstétricien, Monsieur le Docteur FILIDORI, a permis d’engager une réflexion sur la nécessité de maintenir ou non sur le site une activité d’accouchements.
- Profitant de l’expérience acquise en Seine Saint Denis, une étude de besoins et de pratiques professionnelles est alors menée avec l’aide de Madame le Docteur COMBIER, reprenant les mêmes critères d’évaluation.
- Les conclusions de cette enquête épidémiologique seront reprises par le groupe IMAGE, groupe de recherche en Santé Publique. Deux Chercheurs travailleront sur le site : Monsieur le Docteur Naiditch, Médecin en Santé Publique, et Monsieur Steve Mich, chercheur Américain, mandaté par Bill Clinton afin d’étudier les petites structures en France et le travail des services de Protection Maternelle et Infantile (aux USA, toutes ces structures avaient été fermées et les conséquences sanitaires commençaient à se faire sentir.)

Ces travaux donneront lieu à un rapport dont les conclusions seront sans équivoques :

" du fait de son isolement géographique et de la population défavorisée se trouvant sur le secteur générant des problèmes de Santé Publique (le taux de grossesses mal ou peu suivies était de quatre fois celui du Département de Seine Saint Denis, pourtant pas favorisé), ces structures doivent être maintenues à condition de mettre en place un Réseau de dépistage du Risque de Grossesse afin d’orienter les femmes présentant des risques en cours de grossesse vers la maternité la plus adaptée à leur niveau de risque (Auxerre, Nevers ou Dijon). "
La bataille pour le maintien de ces activités et du développement de cette expérimentation se conclura dans le bureau de Madame Simone Weil qui acceptera en tant que Ministre de la Santé d’autoriser la mise en place d’un réseau de dépistage des risques.
En 1998, un nouveau rapport sera demandé par l’Agence Régionale de l’Hospitalisation.
P Gallois, Médecin Interniste connu nationalement dans les milieux de la Formation Médicale Continue, sera mandaté par l’Agence Régionale de l’Hospitalisation nouvellement créée pour diligenter un rapport sur l’Hôpital de Clamecy.
Sa conclusion sera identique au rapport du groupe IMAGE : maintien des activités.
Le rapport sera rangé au fond d’un tiroir…
En 2001, deux enquêtes successives auront lieu :

- La première à l’occasion du renouvellement de l’autorisation de fonctionnement de la maternité (Commission Exécutive à l’Agence Régionale de l’Hospitalisation). Elle a été confiée à Madame le Docteur BONNARD, Médecin Direction Départementale des Affaires Sanitaires et Sociales de Saône et Loire. Ses conclusions ont été positives pour la maternité et sa collaboration avec le Réseau de Santé du Haut Nivernais et ont donné lieu à un renouvellement de fonctionnement pour 5 ans.

- La seconde, rédigée par l’Inspection Générale des Affaires Sociales accédant à une demande de la Direction de l’Hôpital effectuée un an auparavant. Celle-ci n’en pouvait plus de sa sous dotation et désirait voir régler le problème : Fallait il maintenir l’activité MCO (Médecine, Chirurgie, Obstétrique) sur le site de CLAMECY ?

Une nouvelle fois, les conclusions du rapport seront sans équivoque : il faut maintenir la MCO (Médecine, Chirurgie, Obstétrique) !!!
Toutefois, il s’accompagne de recommandations, en particulier de restructurations des services (associer les services de Chirurgie et de Maternité …).
Or, il est apparu qu’on ne gagnait rien en terme d’efficacité et d’économie financière, les personnels n’étant pas les mêmes (sages-femmes et infirmières, auxiliaires de puériculture et aides-soignantes).
La proposition du projet d’établissement s’oriente alors vers une fusion des services de Chirurgie et de Médecine et un fonctionnement conjoint Maternité et Réseau de Santé du Haut Nivernais.
Rédigé en l’espace de 6 mois, afin de répondre aux recommandations de l’Inspection Générale des Affaires Sociales : création de Départements Médicaux, diminution de lits et mutualisation des personnels, cela dans le but de réaliser des économies.
Finalement, ce projet a dû être revu en deux jours, suite à la visite d’une directrice de soins mandatée par l’Agence Régionale de l’Hospitalisation, préconisant le maintien de trois départements médicaux :

- Réseau de Santé du Haut Nivernais-Maternité
- Médecine-Soins de suite polyvalents
- Bloc-UPATOU avec lit-porte-Chirurgie et Chirurgie ambulatoire.
Cette nouvelle version du projet d’établissement ne permet pas de réaliser les économies prévues dans le protocole de redressement financier 2003-2004, comme l’a reconnu la Commission Exécutive de l’Agence Régionale de l’Hospitalisation lors de sa séance du 9 avril 2003.
En conclusion, la Commission Exécutive émet un avis défavorable à ce projet imposé par l’Agence Régionale de l’Hospitalisation et recommande l’élaboration d’un troisième projet risquant d’entraîner à court terme la fermeture des services actifs :

- Réduction de moitié des lits de chirurgie amenant à une impossibilité de fonctionnement en l’absence de soins de suite.
- Fonctionnement de jour ou de semaine en chirurgie assorti de rationalisation des gardes et astreintes rendant impossible l’activité obstétricale la nuit et le week-end.
C’est l’avenir du Centre Hospitalier de Clamecy qui est en train de se jouer.
Il ne paraît pas important, mais il est révélateur de l’incompréhension des tutelles face à un Hôpital dont la taille apparaît trop petite mais qui est inscrit dans un territoire qui serait autrement délaissé.

Si les services actifs disparaissaient :

- En terme médical, on veut nous faire croire que le triage des malades et leur évacuation par hélicoptère sur les structures des alentours serait la solution à tout problème. Mais la saturation des autres structures proches en terme d’occupation des lits rend illusoire une telle solution.
- En terme de préservation des emplois sur d’autres sites, c’est une vision à courte vue : certains industriels évoquent leur difficulté à faire venir des cadres dans ce secteur et ont déjà averti que cela aurait des conséquences sur le maintien de leurs activités sur Clamecy. Il existe des sites moins isolés où leurs ouvriers se sentiront en sécurité.
Pour ces raisons, les membres du Comité Technique d’Etablissement et de la Commission Médicale d’Etablissement ont récemment démissionné, refusant de cautionner un projet d’établissement ne tenant pas le cadre budgétaire imposé, ce qui induit implicitement des fermetures de services.

En conclusion :

1) Les différents rapports et études menés sur le site de CLAMECY sont tous arrivés aux mêmes conclusions maintenir la MCO (Médecine, Chirurgie et Obstétrique), assortis de recommandations.
2) Le Centre Hospitalier de CLAMECY a toujours consenti d’énormes efforts pour suivre ces recommandations en mobilisant à chaque fois tous les personnels pour travailler sur les modifications préconisées par les tutelles et souvent dans des délais particulièrement courts (Cf le Projet d’Etablissement)
3) A chaque fois, aucun moyen (tant en terme financier qu’en terme de personnel) n’a été donné par les tutelles pour voir aboutir les projets qu’ils ont eux-mêmes suscités.
Il serait temps que l’aménagement du territoire tienne compte de la santé !
Le Réseau de Santé du Haut Nivernais, fortement engagé et responsabilisé dans le projet d’établissement par son lien avec la maternité du Centre Hospitalier de CLAMECY, a réagi à ces différentes menaces en convoquant une assemblée générale extraordinaire le 23 avril 2003 dont l’ordre du jour était la possible dissolution de l’association.
Dès la création du réseau, il a été acté que toute fermeture de la maternité entraînerait ipso facto la dissolution de l’association.
De plus, les partenaires engagés dans le réseau sont unanimement d’accord pour penser que leur travail ne pourrait être de même qualité sans la maternité, en tant qu’espace contenant qui permet une unité de lieu et de temps pour la prise en charge des femmes enceintes et l’intervention rapide des différents acteurs.
Bien que l’Union Régionale de Caisses d’Assurance Maladie, principal financeur du réseau, confirme son soutien au Réseau de Santé du Haut Nivernais et " l’absence de péril pour la maternité et le Centre Hospitalier de CLAMECY " dans un courrier reçu à l’occasion de l’assemblée générale extraordinaire, dans le même esprit que les membres du Comité Technique d’Etablissement et de la Commission Médicale d’Etablissement, les membres du réseau refusent de porter la responsabilité d’une nouvelle organisation de la prise en charge de la grossesse dont ils ne pourraient garantir la qualité.
Les différents rapports ont toujours reconnu la qualité du travail effectué autour de la grossesse par le Réseau de Santé du Haut Nivernais, grâce à une collaboration étroite avec la maternité du Centre Hospitalier de CLAMECY et la coopération entre les différents acteurs de terrain.
Par ailleurs, des évaluations externes ont démontré que le Réseau de Santé du Haut Nivernais avait rempli sa mission (dépistage des risques médicaux, sociaux et psychologiques et orientation précoce des femmes vers les lieux d’accouchement les plus adaptés à leur cas), en particulier la dernière évaluation menée par Monsieur le Docteur METRAL, du Département d’Information Médical du Centre Hospitalier Universitaire de Dijon :

- 75 % des grossesses suivies par le Réseau de Santé du Haut Nivernais
- 90 % des femmes qui accouchent à CLAMECY sont suivies par le Réseau de Santé du Haut Nivernais
- 98 % des femmes inclues dans le réseau ont reçu la visite de la Sage-femme réseau
(4 refus)
- 98 % des femmes suivies par le réseau ont un carnet de suivi de la grossesse (outil principal de lien entre les acteurs de santé du réseau)
- Taux de césariennes peu élevé (14,4 % contre 15,5 % au niveau national)
- Taux d’anesthésie Péridurale de 74 %
- Pas d’accouchement prématuré de moins de 36 semaines
- Pas de transferts prénatals en urgence (les femmes sont orientées bien avant)
- Peu de transferts néonatals (3 sur 187 naissances) et pour des pathologies minimes
Par rapport à l’évaluation de 1998, le Réseau de Santé du Haut Nivernais confirme la validité des procédures mises en œuvre.
Cela confère aux femmes enceintes un suivi de qualité leur permettant d’accoucher en totale sécurité à la maternité de CLAMECY.
Ce travail de qualité n’est possible que par la coopération étroite entre les différents acteurs de terrain :

- Le service de maternité du Centre Hospitalier de CLAMECY
- Les médecins libéraux
- Les services du Département de la Nièvre, particulièrement la PMI grâce à laquelle nous recevons les déclarations de grossesse en temps voulu
- Les CMP enfant et adultes

Au vu de ce travail, une incompréhension persiste : Pourquoi ne pas donner les moyens financiers nécessaires qui permettraient de ne pas remettre en cause périodiquement l’activité MCO (Médecine, Chirurgie, Obstétrique) au sein du Centre Hospitalier de CLAMECY ?

S. Casset.







PLANNING FAMILIAL OÙ ES-TU ?

Enjeu des dernières cantonales, le centre de planification familiale peine à (ré)exister, ses locaux sont éloignés du centre ville, quelque part vers la Ferme Blanche et bien dissimulés : notre enquêteur ne les as pas retrouvé. Afin de compliquer la tache des jeunes en détresse, ils ne sont ouverts qu’une demi-journée par semaine, ce qui limite toute tentative. Par contre le numéro de téléphone est dans l’annuaire : il aboutit au Réseau de santé du Haut Nivernais de suivi des grossesses, pour décourager toute velléité d’Interruption de grossesse, on ne s’y prendrait pas autrement… La secrétaire du RSHN fait ce qu’elle peut et redonne des numéros de téléphone et nouveau parcours : de toute manière pour les mineurs, c’est Nevers. Les autres professionnels du secteur ne sont bien entendu pas informés de l’existence et des horaires de ce centre, et on ne communique pas, des fois que…. Pour s’amuser, les lecteurs peuvent rechercher ce centre en suivant le fléchage encore présent dans le Centre Hospitalier, le premier qui trouve a gagné un préservatif (la pilule ne protège pas du SIDA).

Stéphane Casset.




DÉCEMBRE 2003 (N°8)




INTERVIEW

Dans la lutte pour le maintien de l’hôpital de Clamecy, nous pensions soutenir une équipe qui, de la cuisine au bloc opératoire, en passant par l’administration, faisait corps pour défendre cette structure. Guillaume Couillandre, directeur adjoint de l’hôpital nous a fait parvenir ce texte en forme d’interview. Une douche froide !

- Guillaume Couillandre, pouvez-vous vous présenter ?
- Guillaume Couillandre - J’ai 29 ans, je suis ingénieur diplômé de l’Ecole nationale des Ponts et Chaussées, j’ai passé le concours administratif de directeur d’hôpital en 1997. J’ai pris mes fonctions de directeur-adjoint du centre hospitalier de Clamecy en avril 2001.

- En quoi consiste votre travail ?
- G.C. - Je suis, ou plutôt j’étais, chargé des finances du centre hospitalier. Cela veut dire : élaborer les budgets, suivre les dépenses, rédiger des analyses détaillées, négocier les dotations financières avec l’état. Ce n’est pas une mince affaire quand on sait que le déficit tourne chaque année autour de dix millions de francs. L’hôpital ne survit que grâce à des crédits exceptionnels attribués en toute fin d’année, à l’issue de six mois d’avertissements, d’explications, de négociations. Ces démarches nous ont amenées 4,2 millions de francs en 2001, et la signature d’un protocole de redressement en décembre 2002. J’étais aussi responsable du secteur logistique du centre hospitalier : l’atelier, la cuisine et la lingerie.

- Ce protocole de redressement, était un aboutissement. De quoi s’agissait-il exactement ?
- G.C. - L’objectif était d’atteindre l’équilibre financier fin 2004, chose jamais réalisée depuis près de 20 ans. Ce protocole signé entre l’établissement, le Conseil Général de la Nièvre et l’Agence Régionale de l’Hospitalisation de Bourgogne, permettait de régler les difficultés financières permanentes de l’hôpital. C’était une grande avancée. Elle était directement issue de mes calculs et de mes propositions, validés par les trois partenaires impliqués ainsi que par M. Christian Paul. Ces calculs avaient été faits sur la base d’un personnel minimal et non réductible, comme c’était notre cas à ce moment là. Hélas, tout cela est désormais caduc, puisque l’Etat qui devait financer 3 millions de francs par an (conformément à l’avis de la Chambre Régionale des Comptes émis en 2000), les prélèvera en fait... sur le budget de l’hôpital lui-même ! +3 - 3 = 0 ! Voilà à quoi aura finalement servi tout ce travail.

- On a l’impression que quoi qu’on fasse, on ne sortira jamais de ce déficit organisé.
- G.C. - Oui, dès qu’on a trouvé une solution, elle est remise en cause. L’Etat ne veut pas que vive l’hôpital de Clamecy ! C’est très clair, il est prêt à revenir sur sa parole. La stérilisation, qu’on nous demande de sous-traiter à Auxerre coûte un million de francs par an, mais on ne nous finance pas pour autant... Aujourd’hui le protocole de redressement n’est évoqué que pour demander des économies à l’établissement, ou alors pour justifier chaque étape vers la fermeture. C’est une attitude profondément malhonnête.

- Vous critiquez votre employeur... Ne pensez-vous pas, que cela peut vous attirer des ennuis ?
- G.C. - Rassurez-vous, le mal est déjà fait... Depuis le 1er septembre 2003, on m’a supprimé mon travail. Je ne suis plus en charge des finances, plus en charge de rien. La dernière chose qu’on m’a demandé, c’est de trier un monceau de papiers qui s’empoussière depuis dix ans...
Voilà, j’avais un travail, un statut, un métier, aujourd’hui je n’ai plus rien. En juin on m’avait demandé d’accepter une mutation, mais j’ai refusé. Alors j’ai été mis au placard, je n’ai plus de pouvoir de décision ! On fait comme ça dans la Fonction publique.


- Qu’est-ce que vous allez faire ?
- G.C. - Je ne sais pas, on verra bien, je n’ai pas d’idée. Pour le moment j’essaye de me remettre, parce qu’on a beau s’y être préparé, eh bien le harcèlement c’est terriblement destructeur. Je suis en maladie. Je dors toute la journée, je lis. Je regarde le feu dans la cheminée. Ça cogite dur à l’intérieur. J’ai toujours essayé de ne pas pratiquer le management comme une tyrannie, de prendre sur moi, de ne pas me décharger sur une personne plus faible, de bien considérer les gens, de trouver le positif... De ne pas mentir ! Tous ces gens de pouvoir mentent et veulent, en plus, qu’on fasse semblant de croire à leurs mensonges.

- Quel est l’avenir de l’hôpital ?
- G.C. - Je ne sais pas. J’ai fait tout ce que j’ai pu. En six mois on a fermé la moitié des lits, arrêté les recrutements. Les gens qui partent ne sont pas remplacés ! On ne sait pas faire les plannings pour la période de Noël ! On a viré près d’une quinzaine d’agents ! C’est un vrai plan social, sans plan social.
Et chacun a peur de la répression !

Guillaume Couillandre.