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ANNÉE 2005

N°12 - N°13

samedi 25 juin 2011, par Le Picot




MARS 2005 (N°12)




Qu’est-ce que l’écologie ?

C’est la science des rapports entre les êtres vivants et leur milieu. Prenons un exemple : une usine de produits chimiques connaît de graves problèmes en Italie. Elle a libéré dans l’atmosphère de la dioxine, hautement toxique. La France, habituellement timorée dans la stratégie de la précaution prend pourtant la décision de rechercher toutes les zones à risques du même type. La loi définit alors dans ces zones un périmètre à l’intérieur duquel il est interdit de créer de nouvelles activités susceptibles d’attirer les êtres humains. Tout commerce déjà installé doit se contenter de sa capacité d’accueil initiale. Tout commerce déjà installé qui veut l’augmenter doit donc déménager en dehors du périmètre cartographié. Un commerce qui s’installe aujourd’hui, ce sont des milliers de mètres carrés à aplanir : construction d’un hangar peint (le " magasin ") et surtout du sacro-saint parking. Cette surface asphaltée est un complément obligatoire, puisque le commerce sera forcément loin de la ville (choix d’une zone artisanale en terrain précédemment agricole = faible coût du terrain). La zone de chalandise doit être très étendue et couvrir tous les villages dans un grand rayon, villages eux-mêmes saignés de leurs épiceries traditionnelles. Il ne peut pas s’installer au centre-ville (manque de place et contraintes architecturales des secteurs sauvegardés). Début des travaux : intervention d’engins lourds et recherche de matériaux de remblai fermes et à bas prix ; on ne fait pas appel aux carrières répertoriées (et par ailleurs soumises aux contraintes de la Commission Départementale des Carrières), on tape directement dans les coteaux voisins, à la grande satisfaction de leurs propriétaires, eux aussi à la recherche de zones arasées bon marché. C’est l’ensemble de ces rapports écologiques de l’homme à son milieu, largement mêlés de recherche de profit à tous les échelons, qui explique la poursuite de la détérioration de la planète, de l’Italie à la France, de Seveso à Moulot… Là-bas, la pollution chimique, ici, après la tôle, les trous et dans les trous, bientôt plus de tôles… Pour la rétention des lisiers, issus des pensionnaires de ces camps ferreux, on verra plus tard.

Dominique Girault.







TOUCY - BIO : La distribution

Il ne suffit pas de produire des légumes, des fruits, des fromages ou de la viande bios. Encore faut-il, si l’on veut en vivre, se donner les moyens de vendre ces produits.

Beaucoup pratiquent la vente directe, sur l’exploitation ou sur les marchés. Des boutiques, spécialisées dans la vente des produits bios, se sont implantées dans les villes. Même la grande distribution ouvre quelques espaces bios au milieu de son océan de produits qui n’ont absolument rien d’écologiques. Il arrive aussi que des producteurs se regroupent pour tenir boutique et diffuser leur production. Nous avons voulu savoir comment cela pouvait fonctionner et nous nous sommes rendus à Toucy pour dialoguer avec les producteurs de " Un déjeuner sur l’herbe ". Ils se sont regroupés à dix pour fonder une S.A.R.L, acquérir et rénover une boutique en plein centre commercial et proposer une gamme permettant de constituer un repas complet, " pain et vin compris ". Tous leurs produits sont officiellement certifiés biologiques et ils se sont imposés, par charte, de ne pas pratiquer, dans le magasin, des prix supérieurs à ceux de la vente directe qu’ils réalisent. Les produits ne sont pas achetés par le magasin. N’est payé que ce qui est vendu. Comme il s’agit d’une production locale, l’offre varie selon la période de l’année. Pas question d’y trouver des fraises ou des tomates au mois de février. Les légumes et les fruits frais sont de saison. Par contre, on peut s’y procurer, toute l’année, des fruits ou légumes secs, des fromages, de la viande, du vin, des œufs, des volailles. Le pain est fourni par un boulanger qui ne fait pas partie des membres fondateurs. Pour une offre plus complète, le magasin vend également des produits d’épicerie (eux aussi certifiés A.B.) qui proviennent principalement du commerce équitable. La structure, créée en mars 2003, a une existence trop courte pour faire un véritable bilan. Pour l’instant elle a engendré la création d’un emploi mais les producteurs se relaient pour être, eux aussi, présents à la boutique. Choisir un circuit de distribution court est sûrement le meilleur moyen de rendre le bio compétitif. Encore faut-il vaincre les préjugés, les idées reçues et les habitudes des consommateurs. Du boulot, certes, mais pas perdu d’avance. Rien n’interdit de penser que la recherche d’une nourriture plus saine ne devienne, très bientôt, une priorité pour le plus grand nombre. A condition, bien entendu, de faire sauter la barrière du fric.

Claude Cogan.







La réhabilitation de l’œuf industriel.

Quand les crânes d’œufs parlent de poules… Ça donne quelque chose comme ça : " le retour aux méthodes d’élevage en poulailler ou au sol ne pourrait qu’être préjudiciable… " (Journal du Centre du 18-11-04) Intrigués par ces étranges affirmations, nous avons demandé à Jean Louis Faure, aviculteur présent tous les samedis sur le marché de Clamecy, de nous dire ce qu’elles lui inspiraient.

Ce que l’on doit savoir :

Les fameux " experts " des Académies de médecine (d’accord)… mais aussi Académies d’agriculture (alors ça c’est pas banal) ; donc ces fameux académiciens ne sont peut être jamais allés faire un tour du côté des poulaillers " industriels ". Je doute fort qu’ils se soient approchés à moins de 500 mètres sans appareil respiratoire tellement l’odeur d’ammoniac et de lisier est forte, sans non plus de voile de protection à l’image de l’apiculteur tant la population de mouches et de taons y est importante. J’ai eu l’occasion de visiter un de ces poulaillers, un décor fantasmagorique. Imaginez-vous marchant sur une passerelle en fer, 6 mètres au dessus d’une fosse à lisier immonde, un parcours d’un mètre de large pouvant aller jusqu’à 500 mètres de long, de chaque côté de vous, des cages à poules de 50 cm x 50 cm environ superposées sur 6 étages, voire plus, dans lesquelles sont enfermées 5 à 6 poules par élément. Ces derniers constitués de barres de fer suffisamment espacées pour laisser passer la tête afin que ces pauvres bêtes mangent et boivent à volonté afin que l’indice de transformation (les œufs) soit au rendement maxi. C’est vrai qu’elles ne voient jamais un rayon de soleil, les poulaillers sont obscurs pour raison de piquage.

Ce que l’on ne doit pas savoir :

Donc tout ce que je raconte là est totalement vrai, mais bien sûr, ne renseigne en rien sur la composition de l’œuf et sa valeur diététique. C’est vrai que les progrès réalisés sur la nutrition sont tels que beaucoup de spécialistes (encore ces fameux académiciens) s’accordent à dire qu’il n’existe pas de différence de goût entre un œuf de poule en batterie et un œuf de poule plein air. Même que l’œuf industriel est beaucoup plus propre à la consommation. C’est sûr, la nourriture est très équilibrée, des techniciens, voire des mathématiciens se sont penchés là-dessus. Un poil de ceci, un complément de cela, enfin je vous rassure il y a quand même des céréales dans tout ça, plus de 70 %. Et la coloration du jaune ? Ah c’est très facile : le technicien va chez l’éleveur, et tel le marchand de bagnoles ou le peintre en ravalement, lui présente une échelle de couleurs allant du jaune pâle au orange presque rouge et lui dit : “ Voilà, quelle couleur voulez-vous ? J’ai la poudre de perlin-pinpin (je ne citerai pas son nom) qu’il vous faut pour colorer le jaune à votre souhait, telle la chair rose des saumons de Norvège qui n’ont jamais aperçu une seule petite crevette de leur vie. ” Voilà donc comment on fabrique maintenant un œuf qui a bon goût. Il est alors facile, pour un marchand peu scrupuleux, de les mettre en vrac dans un panier, de les baptiser " œufs de la ferme " et de les vendre comme tels aux clients et aux clientes à la recherche de produits " naturels ".
Aviculteur depuis trente cinq ans, seul éleveur répertorié à la chambre d’Agriculture dans l’Yonne, j’élève des poules en plein air parce que j’ai la foi. Mais je n’irai jamais jusqu’à dire que les œufs que je récolte sont meilleurs que ceux-ci ou ceux-là, sauf que la qualité de fraîcheur est suivie et que c’est cela qui compte.
Alors pourquoi me direz-vous fait-on en ce moment tant de propagande pour réhabiliter l’œuf industriel ? Tout simplement parce que l’œuf industriel représente 96 % du marché français, sans compter, bien sûr, ceux que l’on retrouve déguisés en œufs des poules de la ferme sur nos bons vieux marché du terroir.
Très bientôt, à compter du 1er janvier 2005, loi européenne oblige, tous les œufs vendus en France devront être tamponnés, dérogation d’un an sera faite pour les petits producteurs. Ce sera peut être un bien pour le consommateur car le marquage sur l’œuf indiquera non seulement l’origine du produit mais renseignera ledit consommateur sur la manière dont est élevée la poule et ça c’est important !
D’où le tapage médiatique.

Jean Louis Faure.


- Ce marquage sera fractionné en trois indices :


- 1°) Un chiffre allant de 0 à 3 correspondant à : 0 = œufs bio, 1 = œufs de poules plein air, 2 = œufs de poules au sol ne sortant pas, 3 = œufs de poules en cage.

- 2°) FR pour France, ESP pour Espagne, ALL pour Allemagne etc, etc…

- 3°) Le numéro de l’éleveur

Donc si un " paysan " essayait de vous vendre les œufs de ses poules marqués 3 FR 725, le " 3 " indiquant " œufs en batterie ", vous vous diriez à ce moment-là : “ Mais bon sang, mais, c’est bien sûr, ce gars-là me cache quelque chose !…”







SUR L’AGENDA DU JARDINIER : petits travaux.

L’hiver est là et nos chères plantes sont au repos. La chenille engourdie ne ronge plus notre rosier et le puceron vorace n’est plus qu’un souvenir à la feuille défunte du cerisier (à fleurs " c’est pour les mémés " m’a dit un adjoint).
Pourtant le printemps s’approche, qui par petites touches, boute ici un bourgeon gonflé, là un gazouillis incongru de volatile accapareur de tournesol à la margarine.
Que faire, puisqu’il n’y a rien à faire ? Il ne manque point d’occupations vaines à confier à nos employés, au chômage technique. Aujourd’hui, nous traiterons de la taille. Deux écoles s’affrontent et s’exercent en la médiévale cité : celle du ras du tronc (école municipale) et celle du bout des branches (école du C.A.T.).

Dans le premier cas, travail quasi inutile, esthétiquement réussi et qui respecte la morphologie et la biologie de l’arbre recoiffé. On empêche ainsi les gamins de se pendre aux branches ou d’y grimper, on permet au tondeur de pelouse de toiletter l’écorce d’un même mouvement, l’amateur de bouquets de feuillages ou de rameaux fleuris n’aura qu’à bien se tenir…




Dans le deuxième cas, travail quasi inutile, esthétiquement raté mais qui permettra, les années suivantes, de revenir tailler des branches mal placées, issues de bourgeons qui n’auraient pas dû se développer ou de tronçonner au pied un arbre dangereux puisque pourrissant de l’intérieur. Coupe des branches, ramassage des branches, transport des branches : voilà nos petites mains bien occupées.

Dominique Girault.







Les amoureux de la nature !

Je fais certainement partie des derniers nantis ayant le privilège de bénéficier de la retraite sans que l’on ait besoin de m’offrir une canne ou un fauteuil roulant ; je devrais donc baigner dans le bonheur ! Bien sûr, je ne suis pas totalement mécontente de mon sort, mais pourtant, je me sens un peu comme la baleine bleue, vous savez, celle qui voulait déboucher tous ses tuyaux ! J’ai sans doute passé l’âge de m’initier à la plongée sous-marine, je me contente d’être une baleine bleue terrestre. L’avantage est que je ne peux constater qu’une partie du désastre, la partie aérienne quoi ! Cela limite la chute de mon moral ; car vous ne pouvez imaginer ce que l’on trouve dans les forêts de la région, chacun faisant l’offrande à son passage d’objets variés et résistant au passage du temps. Il est possible pour agrémenter la promenade d’imaginer des devinettes : le bidon d’huile ? Le bûcheron ! Les capsules ? Le randonneur ! La bouteille de Sylvaner ? Peut-être le chasseur. Si cela vous amuse, continuez sans moi avec les cannettes de bière, les seaux en plastique, les boîtes de maquereaux au vin blanc , les sacs multicolores (il faut égayer !). Le pq rose, c’est un peu voyant, mais très tendance et biodégradable. Quel siècle, même les sangliers se dépravent : j’ai trouvé, près d’une mare, de quoi faire une soupe aux légumes, des épis de maïs, des morceaux de pain et un cubi de rouge ! Tout cela leur étant destiné bien sûr : au diable l’avarice ! Le cubi de rouge était vide, ils devaient être frais, les sangliers ! Si mon circuit touristique ne vous convient pas, vous avez la possibilité de vous balader entre le pont de la déviation et l’écluse de Basseville, en suivant la rive droite de l’Yonne ! Vous pouvez utiliser le beau gant de ménage vert, accroché quelque part à une branche pour ramasser toutes les guirlandes d’immondices qui décorent les buissons, et si vous êtes fauchés, parmi les bouteilles qui traînent au sol, peut-être quelques unes sont-elles consignées. Souvent ces divers itinéraires permettent de respirer la bonne odeur des brûlots immondes où l’on incinère allègrement plastiques, polystyrène et vieux pneus (ceci étant l’effet pervers des déchetteries dont la gratuité ne vaut que pour les particuliers) ! Vivent les potagers biologiques à la dioxine ! Le plaisir peut être encore plus grand si vos pas vous mènent près d‘un village ; le parcours est alors accompagné par les cris de chiens hurlant à la cantonade leur ennui, voire leur détresse. Il est vrai que si le chien est le meilleur ami de l’homme, il n’est pas obligatoire que l’homme soit le meilleur ami du chien. Vous n’aimez pas les chiens ! Ce n’est pas très grave, vous trouverez bien, caché au détour d’un chemin forestier ou d’un méandre de la rivière, un technobauf pour sonoriser toute une vallée, empêcher le cerf de bramer ou de copuler et faire rater les couvées dans un secteur étendu le printemps venu ! Ne soyez donc pas vieux jeu en prétendant choisir vos heures et vos programmes ! Le chant des oiseaux et le silence sont un luxe inadmissible ! Si vous osez râler, vous trouverez bien quelqu’un pour vous le rappeler en des termes pas toujours courtois. J’allais oublier les engins tout terrain et la moto " verte ", qui servent à cumuler différentes nuisances, il faut savoir être rentable ! Notre époque demande de l’efficacité ! Ah, la douceur de vivre dans la France profonde ! Pour sûr, tout ceci est l’œuvre d’amoureux de la nature ! Ce n’est peut-être pas une raison pour abuser d’elle et la traiter comme une catin !

Michèle Podoriezack.







S.O.S. Morvan.

Rien à voir avec un petit village résistant à l’occupation romaine.

Ici, il s’agit d’habitants du Morvan en lutte contre l’enrésinement du massif. A l’origine, la forêt morvandelle était une hêtraie-chênaie, associée à quelques bois de bouleaux, de charmes et de châtaigniers. L’enrésinement ne devient massif et général qu’après la deuxième guerre mondiale. Les résineux représentent 23 % de la forêt en 1970, 28 % en 1978, 40 % en 1988 et 51 % de nos jours. Ils dégradent et érodent les sols, perturbent le régime des sources et appauvrissent la diversité génétique de la flore et de la faune. Pour tenter d’enrayer ou de stopper cette invasion des Morvandiaux regroupés dans l’association " Autun-Morvan Ecologie " ont créé le " groupement forestier pour la sauvegarde des feuillus du Morvan " dont les objectifs sont les suivants :


- Acquérir des parcelles qui se distinguent par une grande diversité arbustive et de milieu, et qui doivent être préservées d’une exploitation intensive.
- Démontrer qu’une gestion respectueuse de la forêt est rentable.
- Sauver de la coupe rase des peuplements de feuillus ou mélangés d’un bon avenir et qui ont un intérêt patrimonial ou paysager.
- Avoir une position de propriétaire auprès des instances forestières.
- Ralentir et pourquoi pas bloquer l’évolution inquiétante de l’enrésinement des forêts du Morvan. Le meilleur moyen de prendre part à ce combat, c’est de souscrire et faire souscrire des parts destinées au rachat de parcelles à protéger.

Le Picot.



Adresses utiles pour souscrire ou pour plus de renseignements :

G.F.S.F.M.
Mortaise 71540 LUCENAY L’EVEQUE
Tél/Fax 03-85-82-65-23

Autun Morvan Ecologie
19, rue de l’Arquebuse 71400 AUTUN
Tél/Fax 03-85-86-26-02
[autun.morvan.ecologie@wanadoo.fr]







Pour un retour aux vins naturels

A l’heure de la mondialisation et de l’uniformisation du goût qui sévissent aussi et surtout dans le petit monde du vin, il faut néanmoins mettre le doigt là où cela fait du bien. Car une résistance à ce nivellement culturel existe chez quelques vignerons français (à peine 1% en grossissant les choses !). Ces derniers montrent qu’une alternative est possible dans cet univers du vin qui est devenu une vulgaire marchandise, un quelconque produit fabriqué de A à Z. Nous vous présenterons l’état d’esprit de ces paysans en mettant l’accent sur leurs parcours, sur le travail de titan qui est effectué dans les vignes et en cuverie pour proposer des nectars naturels aux consommateurs.

Un choix de vie, pas une bannière à porter

Nombre de ces vignerons n’ont pas eu à assumer l’héritage du pater qui devient parfois un fardeau pour des jeunes n’ayant nullement envie d’être viticulteurs qui plus est. N’étant pas du sérail agricole avec l’étiquette collante " de père en fils " depuis 1515 (beaucoup travaillaient dans un autre domaine), ils doivent se faire une place : dans un premier temps, cela passe par une formation adulte dans un centre de formation professionnelle pour la promotion agricole. Puis, brevet en poche, le plus dur commence avec le projet d’installation. Il va de soi que les bonnes opportunités sont réservées via la SAFER (Société d’administration qui attribue les terres) aux fils de viticulteurs du cru. Les autres… eh bien ma foi ramassent les miettes ou n’ont plus qu’à s’installer hors zone d’appellation d’origine contrôlée. Ils feront alors des vins de pays ou du vin de table !!! Qu’à cela ne tienne, eux ce qu’ils veulent c’est justement faire du vin à boire pour la table et du naturel en plus : La tradition, l’étiquette parcheminée, la mention élevée en fût, les déguisements poussifs pour porter le Saint-Patron, ils n’en n’ont cure.

Le vin naturel… oui… mais au préalable une culture naturelle

Tout d’abord, pour obtenir de beaux raisins, il faut être dans sa vigne.
Un travail des sols est effectué (labours, légers griffages) pour activer la vie microbienne. Certaines vignes peuvent être enherbées naturellement une partie de l’année afin de faire plonger les racines des ceps plus profondément et aussi pour lutter contre l’érosion des sols. Les engrais chimiques (dont la fameuse potasse qui dope les vignes et les fait pisser) sont bien sûr bannis. Seul un compost peut être ajouté si la plante en ressent le besoin.
Bien sûr, les vignerons n’utilisent pas d’herbicides, pas de pesticides, ni de fongicides… Seuls le soufre fleur (contre l’oïdium) et la bouillie bordelaise (contre le mildiou) sont utilisés sous forme de traitements ainsi que parfois des tisanes de plantes (ortie, prêle, valériane) pulvérisées. Les doses des produits doivent être conformes au cahier des charges " bio ". Les contrôles ont lieu tous les ans.
Certains vignerons " nature " travaillent dans la même optique mais sans contrôle. Ils ne veulent pas justifier et payer une conduite qu’ils ont adoptée depuis belle lurette.
Pour se rendre compte du travail de ces paysans et de l’état sanitaire de leur vignoble, il suffit d’aller dans une de leurs vignes durant les quatre saisons : en hiver, on taille la vigne assez court (il faut s’adapter à chaque pied et trouver un équilibre), puis au printemps on ébourgeonne (pour réduire les rendements et éviter que la vigne ne pisse). Enfin, certains vignerons font parfois tomber du raisin des jeunes vignes productives peu avant les vendanges. Ces dernières sont effectuées manuellement en caissettes, pas de machines à vendanger bien entendu qui martyriseraient de belles grappes bien mûres prêtes à être vinifiées.

Des vinifications naturelles

Là intervient le coup de patte ou de génie de ces vignerons qui ne sulfitent pas leur vendange venant d’être pressée. Pas de soufre (le fameux SO2 " tête d’allumette au nez ", qui durcit les vins en bouche et vous oblige parfois à vous promener avec un casque sur la tête un lendemain de fête), non plus durant l’élevage des vins : ces derniers sont élevés sur leurs lies et s’enrichissent ainsi. A la mise en bouteille, des doses infimes de soufre seront ajoutées (entre 1,5 et 3 g par hectolitre sur les vins secs) pour la conservation du vin et son transport à l’étranger. Chose importante également, les vins ne sont pas chaptalisés (pas de sucre ajouté puisque les raisins sont mûrs !), ni acidifiés (pas d’ajout d’acide tartrique), ni levurés (les levures sont présentes naturellement sur la peau du raisin), ni enzymés (ce procédé est utilisé pour extraire de la couleur et des arômes… ben voyons…), pas d’ajout de bactéries (pour accélérer la fermentation), pas de collage au ferrocyanure de potassium (pour clarifier les vins blancs), pas de filtrations dégrossissages ou stériles, ni de pasteurisation (pour tuer les vilaines bactéries), pas d’osmoseur (pour concentrer artificiellement des vins dilués à la base)… Il y a un total respect de la matière première : bref que du jus de raisin fermenté, de belles grappes ramassées à maturité et vinifiées à basse température sans soufre ajouté.
Mais attention, en viticulture conventionnelle, tous ces produits et techniques de vinification sont utilisés à plus ou moins grande échelle (plutôt plus). Cela devient vite une liste noire qui tourne à l’ écœurement. Le vin est devenu une marchandise, un vague produit fabriqué et décliné partout dans le monde de la même façon. A quand en France la contre-étiquette avec la liste des produits ajoutés ??? Le vin bénéficierait-il lui aussi d’une immunité !!! Sujet tabou dirons-nous…

Des vins vivants à boire et reboire

Quelques centaines de vignerons-nature apportent une alternative constructive à cette uniformisation du goût. Leurs vins le prouvent : les arômes sont complexes, la matière est au rendez-vous (c’est redevenu un aliment), un verre appelle forcément un autre verre du simple fait qu’il n’y a pas d’adjuvants dans ces vins. Ils sont digestes, apportent leur lot de vitamines et ne sont pas dominés par un élevage boisé. On leur reproche parfois leur manque de netteté (trouble dirons-nous), une certaine réduction du nez, la présence de gaz (CO2), leur côté rustique (à l’ouverture, on perçoit parfois de notes animales : toute l’écurie serait présente…) C’est bien vite oublié que ces vins sont vivants, naturels et donc soumis comme nous aux caprices, aux évolutions, aux saisons. Certains sont à boire un peu frais, d’autres méritent d’être carafés (ils perdent alors leur gaz et ne sont plus réduits). Ils doivent aussi être stockés dans une cave stable avec une température inférieure à 15°C. A la notion de moyenne garde ou grande garde, je réplique que le vin est fait pour être bu sur son fruit. Cela me fait toujours sourire de voir ces collègues dégustateurs en goguette qui se gargarisent le gosier avec de vieux millésimes où le fruit a depuis longtemps démissionné.
Une chose est sûre : il faut informer les consommateurs, les conseiller. C’est le rôle des vignerons nature, des bars à vin, des cavistes, des sommeliers et de tous les passionnés de vins. Il n’y a pas qu’une voie à suivre, il faut retrouver le goût, la curiosité, l’éveil.

Fabrice Lécuelle.




AOÛT 2005 (N°13)




Pas l’ombre d’une éolienne à l’horizon

Toutes les statistiques le prouvent : dans le domaine de l’écologie, la France est très en retard sur la plupart de ses voisins. Qu’il s’agisse d’énergies renouvelables, de constructions bio-climatiques, de l’utilisation de matériaux écologiques, d’agriculture biologique ou même des moyens de transport, nous pointons presque partout à la dernière place. Le comble, c’est que parmi les régions françaises, la Bourgogne se trouve en queue de peloton.

A Clamecy, c’est carrément le désert. Pas l’ombre d’une éolienne à l’horizon, pas le moindre panneau solaire. Quant aux tracteurs que nous pouvons voir évoluer avec de gigantesques arroseuses, pas besoin d’être expert pour savoir qu’il ne s’agit pas de bio. Dans nos murs, on pourrait s’attendre à ce que nos édiles se sentent un peu concernés par le problème. Un petit coup de main à la maison citoyenne et l’extension de la " zone 30 ", c’est à peu près tout ce qui semble avoir retenu leur attention. Ce sont pourtant les collectivités qui doivent donner l’exemple.

Question de choix.

On peut essayer, avec d’invraisemblables chicanes, de limiter la vitesse mais on ne pense pas à faire, ne serait-ce que quelques centaines de mètres, de piste cyclable alors que les malheureux cyclistes vont se sentir bien à l’étroit dans ces rétrécissements.
Il y aurait pourtant beaucoup à faire sur le plan écologique dans la ville de Clamecy. Faute d’énergies renouvelables, on pourrait peut être commencer par économiser les énergies fossiles. Combien de chaudières municipales tournent plein pot pour chauffer des locaux peu ou pas isolés.
A la MLAC, on vient de refaire complètement la toiture d’un bâtiment sans même penser à profiter de l’occasion pour refaire l’isolation.
Mêmes remarques à propos de l’éclairage public. A partir d’une certaine heure, pourquoi ne pas diminuer le nombre de points lumineux. C’est techniquement possible dans certains endroits. Il serait bon, également, de demander à nos chers architectes de réfréner leur appétit de consommation. L’éclairage mis en place lors de la réalisation du parking de la salle polyvalente est un modèle du genre (dans le domaine du gaspillage, s’entend).
Pas un seul véhicule GPL dans le parc municipal. Pour la construction ou la rénovation, Nièvre Habitat continue à empiler les parpaings de béton, solution la plus économique, pour le constructeur mais pas pour l’utilisateur. Ne serait-ce pas à nos élus de chercher avec eux si d’autres solutions ne seraient pas envisageables ?
Bien sûr les matériaux " écologiques " sont mal distribués en France et leur prix de revient est nettement supérieur à celui des matériaux classiques employés
actuellement dans la construction. Il nous semble pourtant que, pour une collectivité, l’enjeu est suffisamment important pour pouvoir envisager un surcoût qui, dans le contexte actuel de la lutte contre la pollution et la disparition programmée des énergies fossiles entraînera une diminution des dépenses de fonctionnement.
Certaines municipalités ont fait ce choix. Pourquoi ne pas se renseigner auprès d’elles ?

Claude Cogan.







VEILLEE AUTOUR DU FREUX*.


- Je vous dis qu’ils sont des milliers. Ils vont nous manger tous.
- C’est de leur faute si les vaches, elles deviennent folles. Elles regardent toujours en l’air pour ne pas se faire attaquer et quand elles mangent, elles ne regardent plus ce qu’il y a dans l’auge.
- C’est à cause d’eux qu’il y a tant de chômage : les entreprises chinoises ont peur qu’une plume tombe dans l’usine et qu’elle ne bloque les machines, ça donnerait aux ouvriers le temps de réfléchir. Alors elles ne viennent pas s’installer chez nous.
- Ils m’empêchent de dormir : neuf mois de l’année, je compte les camions pour savoir l’heure qu’il est. Alors, au printemps, ils me dérèglent tout avec leurs croassements.
- C’est eux qui empêchent nos gamins de travailler à l’école. Ils tournent et retournent en criant dans le vent et nos mômes y gagnent le tournis et en perdent tout courage.
- Je ne peux même plus continuer à décorer les bords de route avec mon blé quand je l’emporte à la coopérative ; il y a toujours un de ces becs-droits à piocher dans ma jolie guirlande.
- Croyez-vous qu’ils iraient glaner dans les champs toute la bonne céréale que la machine perd : ils vont chercher le grain dans l’épi. Ils sont sûrement envoyés par Bruxelles qui ne veut plus payer pour la surproduction…
- En décembre 1999, les arbres sont tombés sous le poids de leurs nids. Et puis, il y a de la crotte qui tombe dans les rivières. C’est pour ça qu’il y a trop de nitrates.
- Même que la crotte, c’est blanc. C’est sûrement ça qui fait changer le climat.
- Moi, je plante. Du peuplier, bon bien sûr, j’ai touché une petite prime pour les planter : t’as déjà vu un cultivateur planter un arbre pour le plaisir, toi ? Bon, mes arbres poussent. Je les élague. Ben, y a une petite prime pour l’élagage, aussi, enfin une réduction d’impôt, un genre d’étrenne, quoi. Et alors, les voilà qui s’installent. Tranquilles. C’est pour ça que je demande des subventions : les cages pour les attraper ou les cartouches, ça coûte cher. Et en plus, déjà que je les loge, je les nourris ! Ils tapent dans mes récoltes. C’est rageant, non ? D’autant que c’est de la récolte qu’a coûté cher, je veux dire plus cher que l’autre : elle est irriguée et la prime pour la céréale gonflée à l’eau du Sauzay, c’est plus cher…
- Bon, on se réunit un de ces jours pour régler le problème. Qui est-ce qu’on va mettre avec nous ?
- Ben, comme d’habitude : paix sociale, faut des politiques ; bras armés et respect des traditions, faut des chasseurs.
- Ah oui ! De toute façon, c’est sûrement la faute des corbeaux si le canton se dépeuple, s’il n’y a plus de gibier et si le loup est revenu. Et puis les chasseurs ont besoin de nos champs pour chasser l’absence de gibier et éliminer la racaille, les mangeurs d’absence de gibier. Alors, ils ne peuvent pas dire non.
- Et les amis des corbeaux ?
- C’est du mauvais citoyen, ça ! Ça touche pas de prime, ça demande pas de subvention, ça regarde un oiseau sans vouloir le manger et puis ça lit des études scientifiques. Qu’est-ce que tu veux qu’on fasse de bon avec ça ?

Dominique Girault.

* Corbeau freux (Corvus frugilegus)





Marche de la décroissance :

pour la suppression du Grand Prix de France


Ce dimanche 3 juillet, à 12 heures, le soleil tape dur. Il fait plus de 30° C. Aux abords du circuit de Magny-Cours, théâtre du Grand Prix de France de formule 1 dont le départ va être donné à 14 heures, les routes sont saturées. Ca roule pare-choc contre pare-choc. Dans le village de Magny-Cours, c’est plus calme, peu de voitures mais une colonne de marcheurs entre dans le bourg et fait halte devant la mairie. Ces marcheurs ont pris part à la marche de la décroissance partie le 7 juin de Lyon et qui s’achève ici. Parmi eux, François Schneider, docteur en économie qui, depuis juillet 2004, s’est fait " colporteur de la décroissance ". Accompagné de son ânesse Jujube, il a sillonné la France d’Est en Ouest parcourant 1 500 km. Dans les villes et villages où il est passé, il a animé des dizaines de conférences sur la décroissance. Autour de lui, plusieurs centaines de gens anonymes, des jeunes, des vieux qui résistent à cette société de consommation, de gaspillage et de croissance dont seules la technique et la science seraient les remèdes. Qui comprennent que pour transformer le monde, il faut aussi transformer son mode de vie et en finir avec l’idéologie publicitaire. Présents également, deux personnalités, José Bové et le professeur Albert Jacquard. Tous demandent la suppression du Grand Prix de France, " symbole de tous les gâchis, du paroxysme de la pollution et du gaspillage des ressources naturelles, la fin de ces jeux du cirque irresponsables et puérils réservés à une vingtaine de gosses de riches alors que le déclin de l’extraction du pétrole est pour aujourd’hui et que le climat se dérègle dangereusement. " José Bové a dénoncé " cette société de l’absurde ", cette société de gaspillage où 20 % des habitants de la planète consomment 80 % des ressources. Si tout le monde suivait ce modèle, il faudrait trois " planètes ". L’ancien porte-parole de la Conf’ a déploré qu’une telle manifestation sportive ait lieu dans un département rural tel que la Nièvre qui s’est choisi en matière de développement local cette vitrine. Albert Jacquard a lancé qu’il fallait en finir avec la croissance, prônée par les politiques de droite comme de gauche, et dénoncé " ces jeux du cirque où des voitures super consommatrices de carburant roulent pour aller nulle part ".

Michel Melka.







Mais où sont-elles passées ?

Les bourdonnements divers et les vols de papillons, comme d’habitude, cette année, ont accompagné les premiers rayons de soleil, et tout à coup plus rien ! Je peux vous dire que pendant très longtemps, il a régné dans les bois alentour un silence pesant. De longues promenades sans entendre un vrombissement ! Réjouissez-vous, craintifs citadins : si le prochain printemps ressemble à celui-ci, vous ne risquerez pas les piqûres d’insectes. Les fabricants de remèdes préventifs et curatifs vont faire faillite ! Pour les fabricants de produits phytosanitaires, ce n’est pas demain la veille. Moi, cela m’angoisse plutôt, mais je dois avoir l’esprit mal tourné : je suis encore en train de chercher la petite bête ! A part quelques bourdons orphelins, je n’ai pas vu une seule butineuse dans mon jardin, alors que mes fruitiers étaient en fleurs. Et cette année, la récolte est maigre ! Est-ce le résultat de cette désertion ? Sans doute une curiosité malsaine m’a-t-elle conduite à faire quelques investigations. J’ai rencontré un couple d’apiculteurs installés près de Cervon : Patricia Pirker qui exerça dans les Pyrénées avant de s’installer dans la Nièvre et Frédéric Delin, dans le métier depuis 24 ans. Je ne prétends pas faire un cours magistral sur l’élevage des abeilles, cela n’est pas dans mes compétences, mais leurs explications m’ont permis d’y voir un peu plus clair, même si les facteurs sont très complexes. Le seul réconfort apporté par cet entretien fut la certitude que ma myopie ne s’était pas aggravée ! La population des abeilles diminue ! Il faudra peut-être appeler des abeilles chinoises ! Mais je ne suis pas sûre qu’en Chine elles prospèrent davantage car les contrôles anti-pollution n’y sont pas réputés draconiens. Les causes de leur disparition sont diverses, mais nous en sommes bien responsables, et là encore, il apparaît clairement que le seul animal vraiment nuisible n’est autre que l’Homme. La mortalité intense des abeilles semble directement liée à nos modes de culture : elles sont victimes bien sûr d’intoxications chimiques : qui n’a pas entendu parler de ces pauvres bestioles désorientées qui ne retrouvent plus leur ruche ? Qu’importe, le profit immédiat semble plus important que l’avenir de la planète et de ses habitants. Comme nous, ces actives demoiselles ont besoin d’une alimentation variée afin d’obtenir des larves en bonne santé. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’elles ont bien du mal à faire leur marché ! Et ce dernier n’est pas exempt de dangers : les belles fleurs de tournesol par exemple s’avèrent bien souvent vénéneuses. Vive la monoculture ! A cela s’ajoute la pollution atmosphérique qui joue un rôle important. A quand la ventoline comme produit apicole ? La canicule de 2003 provoqua aussi un accroissement de la mortalité. Nos gouvernants n’ont pas prévu la “ clim ” dans les ruches. Dommage, ce serait bon pour la croissance ! Et puis, l’on ne laisse plus à ces chères petites le temps de souffler : jugez-en par vous-même, jadis l’on ne récoltait le miel qu’une fois l’an, maintenant on peut aller jusqu’à quatre récoltes ! Quel progrès ! Privées de leurs provisions, les abeilles s’activent pour les remplacer et s’épuisent. Bref, elles n’ont pas droit aux 35 heures. On nous serine sans arrêt qu’il faut s’adapter ! Et l’on essaie d’imposer cette règle à la nature ! Elle se rebiffe et finalement nos abeilles meurent un peu plus vite de ce qui nous fait nous aussi mourir ! Toutes ces raisons combinées nous amènent à ce brillant résultat : il y a vingt ans, les apiculteurs comptaient dans leurs ruches environ 5 % de pertes hivernales et nous en sommes maintenant à un nombre situé entre 25 et 35 %. Peu de gens semblent très conscients des conséquences engendrées par la disparition des abeilles. Bien oui, quoi, du miel il y en a au supermarché, on ne va quand même pas se prendre la tête pour des créatures qui parfois nous agacent quand nous traînons dans la campagne. Pas la peine de se mettre dans tous ces états : il n’y aura bientôt plus une mouche pour nous piquer !

Michèle Podoriezack.







EAU POTABLE ?

D’année en année la qualité de l’eau du robinet ne cesse de se dégrader à cause de la pollution des nappes phréatiques par une agriculture déraisonnée (voire déraisonnable) qui utilise des produits dangereux pour notre santé (pesticides, herbicides, engrais azotés…). Un fait symptomatique : j’ai installé sous un robinet extérieur une poubelle pour conserver de l’eau, en automne-hiver pour garder des vifs, au printemps-été pour arroser. Pour la première fois, cette année des algues filamenteuses verdâtres sont apparues en abondance dans cette poubelle. C’est le signe d’une trop grande teneur en nitrates. J’en ai eu confirmation lorsque avec ma facture d’eau j’ai reçu un résultat d’analyses de la D.D.A.S.S. : pour 2004, nitrates 42 mg/l, la limite étant 50 mg/l. Si une véritable loi sur l’eau n’est pas rapidement mise en place et si le principe du pollueur-payeur n’est pas strictement appliqué, nous courons à la catastrophe !

Jean Petit.







Les bovins : malbouffe d’hier et d’aujourd’hui.

L’agriculture vivrière qui permettait aux populations rurales de subsister et le plus souvent de bénéficier d’une viande de bonne qualité donnait également lieu à des pratiques aujourd’hui disparues en raison de l’interdiction de l’abattage privé : " Il y a 50 ans, quand un mouton avait la tremblante, on allait chez le veto, puis on le mangeait, et il en était de même pour une brebis crevée à l’agnelage. Ces pratiques limitées, relevaient de l’économie vivrière et ne donnaient pas lieu à un commerce lucratif ".

- " A Magny-cours, au début des années 90, un grossiste a été condamné à deux ans de prison pour avoir fourni de la viande d’équarrissage aux collectivités, donc aux écoles et hôpitaux."
- Plus récemment, " dans les environs de Clamecy, un scandale a été étouffé grâce à l’intervention de politiques locaux. Des agriculteurs donnaient aux vaches de réformes, bêtes de reproduction en fin de carrière, de la mort aux rats de marque " Caïd ", ou du désherbant " Round-up ", qui font rougir la viande en faisant éclater les vaisseaux. "
- " Aujourd’hui, les animaux sont immatriculés et une mauvaise bête ne peut, théoriquement, plus passer en abattoir. "
Cependant, certains prétendent qu’il arrive fréquemment que les animaux soient échangés dans certains abattoirs :
- " on arrive avec un agneau, et on repart avec un vieux bélier. "
- " Lors du blocus de la viande anglaise, une affaire d’importation illégale avait été découverte : en passant deux fois la frontière belge, les bêtes changeaient tout simplement d’identité ".
- " Aujourd’hui, les trafics peuvent passer par les plats cuisinés ou surgelés dans lesquels les conservateurs, les colorants et les graisses chimiques sont peut-être encore plus dangereux que les viandes utilisées. " On peut constater dans ces propos que l’évolution des risques suit celle du marché…

L’alimentation du veau de lait :

- " Il existait sur Etais et aujourd’hui sur Decize des spécialistes du veau de lait. Un veau de lait fait 150 kg de viande en 4 à 5 mois."
- " Il est rare qu’un veau soit “ blanc ”, même nourri de lait et d’œufs et rien ne garantit qu’un veau élevé sous la mère, ait une viande blanche ou claire. Cela dépend de la région et de l’alimentation. Il n’y a pas de pâturage pour les veaux de lait et les vaches, une par hectare, sont élevées dans les regains pour la qualité du lait. La traite doit avoir lieu matin et soir, à heures fixes, sinon les bêtes deviennent irrégulières et se tarissent progressivement. "
- " En général, le veau mâle étant plus blanc que la femelle, les acheteurs regardaient les matrices pour voir si la chair était blanche. "
- " À Rungis, le veau du Limousin se vend entre 9 et 11 euros le kg de carcasse. "
- " On ne peut parler de " veaux de lait " que si le boucher adhère à un groupement car c’est aujourd’hui une marque déposée. "
Le droit de déposer en propriété industrielle des termes génériques issus du langage courant peut surprendre, mais il révèle magistralement le passage de l’agriculture sous la coupe de la sphère financière libérale. On imagine mal M. X, éleveur de la région, penser au dépôt d’un label reposant sur la privatisation d’un mot recouvrant une pratique ancestrale. Les labels sont donc la propriété de groupes d’éleveurs et de distributeurs aidés de conseillers financiers et en communication. " En choisissant " veau de lait " comme marque déposée, on en interdit l’utilisation par la concurrence qui se trouve être disqualifiée et on peut donc vendre plus cher. Le consommateur non averti ne saura jamais que le veau qu’il achète chez son boucher peut être de meilleure qualité sans bénéficier de cette appellation. D’autant plus que tout est fait pour que le consommateur oppose " veau de lait " à veau aux hormones. "
- " Dans la région, mon cousin élève des veaux au lait en poudre. Ces veaux de 8 jours et les produits lactés sont fournis par la société d’intégration qui se chargera de la vente sous l’appellation veaux de lait. Le suivi sanitaire, vaccinations et soins, est également fourni. "
Les paysans ne sont plus que des ouvriers spécialisés qui servent de faire valoir à une industrie mafieuse de la viande.
S’approprier le bien commun, ici le nom " veau de lait ", pour organiser le vol à grande échelle est la formule magique du libéralisme. La propriété, sous forme de brevets, de la vie biologique sera sa pierre philosophale.

A quand les VOGM de lait ?

Petite histoire du veau aux hormones.

- " La mise en place de ces pratiques utilisées par tous les paysans, fut initiée par les vétérinaires qui seuls étaient habilités à vendre les seringues et les produits. Puis les agriculteurs purent se les procurer, au marché noir, à moitié prix par rapport au prix du vétérinaire. Au marché de Sancoins, ce sont eux qui géraient le trafic.
- " On les surnommait " Hardis preneurs de jour, voleurs de nuit ". Par la suite, les paysans ont eu leurs propres réseaux. Les produits interdits étaient les meilleurs, nous parlons du gonflage des bêtes, pas de la qualité de la viande. Les hormones ont été utilisées de 1965 à 1985 ou 1986. "
L’emploi systématique d’antibiotiques qui inquiète de nombreux scientifiques rappelle la généralisation des hormones de croissance. Il n’est pas traité dans cet article. Pour se mettre l’eau à la bouche ce témoignage :
- " Près d’ici, un éleveur de porcs garantis sans OGM, les nourrit avec des granulés d’éléments complexes intégrants des " compléments médicamenteux " (il faut lire : antibiotiques) et du soja transgénique. " Nous y reviendrons.

Propos recueillis par Yves Pupulin.


Nous remercions les personnes : bouchers, grossistes en viandes et agriculteurs de la région, qui ont bien voulu nous communiquer les informations et témoignages contenus dans cette rubrique.

Le bœuf : bonnes et mauvaises bêtes.

- " De tout temps, les bœufs de trois ans et les vaches de cinq/six ans ont été considérés comme la viande de référence pour la boucherie. "
- " Au contraire, les bêtes accidentées, pattes ou reins cassés, ou atteintes de néphrite, maladie des rognons, étaient généralement vendues à Lyon pour en faire de la saucisse ou aux circuits des collectivités. Les " bêtes de réforme ", c’étaient les vaches venues de la laiterie qui avaient engendré une nombreuse progéniture. En général, raides maigres, on les remettait à l’embouche pour deux ou trois mois, ce qui permettait de les revendre, pour la basse boucherie, les collectivités et la conserverie. Aux marchés de Sancoins ou de Saint Christophe, il y avait des spécialistes de la mauvaise viande. Une vieille vache maigre descendue à 400 kg reprenait 150 kg de viande en un mois. Gonflées comme des éponges. elles étaient recyclées et repartaient parfois dans les petits restaurants du coin. "
- " Aujourd’hui, " les broutards ", ce sont de jeunes taureaux, qui sont expédiés en Italie pour faire du Baby, sont poussés au maïs de 18 à 24 mois et sont ensuite distribués pour la boucherie dans toute l’Europe. Cette viande venue en deux ans, alors qu’il en faudrait trois, est appelée " neige " car elle n’a pas de saveur. "
- " Mais il n’y a plus, dans notre région de mauvaises bêtes vendues en boucherie. "







VITICULTURE BIO

Suite à deux articles sur l’agriculture biologique parus dans le Picot n° 11 (nov. 04) je voudrais aborder à mon tour quelques aspects rarement évoqués de ce type d’agriculture et tenter de tordre le cou à quelques idées reçues.

Tout d’abord, je me présente : je m’appelle Pierre Hervé et je suis vigneron à Bel Air, commune de Villiers sur Yonne, où je cultive 6 hectares de vignes de " coteaux de Tannay " en culture biologique. J’élabore et je vends moi-même mes vins. Entrons maintenant dans le vif du sujet : On entend souvent définir l’agriculture biologique " en négatif " c’est-à-dire par ce qu’elle ne fait pas : elle n’utilise pas d’engrais ni de traitements ni de désherbants chimiques de synthèse. Donc elle n’apporte pas de nuisances environnementales, et les produits qui en sont issus ne contiennent pas de résidus chimiques. De même, on parle souvent à son sujet de retour aux sources, aux valeurs sûres, aux traditions. Enfin, on tente de la promouvoir à travers un verbiage où se mêlent des mots abstraits comme harmonie, équilibre, respect, préservation… En tant que professionnel de l’agriculture biologique, d’un naturel plutôt jouisseur et positif, je ne me reconnais pas dans ce discours frileux, nostalgique et imposé, et je vais tenter, dans ces quelques lignes de contribuer à vous en donner l’image que je partage avec de très nombreux collègues, à savoir une image de modernité, de technicité, de dynamisme et de joie de vivre. L’agriculture biologique est une agriculture résolument moderne. Je ne crains pas de dire qu’il y a 50 ans, on ne pouvait pas la pratiquer ou alors très approximativement (j’ai toutefois beaucoup de respect et de reconnaissance pour nos courageux précurseurs). Pratiquer une véritable agriculture biologique n’est devenu possible qu’à partir du moment où les connaissances en biologie la science) nous ont permis d’appréhender jusque dans les détails subtils le mode de vie, les cycles de vie et les relations des êtres vivants qui interviennent dans l’activité agricole : ceux des plantes que l’on cultive (ou les animaux qu’on élève) mais aussi ceux des plantes et des animaux qui vivent autour : amis concurrents, ennemis ou parasites de nos cultures. Ces connaissances nous permettent de considérer notre plante cultivée comme étant incluse dans un réseau complexe de relations. L’action de l’agriculteur sera de favoriser les phénomènes bénéfiques à la culture, et de défavoriser ceux qui lui sont négatifs. En plus de cette activité de prévention, il sera parfois nécessaire d’intervenir directement contre un ennemi de la plante cultivée. Dans ce cas, nous choisissons toujours les moyens d’action qui perturbent le moins possible cet équilibre toujours fragile. En fait, plutôt que d’agir de façon binaire et simpliste en appliquant un remède à chaque problème qui se présente, nous aurons une approche globale. Pour illustrer ces propos assez théoriques, examinons de façon pratique la gestion globale d’un problème en agriculture biologique à travers un exemple emprunté à ma spécialité : le mildiou de la vigne. Le mildiou, champignon parasite venu des USA est le problème n°1 des vignobles de la France du nord ?. Ses dégâts peuvent aller d’une diminution de la qualité à une perte totale de la récolte : il est donc exclu, sous nos climats, de " laisser faire "… En agriculture biologique, la gestion de ce problème se décline en cinq volets.

1) Connaissance et information.
Vivre avec le mildiou sans en souffrir, c’est avant tout connaître ses cycles biologiques, les conditions qui lui sont favorables, ainsi que les conditions où la vigne lui est réceptive. Une littérature abondante existe à ce sujet. Mais c’est aussi s’informer au jour le jour. Le service de la protection des végétaux (1) a mis au point un modèle informatisé qui lui permet, en intégrant des connaissances fondamentales, des données climatiques et des essais en laboratoire, de donner régulièrement le niveau du risque de contamination par le mildiou. Ces données modulées par les informations de la météo professionnelle et des observations personnelles locales (température, pluviométrie) me permettent chaque année d’éviter 2 à 4 traitements par rapport à des collègues qui pratiquent une protection systématique à cadence régulière, sans subir plus de problèmes qu’eux.

2) Observation du terrain.
Une observation quotidienne et minutieuse n’est pas du temps perdu. Elle permet de découvrir ou d’anticiper bon nombre de problèmes(2), d’intervenir au bon moment, mais seulement si cela est nécessaire.

3) Prévention.
Pour ne pas être victime du mildiou, il vaut mieux ne pas lui ouvrir la porte. Un exemple : dans les années 70, un chercheur de l’INRA, F. Chabousson, a montré dans son livre " Santé des cultures "(3), que les plantes sont plus ou moins réceptives à leurs parasites en fonction de la nature et de la quantité de fertilisants qu’on leur apporte. Ce concept de base permet, par le choix des fertilisants et leur juste dosage, de rechercher son équilibre entre rendement et résistance aux parasites. Beaucoup d’autres techniques préventives sont utilisées. Elles n’empêchent pas quelques contaminations, mais évitent en général les épidémies explosives.

4) Lutte directe.
Si certains problèmes sanitaires peuvent êtres gérés uniquement par des actions préventives, le mildiou n’est pas de ceux-là. Il est donc nécessaire d’agir contre lui. Le seul produit réellement efficace et autorisé en culture biologique est le cuivre (ex : la traditionnelle bouillie bordelaise). Sous cette forme, il n’est pas directement toxique pour l’homme et les animaux, et étant peu mobile dans le sol, il ne pollue pas les eaux souterraines. Cependant, chaque application est un stress pour la vigne, et son accumulation dans le sol inhibe la vie microbienne et l’enracinement des plantes. C’est pourquoi notre souci est d’en utiliser le moins possible et nous avons été aiguillonnés dans ce sens par un récent règlement européen qui en limite l’usage à 6 kg par hectare et par an. En plus des techniques de raisonnement et de préventions évoquées ci-dessus, visant à réduire le nombre de traitements, nous travaillons à affiner nos techniques d’application, ce qui permet d’en optimiser l’efficacité et d’en réduire les doses.

Quelques exemples parmi beaucoup d’autres :

- pulvériser à certaines heures de la journée, où la plante est plus réceptive aux traitements,
- réglage précis du pulvérisateur pour ne traiter que les organes à protéger,
- viser la face inférieure des feuilles : c’est là qu’ont lieu les contaminations, et c’est là que le produit ne sera pas lessivé par la pluie (d’où une durée d’action plus longue).
- etc, etc…
Une combinaison de détails de ce genre nous permet de travailler à 1/3 ou 1/4 des doses homologuées sans perte d’efficacité.

5) Recherche, mutualisation des connaissances.
Les viticulteurs biologistes travaillent en réseau au niveau départemental et régional, pour mettre en commun leurs expériences, mais aussi au niveau national et international, à travers des colloques réunissant chercheurs et praticiens. Nous vivons ainsi un échange permanent entre la recherche fondamentale et la pratique, ce qui nous permet, dans un esprit très solidaire, d’avancer efficacement malgré le peu de crédits alloués à la recherche en agriculture biologique. Voilà ! Je vais vous épargner les nombreuses autres pages que j’aurais pu remplir sur ces aspects techniques. Il me semblait cependant important d’entrouvrir la porte sur ces détails pour montrer que l’agriculture biologique n’est ni passéiste, ni frileuse, ni approximative mais qu’elle s’appuie sur des connaissances approfondies, un travail réfléchi, des échanges dynamiques et solidaires.

Pierre Hervé.



(1) Un service public régionalisé du ministère de l’agriculture.
(2) Mais elle apporte aussi beaucoup de bonheur pour l’observation des plantes, des animaux, des odeurs, des lumières…
(3) Ce livre est à la bibliothèque de Clamecy.